Conquering heroïne - CN Winters & Amy Convertir en PDF

Image Auteur: CN Winters & Amy

Avertissements (et aspects légaux): Non, ça ne parle pas de quelqu'un qui veut arrêter la drogue (héroïne).  Bien que j'aurais aimé pouvoir dire que Xena et Gabby nous appartiennent, ce n’est pas vrai.  Ils appartiennent à MCA / Universal .  Mais cette histoire est la nôtre et la nôtre seule.  Il y a beaucoup de violence mais pas trop graphique.  Alt sexe! 
Si vous êtes trop jeune, ne lisez pas plus loin.  Si vous habitez un endroit où cela n'est pas kasher, ne lisez pas plus loin.  Toutefois, si vous êtes ouvert d'esprit, assez vieux et vivant dans un quartier progressif. .  . Profitez-en! 
Rien de poétique ne nous appartient, mais appartient à un auteur inconnu.  Grâce à Kamouraskan, Jlynn, Marie et le cercle des bardes de la version bêta.  Envoyer un email à l'auteur ou à Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir



Je roulais sur le côté pour serrer ma barde dans mes bras, mais ne trouvais que du vide.  Etant généralement la première levée, je me demandais à haute voix où elle pouvait bien être.

"Gabrielle?" 
 Pas de réponse.
 Jetant les couvertures, j'allais jeter un oeil au bord de l'eau, mais elle n’y était pas non plus.
"Gabrielle?"  répétais-je, une certaine irritation dans la voix.

 Où diable est-elle? Me demandais-je.  Un flash de lumière bleue s’alluma derrière moi, qui se refléta dans l'eau.  Je pouvais sentir la puanteur d’Arès et je me retournais pour le voir.  Mais il n’y avait personne pour la deuxième fois de la journée.

"Ares! Je sais que tu es là. Montre-toi!"

 Il apparut avec son sourire malicieux qui m’avait toujours donné envie de vomir.  Je savais qu'il était là pour une raison précise.
 «Tu m’as sonné?"  dit-il, les bras repliés sur sa poitrine.
 «Où est Gabrielle?"  En trois enjambées, je me retrouvais nez à nez avec lui. 
 "Pourquoi, de quoi parles-tu?"  Répondit-il avec son air supérieur.
 «Tu sais très bien de quoi je parle. Que fais-tu ici?"

 Ares se tut un instant, comme s'il se demandait s'il devait vraiment me le dire. Ca ne me dérangeait pas, je savais lire dans son regard sombre.  Il n'avait jamais su se taire quand il s’agissait d’arnaquer quelqu’un- son ego et sa fierté l’avaient toujours trahi.  Je savais que c'était juste une question de temps avant qu'il n’avoue.

 «Tu es toujours si prompte à m’accuser Xena" dit-il un sourire aux lèvres.

 «Tu es toujours si prompt à me causer du tort" fis-je remarquer.  «Alors, quel est ton nouveau projet? Un jeu de cache cache avec la barde? Ou peut-être veux-tu encore tester les compétences guerrières de Gabrielle?"
Il n'allait pas s'en tirer si facilement.

 "C'est ce que j'ai toujours aimé chez toi Xena. Si attentive et concentrée."
 "Réponds, Ares!" je criais.
  Cet affrontement commençait à me fatiguer.
 «D’accord, d’accord."
  Il se rendait enfin compte qu'il était allé trop loin.
"Elle n'est pas là. Disons que je lui a donnée une « nouvelle vie ». Ou, plus précisément, « ta vie."

 "Que veux-tu dire, Ares?". Je voyais où il voulait en venir mais, malgré mes craintes, je devais savoir.

 "C’est une sacrée combattante, ta barde. Et j’ai peut-être perdu mon énergie avec la mauvaise guerrière.

Mystères. Il faisait des mystères.  Tout à coup, je réalisais pourquoi Gabrielle haissait tellement quand je le faisais.  "Qu’est-ce que ça veut dire Ares? Qu’as-tu fais à Gabrielle?"

 "Ma princesse, tu t’es levée du pied gauche ce matin?"  Je me suis redressée pour le frapper, mais il a levé ses bras.  "Bon, attends. Elle va bien. Elle est en sécurité, dans une autre réalité. Je pourrais t’envoyer là-bas, mais tu dois comprendre quelque chose... Elle n'est pas la barde que tu connais."

"Ce qui veut dire?"
 "Elle n'a pas quitté la ferme familiale pour suivre la princesse guerrière. En fait, elle n'a jamais entendu parlé de toi. Dans son nouveau monde, personne ne te connait. Elle a quitté la maison après qu’un chef de guerre a incendié son village - assassiné sa famille, violé et tué sa soeur. Elle n'est pas la même femme Xena. "

 "salaud!" 
 "Ce n'est plus la même femme Xena… Elle est bien mieux,  plus forte, plus meurtrière, plus concentrée. À l'heure actuelle, elle contrôle l'ensemble de la Grèce et est maintenant en guerre contre les Romains - pour gagner. Elle est sur le point de s'engager dans sa dernière grande bataille contre César. Si Elle gagne, Rome tombera bientôt. Tout comme l'Égypte l’a fait. Tout comme la Gaule. Tout comme la Britannie, et même les pays scandinaves. Elle a le monde à ses pieds, Xena... Elle est ma reine guerrière ".

 Ares n’a pas vu venir le coup de poing qui fit voler sa tête en arrière.
 "Fils de pute!"

 Je devais faire quelque chose.  Si Ares avait créé ce monde, il devait être possible de l’anéantir, j'en étais sûre.  Mais je savais que je ne pouvais pas faire ça d’ici, dans cette réalité. 
"Envoie-moi près d’elle" lui demandais-je.

 Ares rit.  "Pourquoi? Elle ne te connait pas. Elle te tuera dès que tu essaieras de t‘immiscer dans sa vie. Que vas-tu faire?"

 "Je verrai quand j’y serai. Il suffit de m’y envoyer. Après tout, ça pourrait être intéressant, non? Ta princesse guerrière se battant contre ta reine guerrière?"

 Ares se mordit la joue en réfléchissant.  "Ca serait fascinant, je dois l’avouer. Mais si elle te tue là-bas, tu seras aussi morte ici. Je t’aurais prévenue"

 "Je prends le risque"
En attrapant la main d'Ares, je me sentis transformée, aspirée dans une autre dimension.


J’atterris sur le sol dans un bruit sourd et douloureux, près de ce qui ressemblait à Athènes. Ce n'était pas l’endroit bruyant et agité que je connaissais. Gabrielle aimait me traîner ici pour faire les marchés et admirer les performances des autres bardes.
Je fis donc route vers la ville, sentant l'obscurité suinter de cet endroit effrayant. Je me rappelais Iolaus parlant du temps passé avec moi quand j’étais conquérante et ça me fit frissonner.

 Athènes était connu pour être un endroit où un voyageur pouvait aller et venir librement, mais à présent il y avait un mur d'enceinte et un énorme portail surveillé.  Je fis la queue derrière une foule de gens, des guerriers et ce qui ressemblait à des agriculteurs.

 "Halte!"  Je regardais la main posée sur mon épaule puis le garde à qui elle appartenait et qui ne tarderait pas à être brisée.

 "Ou sont tes papiers, guerrière?"  Je levais un sourcil et me grattais le menton.

 "Papiers?"  Pas besoin de lui expliquer maintenant.

  "Es-tu sourde ou muette, guerrière?"  demanda-t-il, sur quoi je lui souris.
"Les papiers pour la compétition de la conquérante."  Il insistait devant mon silence.
Intéressant, me dis-je.

 "Les guerriers ne sont autorisés dans la ville que par invitation du Seigneur Conquérant."
 Ca pourrait être un moyen de me rapprocher de Gabrielle...

 "Je n'ai pas besoin de papiers."  Je fis un large sourire.  "Laisse-moi te faire une démonstration."  Toujours souriante, je frappais le garde pour lui faire mon point de pression.  «Je viens de couper le flux de sang vers ton cerveau, tu as trente secondes pour vivre. Quelle est cette compétition?"  le sang coulait de son nez.

 "Elle prépare un concours pour trouver les meilleurs guerriers qui formeront sa garde royale" souffla-t-il.  "Elle va se battre contre Rome et elle a besoin des meilleurs."  Deux coups rapides, et il retomba, en avalant le plus d’air possible.

 "Dis à la Conquérante de ne pas chercher plus loin."  Je sortis mon épée et fis quelques mouvements pour l’impressionner avec ma vitesse; je fis tournoyer ma lame si vite que le garde semblait au bord de la nausée rien qu’en la regardant.  "Je suis la meilleure."  Je lui déclarai sûre de moi. Puis je souris en voyant la bouche ouverte du garde.

 "Pourquoi ne pas lui dire toi-même, guerrier?"  Une voix derrière moi.  Je me retournai pour voir ma barde, mais ce que je vis me glaça le sang.  Gabrielle en armure et cuirs, un regard très impressionnant et une épée sanglée dans son dos. Mon coeur se serra en apercevant les cicatrices sur son corps, et son visage statuesque avec ce regard glacial.  Est-ce que je ressemblais à ça il n'y a pas si longtemps?  Ce dont je me souvins ensuite fut la douleur sur ma tête avant que tout ne devienne noir.

 Je me réveillai sous l’eau froide éclaboussant  mon visage.  "Debout Xena."  Je n'avais vraiment pas envie d’entendre cette voix, mais je levai tout de même la tête pour voir Ares me sourire d’un air narquois.  Ma tête pesait une tonne et j'étais enchaînée à un mur.

 "Xena, Xena."  Il arpentait la pièce en secouant la tête.  "Que penses-tu de ma Conquérante?"  Il semblait très fier de lui.  "Tu aurais vu ta tête devant Gabrielle, ça n'a pas de prix !"  Son rire fut long et menaçant.  "Tu n’as encore rien vu."  Et il disparut.

 Je ne pouvais pas me permettre de perdre mon temps avec Ares. Il avait cependant raison, je lui devais bien ça. Quand je m’étais retournée et avais croisé les yeux de Gabrielle, mon coeur s’était arrêté. Ternes, presque vides, des yeux si durs que ça m’a pris par surprise. Gabrielle, même dans les temps les plus sombres, avait toujours une lueur d'espoir dans le regard.

 Je devais me répéter qu’elle était la Conquérante. L'idée que Gabrielle soit passée par tout ce que j’avais moi-même enduré me rendait malade et j’eus honte.
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 «Je vois que tu es réveillée."  Je me redressai aussitôt.  Je ne l'avais pas entendue entrer. Elle s’approcha de moi avec la grâce d’un félin, comme l’on s’approche d’une proie, moi, en l’occurrence.

 Il est temps de récupérer ma barde.  J'essayais de trouver un angle d’approche.  La Conquérante ressemblait tant à mon âme-soeur, mais elle n’avait pourtant plus rien de cette femme que je connaissais si bien.

 "Oui Seigneur Conquérante, Je. .."  Je ne pus rien ajouter car son poing m’atterrit en plein visage.  Elle me frappa si violemment que ma tête cogna contre le mur et j’aurais parié qu’il y avait laissé une marque.

"Silence!"  Elle me fixa d’un air glacial et je fis le ménage dans ma tête. Puis elle serra ma gorge assez fort pour me couper la respiration.  "Je ne me souviens pas t’avoir autorisé à parler. »  Je secouais la tête, prête à aspirer dès qu’elle me lâcherait.  "Qui es-tu? Et saches que si tu mens, tu seras morte avant le dîner."  Je hochais encore la tête et elle desserra son étreinte.

 Cela me prit un moment avant de reprendre mon souffle.
 "Mon nom est Xena « dis-je alors que je manquais encore d’air.  Elle arqua un sourcil  «Je suis née dans le village d’Amphipolis,"

 Ses yeux m’examinaient et essayaient de me jauger, comme d’habitude.  Cette fois cependant, ils étaient beaucoup plus sombres que ceux de ma barde.

 «Alors, tu es ici pour te venger je suppose?".  Je secouais négativement la tête et elle continua.  «Mes hommes ont détruit ce village il y a des années."  Elle sourit, en attente d’une réaction.  Je la regardais calmement, m’empêchant de l’imaginer attaquant mon village - MA Gabrielle n’aurait jamais fait cela à auncun village.  Je devais rester concentrée et calme si je voulais récupérer ma Gabrielle.

 "Ma cuisinière tenait une taverne là-bas."Déclara-t-elle.  Tenait une taverne?  Avait-elle fait de ma mère une esclave?  Je la fixais avec fureur et ça lui plut.  Je savais exactement ce que Gabrielle ressentait, le pouvoir d'avoir le dessus sur quelqu'un, le pouvoir d’enfoncer le couteau plus profondément sans qu’on puisse rien y faire..
  "Qu’as-tu dis que ta famille était?"  Demanda-t-elle.

 Je devais réfléchir vite.

 "Tu ne m'as pas laisser terminer, mon Seigneur."  Il m’était difficile de cacher la colère qui montait en moi.  "Je suis née à Amphipolis, mais mes parents ont été tués lorsque j'étais bébé » la Conquérante réfléchissait.  "La soeur de ma mère nous a emmenées, ma soeur et moi, vers la terre de Chine."  Elle me fixa dans les yeux et je me demandais si Ares lui avait aussi donné mes souvenirs de Lao Ma.

 "C’est là que tu as appris la technique des points de pression?" Elle marchait maintenant de long en large.
 "Oui, mon Seigneur."  Les épaules me picotaient, valait mieux une réponse rapide plutôt que d'essayer d'expliquer M’lila.
 «Alors ça te fait penser que tu es la meilleure guerrière?"  Elle leva un sourcil.
 «Je ne le pense pas, je le sais."  Dis-je en croisant son regard.

 Elle eut un rire profond  devant mon air effronté  "C’est tellement ... Xema, n’est-ce pas?"

 "Xena, mon seigneur," je la corrigeais aussi poliment que possible.  "Laisse-moi te le prouver."  Je croisais son regard en parlant.  "J’ai toujours rêvé de te servir et je me suis entraînée longuement et durement dans ce seul but, mon Seigneur."  J’inclinais la tête devant elle.

 «Je suis sûre que tu pourrais m’être utile", dit-elle en jetant un coup d’oeil à mon corps. Je savais qu'il y avait des pensées lubriques derrière ce regard.  "Tu ferais mieux d’avoir raison, guerrière», ajouta-t-elle.
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 "Gardes!"  Cria t-elle soudain, me faisant sursauter légèrement.  Deux hommes immenses se précipitèrent.  "Escortez cette guerriere à la caserne."  Elle me regarda encore une fois.  «Nous avons une nouvelle participante."  Et elle s’éloigna rapidement.

On jugea bon de me libérer de ces foutues chaînes. "Avance!"  Le garde me poussa et je le regardai avec énervement jusqu’à ce qu’il daigne s’éloigner de moi. On  traversa un long couloir jusqu’à une porte que le garde ouvrit pour me conduire jusqu’à l'arène où tous les guerriers combattaient.  Je voyais le trône où siégerait la Conquérante et beaucoup de bancs autour pour les spectateurs. Je ne m’attendais pas à voir le garde à qui j‘avais fait le point de pression, crucifié au centre de l’arène, la Conquérante avait du le trouver bien faible et s’était débarrassé de lui. C’est ce que moi j’aurais fait.

 Les gardes ont ouvert la voie ; il y avait plusieurs portes d'entrée des deux côtés du couloir.  Quand la porte de ma chambre -qui n'était rien de plus qu'un lit avec un pot- claqua derrière moi, je m’écroulai sur le sol.  J'étais tellement heureuse de voir mon âme-soeur, mais également profondément troublée et attristée par son regard. Il était si froid. Si dur. J'étais comme ça avant qu’elle n’entre dans ma vie. Je poussai un soupir de soulagement,  au moins j'étais à l'endroit où, peut-être, je pourrais entrer en contact avec la vraie Gabrielle. Je trouverais le moyen de changer sa vie comme elle avait changé la mienne.

Je me ressaisis quand je réalisai que je n'étais plus prisonnière.  Je poussai la porte de ma chambre pour vérifier qu’elle était bien ouverte.  Je pouvais peut-être fureter un peu afin de trouver la solution qui détruirait ce monde qu’Ares avait créé.  Ca pouvait marcher, ou pas. Trouver la clé sera on ne peut plus difficile. 
J’allai au bout du couloir, jusqu’à une grande porte en bois derrière laquelle on entendait une certaine agitation. Je la poussai  pour voir ce qui ressemblait à un grand banquet.  Tous les bruits de ripailles cessèrent dès que je fus à l'intérieur.  Et toute la salle se tourna vers moi.

 Un homme costaud se leva d'une table pour s’adresser à moi, en se raclant la gorge.

 "De la viande fraîche!», dit-il en riant.  Et tous ses camarades se joignirent à lui. Je leur envoyai mon plus beau sourire en me pavanant.

 "Je m’appelle Xena, dis-je en lui tendant la main.  "Et toi?"

 "Tibereus de Thrace", Répondit-il.  "Une jolie guerrière comme toi ne devrait pas participer à la compétition, tu sais?"

Sa main serra la mienne, et je me fis un plaisir de lui écraser les doigts.  Il cachait sa crispation à ses copains et son orgueil en prit un coup.

 «Jamais entendu parlé « dis-je en relâchant mon emprise.  «Mais j’en prends note. Ca te dérange si je me joins à vous?"

 "Pas du tout", dit-il avec un sourire et un hochement de tête.  A l’évidence c’était le chef de ce groupe.  Si j’obtenais sa considération, il pourrait m’être très utile pour arriver à mes fins.  Nous nous fixâmes, refusant chacun de céder à l'autre.

 Je peux l’avoir, pensai-je. Et il le sait.  A peine cette idée me traversa t-elle l’esprit qu’il céda et fit semblant d'être distrait par le plat devant lui.  "Alors, d’où es-tu, Xena?"  Demanda t-il en tripotant ses pommes de terre.

 "Amphipolis," ai-je répondu.  Une fois de plus, les fourchettes s’arrêtèrent et tout bavardage cessa.

 Tibereus secoua la tête.  "Et tu fais la compétition pour servir la Conquérante, après ce qu'elle a fait il y a cinq ans? Mince alors !», dit-il en riant.  "Tu dois être une impitoyable et froide guerrière.

 Je me demandais ce qu’avait bien pu faire Gabrielle et cela me fit peur.  Elle m’avait parlé de l’attaque quand j’étais dans ma cellule, mais sans donner beaucoup de détails. Je savais que je ne devais pas laisser transparaître ma surprise, je devais jouer la comédie.

 "J'admire la force», lui ai-je dit.  "La Conquérante l’a, et... disons que je veux être en faire partie. Après tout, n'est-ce pas la raison pour laquelle tu es là?"

 Il émit un rire sincère.  "Je crois que tu as raison, Xena. Prends donc un hydromel !," dit-il en me glissant un verre telle une offrande de paix.  «Un toast pour les guerriers de la Grèce. Que le meilleur et le plus courageux gagne."

 «Très bonne idée!," répondis-je, et sans perdre de temps je bus la chope.  «Je vais me mêler à la foule, Tibereus," dis-je en me levant pour examiner la salle et me donner une idée de la compétition.  Je vis deux guerrières se parler dans un coin. Bien qu'elles étaient habillés en cuir et armure, elles avaient quelque chose de très "amazonien ', peut-être la façon de tenir leurs épaules - droites et larges – en discutant.  A part elles, il n’y avait que des hommes.  Mes yeux balayaient la salle jusqu’à ce qu’une apparition, dans un coin, ne bloque mon élan.  Il semblait y avoir une autre femme dans la salle et je du me frotter les yeux pour être certaine de ce que je voyais.

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 D’un pas rapide, je me dirigeai vers la femme qui aiguisait son épée par petits coups soigneux.  Elle leva les yeux vers moi mais n’eut pas l’air impressionnée par ma présence et reprit sa tâche dans un soupir.

 "Il n’y a pas beaucoup de femmes guerrières ici," Dis-je pour entamer la conversation.

 « Non », répondit-elle.  "Et aucune d’elles n’aime papoter», ajouta-t-elle froidement.

 Je n'étais pas sûre de savoir comment continuer cette conversation, mais je le devais.  Je voulais savoir ce qu’Ares lui avait réservée comme destinée. J'essayai la méthode traditionnelle et lui tendis la main.

 "Xena", lui dis-je.
 Elle garda le silence un instant avant de me serrer la main.  "Callisto", répondit-elle.

 Un malaise m’envahit, un parmi tant d’autre je devais bien l’admettre.  «Alors, tu es là pour servir la Conquérante?"  Que pouvais-je dire d’autre?

 "Non ma douce."  Elle me gratifia d’un vilain petit sourire narquois.  "Je suis là pour les mêmes raisons que toi. J’habitais dans un village appelé Cirra avant qu’il ne soit brûlé par la Conquérante."  Son visage se contracta et je me dis intérieurement que c'était moi l’incendiaire.  "D’ailleurs tu es d'Amphipolis, comment fais-tu pour dormir la nuit?"  Nous étions face à face.  "Je veux dire le massacre d'Amphipolis est légendaire." Je savais que ça lui plaisait.  "Eh bien, je dois y aller, c’était très agréable de te rencontrer, Xena."  Aucune main serrée cette fois, elle se retourna et s’éloigna.  J’aurais misé un dinar qu’elle souriait.

 J’étais ébranlée. C'était comme regarder des bouts de ma vie, joués pour moi, avec des rajouts encore plus douloureux. Un mot tournait dans ma tête: massacre. Je devais comprendre ce qu’il s’était passé et je savais où chercher.

 Je traversai le banquet pour rejoindre la cuisine. J'hésitai devant la porte, ne sachant pas à quoi m’attendre. J’entrai finalement, renversant presque un esclave qui apportait de l’hydromel au banquet.  Une silhouette, près du feu, remuait l'énorme marmite de ragoût et je l’aurais reconnue entre toute : ma mère. Elle paraissait mince, presque frêle.  Mes lèvres tremblaient et je ne pouvais bouger. Je restais là à la fixer.

 Je la regardai distribuer des plats aux esclaves en agitant les bras et sans dire un mot.  Ils savaient quoi faire d’un simple geste de la main. Prenant mon courage à deux mains, je m’approchai et m’excusai pour ne pas la faire sursauter : "Bonjour."  Elle se tourna rapidement vers moi et m’observa.  "Je ne veux pas vous interrompre."  Elle  haussa simplement les épaules en me regardant comme... quoi? Toujours pas de mots.

 «Je ne sais pas par quoi commencer."  Je secouai la tête, elle leva un sourcil et se détourna pour reprendre son travail.  "Je m'appelle Xena. Je suis d'Amphipolis."  Je sursautai quand le verre qu'elle tenait dans la main tomba; elle se tourna alors vers moi pour me regarder avec cet air que je n'avais pas vu depuis que Lyceus avait été tué.  Toujours pas un mot, qu’est ce qui n'allait pas avec elle?

 "Elle ne peut pas parler."  Je fis volte face pour apercevoir une petite fille apeurée. Je jetai un oeil à ma mère, puis me penchai vers l'enfant.  "Pourquoi?"  Je ne voulais pas l’entendre. Mon coeur battait si fort qu'il en devenait presque assourdissant.

 «On lui a coupée la langue il y a des années."
 Je me pinçai les lèvres et sentis mon côté obscur refaire surface. Je me relevai brusquement toute tremblante.

 «La conquérante devra mourir pour ça!"
 Je n’en croyais pas mes oreilles.  Je m’aggripai au comptoir à côté de moi et tentai de me contrôler. Je sentis une claque sur mon bras et je regardai ma mère, ses yeux flamboyants.  Elle me proposa de m’asseoir, ce que je fis.

 J'étais tellement énervée, ça me mit hors de moi. Elle s'assit avec un parchemin, commença à écrire puis me le tendit.

 "Que me veux-tu?"  Avait-elle écrit.

 Je la regardai droit dans les yeux et lui dis sincèrement :"Je ne veux rien de toi, je veux juste savoir ce qui est arrivé à mon village." Elle réfléchit puis se remit à écrire aussi vite qu’elle le pouvait. Elle disait:

 "Il y a cinq ans, l’armée de la Conquérante nous a attaqués, et n’a rien laissé en vie. Les femmes qui respiraient encore ont été violées et battues, j'étais l'une d'elle. J'imagine que je protestais trop, alors l'un des hommes m’a coupé la langue. Puis tout est devenu noir. Je me suis réveillée au côté d’un guérisseur et je vis vaguement une femme debout derrière lui. Il m'a expliqué qu’une partie de l'armée de la conquérante à attaqué sans qu’elle soit au courant. Elle a eu vent de ce qui s'était passé après Cirra et elle s’est s’occupée elle-même de ces hommes. En fait,  peu de femmes ont survécu mais elles sont encore ici à la servir. "

 Je restai longtemps à scruter le parchemin.  Je ne pus maîtriser mes larmes qui coulèrent le long de mes joues et je sentis une main chaleureuse les essuyer.  Je levai la tête pour croiser les yeux de ma mère et l’enlaçai en pleurant.  Je ne pouvais imaginer la douleur qu'elle avait du subir et le fait que je n’avais rien pu faire pour l'empêcher.  Je me redressai et elle récupéra le parchemin pour écrire.

 "Qui était ta famille?"

 Je lui expliquai la même chose qu’à la Conquérante.  Que pouvais-je dire d’autre?  Tu es ma mère?  Elle aurait pensé que j’étais folle et m’aurait fait enfermée. Elle hocha la tête sans remettre en question mon histoire et retourna à sa marmite. Je savais qu'elle devait se remettre au travail ; elle me promit que nous parlerions de nouveau et m’offrit cet adorable sourire que je connaissais si bien, tout en récupérant son précieux parchemin.

 A peine revenue dans ma chambre,  je m’assis sur mon lit pour assimiler tout ce que je venais d’apprendre. Ce que ma mère était devenue, ce qui était arrivé à mon village. Ce qui me bouleversa le plus fut la rapidité avec laquelle j’avais pu renouer avec mon côté sombre et être prête à tuer Gabrielle.  Des mots que je me promis de ne jamais répéter.

 Peut-être était-ce encore une manigance d'Ares? Pour que je tue Gabrielle ou bien qu’elle me tue?  Ou peut-être tiendra-t-il parole cette fois-ci ?  Il n'a pas donné toute mon ancienne vie à Gabrielle, juste des morceaux qu’il a modifiés pour qu’elle ne finisse pas comme moi. Elle a sauvé ma mère.Une partie de l’ancienne Gabrielle serait-elle encore en vie?  Arès n’avait pas imaginé que sa reine pouvait être capable de compassion. Autre chose qu'il n'avait sans doute pas prévu: Callisto. Ares a eu la vue courte dans son plan. Peut-être, comme à son habitude, a-t-il oublié certaines facettes.

 Si Callisto voulait tuer Gabrielle, je devais la prévenir, qu’elle reste sur ses gardes. J’enfilai mes bracelets de combat et quittai la chambre pour trouver la Conquérante. Je n’eus pas à chercher très longtemps.  Le long couloir fort bien surveillé, fut mon premier indice.  Une paire de lances me barra le passage.

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 «J'ai besoin de voir la Conquérante," Leur dis-je. "Amenez-moi à elle."

 "Nul ne voit la Conquérante. Elle est très occupée et ne verra que ceux qu’elle a acceptés de voir."

 Mon désir d’écraser quelques nez fut très fort, mais je me gardai de le faire. C'était le monde de Gabrielle et je devais me plier à ses règles… pour le moment.

 "Alors comme ça Xena veut dire à la conquérante qu’elle détient des informations de la plus haute importance sur le fait que sa vie est probablement en danger? Je vais t’attendre tranquillement ici jusqu’à ton retour."

 Quoi de mal à poser la question? Supposais-je. C'était nouveau pour moi, mais ça avait toujours marché avec Gabrielle. Je fus agréablement surprise de voir le garde s’approcher d’une personne près de la porte de la chambre de la Conquérante pour lui murmurer quelque chose à l’oreille.

Quelques instants plus tard le garde réapparut.  «Tu peux entrer», a t-il opiné du chef.  Les lances s’écartèrent et je longeai un grand mur de pierres avant d’atteindre la porte.  «Tu as cinq minutes."

 La porte s'ouvrit et la première chose que je vis fut Gabrielle. Assise à une large table, elle écrivait sur un parchemin, se reportant régulièrement à deux autres manuscrits. Quelque chose me dit que ce n'était pas une partie de plaisir comme lors de nos voyages.  Elle « travaillait».  Comme je m’approchais, je fus étonnée par son air plus âgé. Son éclat de jeunesse avait disparu - remplacé par l'apparition de pattes d’oie et de rides.

 La salle était remplie d’objets qui provenaient des différents pays du monde que nous avions traversés. Il y en avait aussi qu’elle avait du rapporter de ses propres voyage. Du marbre grec au sol, des tentures de soie chinoise accrochées aux murs, et certaines armes de Britannie décoraient les cloisons. Je regardais tout cela en m’approchant jusqu'à ce que sa voix interrompt mon examen.

 "On dit que tu as des informations sur une tentative d'assassinat», dit-elle sans lever les yeux.  «Je suis choquée que quelqu'un ait envie me voir morte", dit-elle en riant sarcastiquement.  Elle posa sa plume et son visage se tourna vers moi.  «Alors, de qui s'agit-il cette fois? Les Romains? Les Perses? Peut-être quelqu'un de Grèce qui veut se faire un nom en assassinant la reine guerrière?"

 Je n’en revenais pas de la voir si blasée. Un jour comme un autre pour elle.  Pour la première fois la réalité de la vie de Gabrielle me frappa. Elle avait connu des débuts difficiles, comme moi.  Mais pire que moi, elle avait réalisé son objectif de Pouvoir et de Succès.  En vérité, il ne s’agissait pas de succès car elle n'avait pas l'air heureux ni épanoui. Elle avait dû passer sa vie à regarder derrière elle, toujours sur ses gardes.  Elle ne pourrait probablement pas s'associer avec le peuple du royaume, qu’elle contrôlait maintenant.  Elle ne pourrait probablement même pas sortir pour le simple plaisir d’aller marchander sur le marché.  Elle était captive de sa renommée. Ares avait sa reine guerrière absolue, mais à quel prix pour Gabrielle?

 "Une femme. Elle sera en compétition dans la matinée, lui répondis-je.

 "Je vois," Gabrielle se leva et me tourna autour, avec la même manière, la même attitude, la même appparence que j’avais auparavant. "Comment puis-je savoir que TU n’es pas la femme dont je devrais avoir peur?"  Je l’entendis tirer un poignard de sa botte, derrière moi. "Comment puis-je savoir qu’elle n'est pas simplement une complice et que tu t’es associée avec elle pour m’assassiner '?"

 "Non." Dis-je. "Vous devez me faire confiance."

 Son rire chaleureux me fit sursauter.

 "La confiance est l'un des rares luxes que je ne peux pas m’offrir".  "Mais je dois avouer qu'il y a quelque chose avec toi. Tu n’es pas la dernière des guerrières, c'est sûr, et tu n’es pas désagréable à regarder."

 Est-ce qu’elle me draguait?  Par tous les dieux, mais oui.  .  .  Tout espoir n’est pas perdu après tout. Si je ne pouvais pas faire appel au bon sens de Gabrielle je pouvais peut-être faire appel à sa libido. Je lui souris méchamment.

 "Je pourrais dire la même chose, mais je ne voudrais pas vous offenser, dis-je en veillant à lui parler sur un ton badin, mais à lui parler quand même.  Je devais continuer à la jouer finement pour comprendre les motivations de Gabrielle. Callisto voyait Gabrielle comme un démon.  Ma mère comme une sauveuse.  Qui avait raison?  Peut-être bien, comme pour moi, que la vérité se situait quelque part entre les deux.

 Gabrielle ne répondit pas à ma remarque, elle s’assit gracieusement .
  "Qui est cette femme dont tu parles?"

 «Son nom est Callisto. Son but est de gagner votre confiance afin de se rapprocher de vous... Elle est de Cirra."

 Pour la première fois depuis le début de nore conversation, je vis Gabrielle mal à l’aise.  Elle bougea légèrement sur son siège, mais repoussa très vite son émotion.

 "Je vois, dit-elle.  "Ca, c'est si elle survit au premier tour de la compétition."

 «Aucun doute, elle survivra»,  Elle ne savait certainement pas de quoi était capable Callisto. Moi si.
 J'aurais bien continué, mais une femme a fait son apparition dans la chambre par une entrée latérale.  Nous voyant discuter Gabrielle et moi, elle se tourna aussitôt vers ma barde.

 "Je suis désolée, je ne pensais pas que tu étais encore en entretien», dit-elle.

 Gabrielle lui sourit d’un air lubrique en l’éloignant de la main.  La femme fit rapidement demi-tour et repartit en traînant des pieds mais plus rapidement encore, Gabrielle l’attrapa par la taille et l’attira sur ses genoux.

 "C’est bon, Najara. Je viens de terminer."

 Je la regardais alors que ma barde l’embrassait dans le cou, lui mordillait le lobe de l’oreille.  Je sentis mon sang bouillir, mon estomac se nouer et la main sur mon épée me démanger à la perspective de l’éviscérer.  Peut-être même les deux. Je devais sortir de là rapidement avant de commettre l’irréparable.

 «Eh bien, je voulais juste vous prévenir » et je fis demi-tour. J'essayai de cacher mon dégoût et de me calmer.

 «Je ne t’ai pas autorisée à partir," dit Gabrielle d’une voix autoritaire.

 Bon sang! Je m’arrêtai et me retournai pour me trouver de nouveau devant les deux femmes.  "Je ne voulais pas être irrespectueuse. Je voulais juste vous laisser à votre intimité, mon seigneur,«

 Gabrielle chuchota quelque chose à l'oreille de Najara, la renvoyant d’un baiser et d’une tape sur les fesses.  Najara ne me parlait pas, ni ne me regardait. C’était comme si je n’existais pas. Et dans ce monde, je réalisai que je n’existais pas.  J'étais juste une guerriere, et non une rivale cherchant l’affection de la barde.

 Gabrielle se leva et a s’approcha de moi.  "Très bien", me dit-elle.  "Parce que si ma relation avec Najara te mets mal à l'aise, je t’éliminerai moi-même de la compétition. Est-ce que c'est compris?"

 Je fis un signe de tête, incapable de faire confiance à ma voix.

 "Bien", opina t-elle de la tête et m'escortant jusqu’à la porte pour l'ouvrir.  «J'ai hâte de te voir à la compétition demain."

 "Oui seigneur," lui répondis-je.

 Sans un mot, je quittai la chambre et entendis la porte se refermer derrière moi. Je ne remarquai même pas les gardes qui longeaient les murs alors que je retournai à ma chambre. Mon unique pensée était pour Gabrielle seule dans sa chambre avec cette femme.  Je n’eus pas le temps de m'étendre sur la question car les poils se dressèrent sur ma nuque en entendant ce rire diabolique que je connaissais trop bien.

 "Je t’avais dit qu'elle n’était plus TA barde, Xena."
 Sans prendre le temps de regarder derrière moi, je balançai un coup de poing dans le visage d’Arès.

 "Oh Xena, ai-je abordé un sujet douloureux?"  Ares cessa de se frotter le nez pour sourire.
 "Tu es vraiment malade, enfoiré".

 Son sourire s’élargit.  "Ca, ce n'est pas gentil Xena."  Il s’amusait grandement.  "Après tout, c’est toi qui as voulu venir."  Il s'assit sur une chaise, content de lui.

 "Pourquoi elle?" Ca me rendait malade de penser que Gabrielle avait touché cette dingue.  «De tous ces gens, pourquoi cette psychopathe?"  J’essayais désespérément de cacher ma douleur.

 "Hum, pourquoi elle?"  Dit-il sarcastiquement, tout en se grattant la barbe.  «Voyons voir, elle est intelligente, très bonne guerriere, folle et de brillante manière ...."  Il me tournait autour, les mains derrière le dos.

 «J'ai d'abord pensé mettre Callisto dans son lit, mais avouons-le, elle n'est pas la meilleure épée du coin."  Il rit à mon air sarcastique."Combien de fois a t-elle été arrêtée par un éboulement de rochers? C’est pitoyable».  Puis il s'arrêta et fit craquer ses doigts.  "Ensuite ça m’est venu:...Najara. Et s’il y a bien un guerrier pour te botter les fesses, c’est elle"  Mon poing était si serré que je sentais mes ongles couper ma peau.

 «Elle a su être très proche de toi pour te tuer, sans parler de ta piplette de barde ...."  Il retourna à la chaise et jeta une jambe sur l’accoudoir.  "Je dirais que c’est la seule personne qui puisse définitivement t’anéantir."  Il s’assit en souriant.  "Détends-toi et profite de ta visite Xena, la surprise est loin d'être terminée."  Il disparut avec un rire narquois.

 Ma tête était sur le point d’exploser. J’essayai de me détendre avec quelques exercices respiratoires que j'avais appris en Chine, en vain. Ares avait pensé à Callisto, mais voulait-il qu’elle se démasque de la sorte?  Ca posait problème.  Tout comme Najara.  Avoir ces deux femmes dans les jambes me donnait la chair de poule, et penser que ma femme faisait l’amour à cette imbécile...

  Allez Xena, me suis-je dit. Tu ne peux pas t’écrouler maintenant.  Tu vas  réussir comme à chaque fois.  Ares a raison à propos de Najara.  Elle peut me rendre les choses difficiles.  Elle m’a défiée en tentant de gagner l’affection de ma barde et a failli gagner. J’avais besoin de travailler mon agressivité, alors je dégainai mon épée et me dirigeai vers la porte, derrière laquelle se trouvait...ma mère.

Chapitre 2

 «Bonjour, voilà une bien agréable surprise."  Dis-je alors que ma mère souriait en me tendant une assiette de nourriture. J’eus un besoin impérieux de sortir pour aller crier, mais ma mère entra. Je devais être cordiale.

 Je l’invitai à entrer tout en posant l'assiette sur la table.  Elle s'assit dans la chaise et je m’installai face à elle sur le lit.  Elle commença à écrire et me tendit le parchemin.

 "Ca ne va pas?"  Demanda t-elle.  J'aurais dû répondre, "C'est un mauvais cauchemar, mère, fais le disparaître", comme quand j'étais petite, mais je secouai simplement la tête en lui rendant son parchemin.

 Elle nota: «On m'a dit que tu n’as pas diné au banquet alors je t’ai amené quelque chose à manger."  Je souris et la remerciai.

 Elle écrivit alors: «Nous n’avons pas pu terminer notre discussion mais j'ai un peu de temps maintenant."

 Je ne savais pas si je supporterais de l'entendre.  Je baissais la tête un moment. J'avais tellement de choses à lui demander.  Qu’était-il arrivé à mon frère, à mon père?  Puisque je n'étais pas née, elle n'avait pas eu à le tuer, alors pourquoi ne les avait-il pas protéger contre l’armée?

 "Puis-je t’appeler Cyrène?"  Elle ne m'avait pas dit son nom, mais ça ne sembla pas la choquer que je le prononce. Elle haussa juste les épaules comme pour dire, si tu veux.

 "Cyrène, as-tu une famille?" Je vis de la douleur passer dans ses yeux, mais il fallait que je sache.  Elle ferma les yeux fortement, avant de les rouvrir pour écrire.

 «J'ai eu deux fils. Ils ont été tués tous les deux."  Je remerciai Ares. C était la chose la plus douloureuse à laquelle j’ai du être confrontée.

 "Je suis désolée." Je me suis arrêtée pour tousser.  "Et ton mari, il ne vous a pas protégés?" Les yeux de ma mère se sont glacés.

 "Il est mort également, écrivit-elle rapidement.  Elle regardait dans la chambre, essayant de trouver les mots justes. D’un regard exaspéré, comme si elle abandonnait, elle écrivit: "Je l’ai tué".  Elle me tendit le parchemin sans me regarder.  Je n'arrivais pas à y croire, pourquoi?  Je n’existais pas, pourquoi aurait-elle fait ça?

 "Pourquoi?" Ai-je soufflé.  Elle prit le parchemin de mes mains.

 "Il a tué notre enfant."  Elle me fixa droit dans les yeux  en reprenant le parchemin. Quel enfant ?, me demandais-je. Il a sûrement tué un de ses fils. Je ne pouvais plus parler et ma mère reprit le parchemin pour écrire.

 "J'avais une fille et avant que je comprenne quoi que soit, il l’a tuée au nom d'Arès, dieu de la guerre."  Un râle étouffé se perdit dans ses larmes. Je laissais couler les miennes, pleurant la douleur de ma mère. Elle avait du mal à en écrire plus. "Je l’avais appelée Xena, elle avait huit ans." Je dus lire plusieurs fois les mots pour m’en imprégner. Voilà comment Ares s’était débarrassé de moi. Je lui dis combien j'étais désolée et elle écrivit à nouveau.

 «Quand je t’ai vue aujourd’hui, j’au cru qu’on me faisait une bien cruelle plaisanterie."  Je secouais fortement la tête et lui dis, non. Elle posa son doigt sur mes lèvres pour me calmer et sourit.  "Je peux t’imaginer enfant; Ce que je ressens maintenant est sans doute un cadeau."

 Après l'avoir lue, je m’agrippai à elle et la tint serrée contre moi, si fort que je voulais la garder ainsi pour toujours ; j'avais besoin fixer cet instant et alors nous pourrions revenir à la normale.  Quand je récupérerai ma barde, la première chose que nous ferons sera de rentrer à la maison pour serrer très fort ma vraie mère.

 "Parle-moi de  la Conquérante." Elle fut mal à l'aise à cette question.  "Il est impossible de parler de  compassion, car d'après ce que j'ai entendu dire, elle n'a pas d'âme." Cela me valut un regard irrité et elle se dépêcha d’écrire avec colère.

 "Tout le monde a une âme, il te suffit d'ouvrir les yeux et regarder." A présent, j'étais une enfant bafouée, mais ça ne me dérangeait pas. Elle écrivit une fois de plus. Je ne pouvais m'empêcher de me demander pourquoi ma mère se sentait si forte pour une esclave?

 "S’il n’y avait pas la Conquérante, je ne serais pas ici."  J'ai senti mon agacement s’enflammer.

 "Tu as raison."  Ironisais-je.  «Sans la Conquérante, ta patrie et ta famille seraient toujours là."  Nous nous fixions l’une l'autre. Peu importait à quel point ma mère essayait de m’embobiner, la Conquérante n’était rien de moins qu'une meurtière. Ca bloqua mon élan.  Par le tartare, qu’est-ce qui me permettait de juger, après tout , n’était-ce pas la vie que j’étais supposée vivre?  Ca me rendait malade.
Je sentis une tape sur mon bras et lu ses pensées.

 «Tu te trompes, mon enfant."  les yeux de ma mère montraient à quel point elle était attachée à elle. Je continuai de lire. " La Conquérante m'a rendu la vie." Je lui fis un étrange regard.  "J'ai choisi d’être ici et je me fais un devoir de la servir."  Je ne pouvais m’empêcher de penser, pourquoi? Elle sentit ma confusion et écrivit encore.

 "Ses hommes allaient renverser son gouvernement."  J’aurais fait la même chose.  Je changeais et ils n’appréciaient pas.  "Ils pensaient qu’en faisant ce raid en son nom, ça les rendrait plus redoutables et la conquérante plus détestée mais la femme d’un vieux fermier,ici avec nous, m'a racontée son récit. Voudrais-tu le lire?"

 Je hochai rapidement la tête.  L’attente m’étouffait alors que j’attendais qu’elle s'arrête d’écrire et me tende son parchemin.

 "Enfant, elle était pleine d'émerveillement comme le sont tous les enfants. Elle aimait les étoiles, les aventures et les bêtises, et rêvait de devenir une barde un jour. Jusqu'à ce que Cortese entre dans sa vie et détruise son village de Poteidaia. C’était « une grande gueule » et le Seigneur de guerre n'apprécia pas. Il l'a battue jusqu'à ce que l'enfant croit être mort. Elle dû s'asseoir et regarder les hommes battre et violer sa petite sœur Lila. Parfois, la nuit, je l'entends appeler sa sœur, des pleurs impuissants de douleur. Son oncle les a découvert et, depuis ce jour la bête en elle s’est réveillée. Toute sa famille fut assassinée et l'enfant ne put rien faire d’autre que regarder. Elle avait seize ans. Quand elle fut à peu près guérie, la princesse guerrière naquit et rien, pas même Hadès, ne put se mettre en travers de son chemin... Une chose que la conquérante méprisait, le viol… "

2 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Pour la première fois, certaines choses prenaient un sens.  En plus de la raison, elle montra de la compassion envers ma mère ainsi qu’aux autres femmes attaquées. Voilà pourquoi elle semblait si âgée pour une personne si jeune. Je sais. J’ai connu ça.  C’est effrayant quand quelque chose de terrible se produit, on peut anihiler tous les autres sentiments et ne garder que ceux dont on a besoin pour survivre.
Ma mère prit le parchemin de mes mains, mais je ne pus lever la tête vers elle. Je voulais juste serrer fermement ma femme jusqu’à en avoir mal à la poitrine. Elle me tira finalement hors de mes sombres pensées en me tapotant le bras. Elle me tendit la tablette.

 "C'est assez pour le moment, tu as besoin de manger et de dormir. Tu auras besoin de beaucoup de repos pour les compétitions de demain."  Je lui fis un petit sourire. Nous avons toutes les deux entendu frapper à la porte, pour entendre ensuite une petite voix.

 »Grand-mère?"  J’allai à la porte et laissai entrer l'enfant, la même petite fille qui se trouvait auparavant dans la cuisine. A t-elle dit grand-mère?  Toris ou Lyceus a eu un enfant? Elle passa droit devant moi et se dirigea vers sa grand-mère qui lui tendait les bras. Cette fois je la voyais un peu mieux. C’était une adorable petite fille blonde aux jolis yeux verts.  Je n'étais pas sûre, mais elle me sembla familière.  Je me penchai un peu et lui demandai son nom.

 «Hope».  Elle sourit à la manière de Gabrielle. Ô Dieux!  Comment est-ce possible?

 "Tu es grand-mère?"  Demandai-je à ma mère.

 Celle-ci écrivit une note à la fillette qui s’enfuit avec un hochement de tête. Puis elle se tourna vers moi et recommença à écrire… «Pas par le sang, mais par l'amour, dit-elle.

 J'étais prête à parier que c’était la fille de Gabrielle mais je savais que ma mère ne me l’avouerai pas. La petite fille ressemblait tant à ma barde, jusqu’à son nez froncé quand elle riait.  Mais comment?  Qui? Encore un mystère à éclaircir. Si Gabrielle était aussi excellente qu’astucieuse comme chef, elle savait qu’elle représentait une cible et cachait bien evidemment son enfant.  Qui de mieux placée pour le cacher qu'une femme se sentant redevable avec un solide sentiment de loyauté?  Et quelle meilleure cachette que les «roturiers» du château?

 Ma mère se leva et me sourit chaleureusement avant de sortir. Tant de choses s’étaient passées en cette journée. J'apprenais tellement de ce nouveau monde. Si je voulais en savoir plus, il fallait que je me repose un peu pour survivre à la compétition du lendemain.  Je m’allongeai sur ma paillasse et fermai les yeux.  D’une manière ou d’une autre, je devais trouver le moyen de quitter le nouveau monde d’Arès et les choses retrouveraient leur place.

 Le forum était gigantesque, aussi grand que le Colisée de Rome, si ce n’est plus. Le soleil tapait impitoyablement. On était une cinquantaine au total, et seulement dix deviendraient membres de la nouvelle garde royale. Nombre de guerriers autour de moi étaient des chefs de guerre que j’avais connus autrefois - aucune "personne présentable" pourrait-on dire.  Je savais que les épreuves éliminatoires signifieraient la mort. Connaissant ce dont la plupart de ces soldats était capable me soulagea de tout sentiment de culpabilité que j’aurais pu ressentir en accomplissant mon devoir.

 Cependant, je n'avais aucune idée de comment les «festivités» se dérouleraient. J'entendis une grande liesse monter dans la foule et me retournai pour voir Gabrielle marchant à son balcon, Najara à son bras.  Mon estomac se serra instantanément en les voyant. Derrière le rideau, un visage familier apparut que je n'avais pas vu depuis longtemps, mais que je connaissais fort bien. J’avançai de quelques pas afin d’effectuer un examen plus approfondi.  Le carré des épaules, les longs cheveux blonds bouclés - sans aucun doute, il s’agissait bien d’Ephiny. Comment en était-elle arrivée à se trouver au service de Gabrielle, encore un mystère sur lequel je n’avais pas le temps de m’attarder.

 «Les concurrents," Déclara la régente et amazone de Gabrielle."Vous êtes aujourd'hui dans le Forum pour tester vos compétences, et risquer votre vie pour servir notre Conquérante." Ephiny fit une pause pendant laquelle Najara prit la main de Gabrielle et y appliqua un délicat baiser. La nausée ne parvenait pas à décrire mon dégoût. "Vous lutterez jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que vingt debout. Vous serez alors divisés en deux groupes de dix, et vous combattrez un contre un selon les préférences de la conquérante. Les dix qui survivront devront se battre contre la Conquérante elle-même . Si vous survivez cinq minutes contre elle... vous serez accueillis dans la Garde royale. Ceci étant dit, prenez vos armes. Lorsque vous verrez les bannières royales se déployer, vous pourrez commencer. "

 Ephiny recula et prit place au côté de Gabrielle, où elles eurent une brève conversation. Quelques instants plus tard, la bannière fut jetée et j'entendis des hurlements et des cris de guerre autour de moi.  C'était de la pure folie. Des épées, des couteaux, des massues voltigeaient, sans réelle précision. Moi, j’avais un but. Je devais vaincre Callisto pour la mettre hors compétition. Je ne pouvais pas la laisser gagner cette manche. Je la cherchai rapidement du regard à travers la foule et la vis qui s’amusait avec les meilleurs concurrents - les faisant tomber avec facilité.  Je traçai ma route de quelques pieds avant que quelqu'un ne m’empoigne.

 Je n'ai pas le temps, me dis-je en le repoussant pour l’éloigner. Je pouvais l’éliminer, je le savais, mais ça aurait pris plus de temps. Laissons-le trouver un nouvel adversaire. J'avais ma cible. Maintenant, je devais frapper.

 Callisto était occupée avec Tibereus. Son excès de fierté masculine le tuerait. Très vite, elle se fatigua de jouer avec celui qu’elle appelait le «petit cochon», lui donnant des coups de pied dans l’aine, elle le frappa ensuite à la tête dans un mouvement parfait. Elle admira sa lame sanglante et me sourit méchamment. Nous nous fixions, debout l’une devant l’autre quand elle lança son cri perçant en me chargeant. Je sentis mon sang pomper dans tout mon corps, mais une partie de moi manquait de l’adrénaline nécessaire à toute bataille.

 Nous formions un amas flou de lames tournoyantes, quand elle me prit de revers, et je ne manquai pas de lui rejeter la pareille.  Je lui donnai un coup de pied retourné mais elle me frappa à la mâchoire. Nos lames se croisaient pendant que nos mains s’empoignaient.

 "Ma Xena, si je ne te connaissais pas mieux, je penserais que tu essaies de me tuer."  Elle se moquait de moi. Nous essayâmes toutes deux de briser la mainmise de l'autre.

 "Tu as raison!"  Et je lui donnai un violent coup de tête puis des coups de pied à l'estomac et au visage.  Elle tomba sur le côté et je lui retirai son épée de la main.  J'étais sur le point d’achever mon travail quand j'entendis un violent "Halte!"

 La Conquérante, debout, cria la fin de l’affrontement et deux gardes se tinrent face à Callisto et moi. "le premier tour est terminé, guerriers. Economisez-vous pour le suivant." Gabrielle se rassit et Ephiny s’adressa à la foule.

 "La prochaine manche débutera demain à midi."  La foule applaudit, puis Ephiny s’adressa à nous.  "Reposez-vous, guerriers, le prochaine tour ne sera pas aussi facile." La foule applaudit de nouveau alors que la Conquérante prenait congé.

 Les guerriers quittèrent le Colisée, mais leur visage me semblait vides à l’exception de celui de Callisto. Elle et moi étions encore debout, nous mesurant du regard. Je sentis une main sur mon épaule. Gardant un oeil sur Callisto, je posai ma main sur l’autre et serrai jusqu'à ce que j'entende les os craquer.

 "J’en ai tellement assez detous ces gens qui me touchent." Dis-je, me tournant pour fixer le garde devenu rouge et grinçant des dents. Je retirai la fine main et la poussai au loin. «Tu peux me parler sans me toucher."  Je pris une grande inspiration pour tenter de retrouver mon calme.

 «La Conquérante a dit de t’enregistrer pour la prochaine manche", murmura t-il entre ses dents. J’entendis Callisto rire en partant. Mon ouïe étant excellente, je l’entendis ajouter : " jusqu’au prochain tour, Xena".  Elle avait raison. Je fixai une fois de plus le garde et le suivit jusqu’à la caserne, dans la salle du banquet.

 Tous les guerriers étaient là, prenant soin de leurs armes pour la prochaine bataille. Je me demandai juste ce que la Conquérante avait prévu pour la deuxième manche. Qui contre qui?  Je trouvai une chaise et m’assis le dos contre le mur.  Je pris mon épée et commençai à nettoyer la lame, concentrée sur mon objectif.

 Je devais vaincre Callisto avant qu’elle ne blesse Gabrielle.

"Xena?"  Je levai les yeux pour découvrir une Gabrielle miniature.  "Veux-tu de l'eau?" demanda Hope avec ce sourire que j’aimais tant. Je lui rendis son sourire.

 "Merci." Dis- je, en prenant la louche. Elle disait «bonjour» avec le même entrain que sa mère. Puis elle  se dirigea avec l'eau vers le guerrier suivant. Mon coeur me faisait mal. Elle aurait pu être Hope dans mon monde, si seulement je lui avais laissée une chance.  Pas le temps maintenant, me suis-je dis, reste concentrée. Je fermai les yeux et pris une grande inspiration, essayant de trouver mon « centre », bloquant tout ce qui m’entourait, hormis le bruit de mes battements de coeur. Même dans cet état je pouvais percevoir tout type de danger et entrer en action si nécessaire. Comme je m’en doutais, le garde vint annoncer le deuxième tour.

 Nous sommes revenus dans le Colisée sous un ciel radieux. Nous écoutâmes les instructions que voulut bien nous donner la conquérante, et à la fin, pour une raison inconnue, mes poils se dressèrent dans mon cou. La Conquérante chuchotait quelque chose à l’oreille d’Ephiny, puis s'assit pour laisser parler l’Amazone.

 "Guerriers, quand j’appellerai vos noms, vous vous tiendrez debout face à face."  Elle laissa les mots couler sur nous et lu son parchemin.

 «Carus / Devitocles, Gagnon / Sadus, Tegason / Virgile, Draco / Cycnos, Kryhus / Darius, Sphaerus / Tynus."  La ligne que nous formions se divisa et les guerriers furent maintenant face à face.  "Gothos / Xena, Mesmer / Mémos, Dagnine / Callisto, Antonius / Benitar."

Dagnine contre Callisto.  Eh bien, au moins il sortira quelque chose de bon dans ce face à face, d'une manière ou d'une autre. Dagnine était un bon combattant - peut-être moins bon que Callisto- mais il n'était pas de ceux qui respectaient les règles : il ferait tout et n'importe quoi pour gagner, s'il pouvait mettre Callisto hors du coup, tant mieux pour moi. Et si Callisto venait à gagner, je suis sûre qu’il serait assez fou pour la poignarder dans le dos en guise de dessert.

 Je vis mon adversaire Gothos tenter de me menacer. Je roulai les yeux. Il aurait pu être un bon adversaire, c’est certain, mais il ne correspondait pas à mes compétences - en particulier quand il s'agissait de défendre Gabrielle. Je devais réussir pour la récupérer dans mon monde. Et je savais que ce n’était pas deux seigneurs de guerre à deux dinars qui allaient se mettre en travers de mon chemin. J’allais l’écarter défintivement  de la compétition afin d’atteindre la finale, aucun doute là-dessus.

 «Vous avez vos compétitions demain. Soyez prêts à midi," nous dit Ephiny avant de repartir rapidement.  Je ne donnai pas cher de Gothos en quittant le forum.  Je lui tournai même le dos quand il essaya de m'impressionner avec son épée dentelée. Je savais qu'il était offensé et pour être honnête, je m'en fichais.  Demain, il serait juste un nouveau seigneur de guerre mort. Mais en attendant, j'avais plusieurs heures à combler. Je rentrai donc « chez moi », à la cuisine.

 Une jeune fille jouait. Hope. De tous les noms que Gabrielle aurait pu choisir, elle avait gardé celui-là, « Espoir ». Ma mère préparait le repas de la Conquérante et Hope donnait un coup de main.

 "Besoin d'aide?"  Ai-je demandé.

 Ma mère sourit chaleureusement et donna à Hope quelques pommes de terre avec un clin d'oeil dans ma direction.  "Allons-y», dit la jeune fille, les plaçant en face de moi pour les peler. Je la regardai sautiller vers ma mère.  Elle devait avoir10 ans, plus tout à fait une petite fille et pas encore une jeune femme. Compte tenu de son âge je présumais qu'elle était le résultat de l'attaque de Cortese. Les dates coïncidaient. J'envisageai un moment de demander à ma mère l’identité de la fillette, mais me répondrait-elle?  Elle avait ressenti une connection avec moi, mais cela ne voulait pas dire pour autant qu’elle divulguerait un secret.

 Qu’est-ce que c’est que ce Tartare, me demandai-je. Quand la jeune fille sortit pour aller chercher de l'eau, je m’approchai de ma mère.

 «Cette fille,« ai-je commencé, "C’est la fille de la Conquérante." Ce n'était pas une question, et j'attendis la réaction de ma mère.  Elle n'avait jamais été très douée pour masquer ses sentiments. Un regard de panique la submergea, qu’elle repoussa bien vite pour laisser place à un sourire, secouant négativement la tête.  Je voyais qu’elle mentait.

 "C’est bon", lui ai-je dit.  "Je ne vais pas lui faire de mal ni à sa mère. Je suis là pour les aider."  Avouai-je.  "J'ai des raisons de croire que la vie de la Conquérante est en danger et s'il y a quelque chose ici qui pourrait lui faire du mal, j’aimerais le savoir.

 Ma mère continuait son travail jusqu'à ce que je lui touche l’épaule.

 "S’il te plaît-il, je dois le savoir, pour leur sécurité. Hope est-elle la fille de Gabrielle?"

 Ma mère semblait indécise alors que la fillette était de retour du puits. Tristement, elle acquieça.

 "Un des hommes de Cortese?"

 Je n'eus pas à demander de plus amples informations. Ma mère savait que je poserais des questions sur la paternité de Hope.

 Une fois de plus, un triste hochement de tête.

 " Hope sait-elle qui est sa vraie mère?"  Lui demandai-je, en espérant qu’elle poursuivrait.

Elle secoua la tête fermement.

 «Eh bien ne t’inquiéte pas. Je ne lui dirai rien. En fait, c'est mieux comme ça. Je pense qu'il vaut mieux qu’elle ne sache pas. Ce serait une faiblesse pour la Conquérante Gabrielle."

En mentionnant le prénom de la barde, ma mère me jeta un regard curieux et se précipita sur son parchemin pour griffonner.

 «Peu de gens connaissent le prénom de sa Majesté », avait-elle écrit.

 Je lui souris.  "Comme je l'ai dit, je suis une amie. Je suis là pour les aider, honnêtement. Elle ne l’a pas encore compris, mais je suis son salut. Alors s’il te plaît…crois-moi. Le secret de Hope sera bien gardé avec moi, je t’assure. "

 Le soulagement balaya le visage de ma mère, et je ressentis le besoin de lui dire ce que je savais.

 "Au cas où je ne le ferais pas, pour une raison ou une autre, tu dois te méfier d'une guerrière blonde du nom de Callisto. Elle en veut à la Conquérante, et si elle découvre le secret de Hope… Il est certain qu’elle tuera l’enfant. S’il te plaît assure-toi que Callisto se trouve loin d'elle – Tu comprends? "

 Ma mère n'était pas sûre de ce que je disais, mais elle acquieça  quand même.  J'inclinai la tête pour montrer mon approbation et j’allais  partir quand elle m'attrapa le bras, m’arrêtant en plein élan.

 "Je dois te dire quelque chose, écrivit-elle.

 Je hochai la tête et attendis qu’elle finisse d’écrire.

 "Je ne fais pas confiance à son épouse".

 "Najara? Pourquoi?"  Ai-je demandé.

 "Elle semble déséquilibrée…."

 Pas de vague, me suis-dit.  "Qu'est-ce qui te fait dire cela?"  Ai-je demandé.

 "Je la vois souvent prier. Elle prie les Djinns. Ils ont contribué à la réussite de nombreuses batailles auprès de la Conquérante mais dernièrement elle semble…" Ma mère semblait avoir du mal à décrire ce mot.

"folle?" L’aidai-je.

 Ma mère secoua la tête et reprit sa plume.

 "Paranoïaque", écrivit-elle avec un haussement d‘épaules.  Je peux dire que le mot ne décrivait pas tout à fait ce qu'elle essayait de me dire. Mais pour moi, elle en avait dit assez.  Najara pouvait constituer une nouvelle menace, et c'est tout ce que j'avais besoin d'entendre.

 «Peux-tu me tenir informée?" lui demandai-je en sachant pertinemment que c'était là une importante requête. J'ai vu la Conquérante une fois, mais je doute que cela se reproduise. J'aimerais savoir si Najara peut lui causer du tort. »

 Ma mère me sourit. "Tu as une bonne âme, écrivit-elle. Je sentis mes yeux pleurer à ce compliment.

 "Que puis-je dire? J'ai été élevée par une femme forte, pleine de compassion,« lui-dis-je.

 "Elle a fait du bon travail», écrivit-elle de nouveau.

 "Oui."

Chapitre 3

 Ma mère me tendit un plateau pour y déposer la nourriture. Elle faisait comme si j’étais un serviteur. Je pourrais aller partout, dans les chambres de la conquérante. Je souris intérieurement. Ares avait sans doute pensé à tout, mais il avait oublié le joker dans son plan - ma mère.

 Comme Hope se retournait, ma mère écrivit pour me prévenir que je pourrais les aider à préparer le repas de la Conquérante. Hope parut heureuse de la nouvelle. Et un instant plus tard, je posai les couverts et la nourriture sur un chariot à ammener à la Conquérante.

 Lorsque nous arrivâmes dans la grande salle, Gabrielle dicutait avec quelques uns de ses conseillers.

 "Mais Rome est prête à signer l'accord", a-t-elle exhorté.

 «Ecoute, lui dit-elle avec force.  «Soit ils rendent les armes soit ils se battent jusqu’au dernier homme. Ce" traité "ne vaut pas le parchemin sur lequel il est écrit. Est-ce à dire que Rome ne peut pas étendre ses frontières comme elle le souhaite? César pourrait étendre ses troupes le long de la Grèce avec nous, ce serait plus sage. Donc non, s'il veut rendre les armes, ce sera sans condition. Nous mettrons les Grecs àux endroits stratégiques que nous avons mentionnés. Si non, dites-lui que ce sera une longue bataille et que s'il le faut je serai sur le front pour le retrouver et crucifier ce salaud moi-même! "

 Elle se retourna et vit que le déjeuner était servi.

 "Merci Messieurs, vous avez ma réponse. Vous avez élaboré le nouveau traité. Je signerai cet après-midi et vous pourrez aller voir les conseillers de César afin qu’on le récupère ce soir. Compris?"

 Ils hochèrent tous la tête, comprenant qu’elle avait terminé. Une fois partis, elle se tourna vers nous, et surtout vers Hope. Son attitude dure disparut en un instant.

 "Alors, comment va la plus jolie fille d’Athènes aujourd'hui?" Demanda t-elle à la fillette. Je fus stupéfaite de voir à quelle vitesse Gabrielle pouvait changer du tout au tout.

 Le visage de la jeune fille s'allumina au compliment de Gabrielle. "Bien! Xena nous donne un coup de main aujourd'hui», déclara-t-elle à la barde.

 «Je vois. Guerrière et cuisinière – Il semblerait qu’elle ait de multiples compétences" Répondit Gabrielle en me regardant. Elle était souriante, mais je savais que c’était une façade. Gabrielle n'avait pas confiance en moi et ma présence était suspecte à ses yeux. Elle regarda la nourriture puis moi.

 "Cyrène," appela t-elle.  Ma mère leva les yeux.  "Je suppose que tu l’as préparé toi-même?"  Demanda t-elle en s’approchant de la nourriture.  Ma mère acquiesca. Gabrielle ramassa sa cuillère et creusa un peu les pommes de terre.  Elle renifla.  "Ca sent très bon», elle complimenta ma mère qui répondit avec un sourire et un hochement de tête, mais Gabrielle perdit le sien en un instant en me faisant face. Elle brandit brusquement la cuillère devant mon visage et ordonna, "Mange!"

 J'essayais de ne pas sourire. Ma Barde était futée. Très futée. Elle croyait que je tentais de l’empoisonner et elle attendait de voir si j’allais mordre à l'hameçon. Je saisis son poignet et utilisai ma langue pour lécher le contenu de la cuillère. Je sentis son pouls s'accélérer au bout de mes doigts.

 «C'est délicieux, votre majesté," assurai-je avec un chaleureux sourire quand j’eus terminé.

 Gabrielle sembla chanceler, au bord des larmes pour quelqu’un ne la connaissant pas.  Mais je la connaissais. Cette Gabrielle-là ne pleurait pas. Elle n'avait probablement pas pleuré depuis des années.  Non qu'elle ne voulait pas. Elle l’aurait probablement fait devant tout ce qu'elle avait vu et fait. Mais, tout comme la confiance, les larmes sont un autre luxe qu'elle ne pouvait se permettre.

 Hope ne se rendait pas compte de ce qui se passait entre nous.  «C’est bon , Xena ? Parce que je l’ai préparé moi-même" demanda Hope. Avant que je puisse répondre, Hope se tourna vers Gabrielle.  "J'ai fait comme vous aimez, Majesté, j'ai mis la bonne quantité d’épices rouges selon grand-mère."

 Je pouvais dire que Gabrielle n’avait pas confiance en elle-même pour répondre. Elle était sur le point d'éclater à l’intérieur. Au lieu de répondre à la jeune fille, elle trempa sa cuillère et goûta.  «C’est parfait», et sourit à fillette. Gabrielle reposa la cuillère sur le plateau et s'agenouilla à hauteur de Hope. «Pourquoi ta grand-mère et toi ne retourneriez pas à la cuisine maintenant. Vous devez manger vous aussi… avant que ça ne refroidisse, d’accord?"

 Hope fit un signe de tête et Cyrène la suivit. Hope s’arrêta à la porte et fit face à Gabrielle. « Mais Majesté, et pour Xena? Doit-on lui monter à manger si elle reste ici ? » Gabrielle me regarda avec un sourire diabolique. "Ne t’inquiète pas ma chérie", répondit-elle à Hope. "Moi et Xena partagerons, n’est-ce pas Xena?"

 Maintenant, je suis le dégustateur officiel, pensai-je silencieusement.  "Tout à fait, mon seigneur"

 Cette réponse sembla satisfaire Hope et ma mère et elle quittèrent la pièce tranquillement. 
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 "Tu as trouvé le moyen de revenir à ce que je vois"  commença Gabrielle.  "Dois-je annuler ce déjeuner? Je dois admettre que tu as plus l’allure d’un assassin pouvant faire le travail 'pratique' plutôt que de passer par l’empoisonnement."

 «Mon Seigneur,«répondis-je dans un soupir. Je sentais ma frustration monter et tentais déloigner la colère. "Je ne suis pas ici pour vous tuer. Je suis ici pour vous aider. S’il vous plaît, croyez-moi. Je suis juste une guerrière qui n'a rien à gagner à vous voir mourir. Mais tout à gagner à vous maintenir en vie."

 Elle s'assit à la table avec le plateau et me donna un bout de son poisson. Ainsi j'allais devoir goûter chaque morceau de son plat. Quand j’eus mâché les morceaux, elle fit de même.  Elle se détendit pour la première fois depuis qu'elle avait levé les yeux sur moi.  Je me demandais comment on pouvait vivre une telle vie vingt-quatre heures par jour, sept jours par semaine. Ca devait être l'enfer d'être toujours sur le qui-vive, ne pouvant se fier à personne. Quand je pense que je rêvais d’une telle vie...

 "Et quel serait ton intérêt à me garder en vie?"  Me demanda-t elle.
 "Honnêtement?"  Ai-je demandé.
 "Non, ments-moi», dit-elle avec un sourire narquois. "Sérieusement, qu’est ce qui t’attire ici?

 Je toussai et la regardai droit dans les yeux, sans céder.  «Mon cœur… car je suis faite pour t'aimer. Je suis faite pour te servir, et c’est ce que je ferai dans la vie que nous partagerons ensemble. Que ce soit celle-ci ou une autre. J’ai su dès le premier jour où je t’ai vue que tu étais mon Destin. "

 Au début, elle eut l'air intrigué, mais elle finit par rire.  «Alors, tu es venue emporter la reine sur ton puissant destrier et elles furent heureuses et eurent beaucoup d’enfants? Oh s’il te plaît. Quelle est la raison?"

 «Je n'ai aucune autre raison que celle de vous aimer, «Dès l'instant où je vous ai vue en armure sur votre jument… Je me suis sentie proche de vous, et je sais que vous avez ressenti la même chose, je l'ai vu dans vos yeux quand vous m’avez regardée ce jour-là. Je le vois encore maintenant. Ce n'est pas seulement de la convoitise que je sens là, je vous assure… C’est bien plus profond ", ajoutai-je hardiment. J'espérais ne pas avoir outrepassé les limites sous peine d’être ligotée sur cette croix que j'avais vu le jour de mon arrivée.

 Elle n’avait pas l’air énervé, plutôt…. effrayée?  Elle se leva de son siège et s’approcha de la fenêtre.  «J'ai une amante", me dit-elle. Sa voix tremblait et je me dis que j’avais une chance. Je ne connaissais pas le plan d’Ares, mais je pouvais peut-être gagner l’affection de « cette » Gabrielle, et ouvrir son coeur comme elle avait ouvert le mien ...

 "Peu importe," lui dis-je, me rapprochant. "Vous avez peut-être une amante, mais je suis votre âme-soeur. Je suis ce qui vous a manqué durant toute votre vie, Gabrielle. Le vide que vous ressentez… c'est moi. Je sais que c’est vrai. Regardez, dis-je en me glissant derrière elle. "Vous avez le monde à vos pieds, mais ce n'est pas suffisant n’est-ce pas? Quelque chose reste encore à faire, hein?… Ce quelque chose qui vous manque, c'est moi."

 «Je devrais te tuer pour pour me parler de cette façon», dit-elle sévèrement.

 "Vous pourriez, mais alors, vous passeriez le reste de votre vie à vous demandez si je n’avais pas raison. A partir de maintenant, vous regarderez passer les années sans ce petit quelque chose de spécial qui vous empêchera de vous sentir complète. Et vous vous rendrez alors compte que j'avais raison . Peut-être que je suis ce que vous cherchez si désespérément. Mais alors, il sera trop tard, je serai morte et vous serez seule alors que vous auriez pu tout avoir.

 Gabrielle secoua la tête. Ses mains se tordaient dans un mouvement que je connaissais si bien.  Elle semblait décontenancée et tentait de se concentrer pour choisir les mots justes.  "Ce que tu dis est incroyable», dit-elle en s’éloignant.

 Elle était destabilisée, et je savais que je devais partir. Mon temps était limité. Sans autre réflexion, je la tirai vers moi pour l’enlacer, capturant ses bras. Mes lèvres trouvèrent les siennes; elle tenta de résister mais je restais contre elle, ne voulant pas la lâcher  Quelques instants plus tard, je sentis son corps se détendre et je desserrai mon étreinte. Je laissai mes mains glisser jusqu’à sa taille et à cet instant, je sentis ses lèvres me rendre mon baiser, avec incertitude. Au lieu de la laisser s'éloigner, j'approfondis mon baiser et laissai mes doigts courir dans ses cheveux courts. Je faisais attention à mes mains et je savais qu'elle faisait de même. Elle était trop intelligente pour se laisser aller et oublier où elles se trouvaient, prête à toute attaque si l'une de mes mains glissait trop loin; je les gardai donc figées, là où elle pouvait les sentir.

 Ce baiser passionné n’était pas un signe de soumission, loin s'en faut. Nous étions parfaitement conscientes de ce qui se passait. Je connaissais mes sentiments, mais je comprenais que cela soulève de nombreuses questions pour Gabrielle. Questions qui, si elle s’averraient trop effrayantes, pouvaient me couter la vie. Elle pouvait me tuer, de crainte que je sois toujours une menace ou que mon amour l’amène à sa perte. Nous nous écartâmes l’une de l’autre, le souffle coupé. Doucement, j’écartai mes mains toujours bien en vue pour qu’elle puisse les voir.

 «Vous voyez, votre Altesse,« lui dis-je. "Je ne vous veux aucun mal. Comme je l'ai dit, mon seul désir est de vous aimer si vous me le permettez. Je crois vraiment que vous êtes mon destin."

 Elle ne répondit pas. Pour une fois, ma barde bavarde avait perdu sa langue. Je lui fis un signe de respect et pris congé. Après avoir refermé la porte, je traînai dehors un moment. J’entendis un hurlement de colère ou de frustration et le plateau de nourriture claquer contre la porte. Je pensai retourner dans ma chambre en attendant de connaître mon sort ; soit elle viendrait me voir, intriguée, pour en savoir plus, soit elle me couperait la tête. Je resterai avec elle ou bien je serai morte, ce qui serait mieux que de vivre sans elle.

 Je me rendis compte que j’errais, toute à mes considérations sur mon avenir, et que je n’avais aucune idée de la direction à prendre, je m’étais perdue.  Dans un château de cette taille c’était compréhensible. Un déboire passager, pour sûr. Une patrouille passerait bien par là pour me remettre dans le droit chemin. Tant que ce n’était pas vers le billot , ça irait.

 A l’approche d’un long couloir, j'entendis deux personnes discuter. L'une d’elle était Callisto, mais l'autre voix semblait si paisible que je ne la reconnus pas. Je glissai jusqu'à l'angle et observai les alentours. C’était bien Callisto et l’autre, Najara. J’avançai encore de telle manière qu’elles ne puissent pas se rendre compte de ma présence.

 "Je ne suis pas sûre," dit Najara.

 «Tes voix t-ont-elles déjà menti auparavant? N’ont-elles pas toujours eu raison? Ecoute-les Najara. La Conquérante est bien trop puissante. Le royaume devrait être entre tes mains, sous ton contrôle et avec  tes compétences… Tu serais citée comme une héroïne dans tous les parchemins à travers les âges. "

 "Mais nous avons un problème. Si Gabrielle meurt, ce n’est pas moi qui la remplacerais."

 «Elle a un héritier?" Demanda Callisto.  "Qui?"

 «C'est un secret bien gardé - un rouleau contient les informations. Même moi je ne connais pas l'emplacement du parchemin, et très peu de gens savent qui est l'héritier – moi et peut-être deux ou trois autres personnes».

 "Qui sont ceux qui connaissent ce secret?" Insista Callisto.

 "La régente, je crois, et un des superviseurs. Mais je suis sûre qu’aucun ne trahira la confiance de la Conquérante."

 "Eh bien, nous devrons éliminer plus de gens, n’est-ce pas?"

 "Ecoute-moi!"  lui dit Najara. "Ce sont des personnes bonnes. Toutes. Elles ne méritent pas de mourir parce que les Djinns m’ont dit de changer la façon de gouverner de Gabrielle. Gabrielle est ma préoccupation - ma seule préoccupation, c’est la seule personne qui doit être éliminée. J'aime ma bien-aimée, mais j'aime encore plus mon pays, et si Gabrielle doit changer sa façon de gouverner, c’est maintenant et non plus tard. "

 "C'est pour quoi je suis là," remarqua Callisto. «Je vais la mettre hors d’état de nuire et tu pourras diriger le pays comme il te plaira. L'héritier est juste un 'bonus supplémentaire" à mon  travail. Je considère que c'est un «cadeau». Ca te plait? Maintenant, dis-moi, qui est l’héritier? "

 Je devais prendre une décision: laisser Najara lui répondre ou bien les interrompre?  J'entendis Najara hésiter et fis mon choix.

 "Oh désolée, votre Altesse, leur dis-je d'un air confus en traversant le couloir.  "Je crois biens que je me suis perdue. Pourriez-vous avoir l'amabilité de m’indiquer le chemin de mes quartiers?"

 Najara fut évidemment surprise, mais persuadée que je n’avais rien entendu. Callisto, en revanche, m’observa avec curiosité et se dit certainement que j'en savais plus que je ne le laissai paraitre.  Je ne montrai rien. La vie de plusieurs personnes que j’aimais était en jeu.

 "Je pourrais t’abattre ici Xena afin d’épargner cette peine à Gothos demain», fit remarquer Callisto.  "Vous ne dites rien, Majesté?"  Demanda-t-elle à Najara.

 Je pris un air emprunt de curiosité. "Je me perds dans les couloirs et tu veux me tuer? Si je ne te connaissais pas mieux, je pourrais croire que tu étais en train de comploter. Cependant, je vois du respect et de l'admiration chez l’épouse de la Conquérante, donc il est évident que ce n’était pas le cas." Je tirai mon épée de son fourreau.  "Alors je vais prendre ce défi pour ce qu’il est...:un défi - je serais heureuse de te rendre service, mais je te préviens… tu n’en sortiras pas vivante."

 Najara se mit entre nous.  "S’il vous plaît rangez vos épées. Vous aurez bien assez de temps pour démontrer votre savoir-faire dans l'arène, demain ... Xena, c’est bien ça?" 

 Je fixai Callisto quelques secondes avant de faire face à Najara. "Oui, votre Altesse. Je suis Xena."

 "Viens avec moi, dit-elle, me prenant par le bras.  "Je vais te montrer le chemin."
 Je la suivis, mais pas avant de laisser passer Callisto avec qui j'échangeai un regard glacial.
 Nous fîmes quelques pas avant que Najara n’entre en contact avec les  Djinns.

 "Tu as beaucoup souffert, Xena, mais tu as conservé ton bon cœur, et tu as choisi de lutter contre les ténèbres qui sont en toi. Quel courage." J'essayai de ne pas lever les yeux aux ciel et donnai la réplique pour cette scène.

 «Qui t'a dit ça?"  Je fis semblant d'être intéressée.

 "Le Djinn me l'a dit."  Nouveau monde, nouvelle équipe, et même vieille rengaine farfelue.

 "Le Djinn?" A ce stade, je choisis la brutalité, et j’eus la vision des mains de cette folle partout sur ma barde. Si jamais elle avait fait souffrir ma Gabrielle, je la transformerai de telle manière qu’elle ne se reconnaisse plus.

 "Oui, ils sont mes guides dans la vie. Ils sont mes Djinns". Je souris en pensant :  "Et je suis la reine d'Égypte." Une chose dont je me rappelais à propos de cette folle était qu'elle n'avait pas trouvé la voie.  Elle suivait son chemin selon ce que lui dictaient ses voix,  mais si on la mettait à l’épreuve, si on lui disait non, elle vous sautait au visage.

 «Tu es ici en mission?" Cela me destabilisa un peu.

 "Oui." Réfléchis  Xena.  «Je suis là pour montrer qui est le meilleur guerrier, ainsi que protéger et servir la Conquérante," Cette dernière partie fut difficile à exprimer.

 «Ma femme est incroyablement calme, n'est-ce pas?"  Le ton de sa voix était possessif.

 «C’est vrai." Et je n'essayai pas de cacher l’affection dans ma voix.

 "Tu n’as aucune famille, ummm ...?" Elle fit une pause comme si elle ne se souvenait pas de mon nom.

 Le couloir devenait interminable pour quelque étrange raison.  "Xena".  Terminai-je

 «Ah oui, Xena." Soupir.

 "Non, pas de famille."

 "Hum, dommage."

 Je priai qu’elle en finisse au plus vite quand elle ajouta: «Voici le couloir qui mène à la caserne, je suis sûre que tu pourras retrouver ton chemin maintenant".

 "Oui, je vous remercie, Majesté." Nous échangeâmes des sourires polis et je retournai dans ma chambre. La Najara de ce monde ne connaissait pas mon sens aigu de l’ouïe car j'entendis son chuchotement. "Et reste sur tes gardes »
 L'idée que Callisto complotait avec Najara me fit froid dans le dos...
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 «Montre-toi, Ares". Ai-je appelé.

 C'était tout ce dont j'avais besoin.

 «Je déteste quand tu fais ça, Xena."  L'odeur de son arrivée remplit la pièce.

 "Et je te déteste vraiment Arès."

 Il fit semblant qu’une flèche lui traverse le coeur.  "Ohhh, aïe! Score un pour l'inconnue, ou est-ce l'ancienne princesse guerrière?"  Il s’affala sur le lit et m’envoya un sourire malicieux.

 Je n'avais pas vraiment le temps pour cela.  "Que veux-tu maintenant?"

 Il rit.  "Toujours droit au but, hein Xena?"  Je détestais son sourire supérieur.  "Aloors, que penses-tu de la nouvelle barde?"

 "Quand tout sera terminé Arès, tu sauras ce que je ressens." Je m’assis sur la chaise et nettoyai mon épée, semblant m’ennuyer. Peut-être partirait-il plus vite et irait-il torturer quelqu’un d’autre.

 "Oh, j’ai tellement peur... mais franchement, n’est-elle pas incroyable?"  Il s'appuya sur ses coudes et croisa ses jambes au niveau des chevilles. "Je veux dire, tu vois le pouvoir qu’elle a? C’est remarquable, et elle pense avant d’agir."

 Je devais admettre qu’elle m’avait vraiment impressionnée, mais je préfèrais embrasser le derrière d’un centaure plutôt que de le lui avouer. "J'aurai bientôt une nouvelle épreuve Ares, y a t-il un but à tout cela?"

 "Mon but est Gabrielle, elle voit clair à travers ton petit stratagème sexuel. J’ai fait beaucoup de choses avec elle, différentes de celles que j’ai pu faire avec toi."  Je levai un sourcil.  «Par exemple, je l’ai laissé garder son enfant près d’elle, mais en le cachant afin qu’il n'entraîne pas d'ingérence dans ses fonctions."  Plus je l’ignorais, plus sa colère montait, mais pour une raison quelconque, les poils de ma nuque était en alerte.  "A la différence de toi que j’ai persuadé d’abandonner son enfant."

 J’entendais mon coeur battre dans mes oreilles. Il sourit encore une fois, sachant qu'il avait obtenu mon attention.

 "salaud!"  Il éclata de rire et disparut. Je reposai mon épée par-terre et fis les cent pas. Je me rappelais la naissance de Solan. Borias avait presque réussi à me faire croire que nous pourrions nous en sortir et fonder une famille, ce que je voulais, alors .....

 «Par les Dieux!" Ares m’avait poussé à l’abandonner, ma soif de pouvoir était plus importante que l’amour de mon enfant. Après sa naissance j’avais fait tant d'autres choses. J'avais trahi les Amazones, les Centaures, la plupart des gens de Chine et Borias. De toutes les façons, je ne pouvais pas le garder, et c'est ce que voulait Ares. Je me demandai ce que serait devenue ma vie si j'avais gardé Solan et avais fui avec  Borias.

 "Allez Xena, réfléchis."  Je marmonnais à voix haute. Ares était énervé car j’étais parvenue à atteindre Gabrielle aujourd'hui alors qu’il n’avait fait cela que pour m’atteindre moi. C’était ça la raison, j'avais trouvé sa faiblesse et cela lui faisait peur. Aujourd'hui, j'avais senti une petite lueur de la vraie Gabrielle, elle était toujours là. L'inconvénient dans tout cela, c’était que je devais m’occuper de Hope par-dessus tout.

 Le cri de Gabrielle mit un terme à ma rêverie, j'attrapai mon épée et volai littéralement vers la porte de sa chambre. J'en étais là quand ma mère apparut sur mon chemin pour m’arrêter.

 "Cyrène, qu ... je dois aller voir la Conquérante, elle est en danger." Elle ne fit pas le moindre mouvement puis me fit signe de la suivre. Là encore, nous entendîmes un cri d'agonie et le bruit d’objets brisés.

 Mon coeur me disait de courir protéger mon amour, mais ma mère secoua la tête et me tira dans une chambre. Nous entrâmes dans ce qui devait être sa propre chambre, elle me poussa sur un siège, écrivit quelque chose et me le tendit.

 «Tu ne veux pas interrompre la Conquérante quand elle affronte les démons de son passé, mon enfant».

 "Explique-toi". Ai-je dit en lui rendant son parchemin. Je devenais impatiente de connaitre l’histoire au fur et à mesure qu’elle écrivait.

 "Elle est de sale humeur et a bu trop de bière aujourd'hui. Ca lui arrive parfois lorsque ses souvenirs viennent la hanter. Les choses de son passé comme sa soeur, sa famille, l'attaque, l'emmènent dans un endroit sombre que même l’épouse de la conquérante ne peut détourner avant qu’elle ne se calme d’elle-même."  Je comprenais exactement ce qu'elle voulait dire, j'avais vécu cela de nombreuses fois dans ma vie. L'esprit peut parfois être très cruel, le plus souvent au mauvais moment. Chaque fois que je fermais les yeux, je devais revivre la mort de mon frère, ma mère en pleurs ...

 "Tu ne m’as pas tout raconté sur la Conquérante, tu t’es arrêtée quand son oncle l’a trouvée." Elle hocha la tête et plongea la plume dans l'encre fraîche. Avec mon excellente ouïe, je pouvais toujours entendre de faibles gémissements, des pleurs étouffés. Cela m’était extrêmement difficile de ne pas me précipiter pour la prendre dans mes bras, la tenir serrer tout contre moi. Mère me tendit le parchemin et je vis des larmes dans ses yeux.

 "Son oncle Morose a soigné Gabrielle du mieux qu'il a pu, mais l'enfant ne disait pas un mot, à personne. Il pensait que c'était surement un choc à la tête qui l’avait rendue muette. Un jour, il est allé vérifier et elle avait disparu. "

 "Elle voulait se venger?" Elle hocha la tête comme je lui tendais le parchemin. C’était très pénible pour ma mère d’écrire et je n'étais pas sûre d’être prête à l'entendre.

 "Cette petite fille était loin d'être guérie et loin d’être une guerrière, mais elle était remplie d’une haine extrême. C'est la haine et l’épée de son père qui l’ont accompagnée jusqu’au camp de Cortese, tout du moins l’un d’entre eux. Elle trouva quelques uns des soldats incriminés et, si je me souviens bien, en a attaqué trois avant que le quatrième ne la frappe par derrière. Ce qu'ils lui ont fait est au-delà de la brutalité et cela elle dura des jours." Je dus arrêter ma lecture un instant pour reprendre mon sang-froid.  J’inspirai un grand coup et repris le récit.

 "Ce que les hommes ne savaient pas c’est qu'ils campaient sur la terre des Amazones. Je n'ai pas besoin de te dire ce qu’elles ont fait à ces hommes quand elles les ont découverts?"
Non, ce n’était pas la peine, être simplement sur leur terre était un crime puni de la peine de mort. Si un ou deux avaient de la chance, ils pouvaient être utilisés pour la reproduction avant de mourir, mais torturer une femme assure une mort lente et douloureuse.  Je lis à nouveau.

 "Melosa, la reine, prit Gabrielle sous son aile et l’entraina. Elle trouva des soeurs et de la famille, mais peu importe ce que Melosa ou les autres faisaient, elles ne pouvaient enlever la vengeance du coeur de Gabrielle. Elles ont également découvert que Gabrielle était enceinte, mais même cela n’arrêta pas sa soif de sang. Pendant que les Amazones édifiaient une nation et détruisaient tout sur leur passage, Ephiny aida Gabrielle à accoucher secrètement. Personne ne savait. Une lune après la naissance de l'enfant, elle  découvrit que certains de ses hommes essayaient de la renverser, et c'est à ce moment que je suis entrée dans sa vie. J'ai accepté de m’occuper de Hope comme si c’était ma fille, pour la garder en sécurité. Je suis redevable à Gabrielle de m’avoir épargnée. Ephiny qui fut, et est encore sa meilleure amie, reçut la bénédiction de Melosa, et elles sont parties toutes les deux à la conquête du monde. À ce jour les Amazones et même les Centaures sont alliés à la nation de la Conquérante. "

 Je n'avais pas de mots, je lui rendis juste le parchemin ... Avec les Centaures et les Amazones alliés à la nation de la Conquérante, Gabrielle avait réalisé tout ce que je voulais faire quand j'étais plus jeune. Ares avait en effet créé la reine guerrière parfaite. Je me sentais mal, une partie de moi était jalouse qu’elle ait réussit là où j’avais échouée. Ou bien était-ce du respect?  L'autre moitié était un croisement entre de la peur pour son âme et un sentiment de tristesse pour tout ce qu'elle avait traversé afin de réussir.
Je sentis le parchemin dans mes mains et je fixai les mots.

 «Ca va, Xena?"  Je pouvais presque entendre la voix de ma mère.

 "Ouais, c'était juste un peu difficile comme lecture."  Elle tapota mon bras et écrivit de nouveau.

 "Tu ferais mieux de te reposer, un peu, petite, tu as une longue journée demain."  Petite?  Elle ne m’avait pas appelée comme cela depuis mes cinq ans.

 «Je ferais mieux de me reposer, merci." Je lui donnai une accolade en lui souhaitant une bonne nuit, et comme je fermai la porte je m’arrêtai et observai le couloir menant à la chambre de la Conquérante. Tout semblait calme, elle devait avoir cessé de pleurer.

 "Je promets de te sortir de ce chaos, Gabrielle."  Murmurai-je en rejoignant ma chambre.

 Chapitre 4

 Le soleil brillait dans l'arène - éblouissait, en fait. Il était difficile de regarder chaque épreuve, en attendant mon tour. Callisto passait en deuxième position dans la dernière manche et, comme moi, elle  regardait chaque combat, jetant de temps en temps un oeil dans ma direction. Je ne croisais pas directement son regard mais je le sentais sur moi, m’examinant.

 Mes yeux étaient fatigués. J’avais passé l’après-midi à regarder chaque concurrent échouer et, quand je ne regardais pas les matchs, en attendant mon tour dans la queue, mes yeux se posaient sur la Conquérante à son trône. Ephiny assise à sa droite, Najara à sa gauche.
C'était comme si, dans cette vie aussi, Gabrielle pouvait me sentir. Chaque fois que je regardais ma barde, quelques secondes passaient avant qu'elle ne verrouille ses yeux dans les miens.
À un moment, je léchai mes lèvres dans le souvenir de notre baiser et je vis Gabrielle rougir légèrement- ses yeux quittant rapidement les miens. Je remarquai sa réaction mais ne fus pas la seule, Najara aussi. Je savais qu'elle me voyait sourire à son amante, mais je m’en fichais. Le fait de ne pas flancher une seule seconde devant son regard d’acier semblait la mettre dans une rage folle.
De l'autre côté de la cour, je m’apercevais à quel point cette jeune femme rousse au teint clair avait grandi.

 Najara caressa le bras de Gabrielle et me montra du doigt, ce qui eut pour effet de faire hausser les épaules de Gabrielle ; mais la discussion qui suivit s’échauffa et Gabrielle leva les mains en l'air alors que Najara fuyait derrière le rideau royal. Ephiny se pencha et chuchota quelque chose à l’oreille de Gabrielle, qui lui sourit en retour dans un hochement de tête; elles me rappelaient les deux soeurs Amazones de mon monde, conspirant et gloussant le matin autour d'un feu de camp.

 Je me rendais bien compte que ce n'était pas les deux mêmes femmes et d’une façon ou d’une autre je devais dénouer le fil que le dieu de la guerre avait tissé. Plus j’y réfléchissais, plus je réalisais que l'amour était à l’opposé de la guerre, et si Ares avait pu créer ce monde, alors peut-être. . .

 "Maintenant, il faut faire marcher ton cerveau "

 La voix me surprit et je me retournai pour faire face à Aphrodite.

 "Tu peux m’aider?"  lui demandai-je.

 "L'amour peut résoudre ce problème», répondit-elle.  «Tout ici est illusion d’Ares. Quand je suis allée chercher des pois de senteur et suis revenue bredouille, j’ai aussitôt compris qu’Ares y était pour quelque chose."

 «Et il t’a donné une explication spontanément?" Demandai-je avec scepticisme.

 "Oh non," gloussa t-elle.  «Mais j'ai menacé de jeter un sort à tous les animaux de plus de trois pieds de haut qui pourraient l’« aimer profondément »si tu vois ce que je veux dire... Et là, sa langue s’est déliée !"

 «Tu peux être méchante," lui souris-je d’un air conspirateur.

 "L'amour fait mal", répondit-elle avec un malicieux froncement de nez.

 Je ne pus que rire.  Ma foi dans les dieux était infime mais je devais l’admettre - quand ça venait d’Aphrodite, ça changeait tout. Égocentrique et totalement absorbée par son travail la plupart du temps, certes, mais Aphrodite aimait ma barde presque autant que moi. Elle s’était opposée à tous les dieux de l'Olympe pour s’assurer que Gabrielle était en sécurité quand ils se sont acharnés sur ma famille, elle les a suppliés afin de protéger Gabrielle pendant que les autres complotaient. Oui, Aphrodite était différente. Et, bien que je ne l’admettrais jamais devant elle, je me sentais redevable. 
 " Alors, comment puis-je obtenir des « pois de senteur » comme tu les appelles pour revenir dans notre monde?" Ai-je demandé.

 « L’amour", répondit-elle, sûre d’elle.  «Tu as fait naître son désir – bien joué, mais l'amour... L'amour ne sera pas facile et c'est ce qu’il faudra gagner pour que ce monde se dissolve et que tout revienne à la" normale "... Mais prends bien en compte ceci , Xena, si tu parviens à ne rien demander, ce monde t’appartiendra car ici personne ne connait la "terrible Princesse guerrière " »

 Ce serait parfait si je savais que tout n’est jamais tel qu’il paraît.

 «C'est vrai», convena t-elle en lisant de nouveau dans mes pensées.

 "Mais Gabrielle crie la nuit. Elle est torturée par son passé, mon passé. C’est vrai, ça la rend plus forte que je ne l’aurais jamais imaginé mais ça la hante aussi... Elle n'est pas ton « pois de senteur » dans cette vie."

 Aphrodite acquiesca.  «Tu as raison", répondit-elle.  «Alors, pour toi les inconvénients l'emportent sur les avantages, hein?"

 "Oui," répondis-je.  «Elle ne mérite pas ma vie. Et il est beau de dire que nul ne connaît la Princesse guerrière ici, mais ce n'est pas vrai car moi, je la connais. J'ai mes démons. Je sais ce que je suis capable de faire - même si personne ne peut m’égaler dans ce monde. Ce n'est pas la pire des compensations, Aphrodite. "

 "Alors gagne son coeur", me dit la déesse avec confiance.  "Gagne son coeur... Et ramène-là chez elle. Toutes les réponses sont en toi petite guerrière».

Sans un mot, la déesse disparut. Je rebroussai chemin jusqu’au trône pour voir la personne qui faisait battre mon coeur. Gabrielle était toujours là, Ephiny à sa droite. En revanche ce qu’il y avait à sa gauche me mit hors de moi : Ares. Son sourire obséquieux m’ulcéra alors qu’il bavardait avec ma barde comme s’ils étaient de vieux copains de l'académie. Il se pencha pour lui donner un léger baiser sur la joue, et ça me retourna l’estomac. Je fermai les yeux et sus que mon temps était compté.  Si Ares la ralliait à sa cause, je n'étais pas sûre de réussir.

 Le dernier combat commença et se termina sans que je m’en aperçoive. Entre ma conversation avec Aphrodite et mes regards appuyés vers Ares et Gabrielle, je n'avais pas remarqué la disparition de Callisto. En jetant un oeil dans l'arène, je la vis me sourire méchamment, fière d’avoir un pied sur le cadavre de Dagnine. Certaines choses étaient immuables dans cet autre monde et cela me donna un nouvel espoir. Si tel était le cas, alors cette Gabrielle pourrait m'aimer autant que celle de mon monde.

 "Tu es la prochaine», entendis-je un des gardes me dire en me poussant dans l'arène. Le bruit de la foule était assourdissant mais je ne voulais pas me laisser distraire. Je n'avais plus qu'un seul combat à terminer pour ensuite aller de l'avant. Je pourrais me rapprocher de Gabrielle et peut-être mettre définitivement Callisto hors d’état de nuire.

 Je fermai les yeux et pris plusieurs grandes inspirations pour me laver la tête et me concentrer sur mon objectif : ramener Gabrielle. Je ne vis rien venir, il était trop tard, et je sentis l'aiguillon de la fléchette s’enfoncer dans mon cou jusqu’au sang.

 "Fille de Bacchantes! Marmonnai-je en tirant sur la fléchette  et en grimaçant. Racine de benzodiazépine, exactement ce dont j'avais besoin... Tout se mit à ralentir autour de moi, très certainement jusqu’au sommeil, mais heureusement pas jusqu’à la mort, sauf si je prenais une épée dans le ventre à cause des effets du poison.

 Gothos ne perdit pas de temps pour m’attaquer, et mon principal problème fut : lequel des trois Gothos allaient m’attaquer en premier?  Celui du milieu pouvait me trancher l’épaule gauche. Qu'est-ce que couper une épaule pour une brute?  Il faudrait que je me protège mieux.

 Je faisais mon possible pour bloquer chaque coup d’épée, mais le pied dans l’estomac me courba en deux. Alors que je m’enroulais sur moi-même, mon instinct de survie se réveilla subitement.

 "Ne t’inquiéte pas, mon amie, je vais faire vite."  Mon corps pouvait sentir le souffle de la mort mais mon épée le tint hors de portée de sa propre initiative. Je me mis à hurler mon cri de guerre.

 "Tu es bien présomptueux, mais j’adore ça." Les hommes comme lui sont tellement arrogants que sa nouvelle attaque me fit ricaner.  Je l’attrapai au visage d’un revers de la main et lui donnait des coups de pied dans l'estomac. Il fallait que j’en finisse au plus vite car ma vision commençait à s’assombrir.

 Je lui tournai le dos pour essayer de me concentrer sur l'endroit où se trouvait Gabrielle, alors que mon environnement devenait vertigineux. Je poussai un cri, et fit virevolter mon épée vers l’arrière pour enfoncer la lame dans la gorge de Gothos. Après cela, tout devint noir, le poison faisait effet.

2 -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 Je me réveillai dans une chambre qui n'était pas la mienne. Un grand lit, des draps de soie luxueux avec de belles tapisseries autour. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que je me trouvais dans la chambre de la conquérante

 «Tu es réveillée." Je regardai sur ma droite en essayant de faire le point, et rencontrai des yeux verts inquiets.

 "De l’eau, s’il vous plaît." La Conquérante m’en versa dans une tasse et me soutint la tête pendant que je buvais.

 "Depuis combien de temps suis-je évanouie?" La tasse fut retirée brusquement de mes lèvres et les yeux inquiets devinrent coléreux.  Je réalisai que je m’adressais à la Conquérante comme si c’était ma Gabrielle.

 "Vas-tu-me dire qui t’a empoisonnée, ou allons-nous continuer ce petit jeu?" Demanda-t-elle, en se retournant pour poser le gobelet sur la table et tirer une chaise vers le lit.

 "Quel jeu?, Je..." Je voulus continuer mais sa colère m’arrêta net.

 "Explique-moi pourquoi tu cries mon nom! Personne, exceptés quelques proches, ne connait mon nom, guerrière. Il vaut mieux me dire la vérité, sinon je t’étripe sur le champ."

 Ses yeux étaient si froids. Je n'arrivais pas à retrouver ma voix.

 "Mon guérisseur a trouvé la fléchette sur ton cou, mais aucune fléchette dans les alentours. Najara a cherché". Je levai les yeux au ciel alors que les siens s’assombrissaient encore. Najara n'a pas trouvé.  Quel choc!

 "Pour répondre à votre première question, je ne sais pas qui m’a empoisonnée mais j'en ai une petite idée."  La même personne qui veut ta mort, Seigneur Conquérante, voulais-je lui dire, mais je me retins.  "D’autre part, j'ai entendu votre prénom suite à une maladresse de Najara, qui s’est très vite reprise. Quant à la raison pour laquelle j’ai crié votre nom, c’est à cause du poison et parce que vous envahissez mes rêves depuis que je suis arrivée ici."

 Ma dernière déclaration sembla la troubler, mais pas longtemps.

 "Si c’est encore pour me répéter ta déclaration d’amour, tu peux te la garder." Je fermai les yeux, incapable de supporter d’être à ce point blessée. Je les rouvrai pour apercevoir une expression de ... regret?  La Conquérante semblait plus destabilisée que jamais.

 "Reste ici guerrière, tu auras besoin de force car à partir de maintenant tu  fais partie de ma garde royale." Elle se tourna vers la porte.

 La drogue faisait-elle toujours effet ou bien avais-je tout simplement oublié toute prudence : "Je t'aime, Gabrielle."  Les mots étaient sortis avant que je ne puisse les retenir mais je les prononçai de tout mon coeur. Elle s’arrêta et je fermai les yeux une dernière fois avant de retrouver Hadès.

 Rien ne se passa. La porte se referma sans un bruit.  Je rejetai ma tête contre le lit, soulagée et épuisée.  J’allai tomber dans un profond sommeil quand un coup à la porte me réveilla.

 "Quoi encore?" Murmurai-je. "Entrez!"

 A ma grande surprise, Ephiny passa la tête dans l’embrasure.

 «Comment te sens-tu, Xena?" Je fixai cette inconnue qui était pourtant mon amie depuis plusieurs années.

 "J'ai retrouvé mes esprits, mais l’épaule me fait un peu mal."  Elle sourit et proposa à quelqu'un d’entrer. Cyrène apparut avec un grand sourire en me tendant une magnifique robe rouge.

 Ephiny parla «Si tu le peux, la Conquérante réclame ta présence à la fête de ce soir." J'aurais parié plusieurs dinars qu’Ephiny sentait l’alchimie entre Gabrielle et moi.

 "C’est d’accord, je te remercie."

 Cyrène jeta la robe en travers de la chaise et vint me picorer la joue avant de partir.

 "Le dîner commence dans quelques marques de bougies, un bain t’attend." Ephiny me fit un sourire et sortit.

 Pour la première fois depuis que tout avait commencé, je voyais une lueur d'espoir.

 Les servants  sous les ordres de Cyrène m’avait préparé un bain aux agréables senteurs d’huiles et de savons dont j’avais grand besoin. Je glissai mon corps endolori dans l'eau chaude.

 «Dieux, cela se sent si bon." murmurai-je en attrapant un pain de savon pour me frotter.

 Je cessai subitement de me laver en entendant deux femmes crier au loin. Cétait la Conquérante et Najara.

 « Pourquoi cette guerrière est-elle dans notre chambre? » 
Oh, apparemment son Djinn ne lui était pas d’une grande aide contre la jalousie.

 "Elle est dans ma chambre parce qu'elle fait partie de ma garde royale et que quelqu'un a essayé de l'empoisonner." Je pouvais imaginer le regard de Najara.

 «Il n'y a aucune preuve Gabrielle."

 "Fin de la discussion, Najara!" Il y eut un fort claquement de porte. Je repris ma toilette en contemplant ma robe. Cette soirée risque d‘ être  intéressante, me dis-je. Il est temps de séduire ma bien-aimée.

3---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 Quand je fis mon entrée dans la pièce avec ma robe rouge, les cheveux entassés sur la tête, avec quelques mèches pendantes, tout s’arrêta. Tous les regards se tournèrent vers moi avec admiration, même Callisto semblait intéressée. Mais je ne recherchai qu’une seule paire d'yeux dans cette salle.

Gabrielle parlait avec Ephiny dans un coin. Je pensais que leur conversation était arrivée à son terme mais en voyant Gabrielle serrer plus fort son gobelet, je me dis que finalement, elles n’en avaient pas fini.  Ca pouvait être vraiment très intéressant, en effet.

 Je balayai rapidement la salle du regard et vis Najara avec un air penaud. J'aurais aimer l’aborder assez vite, mais pour le moment, je m’approchai de la Conquérante, pour lui faire mes respects, bien entendu.

 Comme j’avançais, les conversations autour de moi reprirent et chacun retourna à ses occupations.  Exceptées Gabrielle et Ephiny qui continuaient à discuter doucement alors que m’approchais; je remerciais les dieux pour mon ouïe si fine me permettant d’entendre des bribes de leur conversation.

 «Dieux que le pays des Amazones me manque," soupira Ephiny.
 "Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de retourner sur les terres amazones, Ephiny, sans vouloir t’offenser »

 Les paroles de Gabrielle me firent sourire, et je m’approchai d’autant plus. Une fois devant elles, je fis un signe de tête respectueux aux deux femmes- à Gabrielle d’abord, puis à Ephiny.

 «Conquérante, Régente. » Leur dis-je poliment avant de reporter toute mon attention à Gabrielle.

 "Je tenais à vous remercier personnellement, Majesté, pour ce bain et cette magnifique robe."

 "Elle te va à ravir», répondit Gabrielle. «J’ai deviné ta taille. Peu de femmes ont ta stature dans ma cour. En fait, je n’en vois qu’une."

 "Oh oui," Ephiny opina de la tête. "Alti. Dommage qu’elle soit si affamée de pouvoir."

 "On récolte ce qu’on sème", Gabrielle sourit.

 A la mention de ce nom, je me demandai si Arès n’avait pas encore ajouté un nouveau problème.
 "Qui est alti?"  Demandai-je poliment.

 "Etait Alti," corrigea Ephiny avec un sourire tout aussi diabolique que celui de la conquérante.

 "Elle est à Thèbes», répondit Gabrielle.

 "Et en Chine," Ajouta Ephiny.

 "Et quelques morceaux en Britannie si je ne m'abuse."

 Elles éclatèrent de rire et je souris, mal à l'aise. «Alti n’était-elle pas une amie de la république?"

 «À une époque, elle fut ma plus fidèle conseillère», expliqua Gabrielle. "Mais son désir obsessionnel de changer les lois de mon royaume lui a fait perdre son bon sens. Même son don de prophétie ne lui a pas permit de  prévoir ce que je lui réservais."

 "Le destin est une notion difficile à combattre", j'ajoutai.
 «Si tu crois dans le destin peut-être," rétorqua Gabrielle.

 «Alors, vous n'aviez pas de plans pour contrôler le monde, ma conquérante?"

 «Non, c'était l'idée du Dieu de la guerre, répondit-elle honnêtement.

 Je me demandais si Gabrielle n’était pas un peu ivre. Sa garde était au plus bas depuis que nous nous étions rencontrées.  Peut-être qu’Ephiny aussi.  Il est évident qu’elles avaient une relation étroite et Gabrielle semblait très à l'aise en sa compagnie.

A en juger par la manière dont Ephiny regardait Gabrielle je savais que si j'avais des alliés dans ce monde - elle en faisait partie.  C’était un excellent choix de la prendre comme bras droit - loyale, généreuse, fiable. Etonnant qu’elles ne soient pas amantes.

 Ephiny s’éclaircit la gorge. "Bien que je doive retourner dans le hall d’entrée, j’aimerais saluer l’arrivée de Solari ce soir."

 "Je sais que vous deux avez beaucoup de... travail toutes les deux... mais vous êtes invitées à revenir ici bien sûr," Dit Gabrielle.

 Ephiny rit.  "Oui, Majesté. Nous serons de retour ici avant de nous coucher. Il serait impoli de ne pas le faire, mais ça ne durera que le temps d’un petit bonjour».

 Gabrielle se mit à rire. Elle riait? Oh oui, à cause du vin.
 "Prends soin de toi, mon amie», dit-elle à Ephiny.  "A tout à l’heure."
 Ephiny me fit un signe de politesse, que je lui renvoyai, et elle s’esquiva.

 Je voulais faire pression sur elle pour obtenir des informations sur Ares, mais je fis marche arrière. Une bonne discussion valait bien mieux.  "Je suppose que son amour vit loin», demandai-je.

 "Oui. En Amazonie. C’est une garde de la reine Melosa » répondit Gabrielle.

 Voilà un nom que je n’avais pas entendu depuis des années. Je me demandais.... "Avez-vous entendu parler d'une Amazone nommée Velaska?"

 «Oui, encore une femme assoiffée de pouvoir. Comment la connais-tu?"
 «Je connaissais quelques Amazones étant jeune, lui répondis-je vaguement.  «J'ai entendu dire qu'elle pouvait être une vraie plaie".

 "Elle ne cause plus de difficultés depuis longtemps. Elle est morte. Ma régente a réglé la question il y a des années», sa façon de dire la chose souleva une floppée de questions dans ma tête. "Tu veux boire? Tu n’es pas encore officiellement en fonctions", sourit-elle.

 "Ce serait merveilleux, ma Conquérante, lui répondis-je respectueusement.

 "Garcon !", appela-t-elle. Un jeune homme arriva avec un plateau de gobelets,  elle en  prit un et me le tendit. Je pris le verre délicatement, faisant bien attention à laisser mes doigts toucher les siens quelques instants.

 "Merci, Majesté," Je hochai la tête avant de boire une gorgée.
 "je t’en prie", répondit-ele avant de jeter un oeil dans la salle.

Je comprenais très bien ce qu'elle était ressentait, elle était sur le qui-vive, pour que tout se passe au mieux et que tout soit à sa place, sans problèmes. Je ressentais, tout comme elle, le besoin d’être toujours sur mes gardes, ça pouvait rendre fou.

 "Puis-je vous poser une question, Majesté?"
 «Bien sûr - je ne peux pas te garantir une réponse, mais tu peux."
 "Etes-vous satisfaite de votre vie?"

 La question sembla la gêner, comme si c'était une chose à laquelle elle n’avait pas pensé depuis très longtemps. Elle but une gorgée nerveusement et fixa ses sandales. C'était une question directe. La puissante conquérante paressait bien petite devant cette simple interrogation. Elle leva sa main bien haut et s’adressa à moi.

 «Eh bien, pour l'essentiel nos gens sont nourris. La majeure partie sait lire et écrire, des hommes d’état aux simples agriculteurs".

 «Sans vous manquez de respect, Majesté, voilà une excellente chose, et en partie grâce à vous, mais qu'en est-il de vous? Etes-vous heureuse?"

 Gabrielle se pencha sur son gobelet. 
 - Est-ce que ça a à voir avec ta déclaration de ce matin dans ma chambre? Attention, ta réponse peut te coûter la vie."
 - Si vous aviez vraiment envie de me tuer, au plus profond de votre coeur, vous l’auriez déjà fait . Mais je ne crois pas que vous le feriez."

 Gabrielle leva la tête et m’offrit un sourire carnassier.  «Tu ne me connais pas."

 – Sauf votre respect, Majesté, je pense qu'il y a des endroits enfouis en vous que vous ne connaissez pas. Vous avez déjà eu de nombreuses occasions de me tuer et vous ne l‘avez pas fait."
 - Me pousserais-tu à recommencer?" Ses mots étaient fermes mais je gardai mon calme et trouvai le courage de lui sourire alors qu’elle fronçait les sourcils.
 – Non, Majesté," Je répondis honnêtement : «Je veux tout simplement comprendre pourquoi une femme qui tient à ce que son peuple soit nourri et éduqué, met tant de barrière contre ceux qui l'aiment infiniment."

 "Comme je l'ai dit, j'ai déjà une amante".

  - Et comme je l'ai dit, je t'aime plus qu’elle». Ces mots la firent prendre nerveusement un autre verre.
 - Je suis sûre qu’un jour, je serai jugée sur mon profond amour, et tout se passera bien."

 "Qui es-tu?"
 "Je sais que tu ne crois pas à cette idée... Mais je suis ton destin. Nos âmes sont jointes et je viens de très loin pour être ici aujourd’hui."
 "Tu utilises ces mots idiots de poètes et de dramaturges, répondit-elle sarcastiquement.

 "Tu utilises les mots d'une femme qui n'a jamais vraiment connu l'amour," contestai-je.

Le brasier dans ses yeux se transforma en enfer. Je savais que si elle avait eu une épée sur le dos à ce moment précis, elle m’aurait tranchée la gorge. Avant qu’elle ne puisse poursuivre, Najara se glissa sur le les coussins, nous surprenant toutes les deux.

 «Tu as l'air tendu ma chérie», dit Najara en repoussant les cheveux derrière l’oreille de Gabrielle.  L'envie de tendre la main pour arrêter ce geste et gifler Najara était forte.

 «C’était une longue journée," répondit Gabrielle avec un sourire vers son amante. Je la connaissais, c’était un sourire de façade.

 «Eh bien, je vais vous laisser à votre intimité,« leur dis-je en m’inclinant.  "Merci encore, ma Conquérante, de ta générosité aujourd'hui, j’ai apprécié."

 Gabrielle me fit un signe de tête et je me détournai lentement pour faire face à la salle. De l’autre côté, Callisto était assise à une petite table, examinant la foule. Je m’approchai lentement de sa table, y posai mes mains à plat et me penchai vers elle pour accaparer son attention.

 "Un petit conseil, n’essaie pas ce soir. Trop de témoins. Et seconde suggestion... lorsque tu essayeras à nouveau de me tuer, fais en sorte que ça marche."

 Puis je me retournai si vite qu’elle ne vit pas arriver le coup de poing sur son nez. Le sang coula avant même que son dos ne claque contre sa chaise. Les bavardages dans la salle cessèrent de nouveau et, tout aussi tranquillement, je retraversai la salle. Une fois dehors, j’entendis la fête reprendre. Eh oui, j’ai toujours réussi mes entrée et mes sorties.

 Chapitre 5

 La vision de Najara ne me lâchait pas; l'air me manquait et j'étais hors de moi.

 "Qu’est-ce qui ne va pas Xena? On dirait que tu as avalé ton Chakram de travers."

 "Qu’y a t-il Ares? Je ne suis pas d'humeur à écouter tes sornettes." Je fis volte-face et le vis appuyé contre le mur.

 "Tss, Tss, tu pensais qu’habillée de la sorte, Gabrielle te sauterais dessus, hein?"  Il s’approcha plus près, un doigt au bord des lèvres. «Et pourtant, malgré tes yeux de biche, elle est dans sa chambre en train de chevaucher son amante."

 J'entendis Najara crier le prénom de Gabrielle. Je grognai et lui envoyai un coup de poing qu’il évita.

 "Pas cette fois, Xena."  Il sourit, prêt à disparaître.

 «Rappelle-toi que tu ne m’as encore jamais battue Ares".

 «Il y a toujours une première fois Xena."  Il me souffla un baiser et disparut en riant.

 Je détestais son rire.

 Je balançai mon poing contre le mur tentant de dompter l'incendie qui faisait rage en moi. Les mots d’Ares s’infiltraient en moi, et j’eus la vision de ma femme avec son amante.

"Xena?"  Une petite voix me sortit de mon tourment. J'admirais ces jolis yeux verts bien trop familiers.  "Tout va bien?"  Hope avançait ses lèvres, comme le faisait sa mère.

 «Je vais bien."  Je caressai sa précieuse tête. Que faire si je ne pouvais offrir qu’une moitié de chance à Hope de s’en sortir?

 Je me sentais si coupable. Je la pris dans mes bras.

 "Tu es belle ce soir."

 "Merci Hope." Je la serrai un peu plus et la reposai sur le sol. "Pourquoi une jeune fille comme toi est-elle debout si tard?"

 Elle m' offrit un joli sourire tout en fossettes »Grand-mère me permet de rester éveillée les jours où je n'ai pas école."

 «Où est ta grand-mère?"

 "Dans la cuisine, comme toujours."  Je suivis l’enfant jusqu’à la cuisine. Pour une raison inconnue, je ressentais le besoin de voir ma mère, même si elle n'avait aucune idée de qui j'étais réellement.

 Elle était penchée sur une casserole qu’elle remuait, ajoutant toutes sortes d’épices. Au loin, on entendait encore les bruits de la fête.

 »Grand-mère? Xena est ici pour te voir. »  Mère posa sa cuillère sur le côté et nous sourit.  Après s’être essuyé les mains, elle attrapa un rouleau de parchemin et écrivit quelque chose avant de le tendre à Hope.  L'enfant fit la moue et inclina la tête.

 "Oui, madame, dit-elle docilement, en embrassant la joue de ma mère.

 "Bonne nuit Xena, je dois me laver et aller au lit." la gravité de son ton me fit rire.

 "Bonne nuit Hope." Je lui fis un petit signe alors qu’elle sautillait vers sa chambre.  Mère me proposa de m'asseoir et se mit à écrire.

 "J’ai remarqué que tu as quitté la fête assez tôt et la manière dont tu es partie. Est-ce que tout vas bien?"  Je lis ses paroles.

 «Oui, tout va bien."  Je la rassurai. «Je me sentais étouffer dans cette foule."

 Elle écrivit encore.

 "Qui est cette blonde à que que tu as mis KO?"  Je ne pus m’empêcher de sourire devant son air narquois.

 Je réfléchis.  "C’est Callisto. Celle dont je t’ai parlé. Nous avions juste eu un différent à régler."  Je connaissais ma mère, on ne la lui faisait pas.

 Elle écrivit.  «Tu sais Xena, depuis que tu es arrivée ici, j’ai le sentiment qu'il y a quelque chose. Appelle-ça un sixième sens ou l'intuition d’une mère."

 Cette dernière phrase me laissa bouche bée. Je me repris rapidement mais réalisai que le temps de jouer était fini.  "Je ne peux pas l'expliquer, mais... Je suis Xena. Ta Xena." Elle attrapa le parchemin, les doigts tremblants.

 "Par les Dieux! Je l’'ai senti dans mon coeur...Mais comment? Je t’ai mise moi-même dans le tombeau. Pourquoi les Dieux me feraient-ils un tel cadeau?" Ses mains tremblaient et je n'étais pas certaine de ce qu'il fallait dire.

 "Nous ne pouvons pas en discuter aujourd'hui avec cette fête qui bat son plein derrière la porte."
 Je n’avais pas besoin que quelqu’un nous surprenne. Ses yeux se remplirent de larmes et je me sentais perdre pieds.

 «Je. ... Ecoute, Cyrène."  Ma voix fut coupée par son étreinte, en pleurs, haletante. J’étais en miette. Tout cela, Gabrielle, ma mère en larmes dans mes bras, c'était trop.

 Je la pris dans mes bras et lui chuchotai ce qui se tramait. Entre Callisto, la Conquérante, et l’amante à moitié folle, les murs pouvaient bien avoir des oreilles.

 «Tu comprends?" Je tirai son visage vers moi, elle hocha la tête et j'essuyai les larmes sur ses joues.

 Elle sortit un chiffon de son tablier pour s’essuyer le nez. D’aussi loin que je me souvienne c’était la première fois que je voyais cette lueur dans le regard de ma mère.

 "Je ferais mieux de retourner à la caserne, la journée de demain promet d’être rude pour la garde royale".  Elle prit mon visage dans ses mains et le baissa pour m’embrasser la joue.

 Avant de sortir, je me tournai vers elle pour la regarder une dernière fois. Elle remuait toujours sa casserole en secouant la tête d'incrédulité. Je priais de ne pas avoir mis sa vie en danger en lui racontant tout. Un problème de plus à résoudre.
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 Se trouver dans la caserne signifiait  être à proximité de la chambre de la Conquérante. Ayant eu la chance de naître avec une ouïe très fine, je pouvais entendre la colère de la Conquérante dans sa chambre. Je souriais en devinant que tout n'était pas rose entre Narjara et Gabrielle ce soir. Je m’approchai discrètement pour écouter.

 "Najara je te l'ai dit, je ne suis pas d'humeur!" Hurlait Gabrielle.

 «Eh bien ce n’est pas à cause de l'alcool, tu l’as toujours bien supporté."  Najara la taquinait. "A moins que ce ne soit à cause de cette saleté de guerrière que tu as regardé toute la soirée?

 "Fiche moi la paix." Je perçus la tension dans la voix de Gabrielle.

 " Dommage qu’elle dorme dans la chambre des invités, hein? Tu veux coucher avec cette pute ?"  J'entendis un bruit violent et visualisai aussitôt le visage plein de rage de Gabrielle.

 "Sors d'ici avant que je ne te brise en deux." Sa voix était faible et froide. Puis j'entendis un claquement de porte.

 Quelle chance pour moi, à moins que ça ne soit un obstacle.
 Je me cachai dans l'ombre quand Najara passa près de moi. Elle ne semblait pas souffrir ni même être triste, juste en colère. Je la suivis et, pour rendre mon cauchemar plus affreux encore, je la vis se diriger vers la chambre de Callisto.

 "Pas bon ça, vraiment pas bon." Je marmonnai en faisant demi-tour, entendant de nouveau la voix de Gabrielle.

 "Je suis tellement désolée Lila, Oh Dieux. L'hydromel et les combats ont fait rejaillir les démons. »
 J’attendis là pendant une moitié de bougie à écouter son angoisse. Ca me déchirait le coeur. Encore une fois, je me retrouvais en larmes devant la douleur de mon amour.

 «C’est moi qui suis désolée, ma barde.  Tout ce que j’arrive à faire, c'est te causer des souffrances ".

 Je repensai à ma mère et à ses mots simples et me vis attraper la poignée de la porte. J’allai vers une mort certaine. Je me tenais, morte de froid, devant la porte essayant de calmer mon cœur qui battait la chamade.  Puis la porte s’est ouverte et une épée se mit en travers de ma gorge avec, au bout, deux yeux verts ardents qui me brûlèrent.

 "Mon Seigneur". J’avançai à peine que l'épée s’enfonça un peu plus.

 "Ma patience a des limites, guerrière», siffla-t-elle.

 "J’allais dans ma chambre quand je vous ai entendu pleurer".

 Elle dégagea un peu l'épée.

 "Il est de mon devoir de faire attention à votre sécurité" Elle savait que j’avais raison, et je ne sais pas si c’était l'hydromel ou quoi, mais elle laissa tomber l'épée et fit marche arrière vers sa chambre.

 «Tu veux un verre, guerrière?" Pourquoi pas? Je vérifai l’état de ma gorge.
 "Oui, s’il vous plaît."

 "Ferme la porte et prends un siège, Xena." Je pénétrai dans la pièce et m’assis sur la chaise la plus proche de la porte tout en la regardant verser le vin.

 "C'était un véritable étalage cette fête."  Elle me tendit un verre et resta debout face à moi.  "Très beau coup de poing", ricana-t-elle. "Laisse-moi deviner, c'est elle qui t’a envoyée la fléchette?"

 J'avalai le vin d’une traite.  "Je crois que oui."

 Elle me fit signe pour que je lui serve plus de vin, et, pendant que je versai le nectare, elle prit ma place. «Est-ce la même personne que tu soupçonnes de vouloir ma tête sur un plateau?" Je m’arrêtai net et lui jetai un oeil.

 "Oui."
 "M’est avis qu’elle désirait plus ta mort que la mienne." Dans une autre réalité ces paroles auraient été on ne peut plus vraies.

 "Elle sent bien que je suis un obstacle dans sa quête." J’avalais un autre verre et me resservis.  "Encore un peu de vin?"

 "Un obstacle dis-tu?"  Elle rit et me tendit son verre pour que je la resserve.

 "Oui mais je ne sais pas si elle est au courant de mon amour pour toi, Gabrielle. Cependant, elle sait que je lui déchirerai le coeur si elle pose un doigt sur toi." J'attrappai mon verre et le bus d’une traite.
 Je la sentais nerveuse. Elle se dirigea vers le balcon et je repris ma chaise.

"Xena?"  Je redressai la tête brusquement. Un bref instant, sa voix fut celle de ma Gabrielle, une voix douce qui  lança une conversation bien plus personnelle.

 "Oui?"
 "Tu n’as jamais imaginé une vie différente?" Sa voix était si faible.
 "Plus que tu ne peux imaginer."

 Elle me regarda brièvement, silencieuse depuis trop longtemps, les poils de mon cou se dressèrent.  "Crois-tu réellement aux âmes-sœurs?"

 Elle m'offrit un étrange regard, puis se détourna pour admirer les étoiles.  Son silence me brisait le coeur et je baissai la tête. Enfin, elle poursuivit.

 «Il y a très très longtemps, tout le monde avait quatre pattes et deux têtes. Ensuite, les dieux et le tonnerre ont divisé le monde en deux. Chaque moitié avait deux jambes, deux bras et une tête, mais la séparation fit que chacun cherchait  désespérément à se regrouper, car ils partageaient la même âme. Depuis lors, tout le monde passe sa vie à rechercher l'autre moitié de son âme. "

 Le verre me tomba des mains. La barde était bien à l'intérieur de la conquérante; elle se tourna vers moi en entendant le verre tomber.

 "Tais-toi, Xena. Je peux être une chienne de conquérante mais une chienne éduquée." Elle s’approcha pour me servir un autre verre et tout ce que je pus faire était l’admirer. «À une époque, je voulais être barde, mais ça ne s’est pas fait, et à la place, j’ai eu cette vie." Elle avait l’ai dégoûté, et but encore plus.

 "Tu es mon âme, Gabrielle."  J'avais retrouvé ma voix.

 «Garde-la». Elle était complètement ivre et heurta le lit en laissant couler ce qui lui restait de vin.  Elle titubait, près de tomber. «Ils l’ont tué, tu sais? »  Je n'étais pas certaine de savoir de qui parlait Gabrielle, mais elle continua promptement. « Lila était si jeune. J'étais plus âgée; ça aurait du être moi, pas elle. Je n’ai rien pu faire pour les arrêter. Alors, comment peux-tu aimer quelqu’un qui n’a pas su sauver sa famille? »  Cracha-t-elle.

 Ma première pensée fut pour Lyceus. Je n’avais pu empêcher la mort de mon petit frère.  Mon village tout entier me haissait et ma propre mère maudissait le jour où j’étais née. Plus que tout, je me détestais.

 Ce n'était pas le moment, je devais penser à Gabrielle. Je serrai les dents et m’approchai d’elle sur le lit. Je voyais qu'elle était ivre, mais elle pouvait encore me frapper si elle se sentait menacée. Alors, je m’agenouillai lentement devant elle.

 "Tu aimes jouer avec la mort, n’est-ce pas?"  Elle me fixait droit dans les yeux.

 Je pris sa main et la posai sur mon coeur.

 "Tu le sens? Il est à toi." Je tirai sa main plus près de ma poitrine. «Je suis à toi, corps et âme."  Mes yeux ne quittaient pas les siens. "Je t'aime tellement."  Je m’approchai pour l'embrasser et comme elle ne résista pas, je posai mes lèvres sur les siennes. C'était un baiser très tendre, pour qu’elle voit à quel point je la sentais fragile, mais je m’arrêtai là.
 Je m'éloignai même, du moins j'essayai. Gabrielle me serra le bras et de sa main libre tira mon visage plus près encore. Elle m'embrassa passionnément,  tout comme le faisait ma Gabrielle après une bataille.

 C’est un sentiment merveilleux, savoir que vous êtes en vie et la partagez avec quelqu'un. Mais ce n’était ni l’heure ni l'endroit. Si je la laissais continuer, elle allait me déshabiller, et demain matin ce serait ma mort assurée, surtout si Najara passait par là à un moment inopportun.

 Elle protesta en marmonnant alors que je la poussais pour quitter le lit.

 "Je croyais que tu m’aimais», dit-elle d’une voix traînante.

 "C’est vrai», lui répondis-je. « Et c'est pourquoi je pars. Tu ne te souviendras plus de grand chose avec tout le vin que tu as bu. Je veux que tu sois pleinement consciente quand nous ferons l’amour, pas que tu te souviennes de quelques bribes»
 "Je t’ordonne de revenir dans ce lit immédiatement!"

 Je devais prendre une décision, et il n’y en avait qu’une au bout du compte. "Je suis désolée ma Conquérante. Mon travail consiste à te protéger, et tu n’es pas prête à m’accueillir dans ton lit. Ca pourrait être très dangereux pour toi et pour nombre de personnes dans ton royaume. Je ne prendrai pas ce risque."

 Je devais partir à présent, si je restais plus longtemps elle me parlerait,  elle l’avait toujours fait.  Contre toute attente, ma Gabrielle avait réussi à me séduire dans le plus inapproprié des lieux - de ces petits baisers que nous avions partagés je savais que celui-là n'était pas différent.

"Xena?"  La voix était encore faible et me fit stopper. "Dis-moi la vérité - pourquoi es-tu vraiment ici?"

 Je lui souris. «C'est simple. Je vais t’aider à devenir la barde tu as toujours rêver d’être. Et je t’enlèverai ta douleur. Bonne nuit ma Gabrielle."

 "Bonsoir Xena."


 Chapitre 6

 Je pris place dans la salle de banquet à quelques mètres de la table de la Conquérante, occupée par sa compagne et sa régente. Le déjeuner nous fut apporté, et je vis les Amazones comploter en chuchotant et riant, comme elles l’avaient toujours fait.

Solari s’assit auprès d’Ephiny et les deux femmes semblaient ravies, se partageant la nourriture de temps en temps. De son côté, Najara semblait froide. Pas un mot entre elle et Gabrielle ne fut échangé.  J'ouvris mes oreilles pour écouter la conversation entre la dirigeante et sa Régente, surtout après que Najara se fut excusée pour quitter la table, et qu’Ephiny et Gabrielle regardaient dans ma direction.

 "Elle va bien," fit remarquer Ephiny.

 "Bien? Juste bien?"  Répondit Gabrielle.

 "Eh bien en ce qui me concerne j'ai déjà la plus belle femme du monde à mon bras." Solari avait un large sourire et glissa un raisin dans la bouche d’Ephiny, laissant traîner son doigt. "Envisages-tu de négocier ton épouse, ma reine?"

 "Non, Je... J’aime Najara," répondit Gabrielle.

 "Najara est une belle femme - sans aucun doute, mais elle n’a pas les yeux bleu acier de ta nouvelle protectrice et Najara ne lui arrive pas à la cheville dans cette robe que Xena portait hier soir. »

 «Serait-ce de la convoitise? Et si j'étais amoureuse des deux?"

 «Que veux-tu que je dise?"

 "Tu es ma Régente – tu dois me conseiller."

 "Tu es la dirigeante du monde, Gabrielle. C’est toi que ça regarde. Décapiter Najara ou simplement vivre avec ta nouvelle guerrière. C'est ton choix."

 "Merci mon amie."

 Ephiny éclata de rire.  «Ahh ... maintenant en tant qu’amie, je te dirais de garder ton épouse tout en prenant du bon temps avec cette grande, sombre et mortelle guerrière."

 Cela fit rire Gabrielle. A cette réponse, Solari, qui venait prendre part à la conversation, donna une tape amicale à Ephiny. "Devrais-je être inquiet durant mes absences?"

 Gabrielle répondit aussitôt en se redressant.  «Oh non Solari, fais-moi confiance, il n'y a pas plus femme tenue en laisse dans ce royaume qu’Ephiny."

 "Heyyy," Brailla Ephiny en signe de protestation alors que son mari gloussait.

 «Il faut dire les choses telles qu’elles sont Ephiny".

 Gabrielle me jeta un regard, et je retournai rapidement à mes oeufs d'oie, du moins j'essayai car je la sentis bientôt à mes côtés. Je me dressai d’un bond et m’inclinai respectueusement.

 "Ma Conquérante" Je baissai la tête. "Que puis-je faire pour toi?"

 "J'ai besoin de m’entraîner. Après ton déjeuner, rejoins-moi sur le terrain d’exercices."

 "Oui, ma Conquérante." Elle partit et je me demandai si elle avait consulté Ephiny.

 En me rendant sur le terrain d'exercice, je sentis les oeufs que j'avais mangés se transformer en rochers dans mon estomac. Pas
"Prête à t’entrainer, guerrière?"

 Je confirmai en hochant la tête.

Chapitre 6 / épisode 2-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 Le champ avait été préparé pour l’entrainement.  Il y avait là un choix incroyable d'épées. Gabrielle commença à s'étirer et à faire quelques mouvements défensifs.

 "Choisis les armes, Xena."  Je fis moi aussi quelques étirements en me dirigeant vers les armes.  Je saisis un bâton que je lui lançai ; elle l’attrapa au vol avec un sourire satisfait.

 Je restai bouche bée en la voyant effectuer quelques exercices avec le bâton, elle bougeait si rapidement que je n’arrivais pas à visualiser ce satané bout de bois.  Il était flou. J’étais on ne peut plus consciente qu’il ne s’agissait pas de ma Gabrielle, mais d’une guerrière sanguinaire.

 Nous étions debout l’une en face de l’autre jusqu'à ce que qu’elle inclina la tête pour me faire signe de commencer.  Et je me lançai... mais elle bloqua chacun de mes coups de pied ; puis ce fut son tour de m’attaquer.

 Je m’épuisais à esquiver la pointe du bâton chaque fois qu’elle frappait. J’avais comme avantage ma taille et ma puissance, elle, la rapidité et un parfait centre de gravité.

 Etrangement, je trouvais cela excitant. Nos mouvements formaient une poésie guerrière, une danse parfaite.

 Je réussis à l’atteindre d’un coup de pied au visage et ça l’énerva au plus haut point. Quand je croisai son regard,  il me glaça et me fit frémir.

 "Je ressemble à ça quand la bête en moi se libère?" Me demandai-je avant qu’elle ne frappe son bâton contre le mien, le fracassant. Ca me déséquilibra et mon corps fut à découvert pour recevoir son coup de pied.  J’étais pliée en deux et elle en profita pour me lancer son genou dans la figure. J'atterris sur le dos dans un bruit sourd et douloureux.

 Elle se planta au-dessus de moi en rugissant. Mon cœur battait la chamade, j'avais peur ... mais restai sur le qui-vive. Je fermai les yeux en attendant son prochain coup, mais il ne se passa rien.

 J'entrouvris les yeux, elle avait du mal à respirer. Elle se pencha ensuite vers moi et me donna un baiser qui me fit fondre jusqu’aux orteils.

 "Si tu m'aimes comme tu le dis, guerrière...», elle fit une pause pour récupérer son souffle, "retrouve-moi à la porte sud ce soir, j'ai un endroit à te montrer." Elle me donna un autre baiser, puis se releva.

 En s’éloignant, elle me jeta un regard. "Merci pour le meilleur entrainement que j'ai jamais eu."  Puis, elle disparut alors que j'étais encore allongée sur le dos.

 «Par les Dieux, je ne  survivrai pas  à ça." me disait mon esprit.  J’essayais de me détendre, laissant mon cerveau prendre conscience de mon corps douloureux lorsque j'entendis un petit rire.

 Ephiny et son compagnon s’approchaient de moi.  "Tu as choisi le bâton, hein?"

 Je fis craquer mon cou pour le remettre en place.  "Ouais, comment le sais-tu". Je grognai en me levant et cela les fit rire de plus belle.

 "Parce que nous sommes tous dans le même état quand elle nous botte les fesses avec le baton."  Ils rirent plus fort.

 "La prochaine fois, préviens-moi, ok?"  Je grognais emportant ma fierté baffouée de guerrière loin de ce terrain.

 "Hé, guerrière!"

 C’était la voix d’Ephiny et je me tournai vers elle.  Solari et elle se rapprochèrent.  «Je dois dire... tu as tenu plus longtemps que n’importe qui. Je respecte ça. Je pense que la conquérante a trouvé son adversaire."

 "Espérons que ce soit à tous les niveaux», lui dis-je avec un léger sourire avant de reprendre mon chemin.

Mes «plaies» de la journée étaient guéries quand j'attendis à la porte sud sous le regard inquisiteur du garde.  Il commençait à m’agacer et je me demandais combien de temps je tiendrais avant l'arrivée de Gabrielle.

 "Alors, où vas-tu ?"  Demanda-t-il

 "Je ne sais pas, et même si je le savais et te le disais, faisant partie de la garde royale, je devrais ensuite te tuer."

 Ca le fit rire. Pas moi. Et son rire se transforma vite en toux nerveuse.

 Il savait que j'étais sérieuse, je pouvais le tuer en un battement de cœur pour protéger Gabrielle. Quand il se tut enfin, je revis notre baiser du matin, puis la raclée que j'avais reçue. Je devais admettre que c'était assez stimulant de voir Gabrielle en action et j’imaginais quel champs de bataille se serait si nous combattions côte à côte, deux forces ainsi assemblées pouvaient tout enflammer.

 C’est à cet instant que Gabrielle s’approcha sur son cheval et me tendit le bras tandis que les portes s’ouvraient devant nous.

 "Où allons-nous?" Demandai-je.
 «Pas de question», rétorqua-t-elle.
 J’obéis et grimpai derrière elle.

 Nous quittâmes la sécurité de la ville et progressâmes durant ce qui sembla une marque de bougie, nous éloignant de la lumière du royaume ; la seule chose que nous apercevions était l'ombre des arbres et les étoiles brillant dans le clair de lune.

 Bientôt nous atteignîmes une rivière que je connaissais très bien. Ma Gabrielle aimait préparer le camp ici lorsque nous étions dans la région et je fus étonnée de constater que les choses n’avaient pas changé.

 "C'est joli ici," dis-je.

 Elle fit comme si elle ne m’avait pas entendue et jeta sa jambe pardessus la tête de son cheval pour mettre pied à terre. "Prends les sacoches."

 Je m’arrêtai net. La « finesse » de ses paroles me rappela une fois encore qu’il ne s’agissait pas de ma Gabrielle. Sans vouloir lui chercher des excuses, je ne devais pas m’appesantir sur sa façon de me parler. Une fois à terre, je pris les sacoches comme on me l’avait demandé. Elle était assise près du rivage à fixer l’horizon comme j’avais l’habitude de le faire. Elle tendit la main et je lui remis les sacs qu’elle posa à ses pieds.

 Je la vis sortir des chaînes. Et avec une dextérité incroyable, elle enchaîna mon poignet tout en jetant le lien de fer autour d’un arbre. Par pur instinct je tendis la main et l’attrapai à la gorge pour l’arrêter mais elle en profita pour enchaîner mon autre poignet.

 Saleté.

 Elle m'avait eue et je ne pouvais rien faire. Elle s’éloigna avec un rire diabolique et tira de son décolleté une dague qu’elle promena le long de mes joues et de ma gorge. Je ne bougeais pas, je ne respirais même plus.

 "Tu m’as dit que tu m’aimais», commença-t-elle. "Et à la première occasion tu essaies de m’étrangler?

 Oh merde.  J’allais devoir m’ expliquer.

 "C'était instinctif. Je croyais que tu voulais me tuer, ma Conquérante."

 "Même si ce n'était pas mon intention en t’amenant ici... pourquoi pas ?."

 «Franchement, Gabrielle." Je sentis la pointe du couteau appuyer plus profondément sur ma gorge quand je l’appelai par son prénom et je me repris : " Honnêtement, Ma Conquérante, j’ai cru que tu m'avais amenée ici pour me tuer."

 "Alors pourquoi es-tu venue?"
 «C’est ce que j’ai cru une fois que tu m’as enchaînée, ma Conquérante."
 «Mais pourquoi as-tu accepté de venir au départ?"
 "Tu me l’as demandé."
 "C’est tout? J'ai demandé et tu es venue?" Elle se tut et remit son couteau dans son décolleté ; je soupirai de soulagement, en tentant de ne pas trop le montrer.  "Tu as cru que je te permettais de quitter le chateau pour que nous poursuivions notre entraînement?"

 Je la voyais venir, elle voulait absolument que je lui dise pourquoi. Elle savait déjà pourquoi. Je la désirais au-delà des mots et elle voulait que je le lui dise.

 "Non, ma Conquérante."
 «Alors dis-moi pourquoi. »
 "Parce que tu es la personne la plus sexy que les dieux ont jamais créee sur cette terre et que je suis prête à donner ma vie pour une nuit avec toi."
 «Tu ne seras pas la première», dit-elle nonchalamment, en attrapant l'épée dans son dos pour la laisser tomber sur le sol.

 "Mais j'espère être la dernière."
 Gabrielle éclata de rire. "Oui eh bien... Najara aussi espère être la derniere. Et il s'avère qu'elle a tort."

 Ses lèvres saisirent les miennes en me poussant contre l'écorce rugueuse. Sa langue écarta mes lèvres mais quand je tentai de lui rendre la pareille, elle me gifla si violemment que tout mon visage me brûla.

 "JE t’embrasse. TU ne m’embrasses pas. C’est clair?"

J'aurais aimé me frotter la joue pour soulager la douleur mais je ne pouvais l’atteindre, mes mains étaient trop hautes. Je pouvais seulement acquiéscer, ce qu'elle accepta. Elle fit un pas en arrière et laissa tomber son armure sur le sol.
 Son corps était meurtri à plusieurs endroits, et je me demandais silencieusement quelle histoire représentait chacune de ces cicatrices. J'aurais aimé les toucher une à une, mémoriser la sensation de son corps.  Mais derrière ce champs de bataille, il y avait une prédatrice, maintenant plus que jamais, et elle le savait.

 "C’est ce que tu attendais?"
 La question demeura sans réponse tant j’étais en admiration devant elle.
 "Non, ma Conquérante – c’est beaucoup plus alléchant. Si tu me détaches..."
 «Tu pourrais me tuer. Et je veux profiter d'une soirée avec toi, avant de mourir."

 Elle s’est approchée et, en quelques secondes, mon armure fut rejetée au loin et ma culotte baissée sur  mes chevilles. Elle  se mit à genoux et arracha ma jupe. Elle m’étudia attentivement et se lécha les lèvres alors que je mouillais de plus en plus. Mes jambes semblaient se désolidariser du reste de mon corps.

 "Je ne veux pas te tuer."
 "Cette femme a juste essayé de m'étouffer, dit-elle en riant et caressant mes jambes, ce qui m’excita au plus haut point.

 «Oh dieux s’il te plaît:" Je chuchotais en tirant sur mes chaînes.

 Gabrielle rit de nouveau devant ma réaction.  "Honnêtement, tu ne veux pas que je te laisse partir pour de vrai, hum ? Tu adores ça."  Elle se redressa et ses doigts trouvèrent immédiatement mon entre-jambes trempé.  "Oh tu aimes vraiment ça! Peu de gens ont prise sur toi Xena, et tu aimes ça, hein? Je le sais parce que nous sommes pareilles. Personne ne m’a affrontée si longtemps sur le terrain d’entrainement, et je dois admettre que ça m'a vraiment excitée que ça dure si longtemps. Presque autant que ta propre excitation maintenant ".

 C’est ça.  Je vais mourir.  Etranglée à un arbre et trempée.  Ses doigts me caressaient, passant sur ce petit bouton qui avait désespérément besoin d'attention. Je grognais de frustration.

 "Alors, on prend du plaisir, Xena?"
 «Je veux te goûter."
 Les mots sortirent naturellement de ma bouche, et ça la fit rire.  "Où est l’air concentré que tu as d’habitude, hum?"
 "Je ne suis concentrée que sur ta main, ma Conquérante."
 «Tu veux que la conquérante te prenne, c’est ça ?
 "Oui."
"Violemment?"
 "Oui."
"Rapidement?"
 "Oh oui , s’il te plaît, Gabrielle."

 J'étais tellement à fleur de peau que peu m’importait ce qu’elle pouvait penser ou faire. Je tirai sur une des chaînes et l' arrachai, mes jambes s’enroulèrent autour de sa taille et je tentai désespérément de frotter mon sexe sur sa hanche. Au début, je vis la colère dans ses yeux mais je m’en fichais. Je la voulais, je la désirais tant que ça me faisait mal. Un instant plus tard, cependant, elle réalisa que je ne constituais pas une menace car je n'essayais pas de m'échapper. En fait, je la voulais plus près encore et je vis briller le désir dans son regard.

 Elle ne me repoussa pas, au contraire, sa main remonta légèrement et je sentis trois doigts me pénétrer tandis que son pouce trouvait le noeud de ma libération.

 "Tu aimes quand c’est violent et rapide, hein guerrière?"
 Je ne pouvais que grogner mon approbation. Elle était brûlante et je devinais à son regard, qu’elle était tout aussi mouillée que moi.

 «Viens», murmura-t-elle en accélérant.  Puis elle s'arrêta pour retirer ses doigts trempés et les lécher.

 «Oh dieux, s’il te plaît, Gabrielle."
 «Conquérante! TU es mon garde. Tu m’APPARTIENS. Corps et âme."
 "Oui."
 "Dis-le!"
 "Je t’appartiens. Je t’appartiens. Fais ce que tu veux de moi."

 Elle attrapa la dague qu’elle remit sous ma gorge alors que ses doigts retournaient à leur tâche.

 «Et si je voulais te tuer, hein?"
 «Tue-moi, mais laisse-moi jouir avant"

 Je voulais vriament dire ça. Peu importait que je meurs en fin de compte, du moment qu’elle prenait le dessus sur moi.  Je l’entendis rire.

 "Je ne pense pas que ce soit vraiment ce que tu veux."
 "Je le veux. S’il te plaît, je t’en supplie. Ne me... repousse... pas."
 Ma passion l’emportait sur ma capacité à former les mots.

 "Très bien guerrière. Je vais te donner ce que tu veux. Je vais te le donner. Violemment et rapidement. Violemment et rapidement."

 L’écho de la voix de Gabrielle se répercutait dans ma tête.  Sa respiration était tendue, et je me sentis glisser vers la libération.  Mes hanches s’agitèrent et je hurlai mon plaisir.
  Puis elle me laissa retomber vers le sol où je tins à peine debout. Mes bras étaient douloureux et mes mains semblaient soudées à la chaîne. J’avais du mal à bouger les doigts, mais je réussis à me ressaisir.

 Elle se retira, lécha ses doigts et mon excitation reprit de plus belle.  J'étais loin d’avoir tout donné comme je l'avais d'abord pensé. Soudain, je ne pus me retenir et les mots glissèrent à travers mes lèvres.

 «Dieux, Je t'aime, Gabrielle."
 Elle me regarda avec indifférence. "Quelle bonne païenne!."

 Elle me tourna négligemment le dos et ma tête retomba. Ce n'était pas ce que je voulais. Je voulais faire l'amour avec elle. En fait, je voulais qu’elle m’aime, je m’en rendais compte maintenant. Nous avions juste baisé et je me sentais superficielle et creuse. Elle fit demi-tour pour me faire face. Mon émotion devait se lire sur mon visage, à moins que cette Gabrielle-là, tout comme l'ancienne, put lire en moi.

 Elle s’approcha nonchalamment et déverrouilla les chaînes. "Dois-je mentir?" Je ne répondis pas et elle poursuivit.  "Je pourrais t’apaiser, te dire que je t'aime aussi, que tu es tout pour moi. Je pourrais, si c'est ce que tu souhaites, Xena."

 «Je ne veux pas que tu m’apaises ma Conquérante. Je connais mon statut."
  "Et quel est ce statut?"
 "Je ne suis rien de plus qu'une garde royale ici, pour te servir de toutes les manières possibles. Comme tu l'as dit, je t’appartiens corps et âme... Je connais ma place."

 Elle avait l’air... triste? C’était une nouvelle émotion - que je ne connaissais pas chez cette Gabrielle. Le désir de me taire était fort, mais c'était peut-être le choc dont elle avait besoin.  Je ne dis rien.  Mais nous savions que l’une de nous deux devaient parler.

 »En tant que garde, je pense que nous devrions partir. Je suis sûre que votre compagne se demande où vous êtes passée."

 Je lui remis son armure et ses vêtements. Je l’aidais à s’habiller en silence. Puis je lui tendis son épée qu’elle replaça dans son dos. Alors seulement j'empoignai ma propre armure. Elle s’approcha pour m’aider mais je refusai respectueusement.

 "Avec tout le respect, ma Conquérante.Tu ne dois pas aider un subalterne comme moi à remettre son armure. Merci de ton aide mais tu es au-dessus de ça."
 Elle resta sans voix. Sans un mot, elle se détourna et monta sur son cheval. Une fois en selle, je la rejoignis, grimpant derrière elle. Je laissai peu d’espace entre elle et moi et elle pourrait difficilement se tourner.

 "Souviens-toi, ma Conquérante - Je serai toujours là pour te servir... De jour comme de nuit."

 "Je m’en souviendrai Xena... Et ça vaudrait mieux."
 "Comme tu veux."

 Pas la peine d’ajouter autre chose. . .  Nous voyageâmes en silence pendant environ une lieue quand elle arrêta sa jument. Nous entendîmes toutes les deux.

«Tu as entendu ?»
 "Oui, deux hommes parlent dans les bois," murmurai-je. "Ils sont bruyants"
 «Des romains», répondit-elle. "Allons vérifier."

Chapitre 7
 L'idée de nous approcher des Romains me donnait la chair de poule.

 Pompée et Brutus, je ne connaissais ces voix que trop bien.

 "Bonjour les garçons,« la Conquérante salua les hommes qui furent bien surpris.  Une rangée de dix soldats se leva lorsque Gabrielle et moi mîmes pied à terre.  J'avais la main sur mon épée, tout comme Gabrielle.  Les deux hommes se retournèrent et lui firent un salut romain.

 "Déposez vos armes, les gars. Pas besoin de saluer César dans ces bois. D'ailleurs, je ne suis pas Romaine - et ne le serai jamais."

 Pompée allait dire quelque chose, mais il s’arrêta.  Puis il trouva le courage de parler.  «Conquérante, qu’est-ce qui t’amène par une belle nuit comme celle-là? Nous campons ici pour la nuit, et nous passerons d’ailleurs te payer dès le lever du jour."  Dit Pompée avec ce sourire fat que je méprisais.

 Gabrielle rit tellement fort que tous les romains sursautèrent.  "Tu vas me payer ta visite? Comme c’est gentil !". Son sourire s’estompa aussitôt.  «garde tes sous, Pompée."  Il perdit lui aussi son sourire et je me mordis les lèvres.  "Les Romains n’ont rien à faire sur cette terre, en particulier quand ils ne sont pas invités", gronda t-elle, la mâchoire crispée.

 Pompée glissa une main sous son armure et je posai la mienne sur mon chakram, prête à tout.  Même quand il sortit un parchemin avec le sceau romain, ma main resta en place.

 Gabrielle se pencha pour le saisir.  "Laisse-moi deviner?"  Elle mit le parchemin près de sa tête.  «César veut me rencontrer, ou non .... Il a demandé un traité à Rome illustrant ses bonnes intentions?"

 Je ne pus m’empêcher de ricaner.

 "Quoique ce soit Pompée, ça ne m'intéresse pas. A moins que cela ne me garantisse que sa tête ornera ma porte principale."  Elle jeta le rouleau aux pieds de Pompée."

 Les veines du cou de Pompée étaient gonflées.  Il était au bord de l’explosion et cela me fit sourire.

 Je suivis Gabrielle qui remontait à cheval. « Transmets-lui ce vieil adage de ma part : diviser pour mieux régner. »  Elle regarda Brutus.  "S’il pose une sandale en Grèce, je lui envoie mes légions pour nettoyer la zone du sang de Rome."  Sa voix était si profonde et funèbre qu’elle nous fit tous avaler de travers. Elle avait toujours son âme de barde poétique, avec toutefois un ordre du jour différent.

 «Yaw!"  Elle poussa son cheval au galop.  "J'espère que tu es prête pour la grande bataille, Xena", cria t-elle pardessus  son épaule. Je la serrai plus fort.

 Nous restâmes toutes deux silencieuses durant le reste du trajet nous ramenant vers le palais, absorbées par nos pensées.
 Je repensai à la première fois que j'avais traité avec César.  J'étais naïve et il utilisa ce défaut contre moi.  Gabrielle avait traité beaucoup mieux que l'ancienne Xena.  J’aurai lu ce parchemin, je serais probablement tombée dans quelque piège qu'il aurait fomenté comme quand j’étais jeune.

 Je me frottai la jambe en souvenir.

 "Un problème?"

 «Ahh .. non, non. Je réfléchissais."  Ses yeux me fouillèrent une fois de plus.

 "Un problème que tu voudrais partager?"
 Me demandait-elle réellement mon avis? Etait-elle réellement en train de commencer une discussion?

 «Tu ne vas pas faire confiance à César, n’est-ce pas?"  Gabrielle rit si fort que je perdis l’équilibre sur le cheval. Je me mis à rire aussi.  "Je prends cela comme un non."

 Gabrielle soupira.  "Oh Xena. Je dois avouer que tu m’amuses parfois, intentionnellement ou non."

 De ce qui s'était passé dans les bois, évidemment. Mais je ne dis rien à voix haute.

 "A priori, non. Je ne fais pas confiance à César. Il n'y a qu'une raison pour que ces hommes soient ici. Ils nous encerclent... Mais ce que j'aimerais savoir, c'est comment ils ont pu arriver si près?"  Gabrielle se tut un instant.  "Je peux t’assurer que des têtes vont tomber, et pas seulement des chefs romains."

 "J'espère que ta Regente n'en  fait pas partie."

 «Pourquoi dis-tu cela?"

 «Je l'aime bien». Gabrielle se retourna pour me regarder et j’aurais jurer voir de la jalousie dans ses yeux.  Je ressentis le besoin de m'expliquer. "Je veux dire que je l'admire comme guerrière et comme personne. Après notre entraînement, nous avons un peu parlé. Elle semble être une bonne personne."

 Gabrielle se tint tranquille pendant un long moment.  "C’est la seule personne en qui j'ai vraiment confiance."  Elle avait chuchoté et je fus soulagée d'apprendre que la hache ne lui couperait pas la tête.  Mais j’étais aussi stupéfiée que Gabrielle m’ait avoué quelque chose. Si elle fait confiance à Ephiny et que j’arrive à gagner la confiance d’Ephiny, alors.  .  .

 Trop vite, nous approchâmes de la porte sud où Ephiny nous attendait.

 «Conquérante, nous avons des renseignements précis sur les Romains."

 Nous trottâmes vers elle et mîmes pied à terre.  «Je sais. Nous avons parlé avec deux laquais de César et quelques-uns de leurs amis. Ils ont même été assez gentils pour me transmettre un parchemin que je ne me suis pas donné la peine de lire." Dit Gabrielle en riant et en me tapant sur le ventre.  "Tu sais nous, pauvres femmes, sommes tellement faciles à tromper par de vaines promesses."  Gabrielle et sa régente rirent, alors que je tentai un sourire.

Chapitre 7 – episode 2

 L’homme de l'écurie prit nos chevaux et nous nous dirigeâmes vers le palais.  L’esprit de Gabrielle tournait à plein régime.  "Prépare mes légions pour le combat et envoie un mot à la reine Melosa. Les Romains dans les parages vont essayer de rassembler des esclaves. Je veux que nos sœurs soient en sécurité."

 «L’ordre a déjà été donné. Solari s’en est occupée personnellement."

 Gabrielle s’arrêta et un air de compassion passa sur son visage en se tournant vers Ephiny.  "Je suis navrée que ta visite soit écourtée".

 "Ca devait arrivé" Ephiny opina de la tête.  «Ne sois pas désolée".

 "Eh bien, quand ce sera terminé, je demanderai à Melosa de te donner un mois de vacances, si tu es d’accord."

 Ephiny eut l’air aussi étonnée que moi. Gabrielle tendit la main pour attraper le menton d’Ephiny.  "Fais attention, Régente, tu vas gober une mouche."

 Ephiny me regarda avec incrédulité, et je haussai les épaules. Gabrielle repartit et Ephiny et moi accélérâmes le pas pour la rattraper.

 "Envoie une autre armée aux Amazones. Assure-toi qu’elles informent bien les Centaures au cas où nous aurions besoin d'eux en dernier recours. Vérifie également que le message a été envoyé en Chine pour les prévenir. Je veux que Lao Ma amène une partie de ses troupes à l'est, par mesure de précaution, Compris? "

 La mention de Lao Ma m’envoya un frisson dans la colonne vertébrale.  Si elle venait, elle pourrait anéhantir ma couverture. Mais là encore je n’avais peut-être jamais existée pour elle.  Je savais qu'elle avait la «vision» - une capacité à voir les choses invisibles pour d’autres. Ferai-je partie de ceux en qui elle peut lire?  Dans ce cas, cela romprait l'équilibre que j'essayais tant de garder.

 Ephiny hocha la tête.  «Ce sera fait. De toute façon, elle est arrivée cette semaine pour te voir personnellement.."

 "Avec un peu de chance elle aura apporté la poudre noire."  Gabrielle porta son attention sur moi. «Ensuite nous entrerons dans la deuxième phase de la bataille, César a ses troupes ici, j’en suis certaine. Alors, assure-toi que tous les avant-postes sont prévenus et prêts pour la bataille. Je veux des remplacements toutes les quatre marques de bougie pour garder les hommes en pleine forme ".

 J'écoutais les plans de Gabrielle.  Elle semblait savoir que César était vraiment doué. À ma grande surprise, je sentis la jalousie envahir mon âme. La voix de Borias résonnait dans ma tête.

 «Je comprends ta colère contre elle, Cyane. Mais Xena n’est pas comme toi et moi. Elle pense avec ses désirs – non avec sa raison. Tu dois avoir des guerriers dans ton camp ayant la même faiblesse."

 Telle fut la grande défaite de ma jeunesse : je sautais, et après je regardais. Ares avait raison, elle réfléchissait et ne sous-estimait aucune tâche. Gabrielle était la personne que je rêvais d'être, à cette époque sombre et froide.

 "Tu m’écoutes, Xena?"  Je fus interrompue dans ma rêverie et fixai les yeux verts de colère alors que la régente avait disparu.

 "Oui, Gabrielle."  Ses yeux se glacèrent mais je n'y prêtai pas attention.  Pour le moment, je me sentais défaite.

 "Préviens les troupes et après repose-toi guerrière, une longue journée nous attend demain. Sans compter la nuit." Elle m'embrassa, mais je ne pus tout simplement pas l’embrasser en retour. Je ne voulais pas être son jouet.

 L’espace d’une seconde, alors qu’elle était sur le point de partir, je vis des regrets dans ses yeux.  Puis son masque se remit en place.  Elle me laissa sans un mot.

 Je restai là et remarquai que j'avais retenu ma respiration. Je lançai mon poing dans le mur tel un animal pris au piège, une fois de plus.  Un flash apparut derrière moi. "Génial, génial, c'est tout ce dont j’avais besoin."

 "Je t’écoute, Ares".  Je me retournai pour voir son visage narquois.

 «Elle baise bien, hein?"

 Cette fois, je lui administrai une série de coups de pied au visage, et ce salaud ne put m'arrêter.  Il tomba à la renverse et j'atterris sur lui.

 "Vois les choses en face, Xena, tu ne pourras pas la ramener. Ton stratagème pour entrer dans son lit t’aveugle."  Je desserrai mon emprise et nos positions s’inversèrent.  "Allez, Xena! Comme tu peux le voir elle est supérieure à toi. Elle est bien meilleure que tu ne l’as jamais été - elle réfléchit."  Il sourit.  "A quoi tu pensais? Hmm? Quelque chose comme faire l'amour avec elle?"  Il se redressa et se leva.  «Peux-tu me dire honnêtement que son côté obscur ne t’a pas fait tourner la tête? Le simple fait de te battre contre elle t’a fait mouiller. Et je dois admettre que je te comprends. Quand elle et moi nous nous battions... - DOUCE MÈRE DE ZEUS! » Il fit face à Xena, se mit à rire et disparut, me laissant toute engourdie sur le plancher.

 Je rentrai finalement au baraquement sans vraiment savoir comment j'y étais parvenue.  J'étais trop perdue dans mes pensées.  Je me jetai sur mon lit en pleurant, ne pouvant plus cacher mes émotions.  Mon esprit revenait sans cesse à ma Gabrielle.

 «C’est fini – c’est ça? Xena?N’as-tu pas le sentiment que, parfois... rien n'est vraiment fini? Tu as beau retourner le problème dans tous les sens,  il y a plusieurs facettes . Pourtant, c’est... c’est toujours pareil en dessous. Tu vois ce que je veux dire? "

 "Bien sûr. J'ai été prise dans un cycle de violence et de haine. Et peu importait la façon dont j' essayais de m’en sortir, quelque chose me tirait toujours en arrière - jusqu'à toi."

 "Xena -"

 "Non, c'est vrai. Tu parles d'essayer de trouver sa voie, mais pour moi, tu es ma voie."

 "Comment puis-je être ta voie, quand je... suis perdue moi-même?"

 "Je cherche des réponses, moi aussi. Mais la façon de les chercher n’a pas d'importance - tant que nous cherchons en même temps - toi et moi."

 Je la revoyais tomber dans cette fosse abandonnée.  Je me souvenais de la dernière fois où Ares avait tenté de m’enlever Gabrielle.

 «Tu dois aimer sa façon d’être, sa concentration, son intensité, sa capacité à apprendre et à s'adapter. Elle est tout simplement... incroyable. Je ne peux pas croire que je l’ai négligée pendant si longtemps."

 "Tu te sers de Mavican pour arriver jusqu’à moi, Ares. Cela ne marchera pas. Pourquoi ne pas renoncer à moi?"

 "Xena - J'ai renoncé à toi. Et qu’est-ce qui te fait croire que j’ai parlé à Mavican?"

 "On parle de Gabrielle là. Tu ne testes pas Mavican. Tu veux Gabrielle."

 "Tu n’es pas jalouse? Je veux dire, en dépit de ce que pense Mavican, j'ai réfléchi à ton héritier. Et qui mieux que celle que tu as formé?"

 «Laisse-là en dehors de tout cela."

 "Arrogance! Il y a le feu - il y a la colère d'avoir perdu, Xena."

 "Elle ne te suivras jamais."

 «Eh bien, elle n’a pas encore entendu mon offre. Et, de toute façon... comment vas-tu faire maintenant? En fait, je pense qu’on le saura... quand elle tuera Mavican."

 Dieux, cette fois Ares avait trouvé la meilleur façon de la posséder. J'aurais dû me douter qu’il ne s’arrêterait jamais avant de l’avoir. Je me tournais de l’autre côté et pris ma tête dans mes mains. Un autre éclair dans la chambre, mais j'étais trop fatiguée pour prendre la peine de regarder.

 "Ah, pauvre petite guerrière."  Aphrodite s’assit à côté de moi et me posa la main sur la tête.

 Je ne dis rien. Un moment passa et elle parla à nouveau.

«Écoute, Xena. Ares veut seulement te mettre hors-course. Il n'a pas gagné. Tant que tu seras en vie, il y aura toujours une chance pour que tu gagnes le coeur de Gabrielle. Il le sait ».  Je pris une profonde inspiration et la regardais. Aphrodite peut être parfois la plus intelligente des déesses.

 «Nous savons toutes les deux que ce que vous avez fait cette nuit, la barde et toi, ce n’était pas de l’amour. C’était du pur désir. Sois honnête. Tu voulais que ça arrive, être prise par la Conquérante. Elle t’a juste donné ce qu’elle pensait que tu désirais."  Je fermai les yeux.

 «Je dois l'avouer, penser à ce désir était excitant."

 «Tu dois montrer à Xena que tu veux son coeur et non pas être son jouet sexuel. Ne te méprends pas. De temps en temps un « oui maîtresse » peut être amusant. Mais comment Gabrielle peut-elle aimer si elle n’a jamais connu Xena? "

 "Je ne sais pas si je suis capable d'enseigner l'amour."

 "Ne te vends pas si mal, guerrière. Il y a beaucoup d'amour là-dedans», dit-elle, en tapant ma cuirasse.  "Que donnerais-tu pour elle? Que sacrifierais-tu? Prendrais-tu tous les risques comme elle l’a fait dans le passé?"

 «Sans aucun doute."

 Aprodite me sourit.  « Elle a peur de toi. Tu lui fais ressentir des choses qu'elle n'a jamais ressenties avant. Voilà pourquoi elle est sur la défensive. Prends ton temps et sers-toi de ton coeur. Montre-lui l'amour que tu as pour elle… L'amour est la clé, ma belle... Il l’est et le sera toujours. "  Elle bouillonnait d’excitation et je ne pouvais l’en blâmer ; je lui souris. Elle allait partir quand j'attrapai sa main.

 "Merci" Je me sentais mieux maintenant, d’une certaine façon. Quelque chose me disait qu il y avait bien plus qu’une simple histoire d'amour. Ares n'était pas assez fou pour me faciliter les choses… bien au contraire.

 «Je sais qu’Ares te cause du tort mais comme je l'ai dit... c’est un éternel perdant. Il veut juste te faire croire que tu ne peux pas gagner."  Elle leva les yeux pendant une seconde.  "Gabby arpente actuellement sa chambre, mais ce ne sont pas les Romains qui la rendent nerveuse."  Elle me fit un clin d’oeil complice.  «Repose-toi un peu, ténébreuse meurtrière, et ne laisse pas mon grand frère te déprimer"  Elle m’embrassa la joue et disparut dans un éclair. Alors, je sentis le sommeil m’envahir en pensant à Gabrielle.

 "Je t'aime, mon barde."

Je ne sais pas combien de temps s'était écoulé depuis que je m’étais endormie. Mais quelqu’un frappa à la porte et me tira du lit.  J'ouvris et trouvai Ephiny.  Mon épée fut dans mon dos avant qu’elle n’entre dans la chambre.

 "Que se passe t-il?"

 «Nous partons », expliqua Ephiny.  "Nous savons que César a massé ses troupes dans le Nord et la Conquérante ne veut prendre aucun risque. Nous attaquons ce matin."

 Ephiny se retourna pour partir et je vis Callisto sourire en me faisant un signe de la main au bout du couloir.  S’il y avait une chance de tuer Gabrielle et s’enfuir, c’était le moment.  Je tirai doucement Ephiny par le bras. Je ne savais pas si j'avais gagné sa confiance mais je n'avais pas le temps d’approndir la question.

 »Ne regarde pas, commençai-je, mais au bout du couloir, il y a l'un des gardes royaux -Callisto, la blonde- Je n'ai pas confiance en elle, Ephiny. Gabrielle fera t-elle partie de la bataille?"

 "Son Altesse participe à chaque grande bataille, Xena."

 J'avalai difficilement.  "Je suppose qu'elle est bien protégée."

 «C'est pourquoi elle a sa garde royale."

 "Et si l’un de ses gardes voulait la tuer?"

 "Je suis son commandant en second et je reste toujours à ses côtés - toujours - à moins d’un ordre de la reine elle-même. Je mourai avant que quelqu'un ne prenne sa vie."

 «Tu lui es à ce point dévouée?"

 «Pas toi?"

 L’ancienne Ephiny n'aurait pas posé la question. Mais Ephiny était farouchement loyale, à ce que je sache, même si elle ne se souvenait pas de moi.

 "Je le suis assurément, mais comme je l'ai dit, je crois que d'autres personnes dans notre garde royale, ne sont pas dignes de confiance."

 «Callisto, hum ?" Ephiny jeta nonchalamment un oeil au bout du couloir  Je  hochai simplement la tête avec un murmure d’approbation.  «Je vais garder l’oeil ouvert. »

 J’aurais pu me focaliser également sur Najara mais, à ce moment-là, elle ne semblait pas une menace.  Arrêter Callisto était mon objectif principal, en dehors de gagner l'amour de Gabrielle.  Mais je me rendais aussi compte que je ne pourrais pas gagner l'amour d'une femme morte.  Donc je devais jouer avec prudence.

 «Merci ma Régente, » lui dis-je respectueusement.

 Ephiny me fit un signe de tête et retourna rassembler les hommes.  Quand nous sortîmes, je vis Gabrielle attendant déjà sur son destrier.  Je dois admettre qu’elle avait l'air magnifique. . .  en commandant.  Elle sauta de son cheval comme quelqu'un approchait.  C'était une silhouette drapée et quand elles furent proches l’une de l’autre, je pus voir s'élargir le sourire de Gabrielle. Tout en en remarquant ce sourire, je vis la capuche tomber. Tout comme ma mâchoire...

 Autolycos s’arrêta devant Gabrielle, et s’inclina respectueusement avant de prendre sa main pour l’embrasser avec galanterie.  J'étais trop loin pour entendre leur échange, mais il semblait qu'il faisait partie du cercle de Gabrielle depuis peu.  Je remarquais d’ailleurs qu’elle semblait apprécier sa présence. Elle paraissait beaucoup plus "décontractée".  J’aurais aimé connaître leur histoire mais il allait falloir attendre.  Je me dis qu’un morceau de vérité ferait l’affaire.

 En quelques enjambées, je fus près d’eux, sans savoir quelles seraient leurs réactions. Gabrielle me vit en premier et comme son sourire ne disparut pas à mon approche, je me sentis plus à l'aise, et quand elle me fit un signe, je me sentis beaucoup mieux.

 "Xena, viens que je te présente Autolycos", annonça-t-elle.  "Autolycos, voici le dernier membre de ma garde royale."

 «Bon choix», opina t-il de la tête.  «Je suis sûre qu'elle pourra anihiler les Romains, et plus encore."  Il tendit sa main. "Enchanté."

 Je pris la main tendue.  "De même, mais il me semble que nous nous sommes déjà rencontrés. Tu ressembles à quelqu'un que j'ai connu il y a des années à Thrace."

 "Peut-être", sourit-il poliment avant de se tourner vers Gabrielle.  «Je voyage beaucoup."

 "Oh ça c’est sûr," Gabrielle rit.  "Autolycos est l'un de mes espions les plus fiables, pour ne pas dire l’un des meilleurs."

 «L'un des meilleurs? Pardonne-moi de te corriger, Majesté, mais je SUIS la meilleure."

 Oh oui.  Plus ça change plus c'est pareil, pensai-je avec un sourire malicieux.  Il eut ce sourire impudent qui me manquait tant. A ma grande surprise, au lieu d’être en colère par mon «insubordination», Gabrielle se mit à rire.

 «La seule chose plus grande que l’égo d’Autolycos, c’est..."

 Autolycos toussota pour que Gabrielle ne finisse pas sa phrase. Elle termina, avec un sourire évasif : "Son gout pour le pain aux noix."

 « Eh bien, c'est trop...», concéda-t-il en se caressant le menton.

 J'étais curieuse subitement.  «Alors, comment est-il arrivé à ton service, Milady?"

 "C’était un voleur", dit-elle sans ambages, en souriant toujours.  «J'étais en campagne dans l'est et toutes les nuits, des objets disparaissaient. Des armes, des armures. Mais quand il vola mon pain aux noix, ce fut trop."

 Autolycos riait aussi. «Mais comme je suis plein d'esprit et charmeur, elle a décidé de me laisser avant de finalement m’attraper."

 "C’est vrai", la conquérante sourit.  "Je le trouve divertissant. Les hommes ont voulu l’étriper, mais ça aurait été un réel gaspillage. Nous avons donc conclu un marché."

 "Exactement. Je travaille pour Sa Majesté. Rester loyal, et elle verrait que je ne cherche rien d’autre. Elle a conclu sa part du marché et j'ai fait de même. Ca fait quoi, cinq ans maintenant?"

 Gabrielle regarda en l’air comme si elle comptait les années. « Je crois que oui», elle opina de la tête.  "Je dois admettre qu’en n’entendant pas parler de toi ce mois-ci je commençais à m’inquiéter."

 "A quel sujet? Me faire attraper?"  Il sourit.  "Une seule personne a été assez rapide et intelligente pour m'attraper."

 Gabrielle se tourna vers moi.  "Autolycos est très serein. Il connaît toutes les bonnes choses à dire et quand les dire. Bien, quelles nouvelles de Rome m’apportes-tu?"

 "Oh, la même rengaine, toujours la même rengaine. César se prend pour un dieu. Il promet des choses aux gens qu’il ne pourra jamais leur offrir. Athènes va tomber. Et ainsi de suite."

 «La même rengaine, hein?"

 "Exact", Il sourit.  "Mais j’ai appris quelque chose d’intéressant. Je ne sais pas ce que cela donnera."

 "Quoi?"

 " Le bras droit de César - Brutus – se présente pour le Sénat et tente de trouver un peu de soutien. Apparemment, ça a entraîné une scission entre nos deux audacieux. Je ne sais pas si c’est important, mais je sais que Brutus supervise beaucoup de troupes de Cesar dans les campagnes du nord et ses derniers ordres disaient d’aller à l'ouest."

 «Mais les éclaireurs ont vu des troupes au nord... Diviser pour mieux régner», marmonna Gabrielle.  "C'est très intéressant."

 "J'ai l’impression que cette rumeur pourrait avantager la Grèce. Parce que si...".

 "César compte sur Brutus pour rester sur place et attendre nos troupes, Ca pourrait démanger Brutus de voler la vedette à César et se précipiter pour intervenir."

 "Exactement".  Autolycos sourit.

 "Alors cela signifie qu'il n'y aura pas de retour en arrière pour un quelconque soutien romain," Dis-je  "Les Romains vont tous se masser dans une zone."

 Gabrielle sourit alors qu’Autolycos brandissait son doigt.  «Elle est bonne, dit-il en riant.  Où l’as-tu trouvée?"

 «Elle est venue à moi en fait," répondit Gabrielle.  J'aurais pu dire qu’il y avait quelque chose de plus profond derrière ses mots, mais elle ne précisa pas.

 «Eh bien, si vous me l’autoriser » dit Autolycos en s’adressant à nous. "Avec une telle apparence et un tel cerveau, elle peut me rendre visite dans ma chambre quand elle veut - de jour comme de nuit."

 "Accès interdit".
 La voix de Gabrielle était ferme et toute plaisanterie avait quitté son visage.  Pour la première fois depuis l'échange amical, je vis l’humeur d’Autolycos changer.  Il avait cet air que j'avais déjà vu sur d’autres quand ils se trouvaient face au côté sombre de Gabrielle – de la crainte mélangée à du respect.  Il pouvait blaguer avec elle.  Rire avec elle.  Mais certaines choses ne devaient pas être abordées. Apparemment, j'étais l’une de ces choses et tout le monde le savait dans le cercle. Il s’inclina respectueusement sans faire un bruit.

 "Xena, peux-tu trouver immédiatement la Régente s’il te plaît? J'ai une nouvelle idée pour cette bataille."

 Avec un signe respectueux je partis chercher Ephiny. Je n'étais pas sûre de ce qu'elle avait prévu, mais je savais que même César ne le verrait pas venir.

 Chapitre 8
Je trouvai Ephiny dans les écuries ; elle s'assurait que les chevaux portaient leurs armures et avait assez de nourriture avant le combat.

"Régente?" Ephiny se retourna pour me regarder.

 "La Conquérante te demande."  Elle hocha la tête et dit brièvement quelques mots au forgeron avant de venir vers moi.

 "Xena, assure-toi que le forgeron a bien mis de nouveaux fers à ce cheval avant de partir. Argo a tendance à être hargneuse quand ses fers la gênent." La Régente partie, je restai là à gober les mouches, la bouche ouverte.

 Je marchai vers le dernier box en souriant de plus en plus. Elle était là. « Mon » Argo.

 "Hé, petite fille."  Elle hennit comme si, même dans ce monde, elle me reconnaissait. J'enfouis mon visage dans sa crinière et pensai à la maison.

 «Je vois que tu as bon goût en ce qui concerne les chevaux, guerrière".  Je sursautai légèrement.

 "Je croyais que tu devais parler à Ephiny, Mon Seigneur?"

 Gabrielle leva un sourcil, remarquant mon affection pour sa jument.

 «Je lui ai dit ce que j’avais à lui dire, et maintenant je viens vérifier mon cheval". Argo hennit et poussa un peu Gabrielle. "Comment va ma fille?" Argo la poussa de nouveau et la Conquérante rit en sortant une pomme cachée dans son armure. "Je ne peux rien te cacher." Elle rit encore et se tourna vers moi.

 «Elle est intelligente. Depuis combien de temps l’as-tu?"

 Gabrielle réfléchit. "Une dizaine de lunes ; je la prends toujours pour les batailles. Elle est bien formée et je lui fais confiance. Le reste du temps, elle est libre de se promener où elle veut, elle a un tel besoin de liberté. Mais elle revient toujours à la maison. » Nous lui donnâmes toutes les deux une tape.

 Après un court silence, elle demanda, "Tu es prête à traiter avec Rome, Xena?"

 Ma bouche s’assécha et et fis une moue dédaigneuse.

 «Je vois que tu as le même amour que moi pour César."
 "Je sais que c'est un menteur égoïste et un salaud malin".

 Elle rit franchement et je m’inquietai.  «Gabrielle, tu dois être très prudente avec lui. »

 Elle me jeta un coup d’oeil. « Une chose que j'ai apprise au fil des ans, Xena, ne jamais rien prendre pour acquis ou sous-estimer qui que ce soit »  Elle soupira.  « César pense que mon plus grand défaut, ce sont mes émotions. Je ressens les choses - que ce soit la colère ou la joie. Il pense pouvoir l’utiliser contre moi. Mais les sentiments ne sont pas la pire chose qu'un guerrier puisse expérimenter."

 "Quel est le pire?"

 "L'indifférence. Parce que si tout t’est égal, alors tu n’as pas de raison de te battre."

 "Et comment vas-tu gérer cette bataille?"

 "César veut cette grande bataille qui fera de lui un héros de l'histoire. Ce ne sera pas nous qui la lui donnerons. Mais Brutus."

 J'étais évidemment confuse, et ça se voyait à ma tête. Gabrielle eut un petit rire avant de poursuivre.

 "D’abord, nous devons amener toute son armée ici. La clé pour détruire César, c’est sa foi en son destin. Ca et le caractère impétueux de Brutus qui essaie de lui voler la vedette. Brutus croit aussi en son destin. Et quand leurs destins s’affronteront, ce sera terrible… pour Rome. "

 Elle avait une vision intéressante de César. A laquelle je n’avais jamais vraiment réfléchi. Je restai calme quand elle ajouta.  «Je connais César, et il pense certainement que je lui tends un piège et qu’il pourra encercler nos troupes. Brutus sera le bon petit général de campagne, et attendra ses ordres. Mais ça n'arrivera pas."

 Je la regardai avec déception. Il va se faire avoir comme ça ?

 "Gabr ..."

 «Chh, guerrière. Tu sais, dans mes anciennes batailles, mes troupes imitaient les siennes. Tu gardes tes amis proches, Xena, mais plus proches encore tes ennemis. J'ai une main sur Rome, bien que César ne le sache pas. Quand il verra des troupes habillées en romains dans la vallée... »

 "Il fera l'erreur de penser que ce sont les siennes."

 "Exactement. Il pensera que Brutus tente de l’éclipser. Quand il verra Brutus passer en force, il se dira qu'il a perdu sa glorieuse victoire. Ca n’aidera pas le pauvre Brutus à entrer au Sénat romain. "

 «Et il se précipitera aussi."  Je souris.

 «A ce moment-là, les rôles vont s’inverser. Je ferai revenir mes hommes, et laisserai faire le travail de sape. Mes hommes seront moins nombreux à mourir car nous n'aurons pas à trop nous battre. Et même si César pense que mes émotions feront ma chute... En fait, c’est son arrogance et la soif de pouvoir de Brutus qui le feront chuter "

 Un plan se formait dans mon esprit.  "Nous devons nous assurer que les deux armées romaines se dirigeront vers le centre tout en faisant attention à ce que les nôtres restent sur les côtés pour ensuite les attaquer."

 "Ca va être difficile, mais pas impossible."  Accorda Gabrielle. Mes nerfs étaient toujours à vif.

 «Conquérante?"  Ephiny était à la porte.

 Nous marchions vers elle quand un homme aux habits trop grands, nous fonça dessus. J'allais lui couper la tête quand Gabrielle m’arrêta.

"Joxer?"  L'homme gelé, laissa tomber sa selle et tomba à genoux

A suivre...


 "Mon Seigneur?"

 Elle l’aida à se relever.  "Tu es prêt pour la bataille?"

 Il bomba son torse avec fierté.  "Oui, Conquérante. Et ce sera une grande bataille".  En le détaillant, il me parut un peu plus robuste que d’habitude.

 "Retourne travailler alors."  Elle le serra dans ses bras avant qu’il ne parte.

 "Il est un peu lent d'esprit, mais fiable au combat."  Nous approchions d’Ephiny et je ne pouvais m'empêcher de penser, Joxer? Comment est-ce possible?

 "Les éclaireurs disent que l’armée de César est en force à l’ouest et que l’armée de Brutus est à une marque de chandelle au Nord."
 "Bien, bien. César sera le premier sur place à affronter un Brutus paumé. Est-ce que nos Soeurs sont prêtes? Et les Centaures?" Gabrielle était à fond dans sa stratégie.

 "Melosa a envoyé un mot comme quoi les soeurs sont derrière l’armée de César et celle de Tyldus garde un oeil sur Brutus, en attendant ton signal. Les catapultes des Centaures sont prêtes. Les Amazones les empêcheront de se replier. Elles sont dans la forêt, dans les arbres. "

 "Lao Ma?"

 "A priori, les premières troupes seront ici dans les temps. Mais Lao Ma et la majeure partie de ses soldats ont au moins cinq marques de bougie de retard."

 "Très bien."  Elle nous remercia, la Régente et moi. "Nous allons donner une leçon à César qu’il ne sera pas prêt d’oublier" Elle nous sourit. Ephiny et Gabrielle sortirent mais je restai à la porte.

 "Tu viens Xena?"  Demanda Gabrielle.

 "Je reste là, je tiens à m'assurer que les fers d’Argo ont été mis correctement."  Elle me fit un sourire espiègle avant de repartir avec la Régente. Je savais pertinemment que les connaissances guerrières de Gabrielle auraient dû me rendre malade de peur, mais j’étais en admiration.  Elle cria des ordres à quelques soldats.

 "Conquérante? Conquérante?"  Une petite voix l’appelait. Gabrielle trouva rapidement d’où provenait la voix et sourit. Un adorable sourire que seule une mère peut offrir à son enfant. Hope courait vers elle avec un petit paquet, Gabrielle l’enlaça et l'embrassa.

 "Mets ton masque Gabrielle."  Marmonnai-je. C’était l’une des raisons pour laquelle j’avais éloigné Solan.  Que se serait-il passé si j'avais fait l’erreur que venait de commettre Gabrielle?  J’en avais la chair de poule.

 "Quelle belle enfant." Je me raidis en entendant Callisto.  "Si je ne la connaissais pas mieux, je dirais qu'elle ressemble beaucoup à ... hmmm."  Elle tapota son menton du doigt.  "Eh bien, tu sais, très chère."  Elle me fit son sourire carnassier.

 "Quand cette guerre sera finie, tu seras au bout de mon épée " promis-je.

 "Oh, Xena, chaque fois que tu me menaces, ça me fait tout bizarre à l’intérieur."  Elle rit et monta sur son cheval en s’éloignant. "Assure-toi d’être en sécurité sur le champ de bataille."  Elle m'envoya un baiser et trotta vers les gardes. Ma rage revint. Maintenant Callisto savait qui était Hope, ce qui signifiait que Najara en avait parlé à Callisto. Fille de Baccantes, pensai-je. Bien sûr Callisto sera avec moi, mais Najara sera avec Hope.

 Flash-back sur la trahison de Gabrielle, avec la mort de Solan. Ares avait su manipuler mes démons, et j’avais fait l’innommable.

 " Ecoute, je comprends ta douleur, mais quand vas-tu réagir?"  Demande Ares.

 "Mon fils est mort, salaud !  Qu’est-ce que je peux faire?"

 "Ca prouve ce que je t’ai toujours dit,- aucune bonne action ne reste impunie,  sauver les gens, défendre les faibles, donner sa confiance à quelqu'un qui te trahit."  Il pose une main sur mon épaule.

 "Gabrielle".

 "Tout cette expiation ces derniers temps, ce n'est pas toi. Tu es pleine de feu, pleine de rage, tu fais plier le monde à ton gré. Tu es pleine de vengeance aussi. Accepte-le. Tu sais quoi faire, qui tuer. " Dieux, il savait sur quel bouton appuyer.

 Je me revoyais tenir le corps meurtri de Gabrielle au-dessus de la falaise en hurlant.

 "Vengeance!"

 Je tentai de me calmer, "Réfléchis, Xena, réflechis."

 Je me retournai pour voir Gabrielle serrer encore Hope avant de la lâcher. Qu’allait tenter Arès pour faire jaillir les ténèbres de Gabrielle? Le pourra-t-il et parviendra-t-elle à revenir dans notre monde?

 "Hope?" J'appelais la petite fille qui me vit et me sourit. Je savais que Gabrielle regardait, mais je n'avais pas le choix.

 "Oui, Xena?"  Son visage ressemblait à celui de sa mère, et je ressentis une douleur dans la poitrine.

 " S’il te plaît, j'ai besoin de toi pour donner un mot à ta grand-mère, aussi vite que possible. Ne laisse personne voir ce mot. S’il te plaît, c'est important."  Elle acquiesça. J’allais vers mon cheval et saisis un parchemin sur lequel j’écrivis rapidement.

 Je la renvoyais avec la promesse de ne le montrer à personne et que Cyrène le lise au plus vite.  Je devais avertir ma mère d’une façon ou d’une autre, mais ne pouvais pas rester ici car je devais surveiller Callisto. Dieux, je me sentais prise au piège entre deux arbalètes.

 "Le cheval de la Conquérante est-il prêt?" hurlais-je en faisant sursauter le forgeron.

 "Oui...i, ma'am", bégaya t-il en repartant rapidement.

 J'attrapai les rênes d'Argo et l'amenai à Gabrielle qui avait un regard froid. Je lui tendais les rênes d'Argo quand sa main s’élança pour m’attraper à la gorge.

 "Pourquoi es-tu fascinée par cette enfant?" Elle parlait à voix basse.

 "J'ai grandi près de sa grand-mère Cyrène, et je voulais lui donner un mot juste au cas où je ne reviendrais pas"  Les mots sortaient difficilement.  Sa main retomba, et elle poussa un cri de guerre en sautant sur le dos d'Argo.

 "Ne t’inquiéte pas, Xena. Après tout, tu es la meilleure."  Son visage était toujours froid.  "En selle!"  Me cria t-elle, et elle partit devant.

 Je montai sur mon cheval et Ephiny s’approcha de moi. "La Conquérante te veut à l'avant avec nous."

 Nous trottâmes en silence, rattrapant Gabrielle et Autolycos.

 "N’oubliez pas, celui qui attrape Brutus peut le rouer de coups, mais ne devra pas le tuer. J'ai des plans pour lui. Quant à César... il est à moi."  Ce n’était pas Gabrielle qui venait de parler, mais bien la Conquérante prête pour la guerre. Je trouvais cela assez excitant, et m’en voulus aussitôt.

 " Ouais, eh bien, tu te souviens de revenir saine et sauve. Tu as toujours notre contrat à remplir ", Autolycos lui fit un clin d'oeil, en arrêtant son cheval devant la grande porte.

 Je m'attendais à ce qu’il se joigne à nous pour une raison ou une autre, mais je me rendis compte subitement que ce n’était pas ce qu’il voulait. Autolycos voulait garder son gagne-pain, mais ce n’était pas une très bonne chose que les Romains le voient draguer la Conquérante.

 Je me retournai sur ma selle pour regarder notre armée. Derrière nous, il y avait mes confrères de la garde Royale à cheval. Nous nous fixâmes brièvement Callisto et moi. Derrière la garde royale, des charriots portant les catapultes, puis des rangées d’archers - la moitié habillée en Romains, et l'autre en Grecs.  Puis, tout derrière, il y avait des soldats à pieds et je repérai Joxer à l'extrême droite. Ce n’était pas une énorme armée, mais elle était vraiment très impressionnante. A mon époque, j’aurais détesté combattre avec une telle armée. Les Amazones et les Centaures se tenaient sur les deux côtés, par les Dieux…

 Nous progressions en silence et j'adressai une prière à qui pouvait l’entendre pour que tout se passe sans problème. Excepté pour Callisto, me dis-je après coup. J’avais l’impression que quelques secondes s’étaient écoulées, or ce fut un long moment plus tard pour que nous fûmes en position. De derrière les buissons, Gabrielle observait la colline. Quelques éclaireurs apparurent au sommet, puis un homme que je connaissais fort bien fit son apparition. César portait son armure en or et observait avec une longue-vue le point de rendez-vous, en bas. Pour sa part, Gabrielle avait sa longue-vue fixée sur César. Je les regardais tous les deux, et le sourire croissant sur le visage de Gabrielle me fascinait.

 " Il s’est fait avoir "  Il y avait quelque chose de sauvage dans son sourire, comme une araignée regardant une mouche voler vers sa toile.

 Sur la colline, César dirigeait quelques uns de ses hommes. Il s’était fait avoir et n'avait pas l'air très heureux que Brutus lui "vole" son combat. Je pris une grande inspiration. Ce ne serait plus long maintenant.
Dès que les troupes de César commençèrent à charger la vallée, Gabrielle ne fit plus attention à lui. Elle avait foi en Ephiny pour mener à bien  cette bataille. Au lieu de centrer son attention sur lui, elle déplaça son regard plus loin sur la crête, où elle imaginait les troupes de Brutus. Elle était persuadée que Brutus allait bientôt imiter César.

 Les hommes de Brutus étaient alignés au sommet de la colline et Gabrielle leva la main devant ses propres troupes. Quand l'ennemi chargea en descendant la colline, elle lança le signal pour envoyer les flèches enflammées. Une fois les flèches lancées, les faux Romains et les Grecs chargèrent vers le haut de la colline, laissant les troupes de César et de Brutus se battre en bas.Un nouveau signe de la main et les catapultes firent feu dans la vallée. Le ciel assombri s’illumina comme en plein jour, et j’entendis les cris des hommes brûlés. La guerre était un enfer, aucun doute là-dessus. Je savais que l’ascension Romaine devait être arrêtée pour le bien de la Grèce, mais en voyant le sourire de Gabrielle, je fus refroidie.

 Elle ne souriait pas parce que la bataille prenait la tournure désirée. Elle prenait plaisir à regarder ces hommes mourir.  Je connaissais ce sourire,  je l’avais eu maintes fois étant jeune. Parfois, il me hantait encore dans mes rêves, mais là, il était naturellement sur le visage de Gabrielle. Trop naturellement.  Et il me faisait peur. Je ne pouvais plus la regarder, et me retournai vers la bataille.  Ses troupes tentaient d'échapper à l'anéantissement par les boules de feu. Un soldat attira mon regard alors qu’il trébuchait en essayant de gravir la colline.

 Gabrielle donna l’ordre de charger à nouveau et je sus que cet homme allait se faire piéger. C’était Joxer.  Alors que les troupes marchaient en double formation vers la bataille, je galopai aussi vite que possible à l'endroit où il était tombé. J'arrêtai mon cheval et fis un saut de la selle vers le sol à côté de ses pieds. Ses lacets étaient emmêlés à des racines d'arbres pourris. Rapidement, je tirai mon épée et la levai au-dessus de l’homme ; il grimaça. La lame trancha les liens et il put libérer son pied. Sans une seconde à perdre, je le traînai jusqu'à mon cheval et sautai sur son dos. Ensemble, nous galopâmes vers la bataille.

 "Tu m'as sauvé la vie", cria-t-il.  "Je te suis redevable."

 " Prends soin de la Conquérante " Lui ordonnai-je.  " Si tu vois la garde blonde s’approcher d’elle à moins de dix pieds, tue-la."

 "Je ne comprends pas", répondit-il.

 "Tu n'as pas à comprendre. Fais-le."

 "Tu as ma parole."  Il hocha la tête, sans savoir pourquoi.

 Un oeil de plus sur Callisto, ce serait encore mieux.

 En descendant de la colline, je vis Ephiny, fidèle à sa parole, qui galopait à travers la bataille, frappant les Romains à gauche et à droite, et tentant de revenir aux côtés de Gabrielle. Si Ephiny restait près d’elle, ça voulait dire que Callisto devrait passer à travers nous trois. En regardant derrière moi, où se battaient les gardes royaux, je remarquai qu'elle n'était pas concentrée sur la bataille. Mais sur Gabrielle.  Et elle savait, tout comme moi, que s'il y avait la moindre chance d’assassiner la Conquérante et de s’enfuir, c’était maintenant.

J'entendis Callisto crier à ma droite, décapitant tout romain à portée de main. Le regard assassin, elle se précipita vers Gabrielle. Mon manque de concentration ne vit pas venir le coup sur mon bras gauche ni l’énervement de la Conquérante. Gabrielle embrocha le soldat qui m’attaquait.

 "Concentre-toi sur la bataille, Xena!"  Siffla t-elle entre ses dents en se débarrassant du soldat mort d’un coup de pied et elle passa à la cible suivante.

 Ephiny nous rattrapa et nous reprîmes nos positions autour de Gabrielle; nous galopâmes sous les flèches et les catapultes volant au-dessus de nos têtes. C’était un véritable chaos et je crus bien que mon cœur allait s’échapper de ma poitrine.

 Je jetai un oeil sur le haut de la colline où César souriait d’un air méprisant. Il leva la main, et la moitié de la colline se remplit d’archers.

 "Fils de Bacchante!" Me dis-je. Nous sommes des proies faciles. "Archers!" Criai-je.

 J’obtins l’attention de Gabrielle. Elle le regarda, rit et se baissa devant le romain pour le défier.
 Elle mit deux doigts dans sa bouche et émit un sifflement qui se répercuta contre les projectiles au-dessus de nos têtes.

 Un groupe de guerrière Amazones descendit des arbres, et élimina rapidement les archers de César. Je me tournai vers lui, il avait un air que je ne lui connaissais pas. J'imaginais la même expression sur son visage quand il fut assassiné. Il perdait son calme.

 "Conquérante !!!!!" Cria-t-il en courant vers Gabrielle, laissant ses hommes se débrouiller avec les amazones.

 Le temps sembla étrangement ralentir. Ma tête se tourna vers Gabrielle qui sautait de son cheval et attrapait la tête d’un soldat. Elle était couverte de sang avec un sourire froid et glacial sur le visage. Un regard de haine...

 Ephiny défiait Brutus sur le terrain. L'air était épais avec une odeur de fumée et de sang et chaque coup de catapulte me mettait les nerfs à vif. Pompée sauta de sa monture et me fit tomber à terre.
 "C'est de la folie, c’est de la folie." Ca tournait dans ma tête, mes démons me raillaient. Pompée appuya sa lame sur mon cou, pendant que je luttais contre mes pensées."Pourquoi lutter? Ce monde est meilleur pour Gabrielle. "Mes démons me motivaient.

 "Elle a réussi là où tu as échoué.  Elle gagnera contre César quand tu as été trop faible pour y parvenir ".  Des visions de Gabrielle prenant plaisir à tuer passaient devant moi, et, devant chaque vie perdue, la lumière dans ses yeux s’intensifiait. Puis je vis ma Gabrielle, pleine d'émerveillement et de vie. La jeune femme qui me demandait comment les étoiles se formaient dans le ciel. La femme qui tentait de trouver la bonne personne en tout un chacun. La femme qui me croyait, et qui, pas une fois, même dans les temps les plus sombres, ne m’avait abandonnée. Maintenant cette femme était pleine de haine. Une seconde plus tard, un autre flash.

 C’est d’abord tout petit, ne ressemblant à rien du tout. Juste une cellule, un germe. Mais la graine a pris, et avant que tu ne saches qu’elle grandit en toi, elle se propage dans ta vie comme une tache d’huile.
 Et sa puissance étouffera ton amour et ta joie. Sa faim est grande... et elle vit pour détruire!

 "La haine, Gabrielle, c'est ce que nous combattons... la haine".

 "Non, je ne laisserai pas tomber. Je n’abandonnerai pas. " dis-je à mes démons et je sentis la bête en moi se réveiller.
Je regardai Pompée droit dans les yeux en poussant la lame dans ma gorge.

"NOOOON!"  Je criai et le jetai sur le côté. J’esquivai un coup à droite, puis à gauche, puis au-dessus. Nous coinçâmes nos lames et il tira un poignard de sa ceinture. En tordant son poignet je le fis basculer pour le clouer au sol.  Il cria en lâchant son poignard et je mis un genou entre ses jambes. Il poussa un autre cri, baissant assez son épée pour que je l’envoie au loin pendant que je plongeai la mienne dans sa poitrine.

 Puis, je m’agenouillai, esquivant ainsi un coup sur la tête qui venait de derrière et me tordis pour planter le poignard dans le ventre d’un romain. Ceci fait, il y eut six morts à mes pieds.

 Je regardai vers Gabrielle et eus le souffle coupé. Elle se battait contre César.  Il était puissant, mais elle avait presque autant de force. Son avantage était d’être plus rapide, et plus compétente. Elle bloqua un coup sur sa gauche, jeta un coup de pied et lança son genou droit. Il recula suffisamment pour qu’elle puisse lui enfoncer la lame jusqu’à la garde dans son corps.
 “Par les Dieux.  Elle l’a tué. Gabrielle a battu César.

 Elle retira lentement sa lame et il s'effondra à ses pieds. Elle poussa un grand cri de guerre et leva son épée au-dessus de sa tête. Les troupes se rallièrent à elle, mais parmi les Romains encore en vie, il y avait Brutus. Ephiny finit de l’attacher et se mêla à la liesse générale.

 Je me tenais là, telle une statue, dans une mer de morts romains.

 "Bonne bataille Xena." Ephiny me tapa dans le dos et sourit. Nous regardâmes toutes les deux la colline où Gabrielle continuait d’être acclamée. Mais le temps se ralentit une fois de plus quand  Ephiny et moi vîmes une blonde charger Gabrielle par derrière dans un cri à briser les tympans.

 "GABRIELLEEEEEE !!!!!!" Criai-je.

 Elle se tut et me regarda calmement, mais ne tressaillit même pas en se tournant pour faire face à Callisto. Ephiny et moi partîmes en courant, mais il aurait été impossible de l’arrêter. Quoi de plus effrayant que de voir Gabrielle refuser de se défendre. Je vis Joxer tenir sa promesse et se lancer pour tenter de protéger sa Conquérante mais Callisto continua d’avancer comme s’il n’était pas là. Gabrielle ne bougeait toujours pas.

"Pourquoi ne bouge t-elle pas?" demanda Ephiny à bout de souffle alors que nous courions côte à côte.

 "Culpabilité?"  Murmurai-je.  Se sentir coupable est probablement l'une des pires émotions que j'ai ressenties dans ma vie. Elle peut nous faire faire des choses insensées juste parce que l’on croit que ça ira mieux et que ça mettra fin à la douleur. En réalité, ça provoque un mélange de culpabilité et de douleur et c’est généralement la personne que l’on aime le plus qui paie pour cette erreur.

 "Laisse la justice faire son travail", dis-je à haute voix.

 Callisto atteignit sa cible et leva l’épée qui devait décapiter Gabrielle.
Gabrielle dégaina enfin son épée et dévia le coup. Elle resta là pendant que Callisto faisait des cercles autour d’elle, jusqu’à ce qu’Ephiny et moi arrivâmes.

 "Restez où vous êtes, guerriers."  dit calmement Gabrielle, tenant son épée de côté.

 Callisto rit.  "Oh, la bonne Conquérante. Qu’est-ce qu’il t’arrive? Un jour, comme ça, tu décides d'être une gentille souveraine?"  Elle continuait ses cercles.

 "Quelque chose comme ça."  Gabrielle laissa tomber ses épaules.

 "Et ton peuple brisé par tes soldats est censé t’acclamer, c’est ça?" Je me souvins de cette conversation, une parmi tant d’autres avec Callisto. La fois où j'avais failli perdre Gabrielle dans les ténèbres.

 " Tout ce que je veux, c’est le sang de Callisto sur mes mes, Xena."

 "Gabrielle, laisse-moi Callisto. Tu as besoin de temps pour pleurer." En fait, j'avais peur, elle avait le même regard que j’avais quand Lyceus a été tué.

 "J'ai le reste de ma vie pour pleurer. Je veux la voir mourir, Xena!" Son regard me faisait frémir.

 "Je ne vais pas t’aider à détruire tous les idéaux pour lesquels tu vis".

 "Mes idéaux n’étaient que mensonges. Je pensais que l'amour était le plus fort sur Terre. Quelle folle. L'amour est impuissant face à la cruauté, Xena."

 " Gabrielle, si tu es dans la haine, Callisto gagnera."

 "Xena, réveille-toi et regarde autour de toi! La petite Gabrielle innocente est morte, il n' y a pas à y revenir. Il suffit de m'apprendre comment utiliser une épée, pour qu’au moins, j’ai une chance de lutter. S’il te plaît."

 Je ne pouvais jamais rien lui refuser.

 "OK. Encore. Encore. Encore! Je vais la tuer. Encore! Apprends-moi. Enseigne-moi! Apprends-moi. Encore. Encore! Apprends-moi comment la tuer, Xena. Je vais la découper et la regarder saigner. Je vais la tuer, Xena! Apprends-moi comment la tuer! ".

 Je sentis à ce moment-là mon coeur se serrer et, pour la première fois de ma vie, je priai les Dieux.

 "Si quelqu'un m’entend, tu sais que je n’ai pas pour habitude de prier.. Mais je ne sais pas quoi faire d'autre. J'ai failli abandonner une fois, et... et Gabrielle est entrée dans ma vie. S’il te plaît ne laisse pas la lumière rayonnante de son visage disparaitre. Je ne supporterai pas l'obscurité. "

 La voix de Gabrielle parlant à Callisto m’arracha à mes souvenirs.

 "Ce qui t’est arrivé est terrible.C’est de ma faute et je suis désolée,".

 Elle ne laissa pas Gabrielle terminer sa phrase.

 "Oh ...! Cela fait toute la différence. Et maintenant, nous pouvons être les meilleurs amies du monde!."  Elle cracha aux pieds de Gabrielle. "Voilà ce que je fais de tes excuses." Elle attaqua, mais comme Gabrielle parait chaque coup, Callisto fut de plus en plus frustrée. "Bats-toi Conquérante! Je n'ai pas peur de mourir, si c'est ce qui t’inquiète. Et toi, Conquérante? Qu’est-ce que ça fait de voir ta création mourir de tes mains, hmm?"

 Je sentis la volonté de Gabrielle se fissurer, alors je parlai.  "Ne l'écoute pas, Gabrielle. Tu ne peux pas passer ton temps à te torturer pour ce qu'elle est devenue".

 Callisto me fit un affreux sourire. "Non, bien sûr que non. Non, ce n'est pas de sa faute si je rêve toutes les nuits de ma mère, des cris provenant de la maison en flamme! Conquérante, dis-moi, tu dors bien la nuit?"

 Entendre Callisto répéter à Gabrielle nos anciens échanges me fut soudainement insupportable. Tout mon corps se tendit et des perles de sueur coulèrent sur mon front. Je n’avais plus de voix.

 "Non, je ne dors pas bien." la voix de Gabrielle était faible et molle.

 "Ce n'est pas la faute de la Conquérante, sale chienne." Lança Ephiny. Mais je n'eus pas le temps de l'arrêter, Gabrielle se tourna vers son amie.

 "J'ai dit de rester où tu es!"

 Callisto en profita et pivota vers Gabrielle qu’elle blessa de son épée.

 "Non!"  Ephiny et moi courûmes vers elle.

 "Restez où vous êtes ou c’est à moi que vous aurez affaire!" Ordonna t-elle entre ses dents. Nous nous arrêtâmes, et Gabrielle se redressa pour faire de nouveau face à Callisto. À ce moment-là, un groupe de soldats nous entoura pour regarder la scène.

 "C’était peut-être tes hommes, mais le sang est sur tes mains!"  attaqua de nouveau Callisto.

 Chaque mot que prononçait Callisto blessait Gabrielle plus que n’aurait pu le faire son épée. Je tressaillais à chacun de ses mots comme quand ils étaient prononcés à mon encontre.  Gabrielle para un nouveau coup et parla.

 "Tu as raison, c'est de ma faute. J'étais ivre la moitié du temps et j’ai ignoré les signes de révolte de mon armée. Quand j’ai dessoulé et que j’ai compris, le mal était fait." Les yeux de Gabrielle se remplirent de larmes.

 "Je ne veux pas de tes excuses Conquérante. Je veux ta tête!" Callisto riposta en se retournant et, presque instinctivement, Gabrielle para le coup, qui ne fut pas violent. Elle n’attaquait pas mais se défendait simplement. Le groupe écoutait attentivement la faible voix de Gabrielle.

 "Nous avons marché pendant des jours", dit-elle tandis que les deux femme continuaient à se tourner autour.  "J'ai passé des heures à essayer de rattraper ces salauds, et ce, dans chaque village qu’ils avaient traversé... " Elle s’étrangla un peu mais garda les yeux sur Callisto. " Chaque village était pire que le dernier que nous avions essayé de sauver. J'avais peut-être une réputation de coeur de pierre, mais je n'ai jamais admis la torture d'innocents. Il y a longtemps, ma famille a connu ce type de torture, et je le jure, je ne permettrai jamais que cela arrive à quelqu'un d'autre. " Nous étions tous sans voix.

 Gabrielle baissa son épée, les bras le long du corps. "Si ma mort t’apporte la paix, qu'il en soit ainsi."

 Je regardais Callisto. "Si elle fait un pas de plus, Gabrielle, je la tue de mes mains ", dis-je.

 Gabrielle ne prêta pas attention à mes menaces. Elle ne parlait qu’à Callisto. "Une amie très sage du nom de Lao Ma m'a dit une fois que le seul moyen de mettre fin à la violence est l'amour et le pardon. Je suis prête à te pardonner pour ce péché et à te laisser en vie. Mais si tu remets un pied dans mon royaume... Tu es morte. "

 "Mais elle ne comprend pas l'amour et le pardon. Elle ne s'arrêtera pas, jusqu'à ce que... " Mes paroles furent interrompues.

 "Assez de cet écoeurant étalage de bravoure !". Callisto me regardait, le menton tremblant.  J'étais abasourdie. C’était la première fois qu’elle montrait une autre émotion que la colère. Les mots manquèrent à Gabrielle un instant. Nous attendions tous de voir ce qui allait se passer. J'étais persuadée qu’elle allait se ressaisir et attaquer.

 "Je refuse de faire de toi une martyre, Conquérante." À notre grande surprise, elle jeta son épée au sol.  "Tu vois, tu as crée un monstre intègre. Je suis touchée par ta noblesse, mais je connais la vérité. Tu es un monstre! Mais je ne ferai pas de toi une héroïne en t’enlevant la vie." Elle sauta sur un cheval à proximité et partit, des larmes tachant son visage.

 Nous la regardions partir, et j’entendis Gabrielle chuchoter "Parfois, je déteste vraiment mon rôle de Conquérante."

 Ch9/ep3
Gabrielle émit un profond soupir et ramassa son épée. Elle mit fin à l’atmosphère tendue en nous criant des ordres. "Ephiny, Que les hommes nettoient ce champ de bataille, que les guérisseurs s’occupent de nos blessés et qu’on amène César au donjon et Brutus dans ma tente."

 Ephiny et moi nous nous regardâmes, perdues.  "César?" Demanda Ephiny.

 "Je ne l'ai pas tué," répondit Gabrielle.  "J'ai des projets pour lui. S’il passe la nuit", dit-elle après coup.   "Envoie des messagers pour savoir comment vont les Centaures et Lao Ma."

 Ephiny hocha la tête avec un salut et partit.

 "Gabrielle, laisse-moi voir la blessure dans ton dos."

 Elle leva un sourcil. "Tu es aussi guérisseuse, Xena?"

 Je hochai la tête.

 "Tu as beaucoup de compétences...."  Je faillis trébucher en l’entendant dire ça. 

Nous arrivâmes à sa tente et elle ota son armure. Je me précipitai pour l'aider.  C’était du déja vu inversé.  Combien de fois Gabrielle avait-elle fait la même chose pour moi toutes ces années?

 "Ce n'est pas méchant", ajouta-t-elle.  " Juste une entaille à l’épaule. L’armure a pris le plus gros."  Elle semblait très fatiguée. Après avoir enlevé son armure et sa chemise, je suspendis mon geste.  Gabrielle était fortement marqué au fouet. Ca devait venir de l'attaque de son village.  Je voulus tendre la main et la toucher, en lui disant que j'étais désolée pour toute cette douleur, mais je me reculai rapidement.

 "Tu aurais quand même besoin de quelques points de suture, " lui dis-je en tentant de me concentrer sur la plaie.

 Je cherchai du regard une trousse médicale.

 "La bataille t’a plu, Xena? Dis-toi que César ne s’est pas beaucoup inquiété." Je restai calme et m’occupais de sa blessure. Une partie de moi était encore sous le choc qu'elle ait gagné contre lui, et l'autre en admiration. J’étais surtout préoccupée par la rapidité avec laquelle Gabrielle pouvait culpabiliser.

 "Mon village aussi a été attaqué par tes hommes." Je la sentis se raidir.  "Mais je sais que ce n'est pas de ta faute et que tu as aidé tous ceux que tu pouvais. Tu as même porté ces hommes en justice."

 "Ma justice, Xena." Elle tourna la tête pour me regarder. "J'ai tué chacun d'eux."

 "Je ne te le reproche pas, Gabrielle. Callisto est tellement aveuglée par sa haine que son jugement s’en trouve faussé." 

 "A sa place, j’aurais cherché à faire ma propre justice. Pourquoi n’aurait-elle pas ce droit?" 

 "Tu as frappé ceux qui ont fait le mal, pas Callisto."

 "J'étais responsable de ces hommes, Xena. C’étaient mes hommes!"  Une chose immuable dans ce monde: Gabrielle était toujours aussi têtue.

 "Conquérante?"  Gabrielle remit sa chemise quand Ephiny entra avec Brutus au bout d’une chaine.

 "Oui, Régente?"

 "Tyldus nous fait savoir que les choses se sont bien passées. Aucun mort, quelques blessés. Melosa nous apprend que nous avons perdu trois sœurs. Les avant-troupes de Lao Ma nous ont dit que tout va bien et qu’elle devrait être ici pour la célébration de ce soir."

 "Très bien." Gabrielle acquiesça.  "Nos sœurs ont lutté noblement, nous ferons donc en sorte que leur passage dans l’au-delà se passe bien. Assure-toi qu’elles aient un bûcher royal et qu’un guérisseur s’occupe des hommes de Tyldus." Ephiny s’inclina, lâchant Brutus.

 "Maintenant je dois prendre une décision à ton sujet, Brutus."  Je me tenais là comme une bonne garde royale et regardai faire Gabrielle. Le pauvre homme se tortillait.

 "Conquérante? Peut-être y a t-il moyen de s’arranger?"  Il était très nerveux. Gabrielle leva un sourcil et plongea dans ses yeux.

 "Qu'est-ce que tu proposes? Rome?"  Elle attendait, plutôt amusée.

 "Une alliance".  Il bomba la poitrine, mais ça ne fit qu’accentuer le sourire de Gabrielle.

 "Une alliance, dis-tu? Hmm… alors que tu es sur mes terres et le seul Romain encore debout, je trouve l'offre plutôt... intrigante."

 "Il y a encore des forces romaines sous le contrôle d’Anthony. Je pourrais y retourner pour plaider en ta faveur et décourager toute invasion romaine."

 Brutus a toujours été assez faible.

 "D’accord Brutus, mais à une condition."  Il eut un soupir de soulagement et je la regardai comme si elle avait perdu la tête. "Tu signes ton nom sur ce parchemin en indiquant ce que tu viens de dire."  Ses yeux s’élargirent.  "Disons que j'avais une idée de ton offre et j’ai pris la liberté de mettre au point deux décrets - un pour la Grèce et un pour Rome. Signe maintenant, et appose le sceau de ta bague en bas".

Son regard me donna froid dans le dos.

 Elle déplia le parchemin et lui tendit la plume. Il ne perdit pas de temps à signer et trempa sa bague dans la cire pour apposer son sceau. Gabrielle souriait en roulant le parchemin. "Bravo, et maintenant, à mon tour. Ephiny?"  La tête blonde jeta un oeil.

 En un puissant retournement, l’épée de Gabrielle trancha la tête de Brutus. Ma gorge se serra alors que le sang couvrait les murs de la tente et la Conquérante. Je m’assis, étourdie un instant, et constatai qu’Ephiny ne semblait nullement affectée. Elle n'avait même pas hésité.  Elle marcha vers le corps de Brutus. "Regarde comme notre nouvel "ami" semble sans danger pour Rome!" Ajouta Gabrielle. Elle se pencha encore. Cette fois, écartant la main de Brutus.

 "Par le Tartare, qu’est-ce que tu fais?" Implorai-je.

 "Diviser et Conquérir, Xena." Elle se tut et me fit face avec un éclair malicieux dans les yeux.  "Littéralement," ajouta-t-elle en riant tout en regardant le corps décapité de Brutus. Elle me tendit le parchemin pendant qu’Ephiny tirait le cadavre hors de la tente.

 "Je suppose qu'il s’est fait avoir?"  La Régente sourit.

 "Hameçon, ligne et plomb".
Je déroulai le parchemin pour le lire, et les regardai toutes les deux. Je devais avoir l’air stupide avec ma bouche grande ouverte. Le parchemin disait qu'il avait pris position en Grèce et tournait le dos à Rome pour échapper à la persécution. En d'autres termes, Gabrielle avait réussi à étiqueter Brutus traître de Rome.  J'étais sans voix.

"Marc-Antoine est-il toujours avec Cléopâtre?"  demanda Gabrielle.

 "Ouais, et elle l’a bien montré sur le Nil, comme tu l'as demandé."

Gabrielle balança la main de Brutus à Ephiny. J'avais envie de vomir.

 "Bien. Envoie un messager en Egypte avec l'un des rouleaux et le doigt portant sa bague. Envoie l'autre rouleau à Rome avec sa tête. Pour le reste... fais-en ce que tu veux, mais loin d’ici. "Gabrielle se tourna vers moi, mais mon esprit était encore ébranlé par ce que j'avais vu quelques instants auparavant.  Elle avait assassiné Brutus. Pas dans le feu de l’action sur le champ de bataille, mais de sang-froid comme une espèce de trahison.  Je forçai mes yeux à croiser les siens. "Quelque chose ne va pas?"  Demanda-t-elle, sentant mon malaise.

 "Non, ma Conquérante, lui répondis-je rapidement.

 "Tu mens."

 Devais-je avouer ou continuer de jouer?  Ma Gabrielle était intelligente, mais celle-là était incroyablement intuitive. "Je suis désolée mais je ne m’attendais pas à ça."

 "Et qu’aurais-je du faire, Xena?"

 "Garder ta parole."

 Je regrettai cette condamnation sitôt prononcée. Je serais sûrement la prochaine à perdre ma tête.

 "Certainement", sourit-elle.  Elle traversa la tente en poursuivant.  "Je le laisse retourner à Rome, il me trahit et revient avec encore plus d'hommes pour la prochaine bataille. De ce fait, beaucoup de mes hommes meurent, et je prends le risque que Rome anéantisse la Grèce."

 "Je n'avais pas envisagé ça," avouais-je.

 "C’est cruel? Oui. C’est sournois? Absolument. Cela protègera t-il l’empire? Sans aucun doute." Gabrielle se pencha sur le bureau en face de moi et croisa ses bras sous sa poitrine. "Je ferai tout ce qu'il faut pour assurer la survie de la Grèce. C'est la guerre. Tu t’attendais à quoi? Du glamour? Il n'y a pas de bons choix ici, Xena, juste certains degrés de violence. "

 J'étais tellement aveuglée par ma soif de combat et de survie contre la horde que j’avais prononcé les mêmes mots. Mais je réalisai aussitôt que j'avais perdu une partie de moi cette semaine.  Et c'est Gabrielle qui m'a tirée de l'obscurité vers l’honorabilité. Aurais-je la force de faire pareil pour elle?  Elle avait peut-être gagné la bataille, mais elle s’était perdue en chemin.

 "Ecoute Xena. Voici un petit plan. Antoine est seul maintenant. Les Sénateus vont se monter les uns contre les autres : Romains contre Romains, c’est beaucoup mieux que contre Romains contre Grecs. Nous allons nous asseoir les bras croisés et regarder Rome se détruire de l’intérieur sans dirigeant. Ceux qui gagnent les guerres sont ceux que tu n’as pas à combattre toi-même. "

 C’était vraiment une méthode de dingue et plus que jamais, j'étais confuse.  Cette Gabrielle avait ses démons, mais elle était un chef efficace. Elle faisait de son mieux pour subvenir aux besoins de son peuple. Dois-je l’emmener loin de tout cela?  Ares a-t-il raison?  Cette Gabrielle n’est-elle pas mieux que l’autre?  Nos ennemis sont tués,  sa fille est vivante, beaucoup de nos amis sont en vie.  Ma mère est là aussi.  Mais quel est le compromis?  Il n'y a pas Lila ni Sara.  Il n'y a pas Virgile. La vie de Joxer en ce monde est désormais terminée.  Quant à Najara, elle est l’épouse de Gabrielle.  Et Eve n'existe pas ici.  Pas plus que mon barde". Et même si c’est un chef efficace, l'âme de Gabrielle a été torturée bien plus gravement que par les cicatrices qu’elle a accumulées. Je me demandais si je devais réagir lorsque j'entendis parler Gabrielle, me tirant de mes pensées.

 "Maintenant que le terrain est déblayé et que nous avons pris soin des blessés et des morts, nous pourrions vérifier quelques derniers détails et se vider la tête pour la célébration."

 Ephiny et moi la suivîmes.

 "Soldats de Grèce!"  Tout le monde se figea au son de sa voix et écouta.  "On s'est battus aujourd'hui, vous avez lutté pour la liberté et l'avez emporté. Nos générations récolterons les fruits de cette bravoure. Vous devez tous être fiers."  Les hurlements de hourras augmentèrent.  "… Et maintenant, nous allons rentrer pour une immense fête!"  Les acclamations s’accentuèrent alors que nous suivions Gabrielle.

 Elle alla voir chacun des soldats pour les féliciter de leur travail acharné d’une tape bienveillante. Elle montrait de la compassion pour les blessés et les mourantes Amazones. Puis elle examina chaque soldat tué pour s'assurer de ne jamais oublier leur visage.

 Le dernier corps était celui de Joxer. Là, une partie de son masque tomba et une larme glissa sur son visage.

 "Ephiny? Assure-toi que son bûcher ait les honneurs et que sa famille soit prise en charge. Tout ce qu'ils voudront, ils l’auront."  Elle renifla et mit un dinar dans la main de Joxer.  "Pour que Charron t’offre un doux voyage, mon ami."

 Gabrielle s’éloigna mais j’étais incapable de bouger. Je regardais le visage inexpressif de Joxer et ressentis un manque. Je n'avais pas pu le sauver dans cette vie alors que j’avais réussi dans l'autre, et je me sentis de nouveau en deuil. Combien de deuils devrais-je encore subir avant que tout ne s’arrête. Je me retournai et vis Gabrielle emmener Argo au loin. Je remontai vivement la colline pour la rejoindre.

 Il commençait à faire nuit quand nous sommes rentrées, les éclaireurs avaient entendu notre arrivée.  Des torches éclairaient les visages heureux des citoyens, ceux-là même qui avaient décoré notre chemin de pétales de roses. Personne ne parlait, et quelques uns hochaient la tête dans la foule.
 Les senteurs émanant du château firent gargouiller mon ventre. Les cuisiniers se préparaient pour le grand festin. Je souris à l’idée que ma mère en faisait partie. Joxer n’était plus là, mais ma mère oui. 
Nous laissâmes nos chevaux à l'écurie, et je m’aperçus que j'étais assez fatiguée, mon adrénaline au plus bas.

 "Conquérante?" Ephiny approcha.  "Je pense qu’avant la fête, nous devrions nous occuper des soldats"

 "Ahh oui, demande-leur de se libérer et de se rencontrer à la fête, ce soir. Assure-toi qu'ils se lavent également!"  Ephiny donna les ordres, à la grande joie des hommes.

 "Bonne bataille, Xena," Ephiny hocha la tête vers moi.  Je m'inclinais respectueusement.

 "Conquérante?"

 La voix était étrangère à notre cercle, mais je la reconnue tout de même.

 "Oui, mon épouse?"  Gabrielle soupira en tournant la tête vers Najara.

 Comme je tournai aussi la mienne, je vis ses yeux d’hallucinée me regarder moi, et non Gabrielle. Mais je refusai de détourner le regard. Consciente qu'elle ne pouvait pas gagner à ce petit jeu, elle porta son attention sur Gabrielle.

 "J'ai fait couler un bain et je t’attends, mon amour."

 Elle s’approcha et donna un baiser supposé être sur les lèvres de Gabrielle, mais celle-ci tourna la tête et le baiser atterrit sur sa joue. Najara fut mécontente et son regard se posa de nouveau sur moi. Gabrielle s’éclaircit la gorge.  "A ce soir, mesdames".

 Ca me rendait malade de voir Gabrielle dirigée par Najara.

 "C’est une vraie folle, hein?"  Me chuchota Ephiny.

 "Hormis le fait qu'une petite voix lui dit quoi faire, non"

 Ephiny rit à mon équation, mais je ne pouvais m’empêcher de regarder les deux femmes qui s’éloignaient.

 "Ca te plairait d’aller au bordel, Xena?"

 La surprise me força à tourner la tête.  "Vous avez un bordel ici?

 "Absolument. Tu sais ce que pense Gabrielle du viol, et après les combats, les hommes ont besoin d’un autre genre de bataille, c'est une solution comme une autre. N'hésite pas à participer si tu le souhaites."  Oh Dieux, et si Gabrielle avait cette soif de luxure après le combat? L'idée de l‘imaginer avec cette ... Eh bien, ça me mit le feu au ventre.

 "Non, je suis fatiguée et je voudrais me laver."

 Elle me tapota dans le dos. "Alors je te verrai ce soir. Une grande soirée en perspective."

 Je la regardai battre en retraite.

 C’était bon de disposer d’un peu de calme. Mes nerfs étaient à bout et mon âme tremblait, j'étais en plein chaos à l’intérieur. À l'heure actuelle, plus que tout, ce qui me dérangeait était l'idée de Gabrielle avec Najara.  J’avais de plus en plus l’impression de perdre la bataille pour récupérer ma barde.  Je m’assis dans mon bain et pleurais, pleurais plus de frustration qu’autre chose. Je ne sais combien de temps je suis restée assise là mais l'eau était froide. Je penchai la tête en arrière pour mouiller mes cheveux, quand quelqu’un frappa à la porte, me tirant de ma misère. C'était l'un des serviteurs de Gabrielle.

 "Oui?"

 "La Conquérante souhaite votre présence, madame"  Elle couina.

 "J’arrive."  Je me séchais et m’habillais rapidement, mon cœur battant à nouveau la chamade.
  Je me tins devant la porte de la chambre de Gabrielle pendant une éternité.

 "Tu vas rester là encore longtemps, Xena, ou tu comptes entrer? J’entendis son rire à travers la porte.  Je l’entrebaillai, ne sachant pas à quoi m'attendre.

 "Tu voulais me voir?"  Je pensai la trouver enragée de désir.
 "Dieux, que faire si elle me demande de les regarder, elle et cette…!?!"

 Bien au contraire. Elle se tenait debout devant la fenêtre, un verre de vin à la main, regardant le ciel nocturne qui se remplissait d’étoiles dans le soleil couchant. Je remarquai sur sa table un fouillis de parchemins éparpillés.

 "Quelque chose ne va pas, Xena?"  Elle sourit.

 "Non, non. Je..."  J'émis un gazouillis imbécile.

 "Tu pensais que je serais en train de baiser ma folle de femme?"

 Que dire ? J’acquiesçais simplement de la tête avec un sourire malicieusement coupable.

 "J'ai remarqué que tu n’es pas allée au bordel", contra-t-elle.

 "Il n'y a rien que je veuille là-bas", répondis-je honnêtement.

 "Après une bataille, la dernière chose dont j’ai envie, c'est de sexe, aussi bizarre que cela puisse paraître. Pour moi, le sexe est un acte merveilleux et ne doit pas être entaché de sang."

 "Sans vouloir t’offenser, Majesté, je ne suis pas sûre que ce fut un si bel acte entre nous, dans les bois, l'autre nuit."

 Elle sourit et me proposa un verre pour porter un toast.  "Comme on dit en Gaule, touché".

 "Si tu es d'accord avec moi, Conquérante, comment appellerais-tu cela?"

 "Tu veux dire… l'autre soir dans la forêt?"

 Je hochai simplement la tête.

 "Du pur désir, Xena. Pas du sexe, pas de l'amour, juste du charnel" Je te désirais. Tu me désirais. Appelons ça " désir ". Sois honnête Xena. Tu as ressenti la même chose."

 "Ce n'était pas ce que j'espérais."

 "Tu veux dire que tu n’as pas apprécié?"  Gabrielle riait.

 Je fit un sourire timide.  "Je ne dis pas cela."

 Elle me remit un peu de vin et je le bus d’une traite. "Disons qu’après une bataille j'essaie de trouver la paix, un certain type de confort. J'ai pour habitude de lire quelques textes de Sappho, regarder les étoiles et rêver. "  Elle rougit. "Je sais. C'est ridicule… d'autant plus que je suis censée avoir la rage et une soif inextinguible d’esclavage ..." Je l’interrompis.

 "Loin de là... En fait, je pense que c'est merveilleux, Gabrielle." Le regard que je croisai était celui de ma barde.

 "Alors, comment gères-tu le désir d’après-bataille, Xena?"  Elle semblait très faible.

 "Par le sexe généralement, mais aujourd'hui, je ne suis pas d'humeur."  Je voulais changer de sujet.  "Alors, tu avais besoin de moi? Et d’ailleurs, je ne m’en plains pas..."

Elle regarda par la fenêtre.  "Je voulais juste te voir."

 Vous connaissez certainement cette sensation, la première fois que la personne que vous aimez vous dit des mots d'amour?  Ce vertige immense?  Elle voulait être avec moi et pas avec l’illuminée!  Je posai mon verre et m’approchai d’elle.

 "Je suis heureuse."

 Elle me regarda et se pencha pour m'embrasser doucement avant de regarder le ciel.  "Tu vois ça, Xena?"  Je cherchais l'endroit qu’elle pointait du doigt.  "On dirait une grosse louche".

 "Une louche?"  Je souris à ce souvenir : les rôles étaient inversés, mais c’était toujours aussi bon.

 "Ouais, tu sais, ces coupes qui te permettent de puiser dans un seau?"  Nous regardâmes de nouveau.
 "On dirait...on dirait plutôt un ours."  Ma voix était rauque.

 "Un ours?"  Elle me regarda comme si j’avais perdu la tête.

 "Oui."  Répliquai-je.

 "Comment peux-tu voir un ours?"  Je l’amusais beaucoup.

 Je passai derrière elle et pointai mon doigt en l’air en murmurant à son oreille- mon souffle chatouillait son lobe.  "Regarde. Là, il y a le corps. Tu vois? Les petites oreilles, et la queue…" Elle se moqua gentiment de moi.

 "Si tu le dis, Xena."  Nous riions à présent, avant que le calme de la nuit ne nous enveloppe. Si je devais enseigner à Gabrielle ce qu’elle m’avait appris, c’était maintenant.

 "Tu sais ce qu’il y a de plus beau dans la vie, Gabrielle?"

"Hmm?"

 "Un moment comme celui-là où deux personnes regardent la même chose, et l’interprètent de façon complètement différente. Mais au final, les deux sont tout aussi belles. Nos perceptions sont toujours plus importantes que la réalité des événements"

 "Vraiment?"
 "Absolument."
 "Explique-moi ça", dit-elle avec un sourire en tournant son visage vers le mien.

 "Eh bien je pourrais t’embrasser là, tout de suite, ou te faire une nouvelle déclaration " Mes doigts effleuraient la courbe de sa mâchoire. "Ce serait merveilleux. Mais au bout du compte, ta façon de percevoir mes actes, c’est ça le plus important. Je pourrais évoquer un autre point, si j'osais".

 "Je t’écoute."

 "Eh bien de mon point de vue je trouve ça très intéressant et flatteur que tu te partages ce beau ciel avec moi plutôt qu’avec ta compagne. Je suis honorée et pleine d’espoir. Même si tu refuses de l’admettre, je pars du principe qu’il y a quelque chose...de plus profond. Dis-moi Gabrielle, conquérante de mon coeur, que perçois-tu de moi?"

 Elle retomba dans le silence et regarda par la fenêtre. Je pris le temps de l’admirer. Elle portait sa robe royale et quand le vent souffla sur ses cheveux, mon coeur s’arrêta. Cette Gabrielle paraissait majestueuse et plus âgée avec quelques rides autour des yeux. Qu’importe, elle était toujours aussi belle.

 "Parfois, je pense que tu es folle et que tu souhaites ta propre mort", sourit-elle ludiquement.  " Et parfois, tu ne sembles pas savoir comment agir. Tu as vu ce dont je suis capable aujourd'hui. Alors pourquoi es-tu encore là"

 "Je suis à ton service. J'ai suivi tes ordres en étant appelée ici."

 "Je savais que tu dirais ça".  Elle se tourna vers la fenêtre, il fallait que je me rattrape.

 "Cependant," continuais-je. "Quand on m’a demandé de te rejoindre, j'ai fait aussi vite que possible. Je voulais absolument te revoir."

 Un long silence passa entre nous.

 "Je suis désolée si mes actes envers Brutus t’ont déçue, Xena."  La confession me surprit.

 "Je ne vais pas mentir, Gabrielle, tu m’as choquée aujourd'hui."  Même si, en  réalité, elle m’avait plus effrayée que choquée.

 "Xena, je ne suis pas devenue conquérante grâce à ma gentillesse."

 "Je sais cela. Je..."

 "Tu sais?"  Elle m'interrompit.  "Je dois être impitoyable. Tuer la première avant que mon ennemi ne puisse le faire. Trop de vies dépendent de moi, Xena."  Elle marcha vers le bureau et se resservit du vin.

 "Qu'en est-il de ton âme?"

 Elle s’arrêta de boire.  "Mon âme meurt un peu plus chaque fois… et il ne doit plus m’en rester beaucoup. Mais c'est la vie que j'ai choisie." Elle finit son verre et se resservit.  "J'ai choisi de laisser la haine et la vengeance diriger ma vie et maintenant mon âme en paye le prix."

 "Dieux, Gabrielle" Je baissais la tête en essayant de contrôler mon émotion.

 "Garde tes larmes ou ta pitié, Xena. La plupart du temps, la cruauté me plait."  Elle avala un autre verre et se dirigea vers la porte. "Maintenant, une fête nous attend..."  Elle sortit et je m’apprêtais à la suivre quand je ressentis cette sensation familière qui me glaça net.

"Je me demandais quand tu me rendrais visite."
 
 "Je suis là pour la fête."

 Je me tournai vers un Dieu de la Guerre joyeux, sans rien dire. "Oh Xena, encore des larmes? Si je ne te connaissais pas mieux, je jurerai que tu es en train de devenir barde, comme ton humble complice.Tst, Tst, montrer une si grande faiblesse est inconvenant venant de la grande ¨Princesse Guerrière. "  Il me contourna et s’assit sur le bureau, je ne disais toujours rien.

 "Allez, Xena, tu sais qu’au fond Gabrielle est bien mieux dans cet univers. Elle a ce pouvoir de changer le monde, le rendre meilleur. Après tout, n'est-ce pas ce pour quoi vous vous êtes toujours battues?  Il claqua des doigts comme s'il cherchait le mot juste. "un monde meilleur?"  Il riait, debout derrière moi.

 "C’est une grande dirigeante, juste et sincère." Il était si près que je pouvais sentir son souffle sur mon oreille. "Elle est parvenue à supprimer toute menace envers l'humanité. Sa dernière conquête étant César." Il enroula ses bras autour de ma taille. "Tu n’as aucune idée de ce qu'elle fait en ce moment? Hmm, Xena?"  Je frissonnai. Il émit un son animal et pivota pour me faire face.

 "Pour la grande finale, ce sera l’attraction principale de la fête. Je pense que tu apprécieras ce qu'elle a prévu pour lui."  Je levai un sourcil. Il croisa les bras, me toisa et soupira, frustré que je n’entre pas dans son jeu. "J'ai une offre à te faire, Xena. Disons que même maintenant, j'ai toujours un petit faible pour toi."

 Ca me fit sourire. "Et qu’est-ce que c’est, Ares?"

 "Puisque tu ne feras jamais revenir Gabrielle, j'ai pensé que tu serais un meilleur choix que Najara comme partenaire. Franchement, entre toi et moi, Najara et ses voix sont bizarres, même pour moi." Il sourit en attendant ma réponse, mais ce fut mon tour de sourire malicieusement en tournant autour de lui. "Je croyais que c’était un bien meilleur choix pour Gabrielle? Surtout depuis qu’elle m’a bottée les fesses la dernière fois."

 Je me tapotais le menton. "Depuis que je suis dans ce monde abandonné des dieux que tu as créé, je n'ai rien fait d’autre que penser, et tu as raison sur un point."

 Il leva un sourcil.

 "Ici, je ressemble à Gabrielle, car dans l'autre monde, elle était la voix de la raison pour moi, brisant chacun de mes démons. Elle ne m'a jamais abandonnée même quand je lui donnais des raisons de le faire. Et je parie, en fait, je sais… qu’elle a pleuré pour mon âme de nombreuses fois. Je l'ai vue quand elle pensait que je n'étais pas là." Je lui tournai le dos et regardai par la fenêtre.

 "Au début je détestais ce sentiment. Je me sentais faible. Etre dans la peau de Gabrielle aujourd'hui me permet de ressentir ce qu’elle-même ressentait."  Je me tus et réfléchis.  Combien de fois ma barde a entendu dire qu'elle était ma faiblesse?  Je me tournai vers lui.  "tu sais ce que j’ai découvert, Ares? Moi, être capable de réconfort, ou bien, oui, même de pleurer pour l'âme de Gabrielle, ça veut dire que j'ai changé. Je ne suis plus ce monstre insensible que tu as crée il y a des années." Mon discours le fit grincer des dents.

 "Alors, je dois te remercier pour cela, Ares. Cela signifie également que si je peux tirer une leçon de ce monde, Gabrielle le pourra aussi. N'est-ce pas pour ça que tu m’as fait cette offre?" Je lui fis un grand sourire.
 "Gabrielle a toujours son âme, elle a juste besoin que quelqu’un croit en elle comme je l'ai fait à l'époque. Et cette idée te fait trembler dans tes cuirs, n'est-ce pas?"  Je me tenais aussi droite et glaciale que ma voix.  Il frissonna quand je m’approchai tel un chat sauvage, lui faisant une bise sur la joue.

 "Merci, mais...non merci, Ares".  Je passai la porte quand j’entendis des jurons et un éclair dans la chambre.

 "Dieux, que ça fait du bien." Murmurai-je en me dirigeant vers la fête. Je me figeai en entendant Gabrielle parler à Lao Ma.  Les souvenirs inondèrent mon esprit.

 "Emplis-toi de désir et ne vois qu'illusion. Vide-toi de désir et comprends le grand mystère des choses, Xena. "

 J'étais si aveugle à l'époque ; l'ignorance de la jeunesse. Une des rares fois dans ma vie ou quelqu’un a pris soin de moi et j’étais trop remplie de haine pour le voir.

 "Pourquoi voudrais-tu m'aider?" Avais-je craché, et elle m’avait souri.

 "J'ai le grand bonheur, ou malheur, d ‘avoir la capacité à lire dans l’âme des autres. Tu ne le sais pas encore, Xena, mais tu es une femme remarquable, capable de grandes choses."

 Je n’avais pas su comment réagir.
 C'était le moment. Je pouvais le faire à ce moment-là. Je pouvais laisser faire les choses et enterrer à jamais ma haine. C’était ma chance et je l’avais balayée, mais si je n’avais pas suivi cette voie, je n'aurais jamais rencontré Gabrielle.

"Xena?"

 "Oh… Qu...?"  Je sortis de ma rêverie devant une conquérante amusée et une Lao Ma perplexe.

 "Tu te sens bien, guerrière?"

 Soupir. C’était peut-être la dixième fois qu'elle me surprenait quand je baissais ma garde. "Non Conquérante, tu m’as juste surprise en pleine réflexion."

 Elle rit.  "Apparemment, oui. Je voudrais te présenter la grande Lao Ma de Chine."

 Revoir Lao Ma après toutes ces lunes, je ne savais pas si je devais rire ou pleurer. C’est difficile de revoir votre premier amour après tant d’années, d’autant plus difficile quand elle n'a aucun souvenir de vous. Comme d'habitude, elle ne dit d’abord rien. Je savais qu'elle fouillait mon âme en me regardant droit dans les yeux.  Je m’inclinai en signe de respect, ce qui la fit revenir parmi nous.

 "Lao Ma, voici Xena," Poursuivit Gabrielle.  "Une de mes dernières gardes. C’est une vraie guerrière. Elle a montré un courage incroyable et de l'esprit aujourd'hui."

 Lao Ma marqua une pause.  "C'est merveilleux de rencontrer des femmes d'une telle noblesse, Xena. Tu as eu un parcours difficile, à ce que je ressens."

 "Oui", lui dis-je franchement.

 "Mais tu trouves peu à peu la paix. C’est on ne peut plus admirable." Lao Ma se tourna vers Gabrielle.  "Si seulement son Altesse pouvait être aussi chanceuse."

 "Je n’ai jamais été aussi stable" sourit Gabrielle.

 "Je pense qu’un voyage au Moyen-Orient te ferait du bien, Conquérante. Reposer ton corps aiderait sans doute ton esprit."

 "Je suis allée au Moyen-Orient, Lao Ma.. Tu le sais."

 "Ah oui, mais tu n'as pas visité tous les endroits que tu pouvais atteindre."

 Gabrielle et moi savions que Lao Ma ne parlait pas de géographie. Ces endroits se trouvaient au fond de Gabrielle, et apparemment Lao Ma avait essayé de les montrer à Gabrielle comme elle l'avait fait pour moi.  Cependant, Gabrielle était assez intelligente pour ne pas commettre l'erreur que j'avais faite quand j'ai quitté la Chine, Gabrielle n’était pas son ennemie. J'aurais aimé discuter un peu plus avec Lao Ma, mais une blonde apparut derrière l'épaule de Gabrielle.

 "Lao Ma," commença Najara.  "C'est merveilleux de te voir. Ca fait déjà un moment."

 "Oui."  Répondit-elle.

 Quelque chose de bizarre se passa chez Lao Ma. Son attitude auparavant désinvolte se raidit quand Najara apparut.  Lao Ma avait toujours son pouvoir. Je me demandais ce qu’elle voyait chez Najara. D’après son langage corporel, ce n’était pas très favorable, mais elle le cachait bien.

 Je repérai Ephiny qui entrait dans la salle, Solari à son bras. Bien. C'est le moment idéal.

 "Si tu veux bien m’excuser, Majesté, j’ai un mot à dire à la Régente sur la bataille d’aujourd'hui"
 "Absolument," Acquiesça Gabrielle.

 Je pris la main de Lao Ma et y déposai un doux baiser. "Ravie de t’avoir rencontrer " dis-je respectueusement.

 " Moi aussi, Xena " Répondit-elle poliment.

 Je les laissai à leur conversation et m’approchai d’Ephiny. Elle me fit un large sourire en me voyant, tout comme Solari. Mes deux amies.Vivantes. Je devais admettre que cette vie avait ses avantages.

 "Puis-je te parler en privé, ma Régente? Ce ne sera pas long."

 J'espèrais ne pas offenser Solari, mais cette conversation devait rester entre Ephiny et moi.

 "Certainement," Dit Solari.  "Je vais chercher à boire." Ephiny donna à Solari un baiser sur la joue avant qu'elle ne parte.

 "Alors, qu’est-ce qui te préoccupe, Xena?"

 " L’épouse "

 "L’épouse?" Surprise dans la voix et sur le visage.  J’eus un petit rictus et elle sourit malicieusement.

 "Rien de sexuel, ma Régente. Je t’assure."

 "Que se passe-t-il avec la consort?"

 "Avant la bataille, j’ai dit quelque chose à propos de Callisto, non?"

 " Qui s’est révélé exact. Tu crains que la Consort ne soit aussi une menace pour la Conquérante? Demanda Ephiny.

 "Je n'ai aucune preuve mais je crois que Callisto complotait avec Najara."

 "Mais pourquoi la Consort nuirait-elle à la reine des guerrière?"

 Je haussai les épaules. "Peut-être que ses voix lui ont dit de le faire."

 "Nous entendons tous des voix, Xena," répliqua Ephiny.

 "Oui, mais elles ne nous prédisent pas " l’avenir " et nous ne " prions " pas ces voix. Nous les utilisons comme une espèce de guide entre le bien et le mal. Il y a une certaine différence entre notre conscience et les Djinns de Najara". Ephiny ne répondit pas.  " Dis-moi que j’ai tort " insistai-je.

 Un sourire se dessina sur le visage d’Ephiny. "Je vois ce que tu veux dire. C'est bizarre, je te l’accorde. Mais Najara a toujours été fidèle à la Conquérante. Il y avait tellement de colère chez Gabrielle quand elle est arrivée chez les Amazones. Quand sa campagne s’est déplacée vers l’Est et qu’elle a rencontré Najara... Elle a changé. "

 J'étais intriguée.  "Qu’entends-tu par " elle a changé "?"

 "Gabrielle ne cherchait plus à causer une bataille, elle luttait pour une cause. Najara lui a fait trouver un certain équilibre. Elle lui a montré une autre voie."

 La voie.  Pourquoi ces foutus mots revenaient toujours me hanter? "Et quelle était cette voie?"

 "La voie d'un vrai guerrier. Qui peut tuer au combat sans être sadique, comme l’était Gabrielle. Najara a changé cela. Et ne laisse pas les vêtements royaux te leurrer, elle pourrait battre n’importe qui dans cette salle, à l'exception de Gabrielle... Même toi, Xena. Mais c’est vrai que ces derniers temps... "

 "Quoi?"  Je ne pus cacher l'urgence dans ma voix.

 "Elles changent. Pas seulement Najara, mais aussi Gabrielle." Mon regard inquisiteur poussa Ephiny à poursuivre. "Najara semble nerveuse et " paranoïaque ". Gabrielle est plus dans l’introspection."

 "Dans l’introspection?"

 "Oui, apparemment, elle passe plus de temps à réfléchir ces derniers temps, et je doute fort que ce soit sur les affaires de l'État. Je sais qu'elle t’a prise comme amante. Je n'ai rien dit à Najara et ne lui dirai pas. Mais depuis, Gabrielle semble avoir mûri, un mélange avec la nouvelle femme qu'elle est devenue. "

 J’étais de plus en plus désorientée.  Ca se vit à ma tête et Ephiny continua.

 "Elle a toujours été au bord du chaos, mais dernièrement, ses excès sont plus fréquents, surtout depuis ton arrivée. En même temps, elle sourit plus que... jamais, en fait. Comme si elle devenait extrême, sans juste milieu." Je ne savais pas quoi dire quand Ephiny ajouta: "Tu as un effet sur elle, Xena, je ne sais pas comment ni pourquoi, mais tu as un pouvoir que même le grand César n’a jamais eu sur elle. "

 "Et quel pouvoir?"

 " La peur. Pas la peur de toi, mais la peur d'elle-même apparemment. "

 Je vis Solari terminer sa conversation avec Gabrielle et Lao Ma et se diriger vers nous. "Alors, pour la Consort? Que pouvons-nous faire?"

 "Je ne peux pas les séparer, mais laisse-moi en toucher un mot à Gabrielle ce soir, avant qu’elle ne boive trop de vin. Je verrai s'il y a un problème."

 "Je t’en serais reconnaissante," Je hochai la tête respectueusement.

 Ephiny inclina la tête et m'examina attentivement. "Je dois admettre Xena, que tu parles plus comme une épouse que comme un garde."

 Je souris. "Peut-être l’étais-je dans une autre vie. Merci, Régente Ephiny."

 "De rien, Xena", dit-elle en m’offrant son bras.  "Tu t’es bien battue aujourd'hui et c’est une preuve à mes yeux. Je vais voir ce que je peux faire".

Après un signe de tête à Ephiny puis à Solari, je retournai au banquet. Tout en attrapant une assiette, je regardai l’immense nappe devant nous.  Porc, volaille et légumes venus des quatre coins du monde remplissaient la longue table rectangulaire. Je mis de la nourriture sur mon plateau et vis ma mère distribuer du pain aux invités.  Elle me fit un chaleureux sourire qui me tourneboula. Je me souvins que je ne lui avais pas encore expliqué comment j’étais devenue "sa" Xena.  Avec tout ce monde, ça serait une bonne occasion d'entrer dans le détail ; je m’approchai donc.

 Avant de la rejoindre dans la cuisine, je me retournai pour voir Ephiny éloigner Gabrielle de son cercle d’amis, dont Lao Ma et Najara. Fidèle à sa parole, Ephiny allait parler à Gabrielle.  Soulagée, je soupirai et suivis ma mère dans la cuisine.

 En entrant, je jetai un oeil aux alentours pour voir s’il y avait quelqu'un d'autre. Les cuisiniers étaient occupés à leurs préparatifs, et je pris ma mère par le coude pour l'emmener dans un coin tranquille, loin de l'agitation.

 "Je te dois une explication. Ca va être difficile à croire, mais ce monde, cette" réalité ", n'est pas du tout vrai", commençai-je.

 Elle avait l’air perdue mais je continuai.

 "Ares, le Dieu de la guerre, a créé ce monde. Dans le monde réel, tu as empêché mon père de me tuer. Mon adolescence ne fut qu’un déchaînement de violence et j’ai passé les dix années suivantes pleine de haine contre le chef de guerre qui avait détruit notre famille. J'ai rencontré Hercule qui m'a montré que je pouvais être une noble personne, et puis plus tard, j'ai rencontré Gabrielle. C’était la fille d'un paysan qui voulait connaître l’aventure. Des années plus tard, nous sommes devenues amantes. Quand j'ai décidé de " faire le bien ", Ares à tenté pendant des années de me reprendre mais j'ai résisté. Quand il a compris qu'il ne m'aurait jamais, il s’est tourné vers Gabrielle qui était devenue une bonne guerrière. Il n'a pas réussi non plus. En conséquence de quoi, il a créé cet endroit où Gabrielle est devenue sa reine. Il lui a donnée " ma " vie et l’a nommée Conquérante. "

 Ma mère ne bougeait pas, mais son visage se rida.

 "C'est difficile à croire, je sais. Et je ne serais pas étonnée que tu me prennes pour une folle - certains jours, j’ai l'impression de perdre la tête, - mais je suis honnête."

 Ma mère mit la main dans sa poche et griffonna un mot.  Je le lis pendant qu’elle récupérait. Trois mots.  "Je te crois."

 Je me sentis au bord des larmes en lisant ces mots.  C’était comme si on m’enlevait un poids, je pouvais partager mes secrets avec quelqu'un. Et pas seulement.  Quelqu'un me croyait. Je serrai ma mère dans mes bras et nous nous retournâmes toutes les deux vers le fracas venant de la porte de la cuisine.

 Gabrielle se précipita vers nous, Ephiny derrière elle. Elle tira un poignard de sa ceinture et me poussa contre le mur. La lame était froide sous mon menton.

 "Seigneur, s’il te plaît," supplia Ephiny.

 "Assez!" Cria-t-elle à sa régente, ses yeux froids tournés vers moi.  "Je me rends compte à quel point je suis attirée par toi, mais je dois connaître tes véritables intentions en discréditant mon épouse".

 Je ne m’attendais pas à ça.  Je vis Najara et Lao Ma entrer dans la cuisine. J’avais une seule chance de m’en sortir et elle s’appelait Lao Ma..

 Chapitre 11

 Mes yeux furent attirés comme des aimants par le regard de Lao Ma alors qu’elle s’approchait de Gabrielle.

 "S’il te plaît, ma Conquérante," Dit Lao Ma. "Baisse ton arme, Xena ne te veut aucun mal."

 "Maintenant, tout le monde dehors!" Cria Gabrielle.  La cuisine se vida à l'exception de ma mère, Ephiny, Lao Ma et Najara.  Elle se retourna pour regarder sa femme. "J’ai dit maintenant!"

 Les yeux de Najara lancèrent des éclairs, mais elle obéit. Ephiny, toutefois ne bougea pas et elle me lança un regard désolé. Prie Aphrodite pour que Lao Ma te vienne en aide. J’eus peur pour ma mère quand la colère de Gabrielle se reporta sur elle. Sans prévenir, ma mère s’approcha lentement et prit le poignard des mains de Gabrielle. Elle réussit à former un seul mot - feutré mais l'intention était claire.

 "Non"

 Les yeux de Gabrielle étaient furieux, je ne l'avais encore jamais vue dans une telle rage.  Lao Ma tendit la main et toucha légèrement l'épaule de Gabrielle.

 "Cette femme t’a grandement servie, Gabrielle. Ne lui fais pas de mal."

 Gabrielle soupira brusquement et baissa la tête.  "S’il te plaît, va-t-en", dit-elle à ma mère. Aussitôt, ma mère me regarda, et je hochai la tête pour lui faire comprendre que tout irait bien. Alors seulement, elle tendit le poignard à Lao Ma et sortit rejoindre les autres.

 Nous restâmes toutes les trois silencieuses, Ephiny nous observant de loin. Gabrielle ne me quittait pas des yeux. Sans un mot, elle passa devant moi et sortit.

 "Je suis désolée Xena. Je vais lui parler," dit Ephiny avant de la suivre.  Je m'appuyais à une table, tête baissée, me demandant comment les choses avaient pu se passer si mal et si vite.

 "Ce que nous semons dans cette vie, nous le récoltons dans une vie future. C'est ce que certains appellent notre" karma ".

 Je regardais Lao Ma.

 "Quoi?" Demandai-je.

 "Tu n'as rien à faire ici, n’est-ce pas?"  Sa voix m’avait toujours apaisée.

 "Non," fut tout ce que je parvins à dire, alors qu’elle me fixait droit dans les yeux.

 "Toi et Gabrielle...Vous avez fait un bout de chemin ensemble, vos âmes sont liées." Elle semblait plutôt intriguée.

 "Comment…?" Ma voix tremblotait ; elle sourit et me tapota le bras.

 "C'est la beauté de l'univers, Xena. Chaque être a sa place, a un sens et s'appuie sur l'autre pour trouver sa totalité. Lorsque Gabrielle nous a présentées, j’ai vu son âme complète quand tu étais à ses côtés. Comme la tienne avec elle. "

 "C’est mon âme-soeur." Dès que je pus rassembler mes esprits, je lui expliquai tout. Je conclus et pris un tabouret près du comptoir. Lao Ma, qui se déplaçait toujours avec grâce, prit place en face de moi.

 "Je vois, pas étonnant qu'elle soit sur le qui-vive depuis mon arrivée. J’étais persuadée que sa consort en était la cause- qu’elle se rendait compte qu’elles n'avaient plus rien à faire ensemble, mais je vois que c’est beaucoup plus profond…" Elle me regarda et se tut brièvement.  "Tu la fais renaitre et c'est sa pire crainte, plus que n’importe quoi d’autre. Elle déteste perdre le contrôle, Xena."

 "Plus je reste ici, plus je pense devoir laisser les choses telles qu'elles sont. Elle était heureuse ici avant que je ne me montre et j’ai toujours voulu qu’elle soit heureuse." J’avais l’impression de m’étriper moi-même.

 "Ce n’est pas ce que tu crois, n’est-ce pas?"

 Je haussai les épaules.  Je n'étais plus sûre de rien. La femme que j'aimais plus que tout au monde m’avait mis un couteau sous la gorge et j'expliquais cela à mon mentor, morte depuis longtemps. Que penser alors?

 "Personne ne peut prétendre au bonheur," Lao Ma eut un sourire espiègle que je connaissais bien. "La vie nous donne juste le temps et l'espace. C'est à nous de la remplir de joie et de lui donner un sens. Gabrielle n'a pas ressenti ces émotions depuis son enfance mais je pense du plus profond de mon être...que tu es la seule à pouvoir lui donner cette joie… Même si elle ne le sait pas encore. "

 Nous nous sommes tus toutes les deux, et je pouvais sentir Lao Ma continuer de m’examiner.

 "La première fois que j'ai rencontré Gabrielle, la Conquérante... Elle était si perdue, si méfiante et si pleine de colère. Elle était trop aveugle pour voir quoi que ce soit. Après une lune, j'ai réussi à apercevoir la lumière dans son coeur, n’attendant qu’à être libérée. " Elle se leva et se marcha de long en large, les mains derrière le dos, toute à ses réflexions. Elle regarda par la fenêtre.

 "Je savais qu'elle avait le coeur d'un poète, d’un conteur, et un jour, je lui ai demandé de s'exprimer par écrit. Elle a griffonné quelque chose assez vite, puis elle s’est fâchée très violemment contre moi pour lui avoir demander cela. Ce qu'elle a écrit était magnifique. Elle est grecque, tu sais? Si c’était un homme, elle serait plus célèbre que les auteurs dramatiques de l'époque, si seulement elle avait utilisé ce talent... Cette requête a réveillé quelque chose en elle, quelque chose qui l’effraya... Elle a quitté la Chine peu de temps après et je n'ai plus entendu parler d’elle pendant des années. "  Lao Ma inspira et récita certains vers de Gabrielle. "Mon visage est un masque, je donne des ordres pour ne rien avoir à  dire d’autre, ensevelissant les sentiments fragiles cachés dans mon âme torturée."  Lao Ma s’éclaircit la gorge et se tourna vers moi.  "Encore maintenant, je me souviens de ses mots…. En un rien de temps, couchée devant moi, se trouvait la femme qui n’avait pas encore le titre de Conquérante. Et ça la terrorisa à un tel point que sa peur se transforma en colère."

 "Comme maintenant?"  Je parlais plus comme une enfant que comme une femme.

 " Comme maintenant " Approuva-t-elle.

 "Je ne sais pas si je peux le faire! Etre Gabrielle et trouver les mots justes? Je ne sais pas si je serai assez forte".

 Lao Ma me fit un appaisant sourire.  "Viens Xena, nous savons toutes les deux que tu es forte, et pas seulement physiquement." Je ne pus m'empêcher de sourire à sa réponse. Elle avait raison. Je l'avais souvent dit, mais le croyais-je vraiment : j'avais beaucoup de compétences. Ma force était l'une d’elles.

 Lao Ma poursuivit.  " Gabrielle utilise-t-elle les mêmes mots qu’avant pour se rapprocher de toi? Réfléchis bien, guerrière, et rappelle-toi ceci: N'importe qui peut te déclarer son amour, mais seul quelqu’un de vraiment exceptionnel peut te le prouver par des actes."

 "C’était une vraie amie qui avait comprit mon passé, " lui répondis-je doucement.  "Même si elle ne l'avait pas vécu elle-même. Elle croyait en mon avenir et m'a acceptée telle que j’étais." La peur dans ma voix me choqua.

 "Tu ne penses pas pouvoir être ce genre d’amie pour elle? L’accepter? Croire en elle? Une amie très sage m’a dit un jour que personne ne peut réellement avoir foi en soi, sauf si quelqu'un croit d’abord en toi. Sois celle qui croit en Gabrielle et ça vous libèrera toutes les deux. "

 Et si je le fais, tu mourras, pensai-je. Et mère. Et Ephiny et Solari. Elle sortit gracieusement de la cuisine et me laissa à mes pensées.

 "Elle a raison, tu sais?"  Une voix douce derrière moi.  "Elle est très sage pour une mortelle."

 Je me retournai pour voir Aphrodite. "Que puis-je faire ? Je ne sais pas par où commencer."

 "J'ai entendu la "petite offre" d’Arès. Il a peur. Tu es plus près du cœur de Gabrielle que tu ne le penses."

 "Et c’est la Déesse de l'Amour qui me dit ça? Dois-je considérer cela comme "sûr"? Je pourrais avoir le coeur de Gabrielle, seulement si elle ne me tranche pas la gorge avant."

 Aphrodite mit ses mains sur ses hanches. "Parfois, tu es une vraie reine du drame, tu sais? Alors, tu penses qu'elle va te tuer – La belle affaire!".

 "Ce poignard sous ma gorge n'était pas une illusion, Aphrodite."

 "Non, mais la raison pour laquelle il y était, si".

"Ce qui signifie?"

"Ca signifie que le petit pois de senteur ne voulais pas te tuer." La déesse de l'amour rit franchement. "Elle voulait te faire peur, te tester, voir si tu "acceptais " l'accusation selon laquelle Ephiny dit que tu es… Je suis fière que tu ne l’ai pas fait car ça te rapproche un peu plus de son coeur."

 Je me frottais les tempes. C’était une longue journée et je devais admettre que je ne savais pas ce qui était le plus fatigant - combattre les Romains ou me prendre la tête à essayer de comprendre Gabrielle..

 "Tu trouveras le chemin, Xena. Réfléchis à ce que Lao Ma a dit," dit-t-elle en disparaissant "Réfléchis bien. "

 Et je réfléchis...  longtemps.  Je ne sais comment je réussis à revenir à mon baraquement, ni quand je suis tombée dans un profond sommeil. Des visions, tant de visions.

 "Il s'agit donc de Cirra. C’est magnifique."  Gabrielle sourit.

 "Pour moi, c'est le pire endroit sur Terre." La culpabilité me ravageait.

 "Tu ne dois pas te punir pour ce qui s'est passé." Elle faisait toujours attention à moi.

 "Je ne suis pas venue ici pour me punir. Je veux comprendre pourquoi."

 "Pourquoi?"  Elle avait l’air embêté.

 "Pourquoi c’est arrivé. Pourquoi j'étais qui j'étais. Et comment puis-je réparer, si c’est possible ?

 "Tu as changé, Xena, comme cette vallée. Après avoir été un lieu de mort et de violence, c'est maintenant plein de beauté et de vie. Le même type de changement s'est passé en toi."

 "J’aimerai voir les choses comme ça."

 Je me retournai mais la vision ne me quittait pas.

 "Quand les vivants pensent aux morts, les morts peuvent entendre leurs pensées. Écoute." Dit M'Lila, puis j'entendis la voix de Gabrielle.

 "Xena? Je sais que tu m'entends, où que tu sois. Tu m'a toujours dit d'être forte. Je ne peux pas, pas maintenant. Tu ne peux pas me quitter. Je sais que le moment n’est  pas venu, je le sens dans mon coeur. Je sens ce vide que je n'ai jamais connu auparavant, et cela m'effraie. Xena, surtout, n'oublie pas ton destin. Souviens-t’en et bats-toi. Bats-toi pour revenir. Ce monde a besoin de toi. J'ai besoin de toi. "
 La seule personne qui croyait en moi, qui m'aimait, et je suis partie, blessant cette même personne. Je me sentais égoïste, indigne, désirant une chose que je n'avais pas désiré depuis longtemps. Je voulais vivre.

 Une discussion avec Tara me revint en mémoire. C’était une gamine perdue qui me rappelait moi à son âge.

 "Mon père dit que je ne peux pas changer, que je suis une cause perdue." Je me sentais si mal pour elle.

 "Ce n'est pas vrai, tu es ce que tu fais. Tu peux recréer chaque seconde de ta vie." Je crois que c'est la première fois où Gabrielle me déteignait dessus.

 Puis, les visions m'emmenèrent à l'assassinat de Thelassa. J’avais renoncé et Gabrielle paya pour cette erreur comme tant d'autres au fil du temps. Même s'il s'est avéré que je ne l’avais pas assassinée, je me sentais tellement coupable d'avoir pris son innocence .

 "Xena, si tu cherches la rédemption, tu ne la trouveras pas ici." Effectivement, je compris que Shark Island n'était pas un châtiment assez fort pour moi, mais ça m’avait donné un étrange sentiment de paix.

 "Je ne cherche plus la rédemption. Gabrielle, nous parlons toujours de ta quête spirituelle. Tu dis que tu as besoin de quelque chose pour te sentir complète. Eh bien, moi aussi."

 Je repris peu à peu conscience et les paroles de Lao Ma me revinrent à l’esprit. Ce n'était pas ce que Gabrielle avait dit au cours de toutes mes "batailles" ou sur mes démons, c'était ce qu'elle avait fait. 
Quelqu'un d'autre se serait détournée mais elle sut être forte auprès de moi sur cette colline de Cirra.
Quelqu'un d'autre m’aurait laissée pour morte, mais Gabrielle s’était battue avec cette puissante colère d’Amazone, et avec ses amis, pour me ramener.
Quelqu'un d'autre m’aurait laissée purger ma peine à perpétuité pour mes crimes, pas ma Gabrielle, venue déguisée sur l'île pour tenter de guérir mon âme. Ce ne furent pas vraiment ses mots qui me guérirent, mais sa façon de faire. Et pas une fois je ne lui dis que c’était moi la femme d'action.

 Mais je n'eus pas beaucoup de temps pour réfléchir à ces nouvelles informations. Je me redressai brusquement en entendant les cris de Gabrielle et des bruits de verres brisés. Sans me soucier des conséquences, je fis irruption dans la chambre de Gabrielle. Najara était par-terre et Gabrielle tenait son épée au-dessus de sa tête, prête à frapper. Je réagis instinctivement pour sauver Gabrielle - pas son corps mais son âme. Je courus et me jetai sur Najara.

 Chapitre 12

 Najara avait l’air aussi stupéfaite que Gabrielle et, je dois admettre qu’à cet instant, j'étais encore plus abasourdie qu’elles deux réunies. Je ne pouvais pas l’exprimer à haute voix. J'avais un but et ce fut facile de sauver la vie de Najara. L’oscillation du corps de Gabrielle au-dessus de nous montrait qu'elle avait bu plus que de raison après avoir quitté la cuisine.

 "Pousse-toi, Xena!"

 "Ne fais pas ça, Gabrielle," Plaidai-je.  "Si tu tues ta femme dans un accès de rage et d’alcool, ton âme sera perdue... Et tu ne pourras pas revenir en arrière."

 Gabrielle était au bord des larmes, son épée tremblant dans ses mains. Je me relevai lentement, remettant sur pieds Najara. "Merci", chuchota Najara.

 "Ne dis rien," Répondis-je, mais dans ma tête j’ajoutai: "espèce de folle ".  "Pourquoi ne pas aller se coucher? Si tu veux, ma Conquérante, j'aimerais t’escorter jusqu’à mon baraquement pour le reste de la nuit. Najara, reste ici s’il te plaît. Vous pourrez éclaircir les choses demain ".  Je fis une pause et ajoutai "S’il te plaît?" Par Hadès, ça marchait toujours quand Gabrielle me disait ça.

Gabrielle baissa son épée et sortit en coup de vent de la chambre. Najara et moi lâchâmes un soupir. Sans regarder dans sa direction, je fonçai vers la porte.  "Je la ramènerai dans la matinée, Najara. Repose-toi."

 "Xena", demanda-t-elle.  Je m’arrêtai à regret et tournai la tête.  "Merci."

 Je ne sais pas pourquoi mais je revins sur mes pas et me tins à un pouce d’elle.

 "Laisse-moi te préciser une chose, Najara. Je n'ai pas confiance en toi. Je ne t’aime pas. Je ne pense pas que tu sois capable de faire reluire les bottes de Gabrielle. Et si je ne pensais pas que te tuer aurait une incidence néfaste sur son état mental, je la laisserais faire, aussi rapidement qu’elle sait le faire. Mais je la connais. Je ne t'ai pas sauvée ce soir, il ne faut pas me remercier. Je suis venue sauver Gabrielle. "

 Je repartai quand elle dit, avec une pointe d'amertume "Tu réalises qu’en tant qu’épouse je peux te défier dans l’arène, si je le souhaite."

 "Je ne le souhaite pas, pour ton Djinn et toi. Jusqu'à ce que ça arrive," J'ajoutai: "Reste loin de moi et je resterai loin de toi. Ca te va?"

 "Etre garde royale n’est pas trop difficile?"  Railla-t-elle.

 "Ton séjour dans ce royaume ne sera plus long maintenant, lui répondis-je avec un sourire narquois. Je fermai la porte derrière moi, "Dors bien, Consort".

 En fermant la porte, j'entendis des gémissements de frustation et quelque chose s'écraser sur la porte.  Ok, j’ai été horrible, mais je ne pouvais m'empêcher de sourire.  En outre, jouer la passive pour gagner l’affection de Gabrielle ne servait à rien.  Je pouvais tout aussi bien être directe et, du coup, inciter Najara à commettre l’irréparable. Najara était juste un impondérable que je garderai toujours à l’oeil.  "Elle t’a aussi bottée les fesses", me rappelai-je.  Lors de notre première rencontre, j’avais sous-estimé ses capacités et je lui avais tourné le dos, très grosse erreur pour une guerrière.  Je ne lui tournerai pas le dos cette fois, d'une façon ou d'une autre je garderai mes yeux et mes oreilles ouverts autant que possible.
 
 Maintenant, une urgence m'attendait dans mon baraquement.  J’avais remarqué que Gabrielle était partie avec son épée. Ivre et en colère comme elle était, je savais qu’on allait vers les problèmes.  Je m’arrêtai devant ma porte et fus choquée de voir mes mains trembler.  Quand je l'ouvris, je fus plus que surprise de la trouver assise dans un fauteuil avec un verre de vin, l’épée sur son genou, inclinée vers la porte.

 "Dis-moi, Xena."  Elle avala son vin et jeta son verre contre le mur. "Qu’est-ce que ça peut te faire que je décapite ou non ma femme?" L'épée à la main, elle se dirigea vers moi. "Dans ton intérêt, il vaudrait mieux  qu’elle ne soit pas là, hein ?" Sa voix était dure.

 "Pourquoi veux-tu la tuer?"

 "Ca ne te regarde pas, Xena. Maintenant, je te le redemande, dans ton intérêt, ne vaudrait-il pas mieux  qu’elle dégage ? N’ai-je pas raison?"  Sa voix était glacée.

 "Et te voir rongée petit à petit de l’intérieur? Non merci."

 Elle me sourit et m’enfonça son épée dans le ventre.  Je n'eus pas le temps de réagir car elle leva le bout de la lame sur ma gorge.

 "Je ne sais pas quel jeu tu joues avec moi, Xena, mais je suis fatiguée de tes questions incessantes. Je devrais te tuer tout de suite".  Elle souligna ses propos en me faisant bien prendre conscience de ce qui piquait ma gorge.

 "Si cela t’apporte la paix, Gabrielle, fais-le".  Je penchai davantage la tête en arrière, exposant mon cou.  Elle souffla, baissa sa lame et retourna vers la table où se trouvait le vin.

 "Je t'aime, Gabrielle."

 Elle s’assit avec son verre, et me cria. "Je ne t'aime pas, Xena. Et ne t’aimerai jamais !"

 Il aurait été plus charitable que son épée me transperce le coeur.

 "Tu vois, je ne sais rien de l'amour et je doute de ne jamais le connaître." Elle avala son vin. "Tu perds ton temps."

 Cette dernière phrase semblait venir d’un enfant fragile et non d’une Conquérante. Elle se servit un autre verre mais je traversai la chambre et éloignai le gobelet et la carafe. "S’il te plaît, Gabrielle. Ca suffit pour cette nuit."

 Je m'attendais à une lutte – une rebuffade, des mots de colère - mais rien ne vint. Elle s'enfonça simplement dans son siège, le regard vaincu. Elle semblait cassée, exsangue -la femme qui venait de détruire l'Empire romain.

 "A une époque de ma vie, j'ai ressenti la même chose que toi. Je ne peux pas te libérer de ta culpabilité parce qu’il n'y a sans doute pas de mots pour anéantir ce sentiment. Tu veux savoir si ce que tu as fait dans ta vie était pour de bonnes raisons, mais avec cette douleur dans le ventre et le poids sur tes épaules, le mieux que tu puisses découvrir, c’est que c'était un bon combat aujourd’hui. Pas seulement sur le champs de bataille, mais également dans ta vie. Aussi dur soit-il, il y a une raison. Tout cela a une raison. Sinon, à quoi ça sert, hein ? je me posais cette question il n'y a pas si longtemps encore. Ce que je sais, c'est que si quelqu'un croit en toi, te donne le courage et la force, ça fait une grande différence. Ca peut même apprendre à l’âme la plus récalcitrante, à aimer. " 
Je la regardai droit dans les yeux. "Je t'aime de tout mon être et je crois en toi de tout mon coeur, Gabrielle. Je ne peux pas rester les bras croisés à te regarder t’auto-détruire lentement."

 Elle resta silencieuse un moment, légèrement courbée à fixer ses bottes. Elle inspirait profondément, essayant de contrôler ses émotions puis elle leva la tête et regarda le plafond, luttant contre ses larmes. Je ne voulais rien d'autre que l’attirer dans mes bras et la réconforter. J'espérais avoir choisi les bons mots, les mots que Gabrielle aurait choisis pour me réconforter. Je voulais en ajouter d'autres mais elle se mit à parler.

 "Il y a quelques lunes, nous avons eu une grande bataille ici, contre les Perses."

 Je m’assis sur le sol devant elle, à l'écoute.

 "Le bain de sang a fait rage pendant plusieurs jours. Ils étaient impitoyables et j'étais de plus en plus fatiguée de tout cela. Marre du froid, de la mort… tellement fatiguée."  Elle renifla et prit une autre inspiration.

 "Une nuit, ils ont réussi à nous surprendre. J'ai perdu beaucoup de monde… Je me souviens avoir glissé sur la terre sinueuse, essoufflée, et juste en face de moi, un Perse était prêt à me couper la tête. Au fil du temps, je me suis dit que ç’aurait été si facile de le laisser faire. Une sorte de rédemption pour tous ceux que j'avais conquis. Mais mon côté guerrier a repris le dessus. "

 "Ca n’avait rien à voir avec la guerrière en toi, ça ne t’aurait pas racheté, Gabrielle. Tu n’as jamais choisi la facilité, c'est pourquoi tu t’es battue."

 "Tu ne crois pas que ma disparition rendrait beaucoup de gens heureux? Le prix de ma vie, pour rembourser chaque personne lésée, Xena?"

 "Je parie que certaines personnes seraient heureuses de ta mort, de la mienne aussi. Ce que je dis, c'est que chaque bonne chose l'emporte sur les mauvaises. Tu peux améliorer beaucoup de choses de ton vivant, plutôt que morte. C'est dur, lent et tortueux, mais en fin de compte, ça vaut le coup. Tu trouveras notre rédemption. "  Je savais que ça ne l’intéressait pas.

 "Pourquoi des gens te servent avec une telle loyauté? Ne me dis pas que c’est la peur. Beaucoup de gens se battent et meurent à tes côtés parce qu'ils croient en ta cause. Pense à ce soldat, Joxer, qui est mort. Il s’est battu pour sauver ta vie - pas par crainte mais par respect. " Je posai mes mains sur ses genoux, mais elle refusait toujours de me regarder.

 "Gabrielle, tu étais une enfant quand le mal a pris ton innocence. Tu as conquis le monde non par colère ou avarice. Tu es devenue conquérante pour empêcher que des innocents vivent ce que tu as vécu. Déesse, pourquoi ma mè...Cyrène te traite-t-elle comme sa propre fille? " J'espérais qu’elle n’avait pas entendu mon lapsus, mais...

 "Ta quoi?"

 Avant que je puisse répondre, il y eut des bruits et des cris à nous glacer les os. L'un de ces cris m’était on ne peut plus familier. Gabrielle et moi sortîmes vers les bruits et je constatai, en nous approchant, que ça provenait de la cuisine. Elle était sens dessus dessous, l'immense marmite retournée et le pot au feu coulant partout.

 "Dieux! Cyrène? Hope?" Gabrielle criait, paniquée. Nous entrâmes dans leur chambre à coucher et fûmes stupéfaites.  La pièce était en pagaille, du sang partout. Assise dans un coin, ma mère tenait une Callisto ensanglantée.

Chapitre 13

 "Mère, que s’est-il passé? Qu'a-t-elle fait?"  Je la questionnais en les regardant toutes les deux.  Elle était si désemparée, sans moyen de communiquer. Rapidement, je trouvai sa plume et un parchemin. Gabrielle cherchait aussi, mais pas un moyen de communiquer avec ma mère.

 "Hope!"  Gabrielle hurla en fouillant la chambre.  "Hope, réponds-moi!"

 Ma mère claqua des doigts pour avoir notre attention et pointa un grand coffre près de la porte.  Nous regardions toutes les deux Gabrielle approcher craintivement et prudemment, de peur de ce qu'elle allait trouver. Elle souleva le couvercle, et nous entendîmes de petits gémissements.

 "Ne me faites pas mal", Pleurait la petite voix. Gabrielle tomba à genoux, attrapa l'enfant et la serra dans ses bras. Réalisant qu’il s’agissait de Gabrielle, Hope resserra son emprise autour du cou de Gabrielle.

 "A-t-elle vraiment fait ça ?"  Mon regard passa de Gabrielle à ma mère puis Callisto. Ma mère secoua la tête farouchement.  Je n'arrivais pas à comprendre ce qui s’était passé.

 "Des hommes sont entrés", dit Hope, sa petite voix tremblait.  "La femme blonde s’est battue contre eux."

 "Quels hommes?"

 "Je ne pouvais pas les voir," Répondit Hope " Grand-mère m'a cachée dans le coffre. Ca a été...très fort et puis tout calme. Ensuite, tu as crié mon nom."

 Callisto ne bougeait pas et semblait morte ou près de l’être. Sa poitrine bougeait à peine. Je m’approchai pour l’examiner, elle avait subi un sacrée passage à tabac.

"Xena?"  Callisto ouvrit à peine les yeux.

 "Oui?"

 Callisto toussa un peu de sang. Elle saignait de l'intérieur et je ne pouvais rien faire pour guérir ce genre de blessure.

 " Je dois y retourner" Elle sourit.

 "Pourquoi? Tu as été bannie," Lui demandai-je.

 "La Conquérante m'a sauvée", dit-elle en luttant contre les mots.  "Je dois y retourner... Najara veut Hope –la fille de la Conquérante, morte. Pas d’héritier... Tu dois les sauver, Xena... plus d'enfants ou de mères morts..."  Elle toussa légèrement avant de s’affaisser dans les bras de ma mère, le regard froid. Hope se mit à pleurer, les larmes de ma mère coulaient et je me vis pleurer aussi… parce que dans ce monde, Callisto avait trouvé la paix.  Et une fois de plus, Gabrielle avait réussi là où j'avais échoué - elle avait sauvé l'âme de Callisto.  Passant ma main sur le visage de Callisto, je lui fermai les yeux. Je me retournai pour trouver Gabrielle et Hope serrées l’une contre l’autre, les yeux fermés de soulagement. Quand l'enfant se calma un peu, Gabrielle lui parla.

 "Tu vas bien?"

 Hope recula et regarda Gabrielle, ignorant totalement la question.

 "Es-tu ma maman?" Demanda-t-elle de sa petite voix, incrédule. Gabrielle déglutit plusieurs fois et répondit doucement.

 "Oui, mais tu ne dois le dire à personne, mon coeur".

 "Mais pourquoi je ne...?"

 "Je t’expliquerai plus tard."  Elle ne dit rien de plus. Au contraire, elle se tourna vers ma mère toujours par-terre qui tenait Callisto. "Es-tu blessée, Cyrène?" Demanda-t-elle.

 Ma mère secoua la tête négativement. Gabrielle hocha simplement la tête, resserrant son étreinte sur Hope.  Gabrielle transporta Hope loin du carnage, qui serait nettoyé plus tard.  Maintenant que Najara s’épanouissait dans son rôle de folle à la dérive, ça devenait dangereux. Deux hommes étaient peut-être entrés, mais je savais au plus profond de moi que Najara était derrière tout ça. Ma pauvre mère tenait toujours Callisto, alors je soulevai soigneusement la femme et sortis.
Deux gardes apparurent et aussitôt je fus suspicieuse. Où étaient-ils pendant la bagarre, et pourquoi tant de temps pour arriver jusqu’ici? Je reposai doucement le corps de Callisto sur le sol à leur approche.

 "Que s’est-il passé?" Demandèrent-ils en harmonie.

 "A vous de me le dire," Répondis-je.

 "Comment cela?"  Me demanda le premier garde.

 "Pourquoi deux femmes et un enfant ont-ils été attaqués par deux hommes sans que vous n’en sachiez rien?"

 Ils se regardèrent d’un air coupable alors que Gabrielle revenait, seule. "Eh bien," commença le deuxième garde.  "Nous étions à notre poste, mais … Horiatius a voulu être seul…… et nous…"

 Il bredouilla en parlant de son rendez-vous amoureux avec l’autre garde. Apparemment, Gabrielle en avait assez entendu. Elle tira un couteau de sa botte et le fit tourner. Avant que je réalise ce qui se passait, elle le poignarda en plein cœur, le tuant instantanément.  La lame ressortit rapidement, et elle l’utilisa pour fendre la gorge de l’autre homme qui se tint le cou avant de tomber sur son accolyte dans un gargouillis. Deux hommes étaient étendus morts dans la cuisine et Gabrielle respirait difficilement, bouillante de rage.

 J'étais stupéfaite - vraiment choquée – par sa façon de faire.  Je réalisai aussi que même s’ils étaient à blâmer, nous ne pouvions dorénavant plus obtenir la moindre information de leur part. La colère de Gabrielle l’avait totalement aveuglée.

 "Maintenant, que faisons-nous?" Demandai-je.

 "Que veux-tu dire?"

 " Peut-être qu’il étaient impliqués, mais dans le cas contraire, tu viens de tuer deux innocents."

 Gabrielle m’attrapa par le col, si bien que nous nous retrouvâmes nez à nez. "S'ils sont coupables, ils sont morts maintenant. Et s’ils n’étaient pas en train de baiser, tout ça n’aurait jamais eu lieu. De toute façon ils me sont inutiles."

 Elle se dirigea vers les quartiers de ma mère et je la suivis. "Jolie pirouette, hein?"

 Elle se retourna et se tint devant moi.  "Ecoute, Xena, je ne tolère pas l'échec. Peu importe ce que tu en penses, ces deux " gardes " sont morts à la minute même où ils ont laisser quelqu'un poser ses mains sur ma cuisinière et ma fille. C'était peut-être leurs mains, peut-être pas - finalement, ça n'a pas d'importance. Ils ont échoué et ils ont payé le prix. Maintenant rends-toi utile et vas me chercher une plume et un parchemin pour que Cyrène puisse nous raconter ce qui s'est passé. "

 Je me tus et restai là pendant qu’elle se rendait dans la chambre de ma mère. Lorsque je pus enfin bouger, je découvris Gabrielle et ma mère remettant de l’ordre dans la pièce pour que nous puissions nous asseoir.

 "Donne-lui le parchemin et la plume, Xena." Je fis ce qu’on me dit et allai m'asseoir sur une chaise près de ma mère.

 "Cyrène, depuis toutes ces années que nous nous connaissons, tu ne m’as jamais menti. Dis-moi comment Xena peut être ta fille, et pourquoi tu ne me l’as jamais dit."

 Je ne m’attendais pas à ça. Ma mère nous regarda, Gabrielle et moi, puis écrivit.  Je n'avais aucune idée de ce qu'elle allait dire et elle savait qu'elle ne pouvait pas dire la vérité. Gabrielle garda les yeux sur ma mère, m’ignorant, et les minutes s’écoulèrent. Elle termina et remit le parchemin à Gabrielle, prenant mes mains en guise de soutien.

 "Nous avons découvert la vérité l'autre soir, Seigneur Conquérante. Tu sais que je pensais qu’Atrius avait tué mon enfant il y a des années, mais le salaud l’avait vendue."  Gabrielle lisait à haute voix, elle me regarda dans les yeux avant de continuer. "Une autre fille portait  le nom que j’avais donné à ma fille, nous avons passé beaaucoup de temps ensemble à parler, les choses ont commencé à avoir un sens."  Ma mère tapota ma main et se mit à pleurer en articulant "mon enfant".

 "D’accord Cyrène, c’est assez pour l’instant."  Je soupirais intérieurement, mais c'était loin d'être terminé.  Je me sentais horriblement mal que ma mère soit obligée de mentir.  Gabrielle la croyait-elle?  Ma mère lui avait-elle tout raconté, y compris qu’elle avait porté mon corps dans la tombe?

 "Dis-nous ce qui s'est passé aujourd'hui, qui vous a attaqué?" Elle déroula le parchemin. Cette fois Gabrielle me regarda pendant que ma mère écrivait, je voyais son esprit tourner à plein régime. Encore une fois nous attendîmes, on entendait uniquement le grattement de la plume. Quand elle eut fini, Gabrielle lit une fois de plus à voix haute.

 "J'étais prête à accomplir certaines tâches pour demain matin pendant que Hope me racontait une histoire. A l’extérieur de la cuisine, j'ai entendu deux hommes parler, peut-être qu'ils pensaient que j’étais sourde et non muette. Il y en a un qui a mentionné la fille de la Conquérante. J’ai alors pris peur et ai vite caché Hope dans la malle de notre chambre. Jai juste eu le temps de le refermer quand la porte a été enfoncée, deux grands hommes avec des capuches noires m'ont demandé où était Hope, mais je ne pouvais pas répondre et ils ne m’ont pas laissée prendre mon parchemin. Ils ont commencé à tout saccager. Le dernier endroit qu’ils allaient vérifié était la malle, alors je me suis battue. L’un d’eux m’a fait tombée et était prêt à me tuer quand il y a eu ce cri. C'est alors que la femme blonde est arrivée, blessant celui qui m’agressait. Elle ne devait pas savoir qu’il y avait un autre homme dans la pièce et quand elle s’est retournée, il lui a enfoncé son épée dans le ventre. Elle lui a juste souri, puis il y a eu un autre cri, et elle a fait tournoyé son épée au-dessus de sa tête, ce qui a terrorisé les deux hommes car ils sont partis en courant comme si Hadès en personne les poursuivait. Elle s’est alors tournée vers moi et j'ai vu à quel point sa blessure était sérieuse. Elle est tombée dans mes bras en marmonnant qu’aucun enfant ne devait souffrir. "  C'est alors que toi et Xena êtes arrivées."

 "Maman, as-tu reconnu les voix de ces hommes?"  Elle secoua la tête.

 "Cyrène, je veux que tu restes dans la chambre de Xena jusqu'à ce que nous éclaircissions cette affaire."  Ma mère attrapa son parchemin et écrivit rapidement avant de nous le tendre.

 "Où est Hope? Je vais dormir dans mon lit, je vous remercie. Et je dois préparer le repas. Personne ne me fait peur, mon chou".

 Gabrielle rougit.  "Tu ne m’as pas appelée mon chou depuis des lustres, Cyrène… Hope est en sécurité dans la chambre d’Ephiny et Solari... Dieux, que tu es donc têtue".

 Ma mère sourit en lui donnant un baiser sur la joue.  Nous restâmes une demie marque de bougie pour l’aider à nettoyer jusqu'à ce qu'elle nous mette dehors pour travailler en paix.  Je pense qu’aucune d’entre nous ne parvint à trouver le sommeil alors que l'aube se levait sur un jour nouveau.  Pendant tout ce temps, Gabrielle fut calme et complètement dans ses pensées.

"Un dinar pour connaître tes pensées"  Elle scrutait la porte de sa chambre aussi effrayée qu’une enfant.

 "Je déteste avoir peur, Xena."

 Je savais que c'était une sacrée déclaration pour elle.

 "Tu a peur de ne pas savoir qui a ordonné l'attaque?"  lui demandai-je, en décidant de rester factuelle pour le moment, évitant ainsi tout bouleversement émotionnel qui causerait un long débat.

 "J'ai une idée sur le commanditaire, mais j'ai besoin d'être sûre. Non, en ce moment j’ai peur pour cette petite fille qui dort dans le lit de ma Régente."

 "Pourquoi? Elle semble avoir la tête sur les épaules. Elle comprendra."  Mais après en disant cela, mon cœur se crispa au souvenir de Solan.

 "Tu ne comprends pas, Xena. Comment une petite fille peut comprendre que je l’ai abandonnée pour la protéger de ceux qui me veulent du mal?"  Mon armure se fissura.

 "Je comprends, plus que tu ne peux l’imaginer".  Ma voix tremblait et je perdis toute contenance.

 "Encore un secret Xena?"

 J’avalai difficilement, envisageant de partir.  "Entre toi qui essaye régulièrement de me tuer et les combats, je n'ai pas eu le temps de t’en parler", je me détournai.  Je lui montrais encore un point faible mais je réprimai tant bien que mal ma colère.  "J'ai eu un enfant quand j'étais beaucoup plus jeune, un fils. J’ai du m’en séparer alors qu’il n’avait que quelques heures... pour le protéger de ceux qui me voulaient du mal... Ca a été la décision la plus difficile que j’ai jamais eu à prendre. "

 "Tu ne l’as jamais revu? Est-ce qu’il te connait?"  Ma colère retomba en regardant ses yeux.  Peu importait à quel point Gabrielle souffrait, si quelqu'un souffrait davantage, c’était plus grave pour elle.  Cette Gabrielle n'était pas différente, et son visage montrait tant de compassion.

 "Je l'ai vu plusieurs fois, mais il n'a jamais su que j'étais sa mère."

 "Parfois, j’aurais aimé faire comme toi. J'aurais dû envoyer Hope loin, en sécurité. J'ai été égoïste en voulant voir grandir mon bébé."

 Cette conversation était assez difficile, voire étrange.  Je parlais avec la personne dont l'enfant avait tué le mien.  Dans ce monde, Hope était comme elle aurait dû être : chacun de ses aspects rappelait l'âme de Gabrielle.  Il nous avait fallu si longtemps pour passer outre la douleur que nous nous étions causées. J'en ai encore des visions et me sens toujours coupable.  C'était tellement facile de blâmer Gabrielle alors que pour une partie, voire la totalité, tout était de ma faute.

 "Ne dis pas ça, Gabrielle, tu as fait le bon choix. Pas un jour ne passe sans que je me dise que j’aurais du trouver une solution pour garder Solan près de moi."  Mon menton trembla.  "Il est mort sans jamais connaître sa mère, ni même savoir qu'elle l'aimait."  Je craquai et elle me prit dans ses bras.

 "Je suis tellement désolée, Xena."  Elle murmura des mots de réconfort jusqu'à ce que je n’ai plus de larmes.  Quelqu'un toussota. Solari se tenait devant la porte.

 "Quelqu'un te demande, Conquérante."

 Gabrielle caressa mon visage, se mit sur la pointe des pieds et m’embrassa les lèvres. Dieux , que j’aime cette femme.

 "Nous en reparlerons plus tard, Xena. Pour le moment, viens avec moi, j'ai besoin d’un maximum de soutien."

 C'est drôle de voir comment un enfant peut mettre a genoux une Conquérante.

 Nous entrâmes dans la chambre en saluant Ephiny.  Dans le lit on repéra un petit corps avec de grands yeux verts.

 "Nous sommes à la caserne si tu as besoin de nous, Altesse," dit Ephiny en s’inclinant.  Gabrielle acquiesça et elles sortirent. Gabrielle soupira profondément avant de se rendre près du lit.

 "Comment va la plus jolie fille d’Athènes'? Tu es apaisée?"  Questionna Gabrielle.

 "Maintenant je sais pourquoi tu m'appelles toujours comme ça," répondit froidement Hope. Apparemment Cyrène et Gabrielle n’étaient pas les seules entêtées de ce royaume.  Hope parlait avec franchise.

 Gabrielle s’installa au bord du lit, près de hope.  "Eh bien, c'est vrai, tu sais? Tu es la plus jolie fille, et pas seulement parce que tu es MA fille."

 "Tu ne me l’a jamais dit. Ne m’aimes-tu pas?"

 Gabrielle ferma les yeux, tentant de taire son amour pour préserver Hope, et elle.  "Oui, Je t'aime, Hope. Voilà pourquoi tu ne l'as jamais su. Si les gens avaient su qui tu étais, ils auraient essayé de te faire du mal ou de te kidnapper bien avant ce soir. Tu dois savoir que c’est la SEULE raison pour laquelle je n'ai jamais rien dit . Tu as toujours été ma " Hope " - raison pour laquelle j’ai laissé faire. "

 "Je ne comprends pas. Pourquoi les gens me voudraient du mal?"

 "Comment t’expliquer?"  Se demanda Gabrielle avant d'affronter à nouveau Hope.  "Je ne suis pas aussi gentille avec toi et ta grand-mère qu’avec d’autres personnes. Les gens que j’ai blessé veulent faire pareil avec toi. Et je ne veux pas que cela arrive. Donc, si je garde le secret sur le fait que tu es ma fille... ça permet de te protéger. "

 "Donc, je ne peux pas en parler?"

 "Non, mon coeur, tu ne peux pas. C'est trop dangereux."

 "Mais si personne ne le sait, pourquoi ces hommes en voulaient après moi?"

 "Parce qu’il y a des gens, des personnes de mon entourage, qui savent que tu es ma fille. Ils ont essayé de te faire du mal".

 "Est ce que Xena savait?  Elle me regarda et je hochai la tête.

 "Oui, mais elle n'a pas envoyé ces hommes."

 "Qui d’autre? Najara?"

 C'est ce que je voulais entendre.

 "Chérie, tu n'as pas à te soucier de qui ça peut être. Il suffit que tu restes près de Cyrène, Xena et Ephiny. J'ai confiance en elles. Elles garderont un oeil sur toi. Et je vais découvrir de qui il s’agit. Je te le promets."

 "Pourquoi je te croirais? Tu ne m’as pas dit la vérité depuis que je te connais."

 Elle parlait avec l'innocence d'une enfant et je priai pour que Gabrielle "la Conquérante" ne voit pas cela comme un défi, ce qui la mettrait dans une rage folle. L'alcool se dissipait mais de toute façon, Gabrielle avait mauvais caractère.  Je retins mon souffle et respirai enfin quand Gabrielle rit doucement.

 "Tu es ma fille, d’accord? Tu marques un point, mais réfléchis, Hope: N’ai-je pas toujours été bonne avec toi?"

 Hope opina de la tête.

 "N’ai-je pas toujours fait en sorte que tu aies assez de nourriture, de vêtements et que tu puisses étudier?"

 Hope acquiesça de nouveau.

 "Alors, pourquoi ne trouverais-je pas celui qui a essayé de te faire du mal ainsi qu’à ta grand-mère?"

 Hope fit un signe de tête, une fois de plus.  "C'est vrai."

 Gabrielle se leva et l'embrassa sur le front.  "C’est notre secret, d'accord?"

 "D’accord, maman," Hope sourit malicieusement et Gabrielle la regarda avec désapprobation.  "Je n'avais jamais appelé quelqu’un maman, je voulais juste le dire une fois."  Non seulement Hope était têtue, mais elle avait le même sens de l’humour que sa mère.

 Gabrielle grimaça, sourit puis finalement ébouriffa les cheveux de Hope.  "Je vais te laisser maintenant, chérie, mais Ephiny et Solari vont revenir passer la nuit avec toi, d’accord? Xena gardera un oeil sur toi jusqu'à ce que je revienne, ça te va?"

 Son acquiescement enthousiaste montra que Hope était heureuse que je lui tienne compagnie.  "J'aime beaucoup Xena."

 Gabrielle me regarda et sourit.  "Ouais, moi aussi, de plus en plus je dois l'admettre. Tu fais ce qu’elle dit, d'accord?"

 "Oui, ma Conquérante," répondit Hope.

 Sans précipitation, Gabrielle sortit de la chambre et je m’installai à sa place sur le lit.

 "Tu sais que ta maman fait tout cela parce qu’elle s’inquiète pour toi, n’est-ce pas, Hope?"

 "Ouais, je pense que oui. Je veux dire... j'ai entendu des rumeurs... Des gens m’ont raconté ce qu’elle a fait dans le passé, mais je ne les ai jamais crus. Je veux dire, elle est toujours si gentille avec moi et grand-mère."

 " Eh bien, la Conquérante... " Je lui fis un clin d’oeil qui la fit sourire. "... a confiance en très peu de gens et elle a eu une vie très difficile, beaucoup plus difficile que la nôtre. Elle s’est barricadée derrière un mur."

 "Ouais, le château est immense", fit remarquer Hope.

 J'essayai de ne pas rire du fait que Hope n’avait pas compris mon allusion.  "Eh bien oui, c'est très grand, mais je voulais dire ici," lui dis-je en montrant ma poitrine.  "Elle ne laisse pas beaucoup de gens pénétrer son coeur. Toi et ta grand-mère avez de la chance parce qu’il y a une place spéciale pour vous, ne l’oublie pas."

 "Tu y as une place spéciale aussi, Xena."

 "Je ne sais pas."  Je fis de mon mieux pour sourire.

 "C'est vrai," insista Hope. "Elle fait parfois ses yeux de cocker en te regardant. C'est comme ça que dit grand-mère."

 "Vraiment? Je n’avais pas remarqué."

 "Oh, elle ne le fait jamais quand tu la regardes, seulement quand tu as le dos tourné... Seras-tu un jour sa nouvelle compagne?"

 "Elle a une compagne," lui répondis-je aussi diplomatiquement que possible.

 "Eh bien oui, mais tu es plus drôle."

 Je ne pus me retenir cette fois. Je ris franchement et me penchai pour l'embrasser sur la joue.  "Tu es un sacré numéro Hope... Pourquoi suis-je plus drôle? "

 Elle haussa les épaules. "Tu es comme moi. Pas Najara. Tu as remarqué quand j'ai parlé de Najara, maman n’a pas répondu?"

 Ajouter perspicace à la liste des nombreuses ressemblances entre Hope et Gabrielle.

 "Ouais, j'ai remarqué," répondis-je franchement.

 "Tu crois que c'est elle?"

 Oh mince, que dois-je dire maintenant? "Je pense que tu devrais suivre les conseils de ta maman. Rester proche des gens en qui elle a confiance pour le moment, jusqu'à ce que nous en sachions plus, d’accord?"

 Hope sourit. "Xena?"

 "Oui?"

 "Tu n’as pas répondu non plus."

 "C’est peut-être ta réponse, Hope,"

 "Je dois éviter Najara?"

 À tout prix, pensais-je.  Mais je ne voulais pas effrayer la pauvre enfant.  "Tu dois t’assurer d’être toujours avec ta grand-mère, peu importe pourquoi.

 La porte s’ouvrit et je dégainai aussitôt mon épée.  Je baissai ma garde quand je vis Gabrielle accompagnée d’Ephiny et Solari.

 "Heureusement que tu n’avais pas le doigt sur la gachette !" Sourit Gabrielle.

 Je fis de même en rengainant mon épée.  "Je reste simplement sur mes gardes".

 "C'est pourquoi tu es garde royale", opina-t-elle de la tête.  Gabrielle marcha vers le lit et donna un baiser sur la tête de Hope. "Ephiny et Solari vont rester ici avec toi cette nuit. Essaye de dormir un peu."

 "Et grand-mère?"

 "Elle est dans sa chambre. Je lui ai demandéede dormir ailleurs cette nuit mais elle a refusé."

 "Grand-mère est très têtue, comme moi."  Elle ricana et cela nous fit tous rire.

 "Je serai dans les appartements de Xena."

 Hope fit la moue.  "Pourquoi tu ne restes pas avec moi?"

 Ephiny se tourna vers moi et je sentis se briser chaque cœur dans la pièce à cette requête.

 "Si je reste avec toi, les gens s’imagineraient que je te porte trop d’intérêt," Répondit Gabrielle.  "Nous ne pouvons prendre ce risque, Hope. Tu es trop jeune et sans défense. Quand tu seras plus âgée, et après un bon entraînement, ce sera différent. Je te le promets."

 "Tu pourrais commencer maintenant?"

 "Commencer quoi?

 "Mon entraînement?

 "Nous verrons", répondit Gabrielle.  "Pour l'instant, tu vas dormir et te reposer. Ephiny te ramènera dans la matinée et je verrai si tu peux rester avec ta grand-mère. Bonne nuit Hope," Gabrielle lui donna un autre baiser sur le front.

 "Bonne nuit".

 Gabrielle sortit et je la suivis.  Elle resta un moment à côté d’Ephiny.  "Verrouille la porte ce soir et n’ouvre à personne, excepté moi. Compris?"

 "Oui, Altesse," Ephiny opina du chef.

 "Repose-toi aussi. Nous allons avoir une dure journée demain."

 Sans rien ajouter, Ephiny hocha la tête et nous sortîmes.  Dès que la porte fut fermée, fidèle à ses instructions, Ephiny tourna la clé dans la serrure.  Lentement et sans parler, nous retournâmes à mes quartiers.

 En ouvrant ma porte, Gabrielle posa sa main sur mon bras.  "Merci pour ce soir, Xena. Surtout après la façon dont je t'ai traitée."

 "S’il te plaît, ne t’excuse pas. Je suis heureuse que tout le monde soit en sécurité. Nous en viendrons à bout Gabrielle".

 "Je l'espère... Pour notre salut."

XXXXX

 Gabrielle et moi fûmes réveillées par des cris dans le couloir.  Un homme pleurait et divaguait, les mots mêlés à ses sanglots. Nous passâmes doucement la porte et hêlâmes l'homme hystérique.

 "Arrête! Arrête! Qu’est-ce qui ne va pas?"  Lui demanda Gabrielle en l’attrapant par le bras et en le secouant légèrement.

 Il reprit tant bien que mal sa respiration.  "La cuisinière!"
 "La cuisinière? Qu'est-ce qu’elle a la cuisinière?"

 "Elle est morte."

 Je pâlis, tout comme Gabrielle.

Chapitre 14


 "La cuisinière est morte?"

 Il devait y avoir une erreur.  Mais depuis que Gabrielle avait posé la question, elle n’y croyait même plus.

 "Je suis descendu préparer le petit déjeuner. Comme Cyrène ne semblait pas réveillée, j'ai frappé à la porte - pas de réponse."  L'homme se tut pour reprendre son souffle.

 "Alors quoi?"  demanda Gabrielle en le secouant plus fort que nécessaire.

 "J’...j’ai a cru qu'elle était malade, alors je suis entré. Elle était par-terre. La gorge tranchée."

 Je ne voulais pas en entendre plus et courais vers sa chambre.  Il devait se tromper. Il ne pouvait que se tromper.  Peut-être qu’elle était tombée et s’était cognée la tête.  Peut-être qu'elle était juste inconsciente.  Je me rendis à peine compte que Gabrielle me suivait.  Une fois à la porte, je m’arrêtai et pris une grande inspiration, essayant de me préparer à ce qui se trouvait de l'autre côté. Gabrielle ne s’était pas arrêtée, elle entra dans la chambre.  Je ne vis pas grand chose, exceptée la main de Gabrielle sur sa bouche.  Puis ses cris.

 " Ah Dieux! Nooon! "

 Je me figeai sur place. Devais-je entrer ou rester dehors?  Sans penser plus, je retins mon souffle et entrai.  Je n'étais pas prête pour ce que je vis.

 Une grande flaque de sang encerclait ma mère étendue sur le plancher. Je maudis silencieusement l’aide-cuisinier d’avoir dit vrai. Gabrielle était maintenant à genoux à ses côtés examinant son corps, la chemise de nuit blanche de Gabrielle absorbant le sang rouge de ma mère.

 "Pourquoi ne m’as-tu pas écoutée!"  Criait Gabrielle au cadavre de ma mère.  "Tu aurais dû venir avec nous! Stupide tête de cochon!"

 Je sursautai à chaque harangue.  Je savais que Gabrielle était furieuse, pas tant parce que ma mère n’était pas venue nous, mais parce que quelqu'un lui avait pris la vie. Elle devait accuser quelqu'un, évacuer sa colère.

 J'étais en état de choc et ne pouvais pleurer. Je me disais que ce n'était pas réel, et c'était vrai. Rien de tout cela n'était vrai.  Je pensai instinctivement à Ares, Ares qui avait créé ce monde. C’était peut-être sa façon de faire rejaillir mon côté obscur pour son plus grand divertissement.  Gabrielle était encore en larmes sur le plancher quand je me mis à regarder autour de moi en quête de quelque chose, quoi que ce fut, qui pouvait relier Ares à ce qui s’était passé.  Mais rien ne sortait de l'ordinaire. . .  en fait.

 " Gabrielle, Regarde autour de toi. "

 "Quoi!"

 J'examinai les choses de plus près pendant qu’elle se remettait debout en s’essuyant les yeux.  Lentement, son hystérie s’estompa, et elle fit comme moi.

 "C’est aussi propre que lorsque nous sommes parties," dit-elle.

 "Plus propre. Il n'y a pas eu de combat ici. Ce qui veut dire…"

 " Que Cyrène connaîssait son assassin " finit Gabrielle.

 Cela excluait Ares. Ma mère avait parlé de lui mais ne l'avait jamais rencontré de visu.  Après les événements de la soirée, elle se serait débattue, avec un homme ou une femme, qui serait entré dans sa chambre. Mais tout était à sa place, aucun meuble renversé, rien de jeté contre la porte en signe de défense.  Sa plume et son encre debout sur sa table de chevet. Je regardai Gabrielle et soudain ses yeux se remplirent d'inquiétude.

 "Hope!"

 Elle courut hors de la chambre et je la suivis rapidement. Nous fûmes en un instant devant la porte d’Ephiny et nous tapâmes violemment sur le bois. Solari ouvrit rapidement.

 "Qu’est ce qu’il se passe?"

 "Où est Hope?"  demanda Gabrielle.

 "Ici, dans son lit," Solari se trouvait derrière elle.  "Que se passe t-il?"

 Gabrielle était au bord de la crise de nerfs mais se reprit rapidement en voyant Hope assise dans son lit essuyant le sommeil de ses yeux. Elle ne pouvait rien dire devant la petite fille. De toute évidence, la dure conquérante avait bien un cœur pour ainsi préserver la fillette.

 La cuisinière, le garde de Gabrielle et la femme qui avait élevé Hope était morts.  C’était cette même femme qui m’avait élevée sans pourtant jamais avoir vécu cette expérience dans ce monde. À ce moment précis, ça me frappa : elle était morte, ma mère était morte.  J'étais sur le point de perdre mon calme et refoulai vite ce sentiment en faisant quelques pas dans le couloir.  Je me mis à pleurer avec un sentiment de révolte. Je n’en pouvais plus.  Je me penchai et vomis mon dîner. Solari et Gabrielle regardaient.  Solari était de plus en plus destabilisée.

 "Par les dieux, que s’est-il passé?"  Murmura-t-elle.

 J’entendis dans un brouillard Gabrielle chuchoter à Solari que la cuisinière était morte.  J'essayai de faire quelques pas pour m’éloigner. Je voulais m’enfuir.  Etre n’importe où, mais pas ici sous leurs yeux.  Mes jambes ne me tenaient plus, tremblaient tant que je m’adossai au mur avant de glisser sur le sol, laissant échapper un hurlement qui me surprit moi-même. J’aurais du le savoir, j’aurais du la forcer à venir avec nous, et maintenant, je l'avais encore perdue. Je cognais ma tête contre le mur et criais encore. Je me fichais de savoir si on m’entendait ou me regardait.

 Je perdais tout contrôle et Gabrielle et Solari étaient en état de choc, ce qui fait que personne n’entendit Hope approcher.

 "Pourquoi tu pleurs, Xena?"  Ma tête se redressa d’un coup, préoccupée par ce visage qui ressemblait tant à celui de ma barde, en plus petit.  Les mots ne venaient pas, et plus j'essayais, plus les larmes coulaient.

 Elle rampa jusqu’à moi, se blottit entre mes genoux et me prit dans ses bras.

 " Najara a blessé Grand-mère, c’est ça?"

 Perspicace enfant.  Comme sa mère.  Malheureusement, plus perspicace que sa mère depuis que Gabrielle avait permis à Cyrène de rester seule.  Je sentis un tiraillement de colère envers Gabrielle.  Elle aurait dû insister davantage, l’obliger à nous accompagner. Mais je me rendis subitement compte que ça n'avait pas d'importance.  Je connaissais Mère.  Et Gabrielle aussi évidemment.  Plutôt que de m’attarder sur ma mère ou de dire quoi que ce soit à Hope, je la serrais plus fort.

 "elle est morte?"  La petite voix dans mes bras trembla en me voyant confirmer de la tête.

 "Tu es sûre? Peut-être qu'elle fait juste semblant, peut-être qu’elle..."
 "Elle est partie Hope", je lui dis.  "Je suis désolée, mais elle est morte."

 Elle recula pour observer mes yeux larmoyants. Elle comprenait vite .

 "C’était ta maman, n’est-ce pas Xena?"

 J’acquiesçais lentement.

 "Je suis désolée que ta maman ne soit plus là. Tu venais de la retrouver comme je viens de retrouver la mienne. Ce n'est pas juste."

 "La vie est parfois injuste", lui dis-je.

 "Tu as ses yeux et son sourire, tu sais? Quand je te vois, je vois grand-mère."  Elle sanglotait.  "Pourquoi elle est morte ? je veux ma grand-mère."

 "Moi aussi, petite, moi aussi."  Je la serrais plus fort en la berçant.  Je pris conscience de Gabrielle et Solari qui nous regardaient.  Hope tourna la tête et regarda directement sa mère.

 "Peu m'importe si quelqu'un veut me faire du mal, je veux une maman. S’il te plaît dis-moi que tu veux être ma maman."  Ca acheva Gabrielle. Elle tomba à genoux et lui ouvrit les bras. Hope se projeta hors des miens pour se jeter dans les bras ouverts. Gabrielle les écarta davantage et l’embrassa partout sur son visage.

 "Je suis désolée, Hope, tellement désolée", elle le répétait encore et encore à son bébé.

 Je savais ce que je devais faire, d'abord les choses dans l'ordre.  Je me levai, laissant Gabrielle et l'enfant, et retournai dans la chambre de ma mère.  Si quelqu'un devait la nettoyer et l’apprêter pour le bûcher, c’était moi.

 Je la soulevai et la transportai dans la cuisine pour l’allonger sur la table.  Je dis au garde devant la porte qu’on ne me dérange pas avant que j’ai terminé.  J’ai pris des chiffons et un seau rempli d'eau.

 Je commençai par son visage, m’assurant d’enlever tout le sang.

 "Oh, Mère. C'est la deuxième fois que je te perds, et la deuxième fois que je n’ai pu te dire ce que je ressentais."  Je rinçai le chiffon en me disant que ce n'était pas réel. Dans les deux mondes, elle avait disparu de ma vie.

 "Les morts peuvent entendre nos pensées, donc j'imagine que c'est le bon moment, hein?"  Je trouvai une trousse de guérisseur que ma mère gardait dans sa chambre pour les urgences. J'entrepris de recoudre sa blessure au cou tout en lui parlant. La bizarrerie de la situation ne changeait en rien les sensations qui me traversaient.

 "Il nous a fallu beaucoup de temps pour améliorer notre relation. Tu étais tellement en colère d’avoir perdu
 Lyceus et je me sens tellement coupable. "Les larmes remplissaient de nouveau mes yeux, ce qui rendit ma tâche plus difficile." Et puis, plus tard, quand j'ai trouvé ma place auprès de Gabrielle… J'ai passé tout ce temps à aider et sauver des gens, voyageant de villages en villages.  Et ceux qui comptaient le plus, - toi, Joxer, et la famille de Gabrielle-, je n'ai pas pu les sauver.  Je n'étais pas là.  Tout comme je n'étais pas là la nuit dernière. "

 "Je n'ai jamais eu assez de temps pour te dire combien je t'aimais. J'espérais que dans ce monde, je pourrais te faire sentir combien tu m’avais manquée dans l’autre. Après tout, chaque enfant a besoin de sa maman."  J'avalais difficilement et pleurais.  Ma mère me manquait, tout comme mon fils me manquait dans mon ancienne vie.  Dieux, depuis toutes ces lunes, je n'aurais jamais imaginé penser ça.

 Dans mon autre monde, j'étais bien tant que mon barde était là.  Elle était ma lumière, celle qui m'avait appris que j’étais encore humaine.  Dans ce monde obscur, je devais regarder ces mêmes personnes souffrir, alors que je commençais à prendre soin d’elles. Dans ce monde, combien de temps faudrait-il encore avant que LaoMa, Ephiny ou Solari meurent?  Bien sûr, Hope faisait partie de ce monde et existait comme un enfant normal, et non comme un suppot de Satan, dieu des supplices. Regarder Gabrielle noyer sa rage et sa douleur dans l'alcool en valait-il le prix?  Non.  Et je voulais simplement rentrer à la maison. Ce n'était pas idéal, mais juste, pour Gabrielle et pour moi.  D’une façon ou d’une autre je devais nous faire revenir là-bas. Retourner voir Eve, Lila, Sarah et Virgile, que je considérais comme ma nièce et mon neveu. Pas par le sang mais par l'amour, comme ma mère l’avait expliqué à Hope.

 Je terminais ma tâche quand j’entendis la porte s’ouvrir.  J'étais prête à décapiter celui qui entrerait, mais…

 Gabrielle entra avec un faible sourire.  Elle s'agenouilla devant la tête de Mère.

 "Dieux, tu vas me manquer."  Soudain, je me sentis comme un intrus et m’apprêtais à quitter la pièce.

 "Xena, tu ne pars pas?"  Ca ressemblait à une question. Comme si je pouvais ne pas rester aux côtés de Gabrielle en cas de besoin. Je ne pouvais pas abandonner là Gabrielle mais je respectais son désir de passer un peu de temps avec ma mère et je m’assis à une table un peu plus loin.  Elle retourna vers ma mère.

 "Tu étais bien plus qu’une simple cuisinière pour moi, tu étais la mère que j'ai perdue il y a des années. Je ne me souviens pas combien de fois tu m’as empêché de faire des erreurs, aveuglée que j’étais par la colère."  Elle renifla.

 "Combien de fois t’ai-je cédé?"  Elle soupira tristement.  "Je ne t'ai pas dit assez combien je t'aimais. Tu as tant pris soin de Hope et moi. Je te rendrai fière de moi, Mère".  Elle se leva et donna un baiser à Cyrène, puis se tourna vers moi.  "Je promets qu’à partir de maintenant, je ferai les choses bien- pour tous ceux qui me sont proches."

 Gabrielle cria vers la porte, "Garde!"

 Un homme se précipita à l'intérieur.  "Oui, Altesse?"

 "César est-il encore vivant?"

 "Je ne suis pas sûr, Altesse. Son état est stationnaire. Nous savons que tu avais prévu certaines choses pour lui cette nuit qui ont été coupées court, mais...".

 "Libère-le".

 "Mais Altesse…"

 "Tu m’as entendue. Soignez ses blessures du mieux que vous pourrez. Nous ne mettrons pas notre armée en danger en l'emmenant nous-mêmes à Rome. Alors, trouve un moyen de le livrer aux Romains. Je veux qu’il soit hors d’Athènes à la tombée de la nuit. Compris? "

 Le garde avait l’air étonné mais acquiesça tout de même. "Oui, Altesse".

 Le garde se retourna brusquement pour obéir aux ordres de Gabrielle et un sourire coupable apparut sur son visage.  "Sais-tu ce que j'avais prévu pour lui cette nuit?"

 Je secouai négativement la tête, pas certaine de vouloir l’entendre, mais de toute façon j'allais bientôt le savoir.

 "Mettre sa mort en spectacle lors de la célébration de notre victoire, lui couper les doigts, puis les membres et finir par la tête. J’aurais montré son coeur... et aurais expédié le reste à Rome. "

 Je ne pus répondre tant ma gorge était nouée, mais franchement, je ne fus pas surprise.

 "Quelque part, je pense que Cyrène aurait désapprouvé", dit-elle avec un petit rire triste.  Elle alla de l'autre côté de la table, repliant ses bras sous sa poitrine.  "Tout comme moi d’ailleurs."

 Je ne savais trop quoi dire, et décidai qu’il valait mieux me taire pour le moment.

 "Tu sais", poursuivit-elle, "quand Cyrène m'a vaguement expliquée comment elle a su qu’elle était ta mère, elle n'a pas été à la hauteur. Nous y reviendrons plus tard, mais Hope a vu ce que je viens juste de comprendre. Ces beaux yeux et ce sourire viennent de la seule personne qui m'ait vraiment aimée, surtout dans mes pires moments. Je suis tellement désolée, Xena, j’aurais du le savoir, j’aurais du la protéger, et maintenant c'est trop tard. "  Elle pencha la tête et je m’avançai vers elle. Sans demander, je l’enveloppais de mes bras.

 "Ce n'est pas ta faute. C’était une femme têtue et tu respectais ses sentiments. Personne n’aurait imaginé qu’il y aurait une autre attaque, pas si tôt." 
Je ne pensais pas que cette folle aurait le courage de faire ça elle-même.  Après avoir enlacé Gabrielle quelques minutes, je m’éclaircis la voix pour parler.  "Je l’ai préparée pour le bûcher."

 "Non!"

 Je la regardais étonnée par ce débordement soudain.

 "Peux-tu la porter et venir avec moi?"
Chapitre 15

 Je hochai la tête et soulevais le corps.  C’était difficile de la porter et de suivre Gabrielle le long des marches descendant vers le donjon. Je ne savais pas où nous allions ni pourquoi.  Nous arrivâmes en bas de l'escalier et Gabrielle leva les bras vers une torche sur le mur qu’elle tira vers le bas. Le mur glissa et s’ouvrit sur une autre salle.

 Nous marchâmes un peu jusqu'à une autre pièce, immense. A l'intérieur, six cercueils en pierre, le tout dernier était ouvert. Le tombeau était bien protégé à ce que je voyais, mais j'hésitai et Gabrielle le sentit.

 "C'est la chambre funéraire de ma famille. Après toutes mes conquêtes, je l’ai fait constuire dans le château. Avec quelques-uns de mes soldats, nous avons amenés mes parents et ma soeur ici. Je ne voulais pas que des voyous fouillent leurs tombes pour s’enrichir. "

 Elle m'aida à déposer ma mère, notre mère, à l'intérieur.  Je ne savais pas quoi dire et je regardais Gabrielle pousser le couvercle de pierre. Elle toussota et parla d'une voix douce.

 "Quand j'ai rencontré Cyrène, elle était en mauvaise posture. Ces soldats qui m'ont trahie, ont tué ses fils…" Ses yeux montraient sa souffrance. "...tes frères."  Elle prit une profonde inspiration.

 "J'ai tout de suite aimé Cyrène et l'un de ses souhaits était que je les enterre ici. Ce que j’ai fait" Elle me montra les trois cercueils, citant chacun d’eux.  "Lyceus. Toris. Et le dernier ici, pour elle le moment venu. J’ai prié pour la mettre là le plus tard possible. Je dois reconnaître avoir espéré ne pas vivre assez longtemps pour voir ce jour arriver, car je voulais qu'elle m’enterre en premier".  J’avançai vers le dernier cercueil, ma mère délicatement allongée à l’intérieur.

 Je regardais les deux autres à côté d’elle. Il y avait le nom de Lyceus sur l’un, et celui de Toris sur l’autre. L’émotion m’étreignait et je ne pouvais rien faire pour l’en empêcher. Un simple "merci", fut tout ce que je pus dire.

 Gabrielle parla à une femme dans l'embrasure de la porte. Une prêtresse Amazone entra dans la chambre pour la purifier et s’assurer que ma mère était bénie. Gabrielle marcha jusqu'à ma mère et mit un dinar dans sa main.

 "Bon voyage, Cyrène, Je t'aime".  Elle l'embrassa sur le front.

 Elle dit cela alors que quelques proches de ma mère s’approchaient lui dire au-revoir. Le dernier sorti, Gabrielle et moi parlâmes avant de devoir refermer le couvercle.

 "Au-revoir Mère. Prends soin de Joxer pour nous."  Je l’embrassai.  Les soldats replaçaient le couvercle quand Ephiny entra.

 "Aucun signe de mon épouse?"  demanda froidement Gabrielle. Ma douleur se transforma subitement en colère. Je voulais le sang de Najara.

 "Aucun pour l’instant, Conquérante. Ça ne va pas être facile car elle connaît chaque entrée et chaque sortie du château."

 Gabrielle soupira.  "Assure-toi que chaque soldat reste en alerte. Pour ceux qui favoriseraient ma Consort, tue-les."

"Gabrielle?"  Elles se tournèrent toutes les deux vers moi.  "Quand nous la trouverons, je la veux. Elle sera à moi dans l'arène. Je veux un duel pour prendre son siège de Consort, si tu veux de moi."  Il n'y aura aucune discussion possible, que ce soit bien clair.  Gabrielle ne dit rien et nous sortîmes.  Je me retournai pour regarder une nouvelle fois la dernière demeure de ma mère.

 Gabrielle rompit le silence : "D’abord Xena, nous pleurerons aujourd'hui la mort de Cyrène avant d’aborder demain la question de Najara. Ephiny, tu as tes ordres. Si tu as besoin de quoique ce soit, je serai dans ma chambre."  Ephiny opina de la tête et sortit.  Gabrielle se tourna vers moi.  "Je tiens à passer du temps avec toi et Hope, mais je peux comprendre que tu préfères rester seule."

 "Umm, je dois rester seule un moment. D’ailleurs, je pense que tu as toi aussi, besoin de rester un peu seule avec Hope."

 Elle hocha la tête.  "Je sais. Je ne sais pas quoi lui dire, Xena."

 "Ecoute-la simplement, réconforte-la et montre lui que tu es là. C'est la meilleur chose à faire pour le moment."

 Puis elle fit quelque chose que je n'avais pas prévu. Elle m'attira dans ses bras et me serra. J'enfouis mon visage dans ses cheveux et pendant l’espace d’un instant, je me sentis comme à la maison.

 "Nous t’attendrons."  Elle me donna un baiser sur la joue et me laissa. Je la regardais partir quand j'eus encore cette affreuse sensation.

 "Montre-toi, Ares".

 Il se matérialisa devant moi en secouant la tête.  "Merde, Xena... Je ne m'attendais pas à cela."

 Etait-ce réellement des remords que je voyais sur son visage?  "Oh vraiment?"  Lui demandai-je avec un raillement dans la voix.
 "Ouais, je ne pensais pas qu'elle ferait ça. Je ne pensais pas qu'elle tuerait ta mère. De façon aussi glaciale"

 "Alors, c’est Najara?"

 Ares se mordit la lèvre et acquiesça.  "Ouais... Quand je l'ai choisie pour Gabrielle, je pensais que ça te rendrait dingue, tu sais?"

 "Ouais, je sais."

 "Eh bien, j'avais oublié qu'elle était... un peu folle."

 "Bien vu".

 "Hé! J'ai aussi un rôle ici, tu sais?"

 "Eh bien, explique-toi."  lui répondis-je en le repoussant d’une tape sur le torse.

 "Cette tarée a tout gâché! J'aimais bien Gabrielle la Conquérante et à vrai dire, Xena, peu importe que tu restes ici et que tu vives aux côtés de Gabrielle. Le monde m’appartient maintenant. Mais avec cette folle dans le coin... elle a déclenché des choses que... eh bien, des choses que je n'aime pas. "

 Je souris. " Comme le fait que Gabrielle ait fait tombé ses barrières, avec maintenant la menace de Najara. Comme le fait que je suis de plus en plus proche du cœur de Gabrielle et que je suis sur le point d’acheter notre billet pour fuir ce monde? Laisse tomber Ares. Je sais que l'amour est la clé. C'est quelque chose que tu ne peux pas comprendre et ne comprendras jamais. "

 Ares fit un pas vers moi.  "Tu vas vraiment la défier dans l'arène?"

 "Absolument."

 Il fit une pause.  "Tu ne devrais pas."

 Je ris franchement.  "Il y a eu un bouleversement."

 "Sérieusement, Xena. Tu n'as pas vu cette femme se battre."

 " J'ai combattu Najara dans le passé " lui dis-je avant de me retourner pour partir.

 "Pas cette Najara-là, non."

 Je m’arrêtai et fis demi-tour.  "Pourquoi tu me dis ça?"

 Il me fit un sourire.  "Même si Gabrielle est maintenant ma Reine Guerrière, garde à l'esprit que tu seras toujours ma Princesse Guerrière. C'est un fait – j’ai fait en sorte que cela soit comme ça... Il suffit de te regarder."

 "Tu sais, tu es presque attentionné, Ares… presque."

 "Ouais, je sais que tu as de bonnes raisons de douter de moi", il opina du chef.  "Je ne te blâmes pas. Mais voyons, Xena, chaque fois que tu as eu besoin de moi pour faire le bien… n’ai-pas fait de mon mieux pour toi? Comme je le disais, Regarde-toi. "

 Il disparut sous mes yeux avant que je puisse répliquer.

  Je passais le reste de la journée à fouiller le château, sans succès.  Je réalisais que, à part le fait que rien n'avait été dérangé, nous n'avions pas de preuve pour lier les événements à Najara.  Je savais qu'elle l'avait fait. Gabrielle le savait aussi. Même Hope.  Mais dans un pays avec des lois comme celles de Gabrielle, nous devions prouver qu'elle était coupable et nous n’étions malheureusement pas en mesure de le faire.

 Je pouvais au moins la défier pour lui prendre sa place de Consort. C'était inscrit dans la loi et un bon moyen de l'éliminer, même si Ares ne le voulait pas.

 Finalement, je retournai dans les quartiers de Gabrielle. Il y aurait une cérémonie et je devrais déclarer devant la Grèce que je voulais et méritais la main de la Conquérante. Lorsque j’arrivais à sa chambre, je fus surprise de la trouver seule.

 "Où est Hope?"  Demandais-je en entrant, m’attendant à trouver la jeune fille.

 Gabrielle se retourna, et au lieu de sa fille, je vis un pichet de vin près d’elle.  Elle avait choisi l’alcool plutôt que sa fille.  Je savais que Gabrielle trouvait du réconfort dans un verre de vin durant toutes ces nuits mais en la regardant, je réalisais soudain à quel point.

 "J’ai laissé Ephiny s’en occuper", dit-elle en remplissant son verre, un parmi tant d’autres d’après le balancement de son corps.

 "Crois-tu réellement qu'il est sage de boire dans un moment pareil?" 

 "Crois-tu réellement que ça me préoccupe?"

 Je bouillais de colère.  Je me précipitais et frappais le verre dans la main de Gabrielle, déversant son contenu sur nous avant de se casser.

 "Ca devrait te préoccuper. Mèr… Cyrène a pris soin de cet enfant nuit et jour, et maintenant tu la donnes à Ephiny quand tu devrais être là pour elle?"

 "Tu ne comprends pas!"

 " Si, je comprends", lui répondis-je à voix baisse. "Tu es dépendante. A l’alcool. Mais si tu préfères passer ta vie dans une brume floue plutôt que voir les choses telles qu’elles sont... J'ai vu beaucoup d'hommes détruits par l’alcool. De toute évidence, les femmes sont beaucoup trop sensibles".

 "Reste en dehors de ça, Xena. Ce n'est pas à toi de me dire comment vivre."

 "Tu appelles ça vivre?" Je commençais à m’énerver.  "Ce n'est pas vivre. C’est fuir. Fuir ton passé, fuir ton présent. Avais-tu prévu d’être ivre pour me voir en double, ou était-ce juste un verre pour te calmer qui t’a amené à en boire dix?"

 "Je pourrais avoir ta tête."

 Je l'attrapais par les cheveux et la plaquais sur le sol.  J'attrapais mon poignard et le levais pour la frapper.  De mon autre main je couvrais sa bouche.  "Je pourrais avoir ta tête aussi, Tout comme Najara si elle entrait ici maintenant. N'importe qui le pourrait. Tu ne vois pas? Si tu veux rester en vie, tu dois rester lucide."

 Gabrielle me lança un regard furieux, tourna la tête et éloigna ma main de force.

 "Peut-être que je ne veux pas rester en vie", murmura-t-elle. "Peut-être que j’aimerais que tout s’arrête. Finies les trahisons. Finies les batailles. Finis les morts. Plus rien… Vas-y, Xena. Fais-le…. Tranche-moi la gorge. Transperce-moi le cœur…Choisis... Mets un terme à tout ça. "

 Je laissai tomber le poignard et me courbais, posant un baiser brûlant sur ses lèvres. "Non" lui dis-je en me reculant: "Je vais plutôt te conquérir."

 Je vis de la peur dans ses yeux, pas envers moi, mais cette peur dont on m’avait tant parlé - la peur de soi-même.  Je me reculais un peu et la tirais pour l’asseoir, mes lèvres se reconnectant à elle. Elle me repoussa mais je refusai de baisser les bras. Cette fois, tout mon corps se retourna pour couvrir le sien. Nous touchâmes le sol dans un bruit sourd.  Je continuais à embrasser ses lèvres et son cou malgré ses faibles protestations. Elle me tira par les cheveux pour m’écarter et c'est alors que je l’entendis pleurer.

 " De quoi as-tu peur? " Murmurai-je à son oreille, au bord des larmes.

 "De tout!" Elle sanglotait. Elle essayait de bouger, mais je l’en empêchai et elle pleura plus fort.

 "Pourquoi as-tu peur de moi?" Demandai-je. Je la secouais pour qu’elle réponde. Je pouvais faire tomber ses défenses ou me retrouver sur le billot au coucher du soleil.  Mais rester passive ne mènerait nulle part.  "Dis-moi!"  Lui ordonnais-je avec en la secouant encore.

 " Tu promets trop "

 Je promets trop?  Je ne savais pas ce que cela signifiait et je me tus un instant, suffisamment pour que Gabrielle me bascule sur le dos. Elle attrapa le poignard et le glissa sur mon cou, mais je levai prestemment la main et c’est ma protection au poignet qui prit le coup.  Je lui tordis la main jusqu'à la briser. Elle gémit de douleur mais c’est moi qui souffrais. Je ne voulais pas lui faire mal même s’il le fallait bien.

 "Comment ça trop?" Comme elle ne répondait pas, je tordis un peu plus son poignet. "Dis-moi ce que ça veut dire, trop!"

 "M’aimer pour toujours", répondit-elle.  Son corps ne luttait plus et la dague tomba de ses mains.  "Personne ne m’aimera jamais et si j’ai assez de chance pour que cela arrive, ce ne sera jamais pour toujours… Demande à Najara, si tu la trouves."

 Je lâchais son poignet et reçus aussitôt un uppercut à la mâchoire qui fit valdinguer ma tête.  Elle se leva en vacillant pendant que je frottais ma joue en essayant de récupérer.

 "Je ne suis pas Najara," lui dis-je en m’asseyant.  Je la regardais en rigolant quand elle trébucha sur le lit.

 "Non, Najara a plus de bon sens pour ne pas me manquer de respect comme tu l’as fait ce soir."

 "" Non ", argumentais-je en me mettant debout.  "Il ne s'agit pas de manque de respect : Najara ne t'aime pas assez pour te le montrer. Najara ne se soucie de rien d’autre que prendre ton trône."

 "Oh, et toi?"

 "Pas moi." 

 "Prouve-le," Me défia Gabrielle.

 Comment lui prouver que je ne voulais pas de son Pouvoir?  Aussitôt, elle s’approcha de moi, et j’eus un petit sourire.  "Reste avec moi cette nuit. Nous trouverons un chariot et emmènerons Hope. Nous partirons sans même regarder en arrière."

 "Tu es folle," répondit Gabrielle en secouant la tête.  "Et que ferons-nous? Voyager dans la campagne? Ah, voilà une bonne idée! Nous irons de ville en ville régler les petits soucis des manants. Nous vivrons de leur charité, ou mieux encore, je pourrais faire quelques spectacles dans une ou deux tavernes en racontant des histoires. Je suis barde, tu sais. "  Elle rit encore.

 " Ce serait une vie bien mieux pour toi. J’en suis sûre ", répondis-je sincèrement. " Mieux que de rester assise ici à boire jusquà la mort. De quoi as-tu peur, Conquérante? Trouver une meilleure voie, peut-être? Savoir que quelque part au fond de ton coeur, il y a réellement un esprit libre et de l’amour pour l'humanité? Tu m’as dis ce qui t’effrayait mais en vérité la seule chose qui te fait peur… c'est toi-même. Je le sais, je l’ai vécu. "

 "Et alors, que s’est-il passé, Xena?"  Elle me demanda avec désinvolture. "L'amour?"
 "Eh bien, oui. Une petite jeune femme très brillante malgré son âge, en fait."
 "Et où est-elle maintenant?"

 " Elle est morte ", lui répondis-je avec sincérité.  Ma Gabrielle était morte. " Mais elle m’a conduit à toi . Je ne peux pas l'expliquer, et tu ne me croierais pas si je te le disais parce que je me souviens de tes mots : la confiance est un luxe que tu ne peux pas te permettre. Mais sache cela, Gabrielle: nous sommes les deux moitiés d'un tout et je sais qu’ensemble, notre courage peut changer le monde. "

 Chapitre 16

 Elle me refit son air du genre " elle a perdu la tête ".  Je ne pus que soupirer et laisser tomber ma tête de frustration. Elle marcha jusqu’à son bureau et attrapa un autre pichet de vin.

 "Non!"  Je jetai le verre hors de sa main.  Elle me gifla d’un revers de la main, ce qui me fit tournoyer au ralenti, et elle en profita pour bondir et m’atterrir dessus. Je me dis que ma fin était venue, mais elle se pencha encore et écrasa ses lèvres sur les miennes.

 "Qu’est-ce que tu fais?"  Lui dis-je, et elle recula en fronçant les sourcils.

 "Si tu ne le sais pas, je dois faire fausse route."  Elle essaya encore de m’embrasser, mais je reculais brusquement la tête.

 "Quoi Xena?!?"  Elle jeta ses poings sur le sol à côté de ma tête.

 "Pas comme ça, non. Je ne peux pas, Gabrielle."

 "Oh, allez, Xena, tu sais que tu as envie... envie de moi."  Elle essaya encore de m’embrasser et je me reculai une fois de plus.

 "Oui, j’ai envie de toi, mais pas comme ça. Je veux ton amour, faire l'amour avec toi. Pas juste baiser."

 Gabrielle soupira.

 "Tu peux m’aimer?"  Demandais-je.  "Sans servitude. Sans… murs. Juste toi? La vraie toi?"

 Elle pencha la tête et me relâcha.  J'avais ma réponse.

 "Je ne pensais pas," bredouillais-je. Cuisante défaite.

 "Je ne peux pas te donner ce que je ne comprends pas."  Nous nous tûmes toutes les deux, mon cœur était en lambeaux. "Xena?"

"Hmm?"

 "Tu veux bien me serrer dans tes bras?"

 Là, sur le plancher de la chambre de la Conquérante, au milieu d’une mare de vin et de verres brisés, je me suis retournée pour l’enlacer. Le trop plein d’alcool l’avait calmée, et elle s’endormit peu de temps après.

 "Je t'aime".  lui chuchotai-je à l'oreille, laissant le sommeil m’envelopper.

 Le cauchemar de cette vie serait bientôt terminé.

 Le matin arriva trop vite, et un coup à la porte nous réveilla toutes les deux.  Je me sentais raide et par le gémissement de Gabrielle, je compris qu’elle avait la gueule de bois malgré son calme apparent.  Nous nous levâmes ensemble, lentement, et Gabrielle tangua jusqu’au lit.  "Entrez !"

 Ephiny nous jeta un oeil.

 "Il semblerait que vous pourriez avoir besoin de ça".  Elle entra avec une gourde remplie d’eau et d’herbes pour calmer les maux de tête.

 "Oh Dieux, je te remercie."  Elle but beaucoup, ce qui lui redonna des couleurs.

 "Quel goût de merde !"

 "Tu joues, tu paies. souligna Ephiny, obtenant un grognement pour réponse.

 "Tu voulais quelque chose, ma chère amie?"

 "Hope te demande. Elle n'a pas bien dormi cette nuit."  Ephiny me regarda.  "On dirait que quelqu’un t’a marché dessus."  Elle sourit.

 "Mince alors ! Merci."  Je m’approchais de l’immense miroir pour apercevoir l’hématome sur mon menton.

 "Dis-lui que nous arriverons dès que nous serons lavées", le corps sur le lit venait de parler.

 "J’y vais."  Ephiny rit et sortit.

 J'allais vers la porte quand le corps parla de nouveau.

 "Où penses-tu aller?"

 "Dans ma chambre prendre un bain et mettre des vêtements propres."

 "Pourquoi ne pas rester ici pour prendre ton bain?"  Ca ressemblait plus à une supplication qu’à un ordre.

 "Je ne pense pas que ce soit très sage. A bientôt."  Je ne lui donnai pas le temps de répondre et fermai la porte derrière moi.  J'avais besoin de réfléchir.

 Après m’être lavée et changée, je retournais à la chambre de Gabrielle.  J'entendis Ephiny discuter avec la Conquérante, ce qui interrompit mon  mouvement pour frapper à la porte.

 "Tu vas vraiment laisser Xena affronter Najara?"

 "Non, je ne peux pas prendre le risque que Xena soit blessée. Donc, mon amie, je veux que tu réalises mon souhait."  J'entendis se dérouler un parchemin.

 "Gabrielle, je ne peux pas faire cela. Ne me demande pas ça."  Ephiny semblait très inquiete.

 "Il le faut, c'est le seul moyen. Xena est une bonne guerrière, mais Najara est plus forte." Je serrais les dents.

 "Elle mérite mieux, elle est si pleine d'amour."  Il y eut un silence.  "Je te le demande comme à une soeur, s’il te plaît exhauce mes prières."

"Gabr…"

 "S’il te plaît."  Gabrielle semblait vraiment désespérée.

 "D'accord. Alors, c’est pour quand?"

 " Demain à l’aube."  Je ne pus attendre davantage et frappai.

 "Entrez"  Je cherchai Ephiny dans la pièce, qui fixait le plancher alors que Gabrielle retenait ses larmes.

 "On se croirait à un enterrement. Qu’est-ce qui ne va pas?"

 Ephiny dit très faiblement: "Elle a peut-être raison."  Je l’entendis à peine et Gabrielle recouvrit rapidement ses paroles.

 "Nous parlions seulement de nos souvenirs, c'est tout."  Elle s’obligea à sourire.

 "Tu peux partir, Régente."  Elle s'inclina devant sa Conquérante puis passa devant moi sans croiser mon regard.  Mon intuition me disait que quelque chose clochait.  Avant que je puisse poser une question, un cri me glaça les os.  Nous courûmes toutes les deux dans sa chambre où Hope pleurait, se balançant pour se réconforter.

 "Je veux grand-mère!"  Gabrielle s’assit et la prit dans ses bras.

 "Je suis là, petite, je suis là. " 

 Je m’assis sur le lit près d’elles.  Il fallut du temps, mais ses larmes s’arrêtèrent.

 "Tu me racontes une histoire, Maman?"  Gabrielle et moi avalâmes avec difficulté.

 "Bien sûr."  Elle rapprocha Hope pour la bercer.

 "J'en ai une à te raconter : c’est l'histoire d’une guerriere solitaire, fatiguée de sa vie. Cette guerrière est prête à renoncer quand elle rencontre soudain une jeune femme qui la changera à jamais. J’appelle cette histoire" Les péchés du passé".

 Si je n'avais pas été aussi captivée par l'histoire, je me serais évanouie.  Elle racontait l'histoire de notre vie, mot pour mot, sur la façon dont nous nous étions rencontrées.  Je suis sûre qu’Ares tenait un rôle dans le fait que notre histoire sortait de l’imagination de Gabrielle. Quel salaud.

 "Ca va, Xena?"  Je sortis de ma brume pour voir deux yeux verts et un enfant endormi.

 "Tu es une très bonne conteuse, Gabrielle."  Elle baissa la tête et embrassa Hope sur la tête.  "Que penses-tu de cette histoire?" Lui demandai-je, et elle sourit.

 "Je peux toujours rêver, Xena."  Elle se redressa, tendit la main pour prendre la mienne et la presser.

 Nous passâmes la journée à parler.  C'était comme au bon vieux temps avec ma meilleure amie, alors que je savais que quelque chose n'allait pas.  Quand Hope se réveilla, nous déjeunions dans le jardin de Gabrielle.  On a joué et ri comme une famille.  La nuit est tombée et nous avons couché Hope dans le lit de sa mère.
"Bonne nuit, Xena."  Je commençais à aimer cet enfant comme si c’était le mien.  Comme Gabrielle nous regardait, j’ai embrassé rapidement Hope et me suis tournée vers le plus beau sourire que je n’avais jamais vu sur la Conquérante.

"Maman?"  Gabrielle picora ma joue et se pencha sur le lit.

 "Oui, Hope."

 "Est-ce que toi, Xena et moi pourrions former une famille?"  Elle se tourna pour me regarder.  J'avais un large sourire sur les lèvres.

 "Je vais voir ce que je peux faire. Maintenant tu dors, je reviens très vite."  Elle lui donna un baiser et lui fit un câlin.

 "Vraiment?"

 L'enfant n'était pas bête.

 "Oui, petite, et je peux même te serrer dans mes bras si tu veux."  Hope semblait aimer ça.  Elle se souleva légèrement pour embrasser sa mère.

 "Bonne nuit, Maman".

 "Bonne nuit, mon bébé."  Nous attendîmes qu'elle soit complètement endormie avant d’aller dans l'autre pièce.

 "Xena... Je voulais te remercier pour cette magnifique journée."  Puis elle me donna le plus doux des baisers.  La douleur dans mon estomac revint en force, mais je m’en fichais.  Je me demandais ce qui était si étrange, ses paroles ou la regarder dans les yeux.

 "Ces derniers mois on a connu des hauts et des bas, mais tu es probablement la seule personne sur terre en qui j'ai confiance."

 "Pourquoi dis-tu cela? Tu vas partir avec moi?" On pouvait toujours rêver...

 "Non, Xena. Souviens-toi  simplement de ce jour quand tu penseras à moi."

 "Ne parle pas comme ça."  Je l’attirais à moi.

 "S’il te plaît, pardonne-moi". J'allais demander pourquoi quand Ephiny et plusieurs gardes firent irruption dans la pièce.

 "Xena, nous allons t’escorter à la prison".  Ephiny mit du temps à croiser mon regard.

 Je la regardais, puis Gabrielle.

 "Qu’est-ce que ça veut dire?"  J'étais plus contrariée qu’en colère.

 "C'est pour ton bien," Expliqua Gabrielle.

 "Quoi? M’enfermer comme une criminelle? C’est ça la confiance dont tu parlais?"  Maintenant, j'étais en colère.

 "S’il te plaît viens avec nous, Xena."  Ephiny toucha mon épaule.

 "Enlève ta main avant que je la brise."  Je me tournai vers la Régente.  Puis, je sentis un coup violent sur ma tête.  Tout devint noir mais j'entendis Gabrielle demander pardon une fois de plus.

 Je me réveillais avec un mal de tête affreux dans une cellule obscure.

 "Retour au point de départ."  Je marmonnais.

 "Elle fait cela parce qu'elle est tombée amoureuse de toi."  Je sursautai, et alors remarquai Aphrodite dans ma cellule. Comme par magie, elle traversa les barreaux pour se tenir devant moi.

 "Faire quoi? M’enfermer?"

 "Te sauver du combat avec Najara. Elle croit qu’Ephiny peut gagner mais…"

 "Mais quoi?"

 Aphrodite ne voulait pas prononcer les mots.  Je pouvais comprendre.  "Je sais qu'elle ne pourra pas", répondit-elle doucement.

 Aphrodite arpentait la cellule.  "Ares a vraiment tout gâché Xena. Nous ne pouvons pas laisser Ephiny se battre contre Najara. De toute façon, ce n'est… pas bien."

 J’ai vu beaucoup d'expressions passer sur le visage d'Aphrodite au fil des ans –la joie, la colère, la réserve et la perspicacité.  Mais cette expression… je ne l’avais jamais vue.  Une que je n’aurais jamais imaginé voir sur elle. Le désespoir.

 "Trouve un moyen de me faire sortir d'ici," répondis-je.  "Je vais combattre Najara."

 "Et après? Perdre à jamais Gabby quand Najara t’auras tuée ? D’accord, tu seras morte et ce ne sera pas bien non plus, mais Ares… non!"  Elle était maintenant en colère et elle s’effondra sur le lit.  "Tu sais quoi Xena?… Je suis là depuis une éternité. De nombreux mortels et immortels sont passés dans ma vie, désirant toujours quelque chose de la Déesse de l'amour, me demandant toujours quelque chose que je pouvais leur donner… Gabrielle ne m’a jamais rien demandé. Jamais. Et pourtant, elle m'a donné son amitié. C’est ironique dans un sens. Je n'ai pas beaucoup d'amis, même si je suis la déesse de l'amour. Mais j'avais Gabby. Notre Gabby. Pas ce chien alcoolique, ce roquet, cet arrogant tête de cochon. "

 "Je suis d’accord ", lui dis-je en la coupant dans son élan.

 "Désolée. Je suis vraiment furieuse. Ares a fait tellement de mauvaises actions, si basses, dans notre monde, mais ça… Non seulement il t’a enlevée ta barde mais il m’a pris ma seule véritable amie, Xena."

 "C’est tout à fait cela " lui dis-je.  "La question est : est-ce que tu vas le laisser faire ou bien trouver un moyen de me sortir de là pour que je puisse la ramener chez nous?"

 Je vis son air évasif se transformer en sourire.  Puis la porte de la cellule s'ouvrit.

 "N'oublie pas d'écrire."  Elle sourit en hochant la tête vers la sortie.

 "Merci Aphrodite" Dis-je avec sincérité.

 Elle s’approcha et m'attira à elle pour me donner un doux baiser sur la joue.  "Ramène-la à la maison, Xena. Trouve une solution et ramène-la chez nous."

 "Je le ferai, je le promets."

 Je quittais la cellule déterminée. Aujourd'hui, tout sera fini.  D'une façon ou d'une autre.

Chapitre 17

 Mes yeux durent s'adapter au changement de lumière.  La prison était tellement sombre et humide que je pris un instant pour laisser mes yeux s'habituer à la luminosité du matin.  Je me dirigeai vers l'arène, suivant la foule qui se rassemblait là-bas.  J’entendais les spectateurs parier sur le vainqueur - la régente ou la consort.

 Je montais dans les gradins avec les autres spectateurs et vis Gabrielle sur son trône, vêtue de sa tenue de reine dans son armure de combat.  Au lieu de Najara assise à côté d'elle, il y avait Ares.  Ca me rappelait le jour où je m’étais battue pour rejoindre la garde royale.  Mais cette fois c'était Ephiny qui s’échauffait, pas moi.

 Son swing était rapide, beaucoup plus rapide que dans mes souvenirs.  Un instant, je me dis qu'elle pouvait gagner, mais je me souvins des paroles d’Aphrodite.  Elle pensait différent.  Je savais aussi que perdre Ephiny signifiait la fin de Gabrielle et l’impossibilité de la ramener.  Ca la mènerait à sa perte et je serais coincée ici pour toujours.  Je regardais Gabrielle quand soudain la foule se mit à huer.  Je me penchai pour voir Najara  fait son entrée.  Apparemment, ses actions avaient rapidement fait le tour de la ville.

 Elle ne semblait pas affectée par les réactions de la foule, concentrée sur Ephiny, pendant qu’elle commençait à s’échauffer, assouplissant bras et jambes pour le combat à venir.

 "Tu dois t’asseoir," dit une voix derrière moi.

 Je me retournais pour voir un garde prêt à en découdre me montrer le banc.  Etre virée était la dernière chose dont j'avais besoin, alors je m’exécutai, reculant de trois rangées pour m'asseoir.  J'avais toujours eu une bonne vue et j'étais assez près pour me précipiter au cas où...

 Une éternité sembla passer depuis que je m’étais assise, et que j’attendais, prête à agir. Une fois la majorité des sièges occupés, Gabrielle se leva, prenant place sur la plate-forme pour parler. De bruyants aplaudissements retentirent, et elle garda la main en l'air pour les calmer.

 "Mes amis et compatriotes grecs. Merci de nous rejoindre pour cette journée historique. Comme bon nombre d'entre vous le sait, ma compagne Najara est accusée pour trahison contre l'État de Grèce."

 Une retentissante huée balaya l’arène, ce qui fit discrètement sourire Gabrielle.  Même à cette distance je pouvais voir ses lèvres se courber.

 " Aujourd'hui, elle remet en cause son trône … Pour ce défi, voici ma championne et régente, Ephiny, de la nation amazone".

Avec enthousiasme, elle fit le tour de l’arène, sous quelques sifflets et des tonnerres d'applaudissements. Au moins, Ephiny avait la foule avec elle. Si seulement ses compétences pouvaient tenir assez longtemps pour que je puisse bouger...

 "Dès que les drapeaux tomberont, le combat pourra commencer. Les deux concurrentes sont-elles prêtes?"

 "Oui conquérante", hurla Ephiny en s’inclinant devant Gabrielle.  Elle semblait sans peur et déterminée, contrairement à la femme face à elle, soudainement pleine de doutes devant la question de Gabrielle.

 Gabrielle se tourna ensuite vers Najara.  "Et toi consort?"

 "Oui conquérante, lui répondit-elle, sans s’incliner.  La foule hua de nouveau devant le mépris évident qu’elle montrait au statut de Gabrielle.

 Gabrielle leva son bras avant de le laisser retomber brusquement.  Les drapeaux autour de l'arène furent déployés et je vis Ephiny et Najara se jeter l’une sur l’autre. Les gardes se répartirent autour des rembardes.  J'avais l'espace et le temps nécessaires pour me jeter dans l'arène.

 Avec un puissant cri de guerre, je me mis à courir et sautais dans l'arène avant que les gardes ne puissent m'arrêter. Quand mes pieds touchèrent terre, je savais que je devais me déplacer très vite, prête à voir voler les flèches d’arbalètes sur moi.  Je me faufilais à gauche puis à droite, m’arrêtant de temps en temps pour laisser passer les flèches avant de repartir.  Je jetais un coup d’oeil à Gabrielle, son expression stupéfaite, alors que j’approchais d’Ephiny.  Les deux combattantes me virent se diriger vers elles et elles baissèrent leur garde en m’attendant.  Ephiny intercepta l’attaque des gardes.

 "Comment as-tu...?"  Fit remarquer Ephiny, alors que je m’approchais encore.

 "Peu importe. Vas-t-en Ephiny. C'est mon combat, pas le tien."

 "Je suis les ordres de ma conquérante, Xena", fit-elle valoir.

 "Laisse-la se battre aussi", annonça Najara.  "Je suis prête à me battre contre vous deux pour que justice soit faite."

 "Justice? Tu ne connais pas ce concept, Najara. Tu ne vis que par les voix dans ta tête, rien de plus."

 "Tais-toi et bats-toi !", Dit Najara en essayant de m’atteindre.

 Je sautai en arrière quelques secondes avant qu’elle ne me touche à la tête et Ephiny se jeta sur elle, mais  Najara s’était déplacée et elle contrecarra Ephiny.

 Des perles de sang sur la bouche de la régente quand elle tomba par terre.  Najara allait la tuer, mais je détournai son épée.  Elle était forte.  Plus forte que la Najara que j’avais combattue dans mon monde et je sentis mon épée repoussée vers le cou de la régente.

 C'était tout en lenteur, mais Ephiny récupéra assez vite pour rouler sous nos lames entremêlées.  Quand elle fut debout, je me détendis et cela suffit à Najara pour envoyer mon épée vers le sol.  Elle me donna de violents coups de pied dans la poitrine et le dos, et l'épée me tomba des mains.

 Moi par-terre, elle s’en prit à Ephiny.  J’étais étonnée, mais Ephiny rendit coups sur coups jusqu’à ce qu’elle soit en position de défense.  Je me repris et me redressai emmenant mon épée avec moi, pour me jeter une fois de plus sur Najara.

 Najara m'entendit approcher et tira une autre épée de son dos.  Alors que je me précipitais pour lui trancher la tête, elle bloqua mon coup tout en continuant à se battre contre Ephiny. Saleté.  Ares ne mentait pas, elle est bonne.  Peut-être trop. Je me rendis compte qu’Ephiny devenait source de distraction pour moi et je devais lui faire quitter l’arène.  Je ne pouvais pas combattre Najara et m'inquiéter pour Ephiny en même temps.

 "Vas-t-en !", criais-je à Ephiny.

 Elle ignora mon avertissement.  Je devais gagner du temps pour parler à Ephiny.  Je me baissais et attrapais une poignée de sable. C'était un sale coup je sais, mais je n'avais pas le temps.  Je courus vers Najara et quand elle tourna son visage vers moi, je lui jetai le sable dans les yeux. Elle baissa son épée juste un instant, mais il suffit de la frapper à la poitrine pour la faire tomber sur le dos.  J'attrapai Ephiny par le bras et courus vers l'entrée.

 " S’il te plaît, laisse-moi m’occuper de ça" Lui suppliais-je à nouveau.

 "Xena..."

 "Ecoute, si je ne survis pas, Gabrielle aura besoin de quelqu'un en qui elle a confiance. Quelqu'un qui l'aidera à continuer. Tu peux faire ça pour elle... je le sais. S’il te plaît laisse-moi faire. Gabrielle sera en colère que tu abandonnes, mais elle ne te tuera jamais. "

 "Comment peux-tu en être si sûre?"  demanda Ephiny en regardant Najara se remettre sur pieds en s’essuyant les yeux.

 "Fais-moi confiance. Je ne t'ai jamais menti, n’est-ce pas?"

 Ephiny réfléchit un moment et je sus qu’elle commençait à comprendre.  "S’il te plaît. Pour Gabrielle. Quitte le terrain et laisse-moi m’occuper de Najara."  Avec un profond soupir, Ephiny appela un garde.

 "Ouvre la barrière", cria-t-elle.  Il s’éxécuta aussitôt.  " Xena, qu’Ares soit avec toi", me dit-elle en posant une main sur mon épaule.

 Je souris à cette expression.  "tu plaisantes? moins il y aura d’Ares, mieux ce sera. Il est la cause de tout ce gâchis."

 Elle ne comprenait pas bien ce que je voulais dire, mais je ne pouvais pas lui expliquer, faute de temps.  Najara s’avançait vers nous.

 "Vas-y," Lui dis-je avec un hochement de tête.  J’attendis un peu pour vérifier qu’elle partait bien et je la vis quitter l'arène et refermer la barrière derrière elle.

"Maintenant, j'ai ce que je veux", hurlai-je à Najara en la chargeant.

 "Ce n’est pas moi que tu veux", dit Najara alors que nos lames se croisaient de nouveau.  "Tu veux ma femme. Mais tu ne l'auras jamais."

 J’aperçus alors une ouverture – un moyen de la faire craquer.  Je l’asticotai "Oh non, ta femme me veut " J’eus un petit sourire satisfait.  "C’est plus pratique, non?"

 Najara était furieuse et elle s’approcha. Mais je ne reculai pas, j’échangeai coups sur coups en la repoussant.  Nous faisions des cercles l’une autour de l’autre et je continuais à la narguer pour la décontenancer.

 "Elle est sexy, hein Najara? A se damner, hmm? Surtout les bruits qu’elle fait, ces petits soupirs juste avant l’orgasme. La manière dont son corps semble électrisé quand elle serre ses cuisses sur tes épaules. Bien sûr ça fait un moment que tu n’as pas été près d'elle, tu as probablement oublié. Mais tu le sais. Ca n'a pas changé. D’ailleurs cette nuit, je ne l'avais jamais vue aussi sauvage ".

 Najara hurla et se jeta vers moi mais son style était désordonné et je pris l’avantage, frappant son épée de mes mains.  Sa surprise se transforma en colère et elle m’attaqua avant que je puisse lui donner le coup fatal.  Mon épée aussi tomba et nous roulâmes toutes les deux sur le sol glissant.  Elle me donna un violent coup à la mâchoire, et je sentis le goût acide du sang dans ma bouche.

 Nah ha, pas encore !  Je garderai toutes mes dents cette fois-ci.

 Avant qu'elle ne me frappe encore, je ripostai en l’envoyant valdinguer loin de moi, et en profitai pour récupérer mon épée.  Quand elle se stabilisa, je l’enjambai et me mis à cheval sur elle. Je jetai un coup d’oeil à Gabrielle qui était assise à l’extrêmité de son siège, des regrets dans les yeux.  Je me rendis alors compte que je ne pouvais pas le faire, je ne pouvais pas tuer Najara. Si je le faisais, une partie de Gabrielle ne me ferait plus confiance, ne m’aimerait jamais.

 Oui Najara était folle, oui, elle avait tué ma mère, oui elle briguait le trône de Gabrielle.

 Mais une partie de Gabrielle voulait se détacher d’elle.  Ce n’était pas à moi de prendre la vie de Najara.  Elle ferma les yeux, attendant que je l’envoie chez Hadès, mais au lieu de cela, je laissai tomber mon épée sur le sol et  marchai droit vers Gabrielle. La foule me huait de ne pas l’avoir tuée comme ils s’y attendaient.

 Gabrielle allait devoir faire un choix, Najara ou moi. Elle devrait décider qui vivrait et qui mourrait.  Je pris une profonde inspiration et ma résolution me revint en mémoire...de toute façon, tout se terminerait aujourd'hui.

 Soit Gabrielle me choisissait, soit elle laissait Najara me tuer dans l’arène.  De toute façon, tout se terminerait aujourd'hui.

 "Je t'aime Gabrielle."

 Je levais la tête vers les gradins et souris, sans inquiétude, sans peur.  Quitte à mourir, je mourrais en sachant qu'elle avait enfin confiance en moi.  Je lui appartenais vraiment, pas pour sa puissance ni sa couronne, mais pour elle.  J'entendis Najara se précipiter derrière moi, elle avait probablement récupéré son épée, et bientôt tout serait terminé.

 Les yeux de Gabrielle s’écarquillèrent et avant que je m’en rende compte, elle avait bondi au-dessus des murets, pour sauter dans l'arène.  Une grande liesse traversa cette fois la foule quand la conquérante tira son épée de son dos, me poussant hors de son chemin.  Je tombai dans la poussière et vis Ares crier.

"Noooooooon!"

 Je me retournai et vis Gabrielle enfoncer son épée dans la poitrine de Najara.  Le choc balaya le visage de Najara et son corps glissa de l’épée en tombant. Gabrielle eut l’air momentanément ébranlée mais elle se précipita ensuite vers moi et s’agenouilla à mes côtés.

 "Je t'aime Xena", murmura-t-elle en posant ses lèvres sur les miennes.

 Le baiser fut magique et énivrant.  Je fermai les yeux et eus l’impression de voler en me déplaçant à une vitesse fulgurante, mais je n’interrompis pas ce baiser, je ne pouvais pas, c’était trop merveilleux.  Quand j'ouvris finalement les yeux, Gabrielle semblait un peu déboussolée. Je jetai un oeil aux alentours et remarquai qu’il n’y avait plus d’arène, plus de Najara.

 Nous étions dans une clairière, sur nos couvertures, seules, et le hénnissement d'un cheval retint mon attention.  Je regardai sur ma droite et vis Argo boire dans l’eau d'un ruisseau.

"Xena?"  demanda Gabrielle. Elle regarda son corps, son armure avait disparu, remplacée par du velours rouge et ses vêtements de cuir que j’avais appris à apprécier.  "Sommes-nous rentrées?"

 J’ébauchai un sourire et ne pus m'empêcher de l’attirer vers moi.  "Nous sommes rentrées à la maison," lui dis-je.

Elle se mit alors à pleurer.  "Je suis tellement désolée Xena. Pour tout ce que je t'ai fait...".

 "C’était une illusion", répondis-je.  "Une illusion d’Ares, rien de plus. Et en fin de compte, tu as fait le bon choix. Le seul choix."

 Elle sembla se calmer un peu et je levais la tête, sentant son regard m’envahir. Aphrodite nous souriait en nous enlaçant toutes les deux.

 "Merci", articula-t-elle silencieusement, avec un regard de sincère gratitude.

 " Non ", lui retournai-je en silence.  "Merci à toi."

 Elle sourit avec un froncement de nez et disparut  pour nous laisser un peu d'intimité.

 Un flash de lumière et un rire que je connaissais trop bien emplit la petite clairière, et je sentis Gabrielle reculer. Je connaissais ce regard qui annonçait les ennuis ; elle se mit debout pour se tenir nez à nez avec Ares.

 Il souriait en secouant la tête.  "Merde. Vous deux, c’est quelque chose!", Dit-il en se gaussant.  "Je ne sais jamais à quoi m'attendre et je dois l’avouer...j’aime ça."

 Gabrielle se mit à le frapper à la poitrine. "Espèce d’égocentrique sournois, salaud de manipulateur !".

 Il avait l’air à la fois perplexe et amusé.  "C’est ce que tu penses?"  Demanda-t-il sarcastiquement.
 Gabrielle se redressa et lança son poing dans la machoire d’Ares, le faisant trébucher.  Je fus d’abord effrayée par ce qu’il allait lui faire en représailles, mais quand Ares éclata de rire, ça me soulagea quelque peu.

 "Arrête !", lui dit-il. "Ca chatouille !".

 "Enfoiré", siffla Gabrielle.

 "ok, tu m’as eu", répondit Ares.  " J’existe. J’existe vraiment. Hera en a vraiment souffert parfois."

 Gabrielle se remit à le frapper.  "Si JAMAIS tu refais ça, je te saignerai avec tant d’acharnement que même Athena, dans toute sa sagesse, sera incapable de distinguer quel dieu j'ai tué. C’est bien compris?
 "Ouais. Ouais, répondit-il d’une voix ennuyée avant de revenir vers moi.  "Je le répète, elle a beaucoup d’esprit, Xena."  Il regarda Gabrielle et jeta un oeil à son décolleté.  "Tu as certainement eu les mains bien pleines", me répondit-il avant de s’éclaircir la gorge et de commencer à disparaître.

 Gabrielle prit son élan mais c’était trop tard.  Elle frappa dans le vide pendant qu’il disparaissait sous nos yeux.

 "Arghhh! Je hais cet homme!"

 "Eh bien, techniquement, c’est un Dieu." lui dis-je

 "C’est vrai. Les hommes sont plus intelligents que les Dieux, toutes mes excuses aux hommes pour cette comparaison."

 Je souris et me remis debout pour la serrer dans mes bras.  Son cœur battait vite et elle rougissait.  "Je sais que ce fut une expérience assez effrayante par moments," lui dis-je. "Mais ça n’a pas été complètement désagréable, n’est-ce pas?"  Je fronçai les sourcils et elle recommença à rougir.

 "Non", admit-elle.  "Pas complètement."

 "Et c’était bien de revoir Ephiny."

 Son regard s’assombrit.  "Je sais. Mais ça n’a pas été agréable de revoir cette imbécile." 

 "Oublie-la. Je connais des choses plus agréables à retenir."  Elle leva les yeux et vit mon regard lubrique.  Elle rougit de plus belle et regarda ailleurs, sachant à quoi je faisais allusion.

 Elle se détendit au contact de mes doigts caressant ses cheveux.  "Tu sais, cette chose avec des chaînes dans les bois...".

"Xena!"  Gabrielle rougit de nouveau.

 "Quoi?"  Demandai-je.  Je ne pouvais cacher mon sourire.

 "J'étais un chef de guerre sans coeur à l'époque. Peu importait l'amour, l'engagement ou la confiance. J'étais motivée par le sexe et la luxure... et les chaînes hmm?"

 " Souviens-toi Gabrielle. Les Dieux ne peuvent rien nous donner que nous n’ayons déjà en nous " Je la taquinais.

 "Vraiment?"
 "Absolument."
 "Donc, ça veut dire que tu peux être soumise?"

 D’accord, elle m'a eu.  "Eh bien, je peux… J'ai juste besoin d’être dominée de temps en temps."

 Elle sourit et se mit à parcourir paresseusement ma cuirasse de ses doigts. "Hmm. De temps en temps, et si c’était maintenant?"

"Gabrielle!"  Répondis-je, surprise.  "Tu es une petite diablesse !"

 Gabrielle me fit son sourire qui m’excitait à chaque fois. "Toi, tu trouves un arbre. Et comment allons-nous faire pour les chaines?"

 Qui suis-je pour dire non à une barde impatiente?  "Nous trouverons."

FIN

 

Commentaires  

 
#11 alice 2011-04-13 15:30 waouh c'est tout simplement géant.
j'ai adoré
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#10 GabbyX 2010-05-06 15:28 Magnifique fanfic je la mets au premier rang de mon top 10 !
Petit point sombre… j'aurai aimer quand lot de consolation pour cette aventure Hope soit avec Gabby et Xena à la fin… mais cela n'aurait pas été très réglo ^^
Merci à vous pour avoir publier cette fic magnifique ^^
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#9 isa 2010-01-15 22:51 merci pour cette fanfic!! je l'ai vraiment appréciée; l'histoire est très bien écrite, très intéressante Gabrielle en conquérante et Xena emplie d'amour pour sa belle, j'ai adoré!!
merci encore! j'attends avec impatience ta prochaine fanfic!
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#8 warriochakram 2009-12-03 09:40 Ah ! quelle agréable surprise de découvrir enfin la suite ..je suis très heureuse que ce site reprenne vie car je suis fan++++ de la plume de l'auteure ..
J'attends avec grande impatience les suites et de nouvelles fanfics
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#7 Maud 2009-11-24 06:15 Super histoire. Enfin une histoire pour Gabrielle, une Xena qui reconnaît ses sentiments et qui nous les donne grâce à la première personne (c'est la première fanfiction que je lis qui est écrite de cette manière)
J'ai beaucoup aimé.
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#6 grimm 2009-10-06 19:18 super, j'adore ! A quand la suite ?
Gabrielle fait vraiment une belle conquérente.
Bravo !
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#5 vivi 2009-03-06 20:18 Wahou ! Mais quelle histoire , c'est vraiment bien écrit , la situation est vraiment … il n'y a même pas de mots , c'est carrément géant !!!!! Bravo , j'ai adoré , j'ai été accro pour cette première partie . La suite est pour bientôt ????
Un super conqueror , ya pas de mots pour décrire à quel point j'ai aimé lire cette partie .
Par pitié , la suiiiiiiiite !!!!
Bisous !
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#4 ophélie 2009-01-20 19:02 J'ai envoyé un commentaire hier soir il me semble et cet apres midi… J'aimerai qu'il ne soit pas publié.
En effet, je trouve abérent d'avoir une traduction "tronquée" à laquelle il manque de grosse partie.
Je me demandais pourquoi j'avais tant de mal a trouver le passage ou cette traduction s'était arrêté, je comprends mieux pourquoi maintenant.

Je trouve que cela est un manque de respect et pour les auteur(e)s et pour les lecteurs (ices).

C'est bien dommage
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#3 ophélie 2009-01-20 10:44 Vraiment génial, j'adoreeeeeeeee Gabrielle en mode Conquérante, il était temps d'oublier la gentille et naive barde de Potédaia lol.

Merci pour cette trad et vivement la suite
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#2 archange-gabrielle 2008-12-03 17:37 J'adore c'est trop bien et sa change des autres conqueror. Vivement la suite. Citer