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Disclaimer : Les personnages de Xena et Gabrielle ne m'appartiennent pas, je ne fais que les emprunter à leurs légitimes propriétaires : Renaissance Pictures et Universal.

Avertissements :
Violence : Oui.
Subtext : Oui et plus. Il y a des scènes de sexe graphiques. Entre femmes (si la précision est utile).
Attention : public averti et majeur.
 
Cette histoire se situe dans le contexte où Xena n'a pas trouvé la rédemption et est toujours du "côté obscur de la force". Sa rencontre avec Gabrielle manque donc singulièrement de romantisme.

Critiques, commentaires, toujours bienvenus ! (Si de bon goût)

 

PARTIE 1

 

  Le silence se fit, alors que le cavalier venait vers eux. Il ralentit le pas de sa monture, un puissant étalon bai, avant de faire un geste nonchalant de la main vers l'un de ses guerriers. Celui-ci sauta de cheval et empoigna une torche qu'il embrasa rapidement avant de courir de maison en maison, déclanchant un incendie qui commença à ronfler autour d'eux. Le cavalier descendit de cheval et ôta son casque d'airain. "C'est une femme !" se dit Gabrielle stupéfaite en voyant de longs cheveux noirs rouler sur ses épaules. La femme tendit le casque à un autre homme avant de s'avancer vers les villageois. Elle était magnifique, une déesse de mort aux yeux bleu glacé et menaçants, plus grande que la plupart des guerriers qui se tenaient maintenant près d'elle. Elle posait un regard sans émotion sur ses victimes. 

Elle repoussa du pied la main sanglante d'un vieil homme égorgé par ses chiens et elle toisa froidement les derniers survivants. "Pourquoi celui-ci vit toujours ?" demanda-t-elle doucement en désignant Perdicas. "Seigneur, il protégeait la femme, nous ne voulions pas la blesser…" La voix angoissée du soldat fit plus peur à Gabrielle que tout le reste. Si un tueur aussi impitoyable avait peur de cette femme alors… La grande femme croisa son regard et elle s'attarda un moment. "Tu as bien fait, ç'aurait été dommage de l'abîmer." L'homme parut infiniment soulagé de son approbation et il recula dans le rang. "Cela dit, je n'ai pas besoin de lui." La guerrière sortit une longue dague effilée et tendit la main vers Perdicas.

 Gabrielle hurla : "Non !" en se jetant devant son mari, l'épée levée. La grande femme parut légèrement ennuyée et d'un geste terriblement rapide lui prit l'épée des mains. Elle jeta l'arme au loin et écarta Gabrielle. Elle résista mais la guerrière était bien trop forte. Elle tomba alors à genoux en sanglotant : "Je t'en prie, épargne-le !" Les mains jointes, elle levait un regard voilé de larmes sur la femme qui se tenait immobile au-dessus d'elle. Gabrielle voyait bien que ses suppliques n'avaient aucun effet sur elle, au mieux elles avaient l'air de l'amuser.

La guerrière posa un pied botté sur l'épaule de Gabrielle et la propulsa plus loin. La jeune femme s'étala de tout son long dans la poussière mais elle revint vers la femme en rampant, "Je t'en prie, je t'en supplie…" sanglota-t-elle. "Tu auras bien le temps de ramper, lève-toi pour assister à la mort de ton époux," ricana la guerrière. Un homme la souleva et la remit durement sur ses pieds. Gabrielle tendait les mains vers Perdicas qui la regardait avec tristesse. "J'aurais mieux fait de te tuer de mes mains Gabrielle, je ne t'envie pas la vie que tu auras… Pardonne ma faiblesse, je t'aime ma chérie." La guerrière éclata d'un rire glacial. "C'est la plus jolie déclaration d'amour que j'ai entendue de ma vie ! Tu mérites une mort rapide." Un rictus déforma soudain sa bouche et d'un mouvement vif comme l'éclair, elle plongea sa dague dans le cœur de Perdicas, qui s'effondra, mort dans l'instant. "Nooooooon !" Gabrielle sentit son cri lui déchirer la gorge, puis un voile noir s'abattit devant ses yeux et elle s'évanouit.

 Elle reprit conscience pour se trouver dans une situation très inconfortable : son corps ballottait au rythme du pas d'un cheval. Elle était étendue en travers de l'encolure de l'animal, une main posée sur ses reins l'empêchant de glisser. Elle bougea un peu pour trouver une position plus confortable et on l'attrapa par les cheveux pour tirer sa tête en arrière. "Tu es réveillée, alors tu marches" lui dit le soldat en la laissant glisser sur le sol. Elle tomba lourdement sur le dos, la chute lui coupa le souffle et elle se releva difficilement pour commencer la longue marche éreintante qui les conduisait vers le campement de la Conquérante.

Le sabot lustré d'un cheval se posa à un doigt de son visage. "Lève-toi !" C'était la Conquérante. Gabrielle resta immobile. Elle entendit siffler un fouet et la mèche lui mordit cruellement l'épaule. "Lève-toi !" hurla la guerrière. "Cette chienne ne me laissera pas mourir…" songea Gabrielle en se redressant sur ses bras tremblants. Un soldat trottina auprès d'elle et lui lia les mains. Il tendit l'autre bout de la corde à la Conquérante qui l'attacha au pommeau ouvragé de sa selle. Une tension dans la corde et Gabrielle se remit à marcher aussi loin que possible de la grande femme.

 Gabrielle tomba à genoux devant le ruisseau quand la Conquérante lui intima l'ordre d'aller boire. Elle plongea la tête dans l'eau, but quelques gorgées fraîches qui la firent frissonner de plaisir et voulut se noyer. L'idée lui parut lumineuse. Elle se fit violence pour aspirer l'eau par le nez mais elle dut convaincre son esprit de ne pas lutter contre sa volonté. Elle pensa à Perdicas qui tombait sous le coup de la guerrière, elle pensa à ses parents et à sa sœur, morts deux ans plus tôt dans l'incendie de leur maison, elle pensa qu'elle était seule désormais et qu'elle ne voulait pas d'une vie d'esclave.

 Elle inspira profondément et l'eau s'engouffra douloureusement dans ses poumons. Elle se débattit un instant contre son instinct qui criait et elle commença à se sentir partir. La douleur s'estompait remplacée par la paix alors que l'eau chassait l'air de son corps. Une main brutale se referma sur sa nuque et la tira en arrière. Gabrielle resta inerte en espérant qu'il était trop tard pour la sauver.

 Une bouche dure couvrit la sienne, expirant de l'air tiède dans sa gorge serrée. L'eau ressortit aussitôt, tandis qu'elle se tordait de douleur en hoquetant et en toussant. "Tu m'appartiens petite fille… Je ne te laisserai pas faire." murmura la Conquérante à son oreille. Gabrielle tourna un regard morne vers la grande femme agenouillée à ses côtés, les yeux bleu vif brillaient, dévorés par une flamme cruelle. "Tu ne pourras pas toujours me surveiller." "Si tu meurs, ils meurent, et je te promets que ce sera très douloureux… tu comprends ?" Gabrielle soupira et hocha la tête. Bien sûr, elle savait comment l'empêcher de vouloir se tuer, il était si facile de faire pression sur elle en menaçant les autres. Gabrielle n'était pas encore assez égoïste.

 A la nuit tombante, la troupe arriva enfin au campement. Les esclaves furent conduits vers une tente un peu à l'écart et Gabrielle s'apprêta à les suivre. "Pas toi." La Conquérante tira sur la corde qui liait toujours ses mains et l'entraîna vers une tente plus grande, au centre du camp. Elles entrèrent et une femme d'âge mûre se précipita à la rencontre de la guerrière, lui ôtant sa cape bleu nuit, l'aidant à enlever son armure d'airain.

"Xena ! Je ne t'attendais pas si tôt. La campagne s'est-elle passée comme tu le souhaitais ?" "Oui, et regarde ce que j'ai rapporté." La vieille femme étudia attentivement la jeune fille qui baissait la tête à côté de la Conquérante. Gabrielle leva les yeux et croisa le regard de la vieille. "Elle a de bien jolis yeux, sa peau est pâle et sûrement douce…" Gabrielle se déroba à la caresse de la main parcheminée avec un frisson de dégoût. Xena rit en repoussant sa servante : "Celle-là est pour moi la vieille ! Ne t'avise pas d'y toucher." murmura-t-elle plus bas d'un ton menaçant. "Oh, jamais Seigneur !" La vieille secoua nerveusement la tête et s'appliqua à se faire oublier de son bouillant seigneur.

 Lorsque la guerrière se trouva plus à son aise, simplement vêtue d'une longue tunique de soie bleue ornée de motifs compliqués, elle se tourna vers Gabrielle et la regarda avec une réelle attention. Elle s'approcha et caressa la joue douce du dos de la main. "C'est vrai que tu as de très beaux yeux…" fit-elle, rêveuse.

 Gabrielle prit son courage à deux mains et lui cracha au visage. Aussitôt une dague apparut et s'appuya sur sa gorge. Gabrielle releva la tête prête à s'empaler elle-même sur la lame. "Ne refais jamais ça !" siffla la voix de la guerrière, tremblante de rage. "Me pousser à bout ne te servira à rien, même si c'est moi qui te tue parce que tu m'y a forcée, je tuerai tout de même les autres. Tu ne veux pas ça, n'est-ce pas ?" Gabrielle secoua la tête. "Bien." La guerrière essuya son visage du revers de sa manche et saisit les longues mèches blondes à pleine main. "Domis, coupe ses cheveux. Courts". Gabrielle frissonna : "Non, je t'en prie…" Elle ne put finir sa phrase, une gifle violente l'envoya au sol. "Ca suffit ! Je ne veux plus t'entendre !" La Conquérante, agacée, se tourna vers la servante, "Coupe ses cheveux, baigne-la et habille-la comme j'aime. Fais venir de quoi manger et le musicien. Je suis fatiguée." La guerrière se désintéressa de Gabrielle qui se relevait.

 


Après un bain dont elle ne profita pas un seul instant, Gabrielle fut vêtue d'une courte tunique de lin blanc, presque transparente, qui ne dissimulait pas grand- chose. Elle passa nerveusement sa main dans ses cheveux courts, s'habituant mal à sa nouvelle coiffure. La vieille avait coupé ras sur la nuque et Gabrielle se sentait nue. Elle ne savait pas ce qui viendrait ensuite, sûrement rien de bon et elle avait peur. Elle mourait de peur à l'idée d'être violée, car c'est bien ce qui l'attendait non ? Esclave de cette femme impitoyable, elle pensait qu'elle la jetterait en pâture à quelque soldat méritant, peut-être même regarderait-elle son viol pour se délecter de sa terreur et de sa douleur. Aussi fut-elle surprise de la trouver seule sous la grande tente.

 

Un garde au sourire goguenard la poussa rudement à l'intérieur et elle vit la Conquérante allongée de tout son long sur des coussins épais. "Oui… tu es mieux comme ça… " murmura-t-elle, la scrutant de ses yeux froids qui brillaient dans la semi obscurité. "Approche !" Gabrielle hésita un court instant puis vint s'agenouiller sur les coussins aux côtés de la grande femme. La guerrière saisit brutalement son poignet et l'allongea près d'elle. Elle posa une main brûlante sur sa cuisse et remonta le long de son corps en une caresse brusque. Sa main se ferma sur le sein de Gabrielle qui cria de surprise. La jeune femme ne s'attendait pas du tout à ça et elle écarquilla les yeux, stupéfaite. La Conquérante ricana devant son étonnement. "Tu attendais autre chose ?" "Je… je ne sais pas" bafouilla Gabrielle. La guerrière pinça douloureusement le téton, les yeux plongés dans ceux de la jeune fille qui cria encore, de douleur. Elle essaya de lui échapper en se détournant. "Reste près de moi, ça ne fait que commencer."

 

La Conquérante la tira sous elle et pesa de tout son poids, posant sa bouche sur les lèvres de Gabrielle et forçant le passage pour l'envahir de sa langue qui dardait durement entre ses dents.

 Gabrielle se cambrait pour se dégager, se tortillait et remuait frénétiquement la langue pour repousser l'envahisseur. Elle entendit un gémissement sourd contre sa gorge. Visiblement ses efforts ne faisaient qu'exciter davantage la guerrière qui frottait vigoureusement son bassin contre la cuisse nue de la jeune femme. Gabrielle, affolée par la tournure des événements, lui laboura le dos de ses ongles.

 

A travers la tunique de soie, la guerrière frissonna. Elle rit un peu et murmura à son oreille "Une vraie chatte en chaleur dis-moi…" Elle prit dans sa main puissante les deux poignets de Gabrielle et les tira au-dessus de sa tête, de l'autre main elle déchira la mince tunique de lin, découvrant le corps nu et frémissant de la jeune femme. Les yeux glacés s'attardèrent un moment sur sa peau. Gabrielle eut la vision de serpents rampant sur elle, la chair de poule la hérissa entièrement. La guerrière lui écarta les cuisses de la jambe et glissa un doigt en elle, presque sauvagement. Elle la découvrit sèche et serrée, complètement tétanisée par la peur. Elle força encore et introduisit un deuxième doigt qui fit crier Gabrielle. Le regard dur ne laissait rien paraître, ni plaisir, ni déplaisir. Elle retira ses doigts sans douceur. "Tourne-toi." Lui ordonna-t-elle.

 

 Gabrielle ne bougea pas, trop horrifiée pour comprendre cette simple phrase. Une main nerveuse la fit rouler sur le ventre et la guerrière s'allongea contre elle, soufflant doucement sur sa nuque dégagée. Gabrielle la sentit bouger, son grand corps ferme ondulait et elle commença à haleter quand le rythme qu'elle imposait s'accéléra. Soudain, un homme entra. La guerrière se tourna vers lui et lui dit : "Joue !"

 Gabrielle était mortifiée à l'idée qu'un témoin assiste à cette scène dégradante. Des larmes brûlantes et amères coulèrent sur ses joues alors qu'une musique divine, tirée d'une lyre, accompagnait les mouvements de plus en plus furieux de la femme derrière elle. Elle entendait son souffle rauque à son oreille, ses petits gémissements de plaisir et ses grognements d'impatience. Gabrielle ne bougeait plus un muscle, attendant la fin de cette horrible mascarade. La guerrière saisit ses hanches nues et dans un dernier soubresaut elle s'effondra, tremblante de plaisir assouvi. Elle resta longtemps comme ça, retrouvant peu à peu son calme puis elle fit à nouveau rouler Gabrielle sur le dos.

 

 En voyant ses larmes, elle sourit "Tu préférerais que je te fasse prendre par un de mes soldats, petite fille ?" Gabrielle fixa ces yeux bleus magnifiques, ce visage jeune aux traits finement ciselés et secoua lentement la tête, terrifiée à cette idée. "C'est bien ce que je pensais". La femme introduisit à nouveau ses doigts en elle, la prenant par surprise. Elle haussa un sourcil moqueur : "Ca ne t'a pas déplu tant que ça finalement…" Gabrielle serra les paupières, honteuse de la trahison de son corps.

 

 Elle sentait les doigts bouger doucement en elle, presque tendrement. Pendant de longues minutes mortelles, la guerrière s'amusa de la sentir réagir à sa caresse. Le cœur de Gabrielle battait à faire mal, comme emprisonné dans une cage trop petite, elle était loin de ce corps qui s'humidifiait bien malgré elle sous la main de cette femme qui avait tué son Perdicas. Quelle trahison ! Elle ne se pardonnerait jamais la défection de ses sens, la même main meurtrière essayant de la faire jouir… Elle résisterait. Et elle résista, s'obligeant à ne rien ressentir d'autre que du dégoût.

 

 La femme se désintéressa soudainement d'elle et commença à manger, le dos appuyé contre des coussins. Elle écoutait la musique, les yeux à demi clos, respirant lentement, apparemment calme et repue. Longtemps plus tard, Gabrielle bougea, pensant qu'elle pouvait peut-être partir, mais une main puissante se posa sur son ventre "Bouge pas. Tu restes là. Tu es mon esclave jusqu'à ce que l'on rentre au château." Gabrielle n'osa pas demander ce qu'il adviendrait d'elle une fois rentrée…

 

Elle rassembla les lambeaux épars qui avaient constitué sa tunique, pour couvrir son corps nu, mais là encore, la Conquérante intervint : "Non, j'aime te regarder" Ses yeux métalliques scrutèrent son corps, s'attardant sur ses seins, son ventre, ses cuisses. Inconsciemment, elle se lécha les lèvres puis fixa Gabrielle dans les yeux : "Tu es vraiment jolie… déshabille-moi." Gabrielle resta bouche bée face à cette demande qui lui parut incongrue.

 Les yeux de la guerrière s'étrécirent en mince meurtrière. "Fais-le, ou tu vas souffrir." La jeune femme se tourna rapidement vers le musicien avant de tendre une main tremblante et d'essayer de détacher les très nombreux petits boutons qui fermaient la tunique de soie. "Il est aveugle… " ronronna la grande femme en s'étirant " … et dépêche-toi un peu ! Si tu n'es pas plus habile que ça de tes mains…" Cette dernière remarque sonna comme une menace aux oreilles de Gabrielle qui respira à fond et affermit sa main.

 Elle cligna plusieurs fois des paupières pour chasser les petites gouttes de sueur qui lui piquaient les yeux. Il faisait une chaleur infernale sous la lourde tente et ses cheveux courts collaient sur ses tempes. Elle défit tous les petits boutons un à un sans en oublier aucun, avec lenteur parce qu'elle craignait plus que tout ce qui allait inévitablement suivre. "Ma patience a des limites…" susurra soudain la grande femme.

 

 Fébrilement, Gabrielle dégagea les larges épaules de leur gangue de soie, faisant glisser la tunique le long des bras musclés de la guerrière. Elle ne portait rien d'autre en dessous et Gabrielle put contempler le corps sculptural de la Conquérante. Elle retint son souffle, admirative malgré tout. "Eh bien ! Faut-il que je te dise tout ? Tu m'énerves." La femme posa soudain la pointe de sa dague sur la cuisse de Gabrielle et appuya assez fort pour la piquer méchamment et elle la griffa sur une bonne longueur, faisant sourdre le sang. La jeune femme tressaillit violemment, se mordant la lèvre pour ne pas crier, avant de commencer l'exploration forcée de ce corps nu sous ses mains tremblantes. Elle toucha alors une peau si douce et si chaude, qu'encore une fois, la surprise la paralysa, tant elle s'attendait presque à caresser un reptile visqueux. Elle fit courir ses doigts sur les épaules de la guerrière puis sur ses bras, mais la femme lui prit les mains et les posa d'autorité sur ses seins.

 

Gabrielle les explora lentement, repoussant la petite voix qui lui hurlait d'arrêter ces caresses diaboliques. Encouragée par les soupirs de la Conquérante, elle laissa ses mains se promener sur son ventre, puis plus bas, touchant avec curiosité le triangle doux entre ses cuisses. La guerrière écarta les jambes et l'obligea à la toucher dans les replis de chair brûlante et moite.

 Gabrielle se laissa envahir par cet espèce de pouvoir trouble et malsain qu'elle détenait désormais sur la femme alanguie à ses côtés, et elle chercha à la satisfaire, s'obligeant à ne plus réfléchir. La guerrière gémissait en bougeant le bassin, venant à la rencontre de doigts pas assez audacieux à son goût. "Ne me fais pas attendre, j'ai horreur de ça…" grogna-t-elle. La lyre jouait toujours un air hypnotique et répétitif qui avait un effet langoureux sur les deux femmes.

 

 Gabrielle introduisit un doigt inquisiteur et timide dans l'orifice chaud et palpitant sans savoir à quoi s'attendre. Elle trouva la sensation agréable durant un très court moment avant de se rendre compte de ce qu'elle faisait et elle se figea, interdite. "N'arrête pas ou tu meurs." "Je… je ne sais pas quoi…" murmura-t-elle au bord des larmes. "Tu vas trouver, dans ton intérêt." Gabrielle fit bouger son doigt d'avant en arrière d'abord lentement puis plus vite. Finalement elle introduisit deux autres doigts et poussa au plus profond qu'elle put. La guerrière haletait, une mince pellicule de sueur faisait briller son corps comme une statue de cuivre poli et elle soulevait ses reins accompagnant le rythme qu'imprimait Gabrielle.

 Prise d'une soudaine inspiration, celle-ci se pencha sur les seins de la femme qui se tordait sous sa main et pris la pointe érigée de l'un d'eux entre ses lèvres. Le petit gémissement qui accompagna sa découverte lui indiqua qu'elle ne s'était pas trompée et elle le lécha tout en poursuivant l'exploration intime de sa propriétaire.

 

 La guerrière appuya la paume de la main de sa jeune esclave sur le faisceau de nerfs qui la taraudaient et bougea encore plus vigoureusement "Plus fort" gémit-elle. Gabrielle obéit instantanément à cette exigence, aspirant la pointe du sein et jouant avec du bout de la langue. Elle sentait son maître au bord de l'orgasme et effectivement, les muscles se serrèrent en spasmes violents autour de ses doigts à l'instant où une longue plainte rauque s'échappait de ses lèvres. Gabrielle cessa tout mouvement et retomba dans une tristesse infinie : elle venait de faire ça avec une femme, la pire de toute, celle qui avait fait massacrer tout son village, celle qui avait tué son mari.

 Du coin de l'œil, elle vit briller la lame de la dague abandonnée un peu plus tôt au milieu des coussins. Sans réfléchir, elle s'en saisit et leva la main. La guerrière emprisonna aussitôt son poignet dans une étreinte d'acier : "Tous ceux qui ont essayé ne sont plus là pour en parler" lui dit-elle doucement, gardant la pointe de la dague à quelques centimètres de son cœur.

 

 Elle glissa son bras sur les hanches de sa jeune esclave aux yeux perdus mais si verts. Elle la renversa sur les coussins, gardant prisonnière la main qui tenait toujours l'arme. De l'autre main, elle la pénétra à nouveau, lentement cette fois. Malgré sa détermination à ne rien ressentir, Gabrielle ne put empêcher un faible gémissement de plaisir de lui échapper. "C'est l'idée de me tuer qui t'excite autant ? Tu es toute mouillée… Si je voulais… mais je ne veux pas." D'un geste brusque, elle lui retira la dague et la repoussa dans un coin. Gabrielle éclata en sanglots, se cachant le visage dans les mains. Elle se recroquevilla alors que la Conquérante se rhabillait et congédiait le musicien d'une voix dure. Elle quitta la tente et n'y revint pas de toute la nuit. Gabrielle s'endormit finalement, brûlante de honte chaque fois qu'elle écoutait son corps hurler de frustration.

 

 Elle ne revit pas la Conquérante pendant trois jours. Elle était déjà repartie en campagne, brûlant et ravageant de nouveaux villages pour acquérir toujours plus de territoires. La Grèce était déjà presque toute soumise à ses volontés, comme Gabrielle. La jeune femme essaya d'approcher ses concitoyens de Poteidaia mais s'aperçut bien vite qu'elle n'était pas la bienvenue, le bruit avait couru qu'elle était désormais la "putain de la Conquérante". Titre peu enviable qui la protégeait tout de même de la lubricité des soldats mieux que si elle avait été la déesse Athéna en personne… La crainte qu'inspirait la Princesse Guerrière lui assurait une totale protection, se serait-elle promenée entièrement nue à travers le campement.

 

 Elle était choyée par la servante personnelle de Xena qui la baignait chaque jour et oignait son corps d'huile pour rendre sa peau plus souple et plus blanche. Gabrielle se faisait la réflexion qu'elle ressemblait à une bête à concours que l'on bichonne avant de l'emmener à l'abattoir. Plus rien de son monde d'avant n'existait. Elle aurait bien tenté de s'évader mais un garde ne la quittait jamais et restait constamment dans son ombre. Dans la tente, chaque soir depuis le départ de la guerrière, elle priait pour qu'elle meurt dans une quelconque bataille, qu'elle ne revienne jamais lui faire subir encore une pareille humiliation.

 

Elle dormait profondément quand une main puissante la retourna sur le dos et qu'un corps en armure tomba brutalement sur elle. Désorientée et terrifiée, Gabrielle se débattit frénétiquement, griffant et mordant. Elle hurla à l'aide mais une bouche dure et chaude fit taire le cri. C'était elle bien sûr. Sa langue envahit sa bouche et des mains impatientes fouillèrent sous sa courte robe de nuit.

 

La guerrière releva le tissu sur son ventre blanc avant de plonger des doigts cruels en elle. Gabrielle cria de douleur, tout juste sortit du sommeil par ce viol brutal. La guerrière chercha le contact avec la cuisse lisse de sa jeune esclave et bougea ses hanches avec force, cambrant puissamment ses reins en grognant de plaisir. Les cheveux sombres sur le visage de Gabrielle sentaient la fumée des incendies qui ravageaient encore le dernier village pillé. Sa peau, toujours aussi brûlante, comme alimentée par un feu inextinguible, avait un goût salé et une forte odeur de sueur. La jeune femme sentit venir les larmes mais se retint, elle n'avait pas fini de pleurer, autant s'habituer aux assauts féroces de son maître.

 

 Ses doigts durs, toujours en elle, s'enfoncèrent plus profondément quand un long râle de jouissance la laissa haletante sur le corps meurtri de la jeune femme. L'armure avait blessé sa tendre poitrine en plusieurs endroits et la peau douce de son ventre était à vif, irritée par le cuir de la tunique. La Conquérante roula sur le dos, la respiration précipitée. "Ca t'a plu ?" demanda-t-elle, un petit rire dans la voix. Gabrielle n'en revenait pas qu'elle lui pose une pareille question. Elle ne répondit rien, couvrant le bas de son corps de sa chemise à moitié déchirée. Sans ôter son armure, la femme à ses côtés s'endormit comme une masse.

PARTIE 2

 Si Gabrielle avait cru qu'elle avait vu le pire de son maître, elle se trompait lourdement. Les semaines s'écoulaient à l'exemple des premiers temps passés dans le camp : la guerrière partait régulièrement pendant plusieurs jours et revenait toujours vainqueur, ivre de fatigue, rongée de désirs dévorants et brutaux. Gabrielle guettait anxieusement ses retours, tant la férocité de la Conquérante s'exprimait au plus fort dans ces moments-là.

 Une nuit où, comme à l'habitude, Gabrielle ne l'entendit pas rentrer, elle la surprit en la traînant jusqu'à la selle de son cheval qu'elle avait posée sur un tréteau sous la tente. Sans un mot, elle jeta Gabrielle en travers de la selle à plat ventre, releva sa légère tunique et lui écarta les jambes de force.
C'était un nouveau jeu cruel pour la jeune femme qui se débattit, le corps contracté par l'humiliation. Du coin de l'œil, elle vit une main puissante saisir le fouet enroulé autour du pommeau. "Non !" hurla-t-elle paniquée, "Je t'en prie Seigneur, ne me bats pas !" "Oh, mais je ne vais pas te battre, tu n'as rien fait jusqu'ici qui justifie que j'abîme ce joli dos…" lui rétorqua la guerrière d'une voix enrouée par l'excitation.

 Alors quoi ? se demanda Gabrielle perplexe. Elle comprit très vite. La femme derrière elle se déshabilla entièrement et une fois de plus, elle déchira la tunique de sa jeune esclave avant de faire courir sa main forte sur son dos.  

Gabrielle sentit bientôt le manche du fouet qui la forçait. Elle se raidit instantanément et voulu se dégager. "Plus tu te débat, plus ça fait mal. A toi de voir." La guerrière gémissait presque d'impatience, à croire que l'idée l'avait hantée depuis des jours, et en effet : "J'arrête pas d'y penser depuis que je t'ai laissée, j'en pouvais plus d'attendre". Gabrielle cria quand le manche de cuir tressé la pénétra assez brutalement. Un long cri mêlé de douleur, de rage et de haine.

 Elle rua, essayant de repousser la guerrière, elle se redressa tant bien que mal mais l'autre main de la femme pressa sur sa nuque et elle retomba sur la selle. Dans cette position, elle était parfaitement impuissante. Heureusement, l'excitation de son maître était telle qu'elle jouit très rapidement en se frottant sur ses fesses tout en la violant de son fouet.  

Dans le silence revenu, Gabrielle entendit les rires étouffés des deux gardes devant la tente. Cette hilarité face à sa détresse, fit craquer le mince barrage de servitude qu'elle s'était forcée à bâtir. Elle se tourna brusquement vers la Conquérante qui enroulait tranquillement son fouet à quelques pas. Nue, superbe, les cheveux longs et noirs lâchés sur les épaules, elle lui jeta un regard dénué de toute émotion maintenant qu'elle avait assouvi son désir.  

Gabrielle serra les dents et se jeta sur elle le cœur brûlant d'une envie meurtrière qu'elle ne pensait jamais connaître. Elle eut le temps de voir se peindre une légère surprise sur le visage parfait de la guerrière avant qu'une main ne lui serre la gorge comme un étau.  

"Je pourrais te tuer, d'une seule main… je devrais te tuer." "Fais-le !" hurla Gabrielle "Fais-le maintenant !" La guerrière hésita visiblement. "Je tuerai les autres aussi" "Je m'en fous ! Je suis moins qu'un animal à tes yeux, je ne veux plus jamais vivre ça et les autres auront une vie aussi pitoyable que la mienne, alors tue-nous tous ! Mais épargne-moi de revivre ce que tu m'as fait subir ce soir. Je jure que je me tuerai par n'importe quel moyen si tu recommences."    

Une lueur étrange traversa fugitivement les yeux bleu acier. "Et que m'importe si tu meurs ?" lui demanda-t-elle dans un souffle. "Rien, je le sais bien. Je n'ai pas eu le courage de le faire jusqu'ici et je me suis pliée à tes désirs mais pas tous tes désirs. Je trouverai le courage de me tuer si tu vas trop loin." "C'est toi qui va trop loin", siffla la guerrière, "Tu n'es qu'une esclave et j'ai tout pouvoir sur toi, je peux te faire souffrir comme tu n'imagines même pas, je peux te torturer des jours entiers et y prendre plaisir, je peux faire tout ce que je veux de toi." "Non, tu ne peux pas. Tu m'as tout pris : mon village, mes amis, mon mari, ma vie et ma dignité mais je ne suis pas née esclave et je chercherai toujours à m'évader, à t'échapper dans la fuite ou dans la mort. Tu ne peux pas m'en empêcher. J'ai cet ultime pouvoir sur toi. Si tu me veux encore, je vivrai et je te laisserai me faire à peu près tout ce que tu voudras. Si tu veux plus de moi, au point de souiller mon âme, je t'échapperai Xena."

 C'était la première fois qu'elle l'appelait par son nom, ça lui aurait valu la mort en toute autre occasion mais là, elle lui parlait en égale, elle ne craignait rien puisqu'elle avait déjà accepté le pire. Elle sentit la guerrière frémir de rage. "Je vais te tuer." C'était une affirmation. Gabrielle ressentit un tel soulagement en sentant la prise se fermer sur sa gorge, qu'elle sourit. Elle murmura avant de s'effondrer : "C'est bien la première fois que tu me feras plaisir…"

 Gabrielle avait toujours été trop bavarde, un reproche qui revenait souvent… Elle pensa ouvrir les yeux pour découvrir les Champs Elysées, au lieu de ça, elle se retrouva couchée au milieu des coussins de soie sous la tente de la Conquérante. Cruelle déception qui s'accentua en voyant que la guerrière était allongée à ses côtés, nonchalamment appuyée sur un coude, l'observant attentivement.

 "Tu as l'air déçu de me voir…" "Fine déduction." rétorqua aussitôt la jeune femme. Xena eu un petit rire de gorge très étonnant. Un vrai rire, pas l'un de ses ricanements glacés. "Tu m'as lancé un défi tu sais." "Ah ? J'ai fait ça ?" La guerrière opina lentement. "Mmm, tu m'as dit que je ne t'avais jamais fait plaisir." Gabrielle se morigéna pour sa langue trop bien pendue. "Et c'est ce qui me vaut la joie d'être toujours vivante et à ton service ?" "Oui en effet." Quelque chose avait changé dans leur comportement à toutes les deux. Elles s'étaient mutuellement étonnées et maintenant leurs rapports étaient différents. A quel point différents ? Elles n'en savaient encore rien. Xena tendit la main vers Gabrielle qui tressaillit et se déroba aussitôt "Chhhhht, doucement…"

 La guerrière posa une main douce sur la gorge de la jeune femme, caressant les hématomes violacés sur son cou. "Encore un peu et…" elle ne finit pas mais c'était inutile. "Nous allons avoir de la visite ce soir, je te veux belle à mes côtés pour mes invités. Tu feras ce que je te dirai et tu seras sage. N'est-ce pas ?" Gabrielle chercha dans les yeux incroyablement brillants une chose qu'elle trouva : la Conquérante la considérait maintenant comme une personne, non plus uniquement comme un objet de plaisir. Aussi elle acquiesça : "Oui, je ferais ce que tu diras." Ce n'était pas le moment de parler de limites, il ne fallait pas forcer la chance, et elle avait la conviction que Xena avait compris et qu'elle l'acceptait. Ce statu quo convenait très bien à Gabrielle pour le moment. Elle était son esclave, elle lui appartenait, mais elle pouvait passer du statut de putain à celui de favorite si elle jouait finement sa chance.  

La servante de Xena lui fit prendre un long bain parfumé à l'essence de roses. Chose incroyable, il y avait même des pétales frais qui flottaient à la surface de l'eau. Où la guerrière s'était-elle procuré une telle rareté ? Gabrielle se détendait pour la première fois depuis de longues semaines. Elle parvenait à ne pas trop penser à sa situation, puisque ses choix concernant son avenir étaient très limités : la mort ou la servitude. Elle choisit de rendre son esclavage plus… supportable en amadouant son maître. Une immense gageure vu le tempérament erratique de la Conquérante qui passait de la lionne assoupie au pire des serpents venimeux en un instant.

 Gabrielle ferma les yeux et s'enfonça sous l'eau chaude aussi longtemps qu'elle put retenir sa respiration. Elle manqua se noyer de saisissement en sentant une main sur sa jambe. "Décidément, tu aimes l'idée de la noyade pour m'échapper." Gabrielle toussa en s'ébrouant et se retrouva dans les bras de la guerrière qui l'avait rejointe dans l'immense baquet de bois. Leurs corps glissèrent l'un contre l'autre et elles se regardèrent un long moment dans les yeux. "Alors ? Tu veux toujours mourir ?" murmura Xena en se penchant vers l'oreille de la jeune femme. "Non" chuchota Gabrielle qui sentit les lèvres de la femme suivre la courbe de son cou jusqu'à son épaule. "Bien." Et elle la mordit très fort avec un petit gloussement satisfait. "Elle ne m'a pas ouvert la gorge à pleines dents, c'est déjà ça…" songea Gabrielle en s'écartant prudemment du grand corps. Elle l'observa avec suspicion pendant le temps que durèrent leurs ablutions mais la guerrière ne revint pas à l'assaut. Elle l'empêcha toutefois de sortir de l'eau pour l'observer à loisir pendant sa toilette.

 Gabrielle tournait lentement sur elle-même devant la psyché, se reconnaissant à peine. On l'avait habillée, maquillée, parée comme… comme un cheval de parade mais le résultat était surprenant. On l'avait drapée dans un voile diaphane, vert d'eau, qui lui couvrait une épaule, la poitrine, laissait la peau de son ventre nue et s'enroulait autour de ses hanches jusqu'à mi-cuisses. Un lourd torque serrait son cou ; en or massif, il pesait aussi lourd qu'une brique, elle n'avait jamais vu autant d'or de sa vie… La parure se composait également d'un bracelet fermé sur son biceps gauche, il était rond, lisse et froid. Une chaîne d'or très fine et légère, qui fut attachée autour de ses hanches, soutenait une énorme émeraude qui se posa sous son nombril. Un trait noir sur ses yeux rendait leur teinte plus profonde. Tout son corps avait été oint d'une huile contenant des paillettes d'or.

 La lumière accrochait chaque parcelle de sa peau, elle ressemblait à… en fait elle n'avait aucune idée de ce à quoi elle ressemblait, mais plus à la petite paysanne de Poteidaia, douce et fantasque, ça c'était une certitude ! On avait mis dans ses cheveux courts une préparation qui les tenait en arrière, dégageant son front lisse. Un petit sourire étira ses lèvres, c'était plus fort qu'elle, elle se trouvait belle et songea que Xena serait contente. Cette réflexion lui fit froncer les sourcils : elle s'intéressait à ce que pensait la Conquérante maintenant ? Elle haussa les épaules et attendit la suite.  

Un garde la conduisit sous la tente. Quand la Conquérante la vit, son regard s'assombrit tant, que Gabrielle eut peur. Difficile de déchiffrer son attitude pendant quelques instants : allait-elle la tuer, ou bien la renverser sur la table et la prendre sauvagement ? Finalement, elle s'approcha lentement et murmura : "Je vais avoir du mal à attendre la fin des pourparlers si tu me regardes comme ça…" Elle toucha doucement la peau nue de son ventre, juste à côté de l'émeraude, déclenchant un long frisson dans les reins de Gabrielle. "Je suis sûre que tu n'as aucune idée de l'effet que tu produis sur moi," lui dit-elle encore.  

Gabrielle en avait une idée très précise au contraire. Il n'y avait qu'à percevoir la chaleur qui émanait du corps puissant qui l'effleurait, à sentir le souffle chaud et un peu haletant sur sa joue, à entendre la nervosité dans la voix rauque de la femme, pour se rendre compte qu'elle mourait d'envie d'elle. De la prendre de toutes les façons qu'il lui était possible d'imaginer. Gabrielle rougit violemment et baissa les yeux ; bizarrement cela lui plaisait. "Regarde-moi."  

Xena se pencha sur elle et l'embrassa vraiment pour la première fois, un long baiser profond et très excitant qui lui fit tourner la tête. Elle leva les bras pour s'accrocher à ses épaules et se cambra contre la guerrière qui la serra plus fort, la main au creux des reins. Une voix basse et rieuse s'éleva soudain : "Je ne voudrais pas interrompre ce tendre moment Xena, mais nous devions discuter…" Gabrielle sursauta et voulu s'écarter mais la Conquérante la garda contre elle, relevant à peine la tête, un petit sourire aux lèvres.

"Tu n'interromps rien Arkal… pas encore…" "J'en remercie les dieux ! Tu m'aurais étriper sinon." Un très bel homme s'approcha et tendit la main à la guerrière qui saisit son avant-bras en riant. "Je suis contente de te voir, nous avons beaucoup de choses à nous dire." Xena lâcha enfin sa jeune esclave et alla s'installer sur un trône couvert de la peau d'un animal. Une bête fauve et exotique probablement. Elle indiqua à Gabrielle de s'asseoir à ses pieds. La jeune femme se laissa glisser à terre et posa une main sur la cheville de la guerrière tout en détaillant le nouvel arrivant.

 Il était aussi grand que Xena, ses cheveux étaient coupés court à la mode romaine et il avait des yeux bruns, vifs, brillant d'intelligence. Il s'installa face à la guerrière et se mit à grignoter les petits gâteaux au miel posés sur la table basse. Gabrielle essayait de s'intéresser à la conversation, portant sur des bateaux que devaient lui remettre Arkal, mais fut vite déconcentrée par les caresses lentes sur sa nuque. La guerrière passait négligemment les doigts dans ses cheveux comme on caresse un chat, sans y penser. Gabrielle se sentait d'ailleurs comme un chat, elle pensait se mettre à ronronner d'ici peu… Une femme entra à son tour sous la tente, jeune et belle, elle avait un peu le même regard flamboyant que Xena. Elle était accompagnée d'esclaves qui portaient des présents : du vin, des bijoux, des soieries, qui furent déposés aux pieds de la Conquérante.

 La nouvelle arrivante avait l'air dur et n'était visiblement pas heureuse de se trouver là, elle regardait autour d'elle avec dégoût. Ses yeux noirs tombèrent sur Gabrielle qui se sentit comme un insecte nuisible. La tension était palpable entre les deux guerrières. Pour la forme, Xena l'accueillit poliment "Bienvenue à toi Enora, prends place." Elle rejoignit Arkal après avoir prêté serment d'allégeance du bout des lèvres. Trois autres petits seigneurs vaincus les rejoignirent pour prêter le même serment, et tous avaient les yeux pleins de haine alors qu'ils regardaient la Conquérante caresser son esclave du bout des doigts. Xena et Arkal étaient les seuls à ne pas souffrir de l'atmosphère chargée qui régnait sous la tente. Ils riaient en racontant leurs faits d'arme alors que les autres se tortillaient, impatients que s'achève la soirée.

 Soudain, Xena se pencha vers Gabrielle et lui murmura "Enora te dévore des yeux… si elle continue, je vais devoir la tuer... ou bien te prêter si je veux être diplomate." A moitié assoupie, Gabrielle avait posé son front sur le genou de la guerrière, se laissant bercer par la caresse obsédante de la main dans ses cheveux. Elle redressa brusquement la tête et surprit le regard de la femme assise à quelques pas. Quand Enora se détourna, Gabrielle eut le temps de voir une courte dague dissimulée dans sa large manche.

 Surprise, elle releva la tête pour croiser les yeux de son maître qui s'était sûrement rendu compte de la présence de l'arme, mais Xena était en grande conversation avec l'un des seigneurs. Elle n'avait rien vu.

 Un esclave versa du vin parfumé et épicé et plusieurs musiciens accompagnèrent la soirée qui prenait un tour différend à mesure que les hommes buvaient. Depuis qu'elle avait vu l'arme dissimulée, Gabrielle ne savait que faire. Prévenir Xena était une folie, elle voulait se débarrasser d'elle aussi sûrement que l'on veut se débarrasser d'un scorpion mais… était-ce bien sûr ? Elle avait les sentiments les plus troubles qui soient à propos de la Conquérante. Y réfléchir la rendait nerveuse.

 Elle se rendait compte qu'elle développait un sentiment d'attachement pour elle et l'idée de sa mort ne lui était plus aussi réjouissante. Cela lui plaisait-il vraiment d'être l'esclave de cette femme ? Non, bien sûr ! Mais elle aurait voulu pouvoir être plus que cela… Xena avait commencé à la regarder différemment, à la toucher différemment, et Gabrielle ne pouvait s'empêcher de ressentir une très forte attirance pour elle. Elle se sentait perverse mais c'était là la vérité. Elle prenait un plaisir obscur à être ainsi assise à ses pieds, à être celle qui faisait s'allumer une flamme de désir dans ses yeux, à être la seule à pouvoir lui faire quitter son attitude glaciale… Elle détenait ce qu'aucun de ceux qui étaient là n'aurait jamais : du pouvoir sur la Princesse Guerrière, la Destructrice des Nations, et c'était grisant.

 Xena, comme les autres, commençait à s'échauffer sous l'effet du vin et de l'ambiance plus que détendue… Les filles qui accompagnaient Enora dansaient lascivement sous le regard aviné des trois seigneurs de guerre. Arkal n'avait d'yeux que pour un superbe nubien aux yeux noir onyx qui faisait rouler ses muscles puissants en lui jetant un regard entendu. Enora pour sa part, ne semblait pas profiter des libations…

 Bientôt, les filles rampèrent sur les coussins pour se lover contre les hommes qui profitèrent aussitôt de l'aubaine. Le jeune nubien n'attendit pas davantage pour approcher Arkal et la soirée tourna à l'orgie. Xena observa longtemps le spectacle en sirotant son vin, puis elle souleva Gabrielle pour la faire asseoir sur ses genoux.

 Elle était très excitée, comme en témoignaient ses pupilles dilatées et son corps tendu. Elle caressa la cuisse de Gabrielle et l'embrassa sauvagement en gémissant. "Je ne vais pas tenir beaucoup plus à les regarder se vautrer… j'ai envie de toi, tout de suite !" Gabrielle prit alors sa décision : "Enora a une arme dans sa manche, elle n'a pas bu une goutte de vin et elle veut te tuer, je le vois dans ses yeux." La main sur sa cuisse se figea un instant et les yeux de la guerrière retrouvèrent leur éclat glacé. "Je sais."

 Gabrielle était plus que surprise : "Pourquoi…" "Pourquoi je ne l'ai pas déjà tuée ? Elle veut m'assassiner mais elle n'a encore rien tenté. Je la soupçonne d'attendre que je te… enfin tu vois." Gabrielle rougit "Oui, je vois. Que tu sois occupée, avec moi." "Exactement." Xena prit la main de la jeune femme et la guida entre ses seins, "Tu sens là ?" "Oui" souffla Gabrielle troublée. Un poignard était dissimulé entre les seins de la guerrière et contrairement à ce que Gabrielle avait pensé, Xena n'était pas aussi ivre qu'elle voulait bien le faire croire. Très excitée oui, mais pas ivre.

 Elle poussa Gabrielle sur les coussins et la rejoignit. La jeune femme ne savait que penser de l'attitude de la guerrière : elle la connaissait très soumise à ses appétits sexuels débordants, mais pas au point d'en être aveuglée. Cependant elle faisait comme si le danger que représentait Enora n'existait pas, elle s'allongea de tout son long sur le corps de Gabrielle qui ne parvenait pas à penser à autre chose qu'à la menace qui planait. Elle tourna la tête vers la femme aux cheveux bouclés qui se trouvait à un souffle d'elle et qui la fixait de ses yeux noirs et froids. Xena, quant à elle, suçait furieusement le lobe de son oreille tout en passant les mains sous son léger vêtement pour capturer ses seins.

 Gabrielle se trouvait prise dans un tourbillon de sensations qui, mêlées les unes aux autres, n'étaient pas très agréables. Elle essayait de guetter les gestes d'Enora, qui pour le moment ne la quittait pas des yeux, tout en tentant de canaliser l'émoi que faisait naître les caresses affolantes de la guerrière et d'oublier les gémissements de plaisirs et la présence des autres participants à cette bacchanale improvisée. Quand elle sentit la bouche de Xena sur son sein et sa main qui se glissait entre ses jambes, elle ferma les yeux, oubliant un instant tout le reste. Elle se cambra quand la guerrière joua de la langue sur le téton érigé et dur ; elle s'entendit pousser un faible gémissement et laissa ses mains courir sur le dos nu de la Conquérante.

 Xena se tendit d'un coup, comme un rapace qui plonge sur sa proie. Gabrielle rouvrit les yeux et tourna son regard vers Enora qui suffoquait. Sa tête reposait juste à côté de la sienne et Gabrielle lisait une panique pure dans ses yeux sombres. Xena la tenait à la gorge, un rictus meurtrier sur le visage. Elle était toujours en partie allongée sur Gabrielle mais toute trace d'excitation sexuelle l'avait quittée.

 La Conquérante saisit l'arme qu'Enora avait en main et la retourna contre elle. Elle en enfonça la pointe sur la poitrine de sa victime. Les autres n'avaient rien remarqué. Gabrielle n'osait pas bouger du tout, elle voyait que Xena était à un instant de transpercer le cœur de l'autre femme, elle lisait parfaitement en elle, ses intentions à ce sujet étaient limpides… Gabrielle murmura d'une voix aussi calme et douce que possible : "C'est fini Seigneur, lâche-la." Elle posa une main légère sur le bras aussi dur que du bronze et enserra son poignet : "C'est inutile de la tuer, regarde la peur dans ses yeux…"

 Plus que de la peur, c'était de la terreur. Le visage d'Enora virait au rouge foncé et elle s'agitait frénétiquement, comme un poisson hors de l'eau. Curieusement, Gabrielle n'avait plus peur et elle caressa doucement le dos de la guerrière en murmurant des mots apaisants, jusqu'à ce que ses yeux bleus se pose enfin sur elle et qu'elle sente le grand corps se détendre lentement entre ses bras. La femme à ses côtés s'était évanouie mais elle était toujours vivante. Xena respirait fort contre elle et le meurtre n'avait pas encore tout a fait quitté ses yeux mais, doucement, elle se calmait et posa finalement la tête sur la poitrine de la jeune femme.

Gabrielle était très soulagée. Elle fit un geste discret à un esclave qui hocha la tête et quitta la tente quelques instants avant de revenir avec un garde. Gabrielle lui indiqua la femme sans connaissance et tout aussi discrètement, le garde la traîna dehors. Ce qu'il adviendrait d'elle plus tard, Gabrielle ne voulait pas le savoir et elle ne se faisait guère d'illusions. Elle avait évité de finir la nuit couverte de sang, cela lui semblait déjà une assez grande victoire. Xena semblait dormir, le souffle lent et les yeux clos, elle ne bougeait pas, l'oreille contre la poitrine de sa jeune esclave.

 La guerrière resta ainsi très longtemps, jusqu'à ce que tous aient quitté la tente. Gabrielle avait écouté le bruit que faisaient les hommes autour d'elle et elle était heureuse que Xena n'ait pas participé à l'orgie. Elle n'avait aucune envie de faire ça en public, sous l'œil concupiscent de plusieurs mâles en rut qui n'auraient sans doute rien manqué du spectacle. Alors qu'elle commençait à s'assoupir, Xena se souleva au-dessus d'elle. "Pourquoi m'as-tu prévenue ?" La question était évidente mais Gabrielle n'avait pour sa part aucune réponse certaine. Finalement elle répondit : "Ca n'a servi à rien puisque tu savais déjà." "Ce n'est pas ce que je te demande. Pourquoi m'avoir prévenue alors que tu souhaitais ma mort il y a encore peu ? Réponds Gabrielle."

La jeune femme ouvrit de grands yeux stupéfaits. "Tu sais mon nom ? Tu ne me l'as pourtant jamais demandé." "Je sais beaucoup de choses." Elle ne lui expliqua pas comment elle l'avait appris et la soumit à son regard brûlant et inquisiteur qui exigeait une réponse. Gabrielle détourna les yeux, incapable de soutenir un tel regard et elle murmura : "Je ne sais pas pourquoi… C'est tellement dur pour moi cette vie… je suppose que je me suis dis que ça serait bien pire si tu mourais, qu'on me vendrait sur un marché et que je me retrouverais dans un lupanar quelconque."

 Elle sentit les larmes monter et essaya de les dissimuler à la guerrière tout en poursuivant : "Je peux encore choisir ce que je ne veux pas et je ne veux pas passer de main en main dans un cloaque lugubre. Je me doute bien que ce que tu m'as fait n'est rien comparé à ce qui pourrait m'arriver si tu ne me protégeais plus… Je suis naïve, mais pas à ce point. Du moins, j'étais naïve", ajouta-t-elle amère.

 La guerrière resta silencieuse un moment puis : "Je peux te vendre demain au pire des bordels que je connaisse, tu as pensé à ça ? Ta situation en tant que mon esclave personnelle est plus que précaire… Je peux te donner sans sourciller à toute une garnison en prenant garde à ce que tu sois attachée et que tu subisses les pires outrages sans pouvoir rien y faire. Je ne suis pas forcément le meilleur choix."

 Les larmes salées coulaient dans la gorge de Gabrielle et elle ne put rien rétorquer à ça. La guerrière venait de balayer ses maigres espoirs d'une simple phrase. Comme il était dangereux d'oublier, même un instant, à quel point cette femme était monstrueuse. "Je ne me laisse jamais envahir par d'autres sentiments que la haine, la colère, le désir, la vengeance ou la rage. Une tendre petite chose comme toi n'a aucune chance de déclencher en moi autre chose que le désir de l'humilier ou de la soumettre. Tu comprends ? N'attends surtout rien de moi. Surtout pas ma protection." Soudain en colère, la guerrière la gifla violement et se leva. Elle lui donna un coup de pied rageur dans les côtes et sortit de la tente. Gabrielle sanglota toute la nuit, les nerfs à fleur de peau en entendant les hurlements de douleurs d'Enora.

 Ne jamais savoir quelles seraient les humeurs de son maître, mettait Gabrielle au supplice. Elle renonça à s'en faire une alliée et chercha à s'évader avant le retour de l'armée au château, prévu au début de l'hiver. Avant ce retour, la Conquérante devait partir plusieurs semaines sur la côte voir les bateaux d'Arkal en laissant Gabrielle au campement. Depuis la nuit où elle avait torturé puis tué Enora, elle ne lui avait plus rendu visite et Gabrielle avait emménagé sous une autre tente, loin de la guerrière. Malgré une tranquillité toute relative, elle se méfiait et attendait le bon vouloir de son maître avec angoisse. Allait-elle mettre ses menaces à exécution et la vendre ou la donner à ses hommes ?

 Un matin, la guerrière quitta le campement en compagnie d'une partie de son armée et d'Arkal. Gabrielle crut voir là sa chance de s'enfuir enfin. Elle passa énormément de temps à observer les allées et venues des gardes, notant les moments où ils étaient moins vigilants, les rares instant où on la laissait seule pour sa toilette, guettant la lassitude de ses gardiens face à son attitude soumise ne nécessitant pas d'être sans cesse sur le qui-vive. Alors qu'elle commençait à prendre peur en pensant que la Conquérante allait revenir sans qu'elle ait trouvé l'opportunité de s'enfuir, Gabrielle vit enfin l'ouverture. Ce moment vint avec l'arrivée au camp d'une grande caravane. Il y avait des vivres, du vin, des femmes, toute chose qui rendait ce long éloignement moins pénible pour les hommes.  

Il y avait surtout Fenrië, la favorite attitrée de Xena. Une femme très belle, aux yeux dorés et à l'allure de reine. Elle descendit de son cheval, toute couverte d'or et de soieries précieuses pour s'installer derechef sous la tente de la Conquérante. Domis, la servante, s'empressa aussitôt autour d'elle et Gabrielle sembla disparaître aux yeux de tous. L'arrivée de cette femme l'aiguillonna : elle était sûrement venue sur ordre de la Conquérante et Gabrielle savait que ses jours seraient comptés comme esclave préférée, une fois que la guerrière serait de retour. Elle ne faisait pas le poids face à la merveille qui réchauffait habituellement la couche de la féroce guerrière.

 Gabrielle put admirer à loisir cette splendeur celte qui se pavanait dans le camp à la moindre occasion. Elle avait de très longs cheveux bruns ondulés qui tombaient sous ses reins, des yeux d'ambre magnifiques mais froids, des membres longs et graciles… Elle était son exact contraire. Elle posait sur le monde ses yeux de souveraine, ne semblant rien voir, une petite moue dégoûtée perpétuellement posée sur ses lèvres rouges parfaites. Gabrielle la détesta aussitôt. Et Fenrië le lui rendit bien.

 "C'est toi le nouveau jouet de Xena ?" Gabrielle sursauta alors qu'elle écrivait sur un petit morceau de parchemin que lui avait donné la guerrière dans un rare moment de bonté. Elle avait dû supplier et faire encore quelques sacrifices d'ordre sexuels pour obtenir ce cadeau et pouvoir écrire ce qui lui arrivait. Gabrielle se tourna lentement pour découvrir la favorite qui la toisait. "Oui" répondit-elle laconique. "Ton avenir s'assombrit petite putain." Au moins, le ton était donné… Gabrielle s'abstint de répondre en voyant une lueur terriblement dangereuse briller dans les yeux de Fenrië. Il était clair que la fuite était son seul salut.

Le soir même, Gabrielle se faufila hors de sa tente au moment de la relève de la garde. Les hommes ne se bousculaient pas pour faire le planton toute la nuit devant sa tente, surtout ce soir où le vin coulait à flot. Cela lui laissa largement le temps de s'éloigner. Elle approcha discrètement l'orée du petit bois qui bordait le champ à l'est, et elle se glissa rapidement dans les buissons. La lune était presque pleine, la nuit était bien trop claire mais elle n'avait pas le choix, c'était maintenant ou jamais.

 Elle s'enfonça plus profondément dans le bois, le cœur battant, morte de peur et heureuse à la fois. Enfin libre ! Où irait-elle ? Peut importe ! Loin d'ici en tout cas. Elle marchait sur la pointe des pieds, essayant de ne pas faire de bruit, de ne pas briser de brindilles sous ses pas. Cela lui sembla durer des heures où elle attendait à chaque instant que s'élèvent des cris d'alarme derrière elle. Quand enfin elle estima qu'elle était suffisamment loin du camp, elle se mit à courir, de plus en plus vite, au risque de se rompre le cou dans l'obscurité. Elle sentait des picotements sur sa nuque et la peur qu'on la suive la faisait courir à perdre haleine. Elle trébucha finalement sur une racine et s'écroula dans les feuilles fraîches.  

Elle haletait, les tempes battantes et les poumons en feu, elle rampa sous un buisson touffu, se roula en boule et posa la tête sur son bras. Elle ne pensait pas rester longtemps, juste le temps de reprendre des forces, mais elle s'endormit profondément.

 Aux premières lueurs de l'aube, elle fut réveillée brutalement par des aboiements. "Les chiens ! J'ai oublié les chiens ! Ils vont me trouver…" Elle bondit de sous son abri précaire et partit en courant droit devant elle. Elle ne doutait pas un instant qu'ils soient à sa poursuite. Ils se rapprochaient, elle les entendait hurler, ils étaient tout prêts, juste derrière elle. La terreur lui faisait trembler les jambes. Elle se souvenait trop bien de leur façon de tuer. Ils allaient la dévorer ! Toute la meute jetée à ses trousses ! Par Zeus, elle ne voulait pas mourir comme ça. Les buissons de ronces et les branches basses lui griffaient le visage et les jambes mais elle ne s'en souciait pas.

 Elle se rendait compte qu'elle n'avait aucune chance et que sa course folle était vaine. Soudain, elle entendit un grondement bas et profond devant elle. Tétanisée, elle stoppa net. L'un des chiens l'avait contournée pour la rabattre sur la meute qui suivait. Gabrielle fixait la bête tout en reculant lentement alors que le molosse avançait sur elle, toujours grondant. Elle se trouva acculée contre un tronc et ferma les yeux, attendant que le chien l'égorge. Comme rien ne se passait, elle regarda autour d'elle : les chiens la cernaient mais ne faisaient pas mine de vouloir la tuer, juste de l'empêcher de fuir. Gabrielle pensa fugitivement que leur dressage était impeccable… Elle haletait, le dos contre le tronc rugueux, quand elle vit venir deux soldats qui rappelèrent les chiens et lui lièrent les mains sans dire un seul mot.

PARTIE 3

 

"Je t'ai vue fuir la nuit dernière… Je t'ai laissé l'espoir jusqu'au matin et j'ai prévenu les gardes. J'espère que tu as bien profité de ta promenade, c'était la dernière." Fenrië s'éloigna après avoir chuchoté ces phrases venimeuses à l'oreille de Gabrielle.

 

La jeune femme était attachée debout, les bras en croix sur une potence, au beau milieu du camp. Elle attendait le supplice. Elle tourna un peu la tête et hurla à Fenrië : "Pourquoi tu leur as dit ? J'allais partir, tu étais débarrassée de moi, alors pourquoi ?" "Parce que je ne t'aime pas."

 

Si Gabrielle n'avait pas été dans une position aussi délicate, elle aurait éclaté de rire. En voilà une bonne raison en effet, pour qu'elle subisse la mort par le fouet ! La favorite avait insisté lourdement pour qu'elle soit fouettée, elle avait garantit que ce serait ce que voudrait la Conquérante comme punition à une tentative d'évasion, et le lieutenant en avait finalement convenu. Vingt coups de fouet. Autant dire la mort certaine.

Tout le campement était rassemblé pour assister à l'événement et Fenrië était aux premières loges, un petit sourire satisfait aux lèvres. Le soldat choisi pour appliquer la punition déchira la tunique de Gabrielle et elle se retrouva entièrement nue sous leurs regards. Pour le moment, elle n'avait que faire de sa pudeur. Elle savait qu'il n'y avait pire torture que le long fouet et elle attendait, le cœur serré d'angoisse, qu'il s'abatte sur son dos.

 

Un lourd silence pesait autour d'elle, même l'air était immobile. Elle serra les dents quand elle entendit le soldat prendre une grande inspiration et que le fouet glissa dans la poussière comme un serpent. Elle s'attendait à souffrir mais pas à ce point. Quand le long fouet de cuir tressé, à la mèche lestée de plomb, fit éclater la peau de son dos de l'omoplate jusqu'aux reins, elle hurla comme un animal. Le second coup ouvrit un autre sillon profond et décolla la chair de l'os à l'endroit où il croisa le premier.

 

Son hurlement ne semblait jamais devoir s'éteindre et elle souhaita la mort dans le petit coin de son esprit qui fonctionnait encore. Ses jambes ne la soutenaient plus, elle pendait au bout de ses liens, la peau de ses poignets sciée par la corde. Elle sentait le sang chaud ruisseler sur son dos couvert de sueur froide. Le prochain coup allait la tuer, elle le sentait, elle le voulait. Elle s'entendit supplier qu'on la tue rapidement. Mais non, la mort serait lente à venir. Le fouet siffla à nouveau et il l'atteignit de l'épaule à la hanche, parfaitement guidé par la main experte qui le maniait. Elle perdit le compte des coups qui lacéraient méthodiquement son dos.

 

Son cœur menaçait d'éclater, il ne pouvait contenir une telle souffrance. Elle hoqueta quand un frisson la parcourut tout entière au contact de la sueur qui s'infiltrait dans les blessures. Tout autour d'elle s'assombrit, mais la douleur atroce la gardait consciente, elle ne pouvait s'empêcher de hurler pour tenter d'évacuer toute cette douleur de son corps.

 

Puis un cri couvrit le sien. Un cri de rage dévastatrice qui figea l'assistance dans la plus complète immobilité. Gabrielle entendit un sifflement si semblable à celui du fouet, qu'elle cria d'anticipation. Mais rien ne vint. Un bruit sourd accompagna la chute de quelque chose hors de son champ de vision, un objet brillant passa tout prêt d'elle et elle tomba à terre. Les liens avaient été tranchés. Elle essaya de fuir son bourreau en rampant mais s'aperçut qu'il ne lui ferait plus jamais de mal. Il gisait à quelques pas, proprement décapité, le fouet encore à la main.

 

Gabrielle n'avait même pas de larmes à verser tant elle souffrait. Un souffle d'air était déjà une torture sur ses plaies. Elle se traîna sur le sol sans même savoir ce qu'elle faisait, jusqu'à ce qu'une botte l'arrête. Elle leva la tête et croisa un regard bleu si plein de haine, de malveillance et de fureur meurtrière qu'elle s'évanouit pour de bon.

 

Elle sentit pourtant une main douce et tendre qui la soulevait, des bras accueillants qui se fermaient sur elle et l'emportaient. Elle entendit une voix chaude qui murmurait à son oreille avant qu'on ne la dépose doucement sur le ventre.

 

Elle revenait à elle pour s'évanouir de nouveau et se débattait chaque fois qu'elle sentait qu'on essayait de laver ses plaies. Elle ne supportait pas le moindre contact et cherchait à fuir au point de se faire mal dès qu'on la touchait. Finalement, on la laissa tranquille et elle put pleurer dans un délire fiévreux qui dura toute la nuit. Elle ouvrit ses yeux bouffis et irrités quand elle sentit une main qui lui caressait les cheveux. Xena était près d'elle et elle baissait la tête. Gabrielle brûlait de fièvre, elle frissonnait et elle avait si mal… Une grosse larme toute ronde, une larme d'enfant, roula doucement sur sa joue au moment où la guerrière relevait la tête.

 

 

Le soir même, Gabrielle se faufila hors de sa tente au moment de la relève de la garde. Les hommes ne se bousculaient pas pour faire le planton toute la nuit devant sa tente, surtout ce soir où le vin coulait à flot. Cela lui laissa largement le temps de s'éloigner. Elle approcha discrètement l'orée du petit bois qui bordait le champ à l'est, et elle se glissa rapidement dans les buissons. La lune était presque pleine, la nuit était bien trop claire mais elle n'avait pas le choix, c'était maintenant ou jamais.

 Elle s'enfonça plus profondément dans le bois, le cœur battant, morte de peur et heureuse à la fois. Enfin libre ! Où irait-elle ? Peut importe ! Loin d'ici en tout cas. Elle marchait sur la pointe des pieds, essayant de ne pas faire de bruit, de ne pas briser de brindilles sous ses pas. Cela lui sembla durer des heures où elle attendait à chaque instant que s'élèvent des cris d'alarme derrière elle. Quand enfin elle estima qu'elle était suffisamment loin du camp, elle se mit à courir, de plus en plus vite, au risque de se rompre le cou dans l'obscurité. Elle sentait des picotements sur sa nuque et la peur qu'on la suive la faisait courir à perdre haleine. Elle trébucha finalement sur une racine et s'écroula dans les feuilles fraîches.  

Elle haletait, les tempes battantes et les poumons en feu, elle rampa sous un buisson touffu, se roula en boule et posa la tête sur son bras. Elle ne pensait pas rester longtemps, juste le temps de reprendre des forces, mais elle s'endormit profondément.

 Aux premières lueurs de l'aube, elle fut réveillée brutalement par des aboiements. "Les chiens ! J'ai oublié les chiens ! Ils vont me trouver…" Elle bondit de sous son abri précaire et partit en courant droit devant elle. Elle ne doutait pas un instant qu'ils soient à sa poursuite. Ils se rapprochaient, elle les entendait hurler, ils étaient tout prêts, juste derrière elle. La terreur lui faisait trembler les jambes. Elle se souvenait trop bien de leur façon de tuer. Ils allaient la dévorer ! Toute la meute jetée à ses trousses ! Par Zeus, elle ne voulait pas mourir comme ça. Les buissons de ronces et les branches basses lui griffaient le visage et les jambes mais elle ne s'en souciait pas.

 Elle se rendait compte qu'elle n'avait aucune chance et que sa course folle était vaine. Soudain, elle entendit un grondement bas et profond devant elle. Tétanisée, elle stoppa net. L'un des chiens l'avait contournée pour la rabattre sur la meute qui suivait. Gabrielle fixait la bête tout en reculant lentement alors que le molosse avançait sur elle, toujours grondant. Elle se trouva acculée contre un tronc et ferma les yeux, attendant que le chien l'égorge. Comme rien ne se passait, elle regarda autour d'elle : les chiens la cernaient mais ne faisaient pas mine de vouloir la tuer, juste de l'empêcher de fuir. Gabrielle pensa fugitivement que leur dressage était impeccable… Elle haletait, le dos contre le tronc rugueux, quand elle vit venir deux soldats qui rappelèrent les chiens et lui lièrent les mains sans dire un seul mot.

PARTIE 3

 

"Je t'ai vue fuir la nuit dernière… Je t'ai laissé l'espoir jusqu'au matin et j'ai prévenu les gardes. J'espère que tu as bien profité de ta promenade, c'était la dernière." Fenrië s'éloigna après avoir chuchoté ces phrases venimeuses à l'oreille de Gabrielle.

 

La jeune femme était attachée debout, les bras en croix sur une potence, au beau milieu du camp. Elle attendait le supplice. Elle tourna un peu la tête et hurla à Fenrië : "Pourquoi tu leur as dit ? J'allais partir, tu étais débarrassée de moi, alors pourquoi ?" "Parce que je ne t'aime pas."

 

Si Gabrielle n'avait pas été dans une position aussi délicate, elle aurait éclaté de rire. En voilà une bonne raison en effet, pour qu'elle subisse la mort par le fouet ! La favorite avait insisté lourdement pour qu'elle soit fouettée, elle avait garantit que ce serait ce que voudrait la Conquérante comme punition à une tentative d'évasion, et le lieutenant en avait finalement convenu. Vingt coups de fouet. Autant dire la mort certaine.

Tout le campement était rassemblé pour assister à l'événement et Fenrië était aux premières loges, un petit sourire satisfait aux lèvres. Le soldat choisi pour appliquer la punition déchira la tunique de Gabrielle et elle se retrouva entièrement nue sous leurs regards. Pour le moment, elle n'avait que faire de sa pudeur. Elle savait qu'il n'y avait pire torture que le long fouet et elle attendait, le cœur serré d'angoisse, qu'il s'abatte sur son dos.

 

Un lourd silence pesait autour d'elle, même l'air était immobile. Elle serra les dents quand elle entendit le soldat prendre une grande inspiration et que le fouet glissa dans la poussière comme un serpent. Elle s'attendait à souffrir mais pas à ce point. Quand le long fouet de cuir tressé, à la mèche lestée de plomb, fit éclater la peau de son dos de l'omoplate jusqu'aux reins, elle hurla comme un animal. Le second coup ouvrit un autre sillon profond et décolla la chair de l'os à l'endroit où il croisa le premier.

 

Son hurlement ne semblait jamais devoir s'éteindre et elle souhaita la mort dans le petit coin de son esprit qui fonctionnait encore. Ses jambes ne la soutenaient plus, elle pendait au bout de ses liens, la peau de ses poignets sciée par la corde. Elle sentait le sang chaud ruisseler sur son dos couvert de sueur froide. Le prochain coup allait la tuer, elle le sentait, elle le voulait. Elle s'entendit supplier qu'on la tue rapidement. Mais non, la mort serait lente à venir. Le fouet siffla à nouveau et il l'atteignit de l'épaule à la hanche, parfaitement guidé par la main experte qui le maniait. Elle perdit le compte des coups qui lacéraient méthodiquement son dos.

 

Son cœur menaçait d'éclater, il ne pouvait contenir une telle souffrance. Elle hoqueta quand un frisson la parcourut tout entière au contact de la sueur qui s'infiltrait dans les blessures. Tout autour d'elle s'assombrit, mais la douleur atroce la gardait consciente, elle ne pouvait s'empêcher de hurler pour tenter d'évacuer toute cette douleur de son corps.

 

Puis un cri couvrit le sien. Un cri de rage dévastatrice qui figea l'assistance dans la plus complète immobilité. Gabrielle entendit un sifflement si semblable à celui du fouet, qu'elle cria d'anticipation. Mais rien ne vint. Un bruit sourd accompagna la chute de quelque chose hors de son champ de vision, un objet brillant passa tout prêt d'elle et elle tomba à terre. Les liens avaient été tranchés. Elle essaya de fuir son bourreau en rampant mais s'aperçut qu'il ne lui ferait plus jamais de mal. Il gisait à quelques pas, proprement décapité, le fouet encore à la main.

 

Gabrielle n'avait même pas de larmes à verser tant elle souffrait. Un souffle d'air était déjà une torture sur ses plaies. Elle se traîna sur le sol sans même savoir ce qu'elle faisait, jusqu'à ce qu'une botte l'arrête. Elle leva la tête et croisa un regard bleu si plein de haine, de malveillance et de fureur meurtrière qu'elle s'évanouit pour de bon.

 

Elle sentit pourtant une main douce et tendre qui la soulevait, des bras accueillants qui se fermaient sur elle et l'emportaient. Elle entendit une voix chaude qui murmurait à son oreille avant qu'on ne la dépose doucement sur le ventre.

 

Elle revenait à elle pour s'évanouir de nouveau et se débattait chaque fois qu'elle sentait qu'on essayait de laver ses plaies. Elle ne supportait pas le moindre contact et cherchait à fuir au point de se faire mal dès qu'on la touchait. Finalement, on la laissa tranquille et elle put pleurer dans un délire fiévreux qui dura toute la nuit. Elle ouvrit ses yeux bouffis et irrités quand elle sentit une main qui lui caressait les cheveux. Xena était près d'elle et elle baissait la tête. Gabrielle brûlait de fièvre, elle frissonnait et elle avait si mal… Une grosse larme toute ronde, une larme d'enfant, roula doucement sur sa joue au moment où la guerrière relevait la tête.

 

La Conquérante se mordit la lèvre en suivant des yeux le chemin de cette unique larme sur la joue de la jeune femme et la cueillit du bout du doigt avec un gros soupir. Elle se noya corps et bien dans les yeux verts limpides sans opposer de résistance. Gabrielle l'ignorait encore mais elle venait de briser le cœur pourtant si dur de la fière guerrière avec cette unique larme.

 

"Gabrielle, il faut qu'on lave tes blessures ou bien tu risques de mourir. Je vais te demander de me faire confiance, même si tu doutes de moi. Je t'en prie, il faut que tu te laisses faire." Xena fit un geste impérieux et un homme âgé s'avança rapidement, une bassine d'eau tiède à la main. "Je ne veux pas voir de traces, je veux qu'elle vive, je veux que tu fasses plus que mieux." L'homme de l'art jeta un regard dubitatif sur les plaies de la jeune esclave, fit la moue et s'apprêta à rétorquer qu'il ne fallait pas rêver, que si la petite s'en sortait se serait déjà un miracle alors quant à parler d'absence de cicatrices… Mais les mots s'étranglèrent dans sa gorge face à la guerrière qui se dressait au-dessus de lui, le corps tremblant d'une rage à peine contenue. Il secoua vigoureusement la tête et s'empressa de faire plus que mieux.

 

Gabrielle cria dès que l'éponge fit couler l'eau très légèrement vinaigrée sur les lacérations de son dos. Elle ne savait pas à qui adresser de prières, alors elle appela Xena d'une voix brisée. Elle avait tant besoin de réconfort, et après tout, c'est son maître qui avait arrêté le fouet. Elle cria son nom en tendant la main. Aussitôt, elle fut à ses côtés et ne la quitta plus pendant tout le temps que durèrent les soins attentifs du médecin. Gabrielle se calma aussitôt que ses doigts trouvèrent la grande main chaude qui serra doucement la sienne. Elle ferma les yeux et se laissa faire, gémissant faiblement quand la douleur revenait. On lui fit boire une décoction à base d'écorce de saule blanc pour faire tomber la fièvre et la soulager, on posa de l'achillée en cataplasme pour aider à la cicatrisation et enfin elle s'endormit, paisible.

 

"Bonjour", dit une voix basse et tendre tout à côté d'elle. Gabrielle ouvrit les yeux et découvrit la guerrière qui lui souriait. "Tu as dormi toute une décade, je commençais à m'inquiéter." "Vraiment ?" songea Gabrielle perplexe, "Elle s'inquiétait ?" Comme si elle avait lu dans ses pensés, Xena reprit "Oui, je m'inquiète beaucoup à ton sujet depuis quelque temps."

 

Gabrielle resta muette, scrutant les yeux bleus si extraordinaires pour y lire la vérité. Se moquait-elle ? Il y avait quelque chose dans ses yeux… qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Avant de savoir en déchiffrer la signification, Gabrielle préférait rester sur ses gardes. Elle bougea un peu ses muscles ankylosés pour tester la douleur et fut surprise de pouvoir remuer sans souffrir le martyre. "Le médecin a bien travaillé. Je l'ai récompensé généreusement." "J'ai soif" murmura Gabrielle.

 

Xena alla chercher un peu d'eau et lui tendit la coupe tout en se rasseyant auprès d'elle. Son regard devint sérieux, "Maintenant, je veux que tu m'expliques ce qui s'est passé ici." Son ton ne souffrait aucune esquive et pourtant Gabrielle hésitait à raconter. Elle temporisa en changeant de position pour tenter de se mettre sur le côté sans rouvrir ses blessures. Xena l'aida à s'installer en la calant avec de gros coussins. Puis Gabrielle plongea le nez dans sa coupe d'eau, faisant mine de ne pas avoir entendu l'ordre.

 

Comme Xena restait silencieuse, les yeux rivés sur elle, la jeune femme soupira et dit : "Je suis sûre que tu sais ce qui s'est passé Seigneur. J'ai tenté de m'enfuir, j'ai été reprise et punie. Merci de m'avoir sauvée." Elle la regarda avec une totale sincérité en la remerciant, elle lui aurait baisé les pieds si elle avait pu. "J'avais donné des ordres à ton sujet : je voulais qu'on te surveille de près, que tu ne sois pas importunée et qu'il ne t'arrive rien. Plusieurs personnes ont gravement désobéi, je veux que tu me dises qui." Gabrielle, surprise, répondit : "Je suppose qu'ils ont pensé que ces ordres ne valaient plus, puisque je m'étais sauvée…"  

La guerrière eut un petit rire sauvage et méprisant, "Ils ne pensent jamais rien sans m'en parler avant, c'est très dangereux de penser à ma place. La preuve…" Gabrielle commençait à avoir peur. Xena reprit : "Et Fenrië, qu'a-t-elle fait précisément ?" Gabrielle s'assombrit instantanément. Dire du mal de la favorite pouvait s'avérer risqué. Même si actuellement Xena avait l'air bien disposé à son égard, cela pouvait très bien ne pas durer. Fenrië était mortellement dangereuse et si elle la faisait punir, cela décuplerait sa dangerosité. Elle n'avait certes pas besoin d'une ennemie supplémentaire.  

Xena se pencha vers elle, le regard farouche. "Je crois que tu n'as pas très bien saisi la situation…" Gabrielle recula peureusement "Je… je ne sais pas Seigneur… il faut lui demander." Xena fronça les sourcils en la voyant reculer. "Je m'y prends mal apparemment… Fenrië est sous bonne garde, mais elle refuse de s'expliquer, je veux juste que tu me racontes. Gabrielle, personne ne va te faire de mal, surtout pas moi. N'aie pas peur."

 

Gabrielle n'y comprenait plus rien. Affaiblie et perdue, elle dit plus fort qu'elle n'aurait voulu : "Bien sûr que j'ai peur ! Je suis morte de peur ! Ca fait des mois que j'ai peur. Je ne sais jamais ce qui va m'arriver. Tu m'as dit il n'y a pas si longtemps, que je ne devais jamais rien attendre de toi, que ton plaisir était de me soumettre et de m'humilier et maintenant tu me demandes de te croire ? De te faire confiance ?"

 

 Quelque chose céda au fond d'elle, sans doute la douleur et la proximité de la mort lui donnèrent soudainement le courage de parler à la guerrière, de lui ouvrir son cœur. Elle se mit à pleurer en poursuivant d'une voix forte : "Tu as tué mon mari, tu m'a violée, tu m'as menacée des pires tortures, j'ai été fouetté presque à mort à cause de cette chienne jalouse qui te sert de favorite, alors oui, je crève de peur tout le temps !" Xena la regardait, choquée. Elle murmura platement : "Je suis désolée."

 Gabrielle ouvrit des yeux ronds et éclata de rire à travers ses larmes acides. Cette petite phrase ouvrit une boîte pleine de vers rampants qui se gavaient de haine brûlante. Gabrielle les déversa avec jubilation sur la guerrière. "Tu es désolée ?! Xena, tu es un monstre d'égoïsme, malveillant et brutal… Mais le pire vois-tu, ce qui me dégoûte le plus, c'est que je ressens quelque chose pour toi. Parfois, quand tu me caresses, j'ai envie de toi. J'y peux rien et ça me rend malade… si tu savais comme je m'en veux."

 Gabrielle allait trop loin mais rien ne pouvait plus l'arrêter, "Tu imagines ça ? Je pense que je suis complètement folle, que tout ce qui m'est arrivé m'a fait perdre l'esprit, sinon comment expliquer à quel point j'ai envie que tu me fasses l'amour alors que je te hais comme jamais je n'ai pensé haïr personne. Je te regarde, et mon cœur est déchiré entre l'envie de te tuer et l'envie de te faire jouir. C'est infernal, alors si tu ressens ne serait-ce qu'une once de compassion à mon égard, plonge ton épée dans ce cœur qui me torture."

 Xena posait sur Gabrielle un regard d'une complète vacuité et la jeune femme se demanda même si elle l'avait entendue. "Pourtant, quand tu étais si proche de la mort, c'est moi que tu as appelée" dit finalement la guerrière d'une voix vidée de toute force.

 "Oui… j'aimerais tant être plus forte que je ne le suis et pouvoir te repousser, ne plus sentir ce désir en moi, cette envie de te savoir là." Gabrielle susurrait méchamment, cherchant à faire mal. Elle avait vu la faille dans le visage défait de la guerrière, toute la haine accumulée ressortait et elle usa de la seule arme dont elle pouvait se servir contre Xena : les mots.

 

 "Tu sais que j'ai fini par aimer être assise à tes pieds ? Comme l'un de tes chiens, et que je tirais la langue, tout comme eux, en te regardant ? Mes yeux me brûlaient, je ne pouvais m'empêcher de te dévorer du regard… Comme j'aurais voulu me planter une fourchette dans les yeux ! Les arracher à pleine main ! J'étais tellement fascinée que je ne pouvais rien faire d'autre que trembler de désir comme une pauvre folle que je suis. J'ai adoré chaque fois que je t'ai sentie troublée, que ma vue t'a touché, j'en pouvais plus tellement je me sentais grisée par ton regard plein de concupiscence et en même temps je me sentais si sale ! Qui peut bien vouloir baiser un serpent ?!"

 Cette dernière phrase sortit Xena de sa torpeur. Vive comme l'éclair, elle gifla Gabrielle à toute volée. "La ferme ! Sale petite garce !" Mais pour qu'elle cesse, il aurait fallu l'assommer : "Oh oui Xena, un serpent ! Mais ne t'inquiète pas, bien malgré moi j'ai beaucoup aimé certaines choses que tu m'a faites. Comme ce que tu m'as demandée en échange du petit bout de parchemin que tu m'as lancée comme un os, tu te souviens ? Une récompense pour ta putain qui avait bien travaillé. Tu m'as humiliée souvent et tu m'as fait mal physiquement aussi mais la pire douleur c'est ce soir-là que je l'ai ressentie, quand tu m'as obligée à me caresser sous tes yeux. Ni douleur, ni position invraisemblable, non… juste toi, assise en face de moi qui me regardais lutter pour faire ça, sous la menace. Ca a été terrible pour moi, j'ai cru mourir. Pire que le fouet, Xena. Tes yeux froids qui me guettaient et je savais que tu ne me laisserais aucune échappatoire, que tu saurais si je simulais, tu voulais tout de moi, que je me laisse aller. Et je l'ai fait ! Par Zeus, je l'ai fait !"

 Gabrielle se remit à hurler au visage de Xena qui semblait de nouveau de marbre sous ce déferlement de hargne. "Un mélange de miel et de vinaigre, voilà ce que c'était, si bon et si atroce. Je crois que jamais je ne m'en remettrais, même si je vivais cent ans. Parce qu'au fond de moi, quelque part où je ne veux jamais retourner, j'ai aimé ça ! Je te voyais trembler, je savais à quel point ça te plaisait et j'ai oublié de résister, j'ai oublié d'avoir honte, et j'ai eu du plaisir comme jamais auparavant. Puis, tu m'as laissée seule après m'avoir jetée mon dû à la figure et j'ai vomi toute la nuit, de dégoût de moi."

 

 Le silence tomba comme la hache du bourreau. Gabrielle retroussait les lèvres comme un chien prêt à mordre après avoir déverser toute sa bile. Si elle avait pu se voir, elle se serait trouvé une étrange ressemblance avec la femme en face d'elle : les yeux étrécis, tremblante de rage, une vraie furie. Xena se leva lentement, pâle comme la mort et elle sortit de la tente sans un mot.

 

Une lune entière passa sans qu'elle revoie Xena et personne ne voulut lui dire où était passée la guerrière. Elle apprit tout de même que tous ceux qui avaient pris part à son châtiment par le fouet étaient morts, de la main même de Xena. Tous, sauf Fenrië qui attendait le bon vouloir de son maître. Gabrielle ne ressentait aucun soulagement à les savoir morts, cela ne lui apportait aucun plaisir, elle y voyait seulement la colère de la Conquérante qui rappelait à tous qu'il était dangereux de détruire son bien. Gabrielle savait aussi qu'elle aurait à subir les conséquences de sa longue tirade haineuse… En attendant, elle se remettait bien de ses blessures, le médecin restait attentif à son bon rétablissement et Domis massait ses cicatrices avec des onguents rares, censés les rendre invisibles.

 

Un matin, l'agitation s'empara du camp. L'ordre était enfin venu : toute l'armée rentrait au château après cette longue campagne de 'pacification'. L'hiver était proche et Gabrielle songeait qu'elle était là depuis seulement deux saisons, alors qu'elle avait l'impression d'y avoir passé toute une vie. La mort de Perdicas, son enlèvement, tout cela lui paraissait si loin, presque irréel…

 

Alors qu'elle s'habillait d'une longue toge blanche en laine fine, Gabrielle fut surprise en se retournant de croiser le regard bleu qu'elle connaissait si bien. Elle ne frémit pas, ne laissa rien paraître de sa surprise et fixa froidement Xena. La guerrière avaient les mains dans le dos et lui rendait le même regard glacé. Elles s'affrontèrent longuement et, finalement, Xena tendit le bras devant elle.

 

La tête de Fenrië roula jusqu'aux pieds de Gabrielle. Elle la regarda avec un frisson de dégoût, "Pourquoi tu m'apportes ça ?" Plus jamais elle ne l'appellerait Seigneur, et ce quoi qu'il arrive. Elle fixa à nouveau Xena qui répondit : "Sans doute pour que tu saches que je ne lui ai jamais pardonné ce qu'elle t'a fait." "Pas ce qu'elle m'a fait à moi Xena, plutôt ce qu'elle t'a fait à toi ! Elle a presque cassé ton jouet, c'est bien ça que tu n'as pas pu lui pardonner."

 

Gabrielle se détourna et s'éloigna de la guerrière. Toujours aussi rapide, celle-ci lui agrippa le bras et la tourna face à elle, furieuse. "Non ! Ne me tourne pas le dos ! Jamais ! Et c'est bien pour toi que je l'ai fait, je ne supportais plus de la voir. Je me souvenais de tes hurlements dès que je posais les yeux sur elle. Elle devait payer pour ça."

Gabrielle eut un petit sourire amer et repoussa sèchement la main sur son bras. "Le jour où tu te rendras compte qu'une tête coupée n'est pas un cadeau très romantique, tu auras compris beaucoup de choses… Tu m'excuseras de ne pas te remercier." Xena baissa les yeux avant de dire d'une voix plus douce : "Ce n'est pas mon seul cadeau. Je suis venue t'annoncer que tu ne rentrais pas au château avec moi, je te rends ta liberté."

 

 Gabrielle était abasourdie, trop en fait pour ressentir de la joie. Elle se méfiait d'une pareille déclaration. "Pourquoi ?" dit-elle simplement. "Ne me le demande pas, tu ne me croirais pas." Gabrielle essaya de lire dans le bleu azur de ses yeux mais elle ne sut déchiffrer ce qui s'y trouvait. "Tu me laisses partir ? Vraiment ?" "Oui." La jeune femme insista : "Sans condition ?" La guerrière hésita : "Si, j'y mets une condition." "Je me disais aussi que c'était trop beau pour être vrai" songea Gabrielle avec amertume… Elle y avait presque cru.

 

"Laquelle ? Je peux partir si je reste avec toi ?" railla-t-elle. "Non, je veux que tu passes une dernière nuit avec moi." Xena s'éloignait déjà quand Gabrielle intervint : "Ne laisse pas cette horreur traîner là." Xena se tourna lentement vers elle, les mâchoires contractées. "Tu me donnes des ordres maintenant ?" Gabrielle releva fièrement le menton, "C'est toi qui me fais des offrandes épouvantables, je ne suis pas obligée d'en supporter la vue. Emporte cette tête." La guerrière serrait les poings mais Gabrielle ne céda pas et finalement, Xena ramassa la tête tranchée avant de sortir. "Cette nuit va être bien longue…" songea la jeune femme en soupirant.

 

Gabrielle avait dû supporter que Domis la pare encore une fois… Elle commençait à ressentir une complète aversion pour l'or qui dégoulinait sur elle, pour les si fines étoffes qui la couvraient à peine et pour les pierres précieuses qui étincelaient. Elle détourna les yeux quand on lui présenta le miroir, elle savait qu'elle était belle, mais si on lui avait laissé le choix, elle se serait roulée dans la fange en compagnie des cochons. L'or et les pierres avaient la même odeur quand ils servaient à flatter les plus bas instincts de la guerrière. Elle accepta tout sans se rebeller, gardant l'espoir bien mince que Xena n'avait pas menti et qu'elle la laisserait partir au matin.

 

Xena la rejoignit alors que la nuit était déjà bien avancée. Dès qu'elle la vit, Gabrielle sut que cette dernière fois serait un combat. Elle frissonna, se demandant si la liberté selon la Conquérante n'était pas synonyme de mort tant ses yeux étaient durs.

 

Xena s'approcha d'elle et se dressa de toute sa taille quand elle fut tout près. Sa main se posa sur la gorge de la jeune femme et elle serra juste assez pour que Gabrielle se demande qu'elles étaient réellement ses intentions. "Tu as peur ?" murmura la guerrière. Gabrielle se posa sérieusement la question. "Oui, j'ai peur de toi mais plus assez pour que ça te plaise. Pourquoi ? Tu vas me tuer ?"

 

"Je ne vais pas te tuer." Xena desserra son étreinte sur la gorge de la jeune femme et la poussa doucement vers les coussins moelleux. Elle s'allongea près d'elle, sans la toucher, les yeux plongés dans les siens. "Tu es un mystère pour moi petite fille… Personne ne m'a jamais tenu tête sans que je le tue aussitôt. J'ai accepté de ta part ce que je n'ai jamais accepté auparavant." Gabrielle s'étonna de ce prélude étrange. "Quoi donc ?" demanda-t-elle. Xena hésita. "Que tu t'insinues dans mon cœur peut-être." Gabrielle se raidit "Personne ne peut percer ton cœur, sauf avec une lame d'acier trempé." Elle lui avait fait mal, elle le vit tout de suite.

 

Xena roula sur elle et la cloua sous son poids. "Méfie-toi Gabrielle, je pourrais me lasser de ta langue venimeuse." La jeune femme se cambra brusquement et se déroba avant de retourner Xena sur le dos et de lui tenir les deux poignets prisonniers. "Tes menaces ne me touchent pas, plus maintenant." Gabrielle se pencha soudain et embrassa brutalement la guerrière avant de lui mordre la lèvre jusqu'au sang. Xena tressaillit, "Petite garce…" siffla-t-elle entre ses dents, "Ce n'est pas du tout ce que je souhaitais pour cette nuit mais si tu veux te battre…" Elle se dégagea facilement et reprit sa position dominante, glissant une cuisse de marbre entre les jambes de Gabrielle qui sentait le feu envahir tout son corps. Elle ne voulait pas céder, pour une fois elle voulait contrôler la situation. Un mélange de colère et d'excitation la jeta dans une lutte féroce.  

 Elles haletaient en cherchant à prendre l'avantage l'une sur l'autre. Xena se déshabilla rapidement, Gabrielle en fit autant et pressa son corps nu tout contre celui de la guerrière qui grogna. Gabrielle profita de ce qu'elle savait des préférences de Xena pour aller droit au but. Elle força le passage entre ses cuisses et s'introduisit en elle.

 

La guerrière était déjà brûlante et moite et Gabrielle sourit en entendant le gémissement de plaisir de Xena. Elle ne perdit pas un instant et chercha à la faire jouir le plus vite possible. Sous ses doigts, elle trouva le point qui la faisait partir à chaque fois et appuya durement son pouce sur son clitoris gonflé. Elle planta son regard vert dans les yeux chavirés de la guerrière tout en poursuivant ses caresses adroites.

 

Xena tremblait, au bord du précipice, elle y était presque et Gabrielle sentait la victoire toute proche. Mais la guerrière saisit soudain son poignet entre ses cuisses. "Arrête !" "Non", rétorqua Gabrielle terriblement excitée. Xena la força à retirer ses doigts, "Tu ne gagneras pas." De rage, Gabrielle se débattit pour retrouver sous ses mains le corps luisant de la guerrière et reprendre l'initiative mais Xena était bien plus forte et elle la repoussa pour la maintenir prisonnière une fois de plus. Elle respirait vite mais elle retrouvait ses esprits.

 

"Je sais des choses que tu ignores, j'en suis sûre… Je ne t'ai pas tout montré et je parie que ton mari ne savait rien en la matière." Gabrielle se figea. Elle crut que la tristesse qui la submergea au rappel de Perdicas allait la briser en mille morceaux. Elle griffa Xena au visage et cria : "Ne me parle jamais de lui !" Xena ricana "Pauvre petite fille… Il ne savait pas à quel point tu n'aimerais jamais ce qu'il te faisait dans le lit conjugal, n'est-ce pas ?"  

Gabrielle gémit, obligée d'admettre dans son for intérieur, qu'effectivement Perdicas ne lui avait pas fait connaître le plaisir. Mais c'était tout de même moins malsain que de jouir en se caressant devant sa tortionnaire ! Elle bourra Xena de coup de poings rageurs qui la laissa faire un moment et lui dit à l'oreille : "Reconnais-le, tu n'aimais pas ça." Gabrielle se calma soudain, "Peut-être bien que non, mais je n'ai pas non plus adoré ce que tu m'as fait jusqu'ici."  

 

Xena eut un petit sourire suffisant "Ca va changer." Les cheveux noir de jais balayèrent la poitrine de Gabrielle et elle sentit la bouche de la guerrière se fermer sur son sein. Aussitôt, un long frisson la traversa sans qu'elle puisse le contenir. Elle voulait la repousser et en même temps, elle voulait tellement plus… Les mains de la guerrière couraient sur son corps nu avec légèreté et Gabrielle découvrit avec surprise que Xena était capable de tendresse. Elle remonta jusqu'à son cou et l'embrassa doucement derrière l'oreille, pressant ses seins contre ceux de la jeune femme. Puis elle glissa tout le long de son corps, déposant une pluie de baisers sur son ventre avant de lui écarter les cuisses et de poser ses lèvres sur son sexe. Gabrielle inspira brutalement, surprise au-delà de tout. Elle ignorait des choses en effet…  

Une grande vague de chaleur la submergea quand elle sentit la langue de Xena qui découvrait chaque repli humide avec lenteur. Gabrielle se cambra sous l'intensité de la caresse, elle chercha même à se dérober, c'était presque trop, elle avait du mal à canaliser une pareille éruption de plaisir. Elle bafouilla, suppliant Xena d'arrêter mais, bien au contraire, la guerrière intensifia son exploration en plongeant sa langue aussi loin qu'elle put en elle.  

 

Gabrielle geignit, empoignant les cheveux noirs dans ses mains tremblantes. Tout son corps tremblait. Chacun de ses muscles était tendus à craquer et elle ne savait plus du tout où elle était. Rien n'existait plus que la bouche chaude et la langue caressante qui allaient la rendre folle. Son cœur battait si fort qu'elle ne s'entendait plus gémir. Xena la pénétra doucement et fit aller et venir ses doigts tout en léchant avec application son clitoris si sensible. Des sensations violentes la dévoraient, elle se consumait, se liquéfiait et derrière ses paupières closes, elle voyait une tache rouge sang qui augmentait à mesure que le plaisir la submergeait.

 

Gabrielle cria, appelant Xena, la suppliant de l'achever, de ne pas arrêter. Ce n'était pas du tout dans les intentions de la guerrière qui prenait un plaisir fou à entendre ses cris. Gabrielle se sentait toute proche de l'orgasme et le cherchait, elle avait du mal à supporter tant de chaleur, c'en était presque douloureux tellement c'était bon. Xena accéléra le rythme en sentant les muscles de la jeune femme se serrer sur ses doigts. Elle releva la tête un instant et lui dit d'une voix rauque : "Viens." L'effet fut instantané. Gabrielle émit une longue plainte inarticulée et se tordit sous la vague d'un orgasme éblouissant qui dura une éternité. Xena accompagna les spasmes violents en poursuivant ses caresses jusqu'à arracher un autre orgasme à Gabrielle qui cria grâce, terrassée par cette tempête furieuse qui balayait son corps.

 

Xena la prit dans ses bras et la serra contre elle. Elle la berça doucement en guettant les frissons qui la traversaient encore.  

Gabrielle reprit lentement ses esprits. Elle se détendit totalement entre les bras forts de Xena pour la première fois. Elle s'y sentait bien, et à sa place. Elle n'aurait pas voulu être ailleurs à cet instant et pourtant…  

"Xena, pourquoi a-t-il fallu…" murmura-t-elle sans pouvoir finir. "Quoi ?" demanda gravement la guerrière. "Que tu me fasses tant de mal", finit Gabrielle en se reculant pour la fixer.  

Les yeux turquoise brillaient, était-ce de larmes ? Gabrielle posa une main douce sur la joue de la guerrière qui ferma les yeux. La jeune femme laissa sa main se glisser entre elles mais quand elle caressa le ventre nu de Xena, celle-ci lui saisit le poignet et fit non de la tête. "Reste là, dors. J'ai eu tout ce que je désirais cette nuit." Elle l'attira tout contre elle et Gabrielle posa sa tête au creux de son épaule en soupirant.

 

"Quel gâchis… En d'autres temps et d'autres lieux… j'aurais pu t'aimer Xena." Et c'était vrai, elle aurait pu suivre cette femme d'un bout à l'autre du monde sans jamais se lasser. Mais pas maintenant, pas après tout ce qu'elle avait vécu. Elle serra le corps de la guerrière contre le sien pour sentir une dernière fois ce qui aurait pu être et s'endormit avec un pli amer aux lèvres, un immense sentiment de perte au fond du cœur.

 

Elle ne vit pas les larmes couler sans retenue alors que Xena passait les dernières heures qui les séparaient de l'aube à caresser doucement ses cheveux, en pensant à la douleur qu'elle avait infligée à ce cœur pur.  

EPILOGUE

 

 Gabrielle se hissa sur la selle de la petite jument grise que lui avait donnée Xena. Elle tourna bride pour faire face à la guerrière qui, juchée sur son cheval, attendait, impassible. Les tentes du camp étaient démontées, l'armée avait commencé à avancer vers le nord et bientôt il ne resterait rien du passage de la Conquérante.

 Gabrielle serra les flancs de sa monture et avança lentement vers la guerrière. Elle devait avoir le même regard, plein de tristesse et de non-dit, mais en plus il y avait de la rancœur dans les yeux de Gabrielle et rien ne pourrait jamais l'effacer. C'est ce qui retenait Xena de la supplier de rester. Ca et son orgueil aussi.

  

"Prends ça." Xena lui tendit son anneau et un parchemin. "Le parchemin te garantit le passage sur tous les territoires que j'ai conquis, personne n'osera te faire de mal." La guerrière baissa la voix et se pencha vers elle avant de poursuivre : "L'anneau… si jamais tu as besoin d'aide, il t'ouvrira les portes du château, à toi ou à quiconque l'apportera en ton nom. Je saurais te trouver."

 

Gabrielle prit l'anneau et le passa à son pouce. Elle glissa le parchemin dans une de ses fontes bien remplies et regarda Xena dans les yeux une dernière fois avant de s'éloigner, fière et triste à la fois.

Xena la regarda longuement, jusqu'à ce qu'elle disparaisse à sa vue. Gabrielle avait ouvert en elle un barrage retenant un océan d'amour à elle seule dévolu mais Xena était seule désormais à naviguer sur ses eaux.

 

 FIN  

 
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