La volonté d'Artémis Convertir en PDF Suggérer par mail
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Disclaimer : Les personnages de Xena et Gabrielle ne m'appartiennent pas, je ne fais que les emprunter à leurs légitimes propriétaires : Renaissance Pictures et Universal.

Avertissements :

Violence : Non.
Subtext : Oui.

Cette histoire se situe après "Méfie-toi de tes souhaits". Pour ceux qui ne l'ont pas lue, Gabrielle a été l'esclave de Xena durant plusieurs mois. Touchée par la douleur de la jeune femme, Xena la laissera finalement partir.

Critiques, commentaires, toujours bienvenus !

PARTIE 1

 La hutte était plongée dans une obscurité presque totale, une unique lampe à huile diffusait une lueur jaunâtre sur le mur de torchis et le silence n'était rompu que par un souffle léger. Gabrielle réfléchissait, le menton appuyé sur son poing, les sourcils froncés, elle attendait depuis le début de la nuit qu'on lui apporte des nouvelles. Elle releva vivement la tête en voyant Ephiny entrer dans la hutte.

 Ephiny fit enfin part à sa reine des commentaires qui agitait le camp à ce sujet. Elle s'attendait à ce que Gabrielle ne soit pas ravie. "Je… j'ai parlé à la prêtresse d'Artémis et… elle dit que la Déesse lui a… enfin…". Voyant sa sœur bafouiller, Gabrielle demanda, agacée : "Eh bien ? Quoi ? Des griffons vont descendre du ciel et nous apporter des petites filles pour qu'on les élève ?" Ephiny fixait le bout de ses bottes. Elle prit une inspiration avant de se lancer : "La prêtresse dit que c'est à toi de porter un enfant, que ce sera une fille et que sa naissance nous sauvera toutes."

 

Gabrielle la regarda, bouche bée. "Quoi ?" coassa-t-elle. Ephiny recula et écarta les mains : "Je ne fais que répéter ce que la prêtresse a dit. Mais la rumeur se répand et tu dois faire quelque chose."

 

"Sûrement pas !" s'exclama Gabrielle. "Si c'est pour une question d'héritage, je t'ai faite mon héritière en te prenant pour sœur." Gabrielle réfléchit un instant "S'il le faut, j'irais au village et je demanderais aux fermiers de me donner une de leur fille que j'adopterais." Elle ricana "Ils sont trop heureux de nous les donner quand nous donnons un garçon en échange."

 

"Non, Gabrielle. La tribu est affaiblie, tu l'as dit toi-même. Pour asseoir ton autorité et créer une nouvelle lignée qui ne sera jamais contestée, il faut une fille de ton sang."

 

Gabrielle fulmina : "Je ne me prêterai jamais à une telle mascarade ! Je ne suis pas une jument poulinière !" Ephiny sentit la colère lui chatouiller le nez : "Qui te parle de ça ? La Déesse dit que ta fille nous sauvera, tu n'as pas le choix ! Tu vas voir défiler toute la tribu sous ta hutte pour te conjurer d'obéir à Artémis et si tu continues à te braquer, ce sera la guerre Gabrielle. Celles qui sont à tes côtés risquent bien de te tourner le dos et tu devras te battre pour garder ton trône." Gabrielle bafouilla : "Mais je devrai… enfin il faudra que… avec un homme…" Ephiny sourit derrière sa main. "Oui, j'en ai bien peur, c'est un passage obligé." Elle s'approcha de Gabrielle et passa son bras autour des épaules de la souveraine, "Ce n'est pas si terrible. Si ?"  

 

Une image d'une clarté limpide s'imposa dans l'esprit de Gabrielle : le corps nu et somptueux d'une femme qui tremblait entre ses bras. Elle sentit même la chaleur de sa peau sous ses mains et le désir s'éveilla en elle, aussi brutal que si elle avait eu cette femme à ses côtés.  

 

Ephiny poursuivit, inconsciente des pensées qui agitaient sa reine : "Tu es ici depuis plus de deux ans, et jamais je ne t'ai vu aller vers un homme… ou une femme d'ailleurs. Pourtant, tu es jeune Gabrielle, tu dois avoir des désirs. Je sais bien que tu as vécu des choses affreuses mais…" "Non. Tu ne sais pas." l'interrompit Gabrielle d'une voix grave. "Laisse-moi Ephiny, s'il te plaît." L'amazone s'inclina et sortit de la hutte, laissant Gabrielle à ses démons.  

***  

Elle était arrivée sur le territoire des amazones, très au sud de la Grèce, après des semaines de marche pour s'éloigner de Xena et de son armée. Elle n'avait pas de but, elle voulait juste s'éloigner et laisser derrière elle ce qui avait été sa vie jusqu'ici. Elle avait même pensé à changer de nom, puis avait renoncé en se disant qu'elle restait Gabrielle et que la somme de ce qu'elle avait vécu faisait d'elle une femme différente, mais pas une autre femme, pas au point d'abandonner son nom.

 

Elle somnolait sur sa selle quand elle avait été surprise par quatre guerrières surgissant devant sa jument. L'animal s'était cabré et Gabrielle était tombée. Aussitôt les femmes l'avaient encerclée pour la menacer des leurs épées. Un instant, elle avait pensé au sauf-conduit que lui avait donné Xena. Il lui avait souvent sauvé la vie. Mais pas cette fois. Elle avait appris au court de son voyage que Xena était l'ennemie jurée de la Nation Amazone et qu'elle se ferait trancher la gorge si elle se prévalait de la Conquérante. Les amazones l'avaient entraînée jusqu'au campement et Gabrielle avait rangé discrètement le sceau de Xena, qu'elle portait toujours.

 

Comme la coutume l'exigeait, elles l'avaient déshabillée, pour que toutes constatent qu'elle était bien une femme et pas un homme travesti qui chercherait à connaître les secrets de la tribu. Elles avaient retenu leur souffle devant les cicatrices qui zébraient son dos. Plus tard, la reine lui avait demandé d'où venait les marques, et Gabrielle lui avait raconté en partie son asservissement à la Conquérante. Quand elle prononça le nom honni de Xena, la reine s'était dressée de toute sa taille avant de cracher sur le sol. "C'est elle qui t'a fouetté ?" Gabrielle ne tenait pas à dire toute la vérité au sujet de sa captivité auprès de la Princesse Guerrière : "Non, pas elle. Ses hommes." La reine en avait déduit qu'elle était un objet de plaisir pour les hommes de la Conquérante et qu'elle s'était enfuit. Gabrielle ne la détrompa pas et son prestige s'accrut dans la tribu.  

 

La reine la pris rapidement en amitié et la vive intelligence de Gabrielle, sa soif d'apprendre, son habileté au maniement des armes en fit rapidement une amazone à part entière. Elle se distingua au combat par son courage et sa promptitude à venir en aide à ses sœurs même si sa répugnance à tuer étonnait ses compagnes. Personne ne lui en voulait cependant, tant le sang qui coulait dans ses veines était du sang d'amazone. Quand la reine tomba malade, Gabrielle resta nuit et jour à son chevet essayant de lui donner sa force toute neuve et priant ardemment pour que la reine, qui était devenu comme sa mère, survive à la fièvre des marais, qui tuait cette année là beaucoup de leur sœur.

  

Sitôt la reine morte et au court de la cérémonie qui la consacrait, Gabrielle avait scellé un serment de sœur de sang avec Ephiny, faisant d'elle son héritière. Cela fit taire les amazones qui souhaitaient voir Ephiny sur le trône. Elle les avait impressionnée tout de suite en étant juste et dure à la fois, quelque chose qu'elle avait appris de Xena : "Sois autoritaire mais récompense justement ceux qui te serve bien, châtie durement les autres." Bien sûr, pour Gabrielle, cette leçon se diluait dans des flots de compassion, un mot que Xena ne connaissait pas.  

 

Elle rêvait d'elle toutes les nuits. Le souvenir de ses yeux impitoyable la hantait à travers ses cauchemars ou ses rêves érotiques qui la laissaient pantelante. Elle ne pouvait oublier la guerrière et la haine se mêlait à des sentiments bien plus troubles quand elle revivait leur dernière nuit. Le désir la rongeait parfois si fort, qu'elle n'arrivait plus à penser. Elle songeait alors à accepter les avances de l'une des amazones du camp, pour oublier dans les bras d'une autre le regard si bleu, mais jamais elle n'avait pu s'y résoudre. Pourtant elles étaient nombreuses à lui faire la cour, au grand amusement d'Ephiny qui la trouvait cruelle de repousser systématiquement toutes les demandes. En fait, elles étaient vraiment surprises que personne ne trouve grâce à ses yeux, ni homme ni femme. Gabrielle avait laissé croire à Ephiny, qui l'avait rapporté aux autres, que ce qu'elle avait vécu lors de sa capture par Xena, l'avait dégoûtée à tout jamais des choses de l'amour.

  

C'était presque vrai. Alors l'idée de devoir inviter un homme dans son lit pour qu'il lui fasse un bébé la rendait malade physiquement. Elle soupira sur son trône, le fardeau de la couronne était si pesant parfois…

 


PARTIE 2 


"J'ai trouvé celui qu'il te faut majesté." Gabrielle sursauta alors qu'elle s'endormait sous les mains habiles de Nastia qui la massait. Elle grogna, tournant la tête vers Ephiny qui venait d'entrer sous la hutte enfumée. C'était un des privilèges de sa charge que de pouvoir passer autant de temps qu'elle le souhaitait sous la hutte de purification, dans les vapeurs d'encens, à se faire masser. Un privilège dont elle usait aussi souvent que possible. Allongée sur le ventre, entièrement nu, elle croisa les mains sous sa joue et haussa un sourcil irrité. "Je ne crois pas que ce soit le bon moment pour parler de ça."  

 

"Oh, mais si !" Ephiny s'avança et retira sa cape de grosse laine. "Ce qu'il fait chaud là-dedans ! Comment tu supportes d'y passer tout ce temps… je préfère la rivière pour me laver. C'est plus sain, ça fouette le sang !" Ephiny s'installa à côté de Nastia, effleurant du regard le corps nu et joliment musclé de sa souveraine. Gabrielle sourit pour elle, se demandant si sa "sœur" n'avait pas en ce moment des pensées peu chastes et peu filiales… Nastia en tout cas c'était une certitude ! Ca tenait plus des caresses langoureuses que du massage revigorant après une dure séance d'entraînement au bâton. Gabrielle poussa un soupir d'aise en sentant les mains de la jeune fille sur le haut de ses cuisses et elle ferma les yeux. Ephiny se racla la gorge et poussa Nastia pour prendre sa place. Elle commença à lui pétrir vigoureusement les muscles du dos. "Hé ! J'aimais mieux Nastia !" s'écria Gabrielle. "Moui… mais tu t'endors et tu roucoule comme un tourterelle énamourée."  

 

"Allons ma reine… viens le voir au moins. Il fera un excellent géniteur." "Tu t'entends Ephiny ? Quelle horreur… j'ai vraiment l'impression d'être une vache qu'on va mener au taureau." grommela Gabrielle maussade. Ephiny ne se laissa pas impressionner : "Je t'assure, il est fort et brave, il a une bonne santé, de bonnes dents, un dos droit…" Gabrielle sentait sa mâchoire se décrocher à mesure de l'énoncé des qualités du 'géniteur'.

  

"Suffit !" dit-elle en levant la main. "Le Conseil l'a trouvé très bien majesté." "Le Conseil ? Vraiment ?" Une lueur dangereuse brilla dans les yeux vert océan. "C'est donc le Conseil qui va décider si je vais passer les trois prochaines lune en compagnie de cet homme… tous les soirs… dans ma hutte…" Ephiny battit innocemment des paupières, "Non, bien sûr que non." "Ah ! Me voilà rassurée." Gabrielle s'apprêtait à sortir quand Ephiny ajouta : "La prêtresse d'Artémis doit aussi être d'accord, après l'examen des parties intimes de…" Gabrielle lui lança un bol au visage et sortit de la hutte sous le rire de sa sœur.

  

Malgré les taquineries d'Ephiny, cette histoire commençait à prendre des proportions alarmantes. Toute la tribu était en effervescence et attendait impatiemment que le mâle adéquat fasse un séjour sous la hutte royale… Gabrielle ne pourrait pas éternellement repousser l'échéance ou bien on lui disputerait son trône. Hélas, la loi voulait que ce genre de défis royal se solde par la mort de l'une des combattantes et Gabrielle, non seulement répugnait à tuer l'une de ses sœurs, mais plus encore, elle ne se sentait pas à la hauteur pour battre une guerrière aguerrie… Elle soupira d'énervement en entrant sous sa hutte pour se poster sur son trône.  

 

Bientôt, deux jeunes guerrières entrèrent suivi d'un homme. "Par la Déesse… je suppose que c'est le 'géniteur' approuvé…" Elle lança un regard sévère aux jeunes femmes qui se poussaient du coude en gloussant. "Pourquoi les filles sont toujours si bêtes ?" Ephiny entra à son tour et poussa le pauvre homme devant elle dans la lumière. Le malheureux semblait tétanisé mais le pire n'était pas là…

  

"Tu te moques de moi Ephiny ?" L'amazone se récria : "Loin de moi cette idée ma reine !" "Viens ici !" Sa sœur de sang avança jusqu'au trône et se pencha vers la petite reine furieuse : "Mais enfin ! Il a au moins cinquante ans ! Et comment peux-tu dire qu'il a de bonnes dents ? Il ne lui en reste que deux !" Ephiny leva un doigt docte, "Justement, à cinquante ans, il lui en reste encore deux !" Imparable. Gabrielle bondit hors de son trône. "Jamais ! Jamais, tu entends !" L'homme parut déçu alors qu'il lui jetait un regard gourmand. Ephiny congédia discrètement les deux filles et l'homme et se tourna vers sa reine. "Il ne te convient pas ?"

  

Gabrielle grogna : "Ah ça non ! Pas du tout ! Si je dois absolument faire un bébé pour contenter et la Déesse et la prêtresse et la tribu, je décide de choisir le père moi-même." Ephiny eut un petit sourire vainqueur, "Comme il te plaira ma reine…" Gabrielle lui lança un regard soupçonneux, "Tu m'as trouvé le pire spécimen des environs n'est-ce pas ? Tu aurais continué à me présenter les plus affreux jusqu'à ce que je cède et que j'en choisisse un ?" Ephiny eu le bon goût de le reconnaître : "Il faut que ce soit toi qui le désigne Gabrielle. Je t'emmènerai demain dans les villages alentour et tu choisiras un homme à ton goût." Elle était bel et bien coincée.

 

 "Ephiny ?" Sa sœur de sang la rattrapa et garda sa jument à la hauteur de celle de Gabrielle. "Je ne sais pas si j'ai envie de faire ça. Même pour la tribu. Je ne suis vraiment pas à l'aise avec… enfin tu vois… je ne veux pas le faire." Ephiny lui lança un regard compatissant : " Je sais que tu as été violé mais ça n'aura rien à voir. Tu auras le contrôle de la situation. Il ne te fera pas de mal, les hommes par ici nous connaissent et savent ce qu'il en coûte si ils font du mal à une amazone, alors la reine, tu penses !" Gabrielle, qui n'avait jamais parlé de sa vie intime avant, se sentit obligée de faire quelques confidences à sa sœur. "J'ai… connu une femme. Et je me suis rendu compte que mon mariage ne m'avait pas apporté… enfin, ça n'avait rien à voir." Gabrielle peinait visiblement dans sa tentative d'explication. Ephiny vint à son aide : "Tu préfères les femmes."

 

 Gabrielle soupira, "Je suppose que oui… mais je n'en suis pas sûre. J'ai connu dans mon lit un seul homme puis une seule femme alors je ne peux pas généraliser." Ephiny supposa que Gabrielle mettait ses violeurs dans une catégorie à part et se garda bien d'en parler. "Pourquoi n'as-tu pas pris une amante ici ?" Gabrielle essaya d'être sincère. "C'est très compliqué Ephiny. Cette femme était vraiment spéciale et je ne parviens pas à l'oublier." Ephiny hocha la tête "Tu as dû beaucoup l'aimer." Un rictus déforma la bouche de Gabrielle qui ne répondit rien.

 

 Comment aurait-elle pu aimer Xena ? Et pourtant… elle cachait au fond de son cœur un sentiment très intense qui n'appartenait qu'à Xena. Si puissant en fait, qu'elle ne pouvait pas partager le lit d'une autre femme. Même pas pour une nuit. Elle lui appartenait encore, aussi loin qu'elle se trouve, elle lui appartenait et elle en était parfaitement consciente. "Je suis à toi Xena, pour toujours. Et pourtant j'espère ne plus jamais te revoir. Qu'est-ce que tu m'as fait ?" La rage et la rancœur formèrent une boule brûlante dans sa gorge et elle talonna sa jument pour qu'Ephiny ne puisse voir les larmes qui lui brouillaient la vue.

 

PARTIE 3

 Gabrielle voyait bien qu'Ephiny perdait patience. C'était le troisième et dernier village qu'elles visitaient, et aucun homme n'avait trouvé grâce aux yeux de la souveraine. "Je vais en prendre un au hasard si tu ne te décides pas Gabrielle. J'essaie de le prendre avec le sourire, mais si nous revenons bredouille, attends-toi à une révolte. Nous en sommes là. Il faut calmer la tribu et Artémis te somme d'avoir une fille." Gabrielle commençait à en avoir assez. "Pas Artémis ! Sa prêtresse ! Que la Déesse vienne me le dire elle-même si elle y tient tellement !" Ephiny saisit le bras de Gabrielle et plongea ses yeux dans les siens "C'est la même chose ! Pour les amazones, la prêtresse parle pour la Déesse. Tu n'as pas le choix Gabrielle."

 Les hommes qui voulaient bien se prêter aux exigences des amazones se tenaient sur la petite place du village, attendant d'être choisi par la très jolie reine. Ils auraient été bien plus nombreux, si les femmes mariées n'avaient pas retenu leurs époux. Gabrielle rendit les armes et décida de choisir parmi eux. Elle s'approcha et désigna celui qui dépassait les autres d'une tête. Il était brun, avec de doux yeux noisette qui contrastaient avec sa peau pâle. Quand il s'avança, elle vit qu'il était bien bâti et qu’il paraissait en bonne santé. Cela lui suffit et elle fit un signe de tête à sa sœur. Ephiny s'approcha "Tu es libre de tout lien ?" "Oui" répondit-il d'une belle voix grave. "Tu comprends bien que si une fille naît, tu n'auras aucun droit sur elle, tu ne pourras jamais la revendiquer comme tienne, elle appartiendra à la tribu ?" "Oui. J'ai compris."

 

Gabrielle poussa un énorme soupir de soulagement. "Tu te sens prête ?" murmura Ephiny à son oreille. "Non… pas vraiment. Mais puisqu'il le faut." Elle se leva de son trône et s'avança au milieu de ses sœurs pour rejoindre le jeune homme. "Quel est ton nom ?" lui demanda-t-elle. "Darius" répondit-il d'une voix blanche. Il était mort de peur apparemment. Gabrielle lui sourit gentiment et lui prit la main pour l'entraîner sous la hutte royale. Des cris de joies féroces les accompagnèrent. Les tambours allaient battrent toute la nuit pendant que les amazones prieraient la Déesse et lui rendraient hommage par des danses et des chants.

 Le lendemain, Gabrielle vint s'asseoir à la place d'honneur qui était la sienne pour prendre son premier repas. Vu les regards appuyés qui la suivaient, elle aurait pu croire qu'une corne lui était poussée sur le front. Ephiny l'attendait, les yeux bouffis par une nuit sans sommeil. "Alors ?" demanda-t-elle astucieusement. Gabrielle mâchouillait du pain non levé en jouant avec ses raisins secs sur la table. "Alors quoi ? Si tu veux la vérité, j'ai passé une nuit affreuse."

"Il t'a fait du mal ?" Ephiny se levait déjà, les sourcils froncés. Gabrielle posa vivement une main sur le bras de sa sœur. "Non, pas du tout. Mais j'ai détesté chaque instant. Heureusement, il a fait vite." Ephiny ricana : "C'est souvent le cas !" Gabrielle sourit un peu, mais elle n'avait vraiment pas le cœur à rire. "Peux-tu m'éviter que ça se reproduise ce soir ? En fait, j'aimerais qu'on attende de voir si je suis enceinte ou pas avant qu'il revienne…" Ephiny réfléchit un instant. "Quand dois-tu avoir tes règles ?" "Dans une décade environ." Sa sœur lui lança un regard perplexe, "Ca a été si difficile que ça ?" "Tu n'as pas idée…" Gabrielle était au bord des larmes et Ephiny détestait plus que tout la voir pleurer. "Je vais parler à la prêtresse. Je pense que je peux arranger ça. Tu n'as plus qu'à prier pour qu'il t'ait fécondée."  

Gabrielle se promit de beaucoup prier. Comme elle avait détesté sentir ses mains d'homme sur elle ! Son odeur, son souffle rauque… Elle en avait la nausée. Epouvantable ! Si elle n'était pas enceinte, elle donnerait la couronne à Ephiny, elle ne repasserait pas par une autre nuit comme celle-là. Elle ricana en pensant qu'elle avait accepté de Xena de terribles humiliations et qu'elle n'arrivait absolument pas à se laisser toucher par ce Darius très tendre et attentif. A croire qu'elle avait pris goût à la violence. Pourquoi ne pouvait-elle la chasser de son esprit ? De son cœur ? Et surtout arriver à ce que son corps l'oublie. C'était impossible et elle enrageait de devoir vivre avec ce désir fou chevillé au corps, alors que l'objet même de ce désir était un démon sanguinaire.

 

"Une troupe immense majesté ! Ils se rassemblent de l'autre côté de la colline et empiètent déjà sur notre territoire." La jeune fille lui lançait un regard affolé. "Combien sont-ils ?" "J'ai compté les feux, plus de cinquante." Dix hommes par feux… "Mais d'autres hommes arrivent. J'ai vu les torches." Ephiny intervint : "Mais pourquoi venir ici ? A part nous, il n'y a rien… Et pourquoi si nombreux ? Nous sommes à peine deux cents, il est inutile de déplacer tant d'hommes pour une si petite tribu." Gabrielle attrapa soudain le bras de la jeune amazone toujours à genoux : "As-tu vu leur étendard ?" "Oui, rouge sur fond noir, une marque comme ça" dit-elle en traçant un grand X dans la poussière. Gabrielle hésitait entre vomir et s'évanouir.

 

 PARTIE 4  

 "Tu as une idée, Gabrielle ?" demanda Ephiny sous la hutte royale. Le Conseil au complet était rassemblé et attendait les ordres de la reine. Gabrielle avait repris son sang-froid mais lisait la panique dans les yeux de ses sœurs. La réputation de la Conquérante n'était plus à faire…

 "En fait, oui. J'ai une idée." C'était l'unique moyen de stopper l'avancée de Xena. Si ça marchait. "Demain dès l'aube, rassemble toutes les guerrières en grande tenue. Qu'elles portent leur masque. Nous avancerons en ligne pour nous placer face à eux." Ephiny était dubitative "Je ne crois pas que ça va beaucoup les impressionner Gabrielle." Les autres opinèrent gravement. "Ecoute-moi. Tu iras au devant de leur armée. Seule. Et tu demanderas à voir Xena."

 

"Quoi ?" Elles se mirent toutes à parler en même temps. "Taisez-vous ! C'est pas le moment de discuter. Faites-moi confiance, je sais ce que je fais." Du moins je l'espère… "Tu demanderas à parler à Xena, et elle viendra." "Comment peux-tu en être si sûre ? Elle se fiche bien de parlementer avec une guerrière amazone alors qu'elle peut nous détruire sans lever le petit doigt. Ils sont si nombreux…" Gabrielle inspira : "Elle viendra, parce qu'elle sera curieuse de voir qui a assez de courage pour lui parler en face."

 "Et je lui dis quoi ? Va-t'en ou deux cent guerrières vont mourir sous les armes de tes hommes ?" ironisa Ephiny. "Non, tu ne lui diras rien du tout. Tu lui donneras ça." Gabrielle lui tendit une petite bourse en cuir souple. Quand Ephiny voulut l'ouvrir Gabrielle posa la main sur son bras et nia de la tête. "Elle va me tuer Gabrielle." La jeune reine planta son regard vert dans celui de sa sœur "J'irai bien moi-même mais je sais que tu ne voudras pas." Toutes se récrièrent : "Jamais ! Majesté, tu ne peux pas te livrer ! Tu es l'avenir de la tribu." Gabrielle leva la main. "Je ne serai pas loin Ephiny, mais je te jure qu'elle ne te tuera pas. Quand elle verra…" Gabrielle baissa les yeux. "Qu'y a-t-il dans cette bourse ?" demanda doucement Ephiny. "Mon passé."

 Les guerrières se tenaient en ligne face à la puissante armée de la Conquérante. Gabrielle lisait dans les yeux la détermination et la peur, et elle sentait peser sur elle l'immense responsabilité de la vie de ces femmes. Si Xena ne réagissait pas comme elle l'espérait, elles allaient toutes mourir. Ephiny, Dimerta et Gabrielle étaient les seules à cheval, à flanc de colline derrière les lignes amazones. Elles observaient les mouvements de l'ennemi qui se préparait au combat.

 

 La Conquérante, dans son immense arrogance, n'avait placé qu'une centaine de soldats face aux guerrières silencieuses. Les autres avaient leurs armes en main mais n'étaient pas en ordre de bataille. Xena pensait que le combat serait bref et qu'il était inutile de former plus de bataillons. Gabrielle, sur ce point, était d'accord. Que pouvait une armée comme la sienne, même motivée, face à des soldats de carrières qui enchaînaient les batailles depuis tant d'année ? Ils avaient pris Rome, massacré les légions de César, envahi toute la Gaule et Xena régnait sans partage sur un empire immense, des lointaines steppes de l'Est jusqu'en Crète. Gabrielle pensait que son armée se dirigeait vers le sud, dans le but d'embarquer afin de conquérir l'Egypte. Les amazones étaient sur son chemin.

 

Gabrielle ajusta son masque et dit d'une voix forte : "Allons-y." Elle avait réussi à persuader Ephiny de l'accompagner tant qu'elle resterait en retrait à quelques pas derrière elle. Dimerta serait là aussi pour la protéger au cas où. La ligne s'ouvrit pour leur laisser le passage et elles s'avancèrent seules vers l'armée conquérante.

 Le cœur de la reine battait comme un fou, elle entendait la respiration lourde et hachée des deux autres à ses côtés. Son plan était si fragile… Que Xena l'ait oubliée, comme c'était sûrement le cas, et c'en était fini d'elles. Mais c'était leur seule chance. Elle avait fait évacuer le village pour que les plus âgées et les plus jeunes aient une chance d'en réchapper si son plan échouait.

 Elles arrivèrent à distance de tir pour les archers et Gabrielle fit un signe à Ephiny qui poursuivit seule son avancée. Dans l'air frais du matin, sa voix porta clairement jusqu'à Gabrielle : "Je veux parler à Xena." Des rires firent écho à sa demande. "Je ne vais pas déranger mon Seigneur pour si peu." répondit un soldat. "Dis-lui que j'ai un présent de la part de ma reine." Gabrielle avançait doucement bien que Dimerta essayait de l'en dissuader en grognant. Elle vit le soldat hausser les épaules et se tourner vers un autre homme à ses côtés.

 

"C'est elle…" chuchota Gabrielle. "Quoi ?" murmura sa compagne. "Ce n'est pas un soldat à côté de lui, c'est Xena."

 

 "Elle ne participe pas à toutes les batailles tout de même ?" remarqua Dimerta sceptique. "Oh si ! Elle aime bien trop le goût du sang." Le soldat ôta son casque et Gabrielle eut un vertige et manqua tomber de sa selle en voyant les longs cheveux noirs cascader sur les épaules de Xena. Elle ne voyait pas ses yeux de là où elle était et elle talonna sa jument pour s'approcher. Sa compagne lui attrapa le bras, mais elle se dégagea promptement et plaça son cheval à quelques pas de celui d'Ephiny.

 

La guerrière amazone glissa de sa selle et tendit à Xena la petite bourse. La Conquérante sourit froidement. "C'est le cœur de ta reine j'espère ? Sinon, ça n'a aucun intérêt. Un bien petit cœur pour tenir dans une si petite bourse… mais qu'attendre d'autre d'une amazone ?" Les hommes ricanèrent et Ephiny fit un pas en avant. "Reste tranquille ma sœur, je t'en prie !" pria Gabrielle.

 

Xena retourna la bourse et le sceau tomba dans sa main. Un silence de mort s'abattit sur le camp alors que la Conquérante restait figée, comme si elle avait découvert un serpent. Elle releva lentement la tête et Gabrielle put enfin voir ses yeux. La même flamme mortelle, la même couleur, cette couleur introuvable dans la nature et que son souvenir avait dilué. Ils étaient encore bien plus brillants et plus bleus que dans ses rêves. Sans même s'en rendre compte, Gabrielle retint son souffle en descendant de cheval. Elle était envoûtée, hypnotisée, il lui était impossible de ne pas s'approcher.

Xena sortit brutalement de sa transe et se jeta sur Ephiny en brandissant son épée, elle hurla : "Où as-tu trouvé ça ? Parle ! Où est-elle ?". Gabrielle vit qu'elle n'attendrait pas la réponse et qu'elle allait tuer Ephiny. "Arrête !" cria-t-elle en enlevant son masque. Au son de sa voix, Xena baissa son épée et elle posa les yeux sur elle. "C'est toi ?" demanda-t-elle doucement. Gabrielle hocha la tête, la gorge trop serrée pour parler. Elle s'approcha encore, sans se préoccuper des autres qui s'écartaient devant elle. La petite reine fit bientôt face à la Conquérante, sans une once de peur dans ses grands yeux verts. Tout, autour d'elles, disparut pour leur laisser le temps de se soumettre au regard de l'autre après deux ans de séparation. Ephiny, comme les soldats de la Conquérante, était stupéfaite de voir leurs chefs complètement fascinées.

 "Tu as changé", dit Xena à voix basse. "Pas toi", répondit Gabrielle tout aussi doucement, "tu t'apprêtais à tuer ma sœur." "Je t'ai cherchée…" Xena s'approcha encore, jusqu'à ce qu'elles ne soient plus séparées que d'un souffle. "Je crois que je le savais." Gabrielle ne put s'en empêcher plus longtemps, il fallait qu'elle la touche. Elle leva la main et la posa sur la joue de Xena qui ferma les yeux et pencha la tête de côté, un petit sourire triste au coin des lèvres.

 

Elles ne pouvaient pas se dire ce que des amantes se disent en pareille circonstance : "tu m'as manqué", "je n'ai jamais pu t'oublier", "j'ai cru mourir sans toi", et surtout pas "je t'aime". Elles ne pouvaient pas le dire mais ça n'avait pas vraiment d'importance puisque leurs âmes se parlaient et leurs corps le disaient bien mieux qu'elles.

 

Gabrielle aurait voulu oublier toute sa vie pour ne se souvenir que de ce sentiment profond et si violent qu'elle ressentait pour Xena, mais c'était impossible. Elle restait la Conquérante, impitoyable et sanguinaire, qui avait tué son mari et qui l'avait soumise des mois à ses désirs pervers. Elle était déchirée au plus profond d'elle-même, sachant qu'elle devrait la haïr de toutes ses forces, sans y parvenir. Au contraire, autant se l'avouer, elle l'aimait plus que tout. Pour s'en persuader, elle n'avait qu'à se regarder caresser tendrement la joue de ce fauve, qui se laissait faire, à écouter son cœur qui battait à se fendre en deux. Elle laissa retomber sa main et posa le front sur le bras nu de Xena en soupirant. Elle devait revenir dans le monde réel et reprendre le cours de sa vie. En l'abandonnant derrière elle.

 

Ephiny savait reconnaître l'amour fou quand elle le voyait. C'était donc Xena, cette femme que sa reine ne parvenait pas à oublier. Celle qui avait massacré la moitié de la puissante Nation Amazone, celle que toutes rêvaient de tuer à petit feu, avant de danser sans fin sur sa tombe en gloussant de plaisir… Ephiny se demanda sérieusement si elle devait transpercer le cœur de Gabrielle pour cette trahison qui se produisait là, juste sous son nez. Elle lança un regard à Dimerta qui regardait la scène, ahurie.

 

 "Majesté ?" dit-elle finalement. Gabrielle sursauta et recula. Aussitôt, Xena tendit la main, comme pour la retenir, mais elle n'acheva pas son geste et se contenta de la regarder.

 "Tu es leur reine ?" Gabrielle releva fièrement le menton, arrachant un petit sourire à Xena qui se souvenait très bien de cette attitude. "Oui. Xena, contourne notre territoire, ne t'approche pas." Gabrielle vit la colère dans les yeux de la Conquérante, et le dépit. "Non. Le détours me ferait perdre trop de temps."

 "Tu veux vraiment une bataille ? Contre moi ? Ce n'est pas du temps que tu vas perdre dans ce cas." Xena fronça les sourcils, "Qu'est-ce que tu veux dire ?" Gabrielle recula pour se placer au côté d'Ephiny qui suivait l'échange très attentivement. "Je serai la première à tomber, tu devras me tuer d'abord. Tu pourras ?" Xena se redressa. "Un geste de moi et tu es prisonnière, les autres n'ont pas d'importance, mon armée passera sur les corps des amazones comme elle l'a toujours fait."

 "Par la Déesse, comme il est difficile de lui faire entendre raison !" songea Gabrielle. "Et après ?" lui demanda-t-elle. "Comment ça après ?" Gabrielle revint se placer tout près d'elle. "Je t'en prie, écoute-moi." Elle lui prit la main et la serra. "Tu veux encore faire de moi ton esclave ? Tu n'as donc rien appris ? Tu ne peux pas tuer toute ma tribu et t'attendre à me voir rester à tes côtés." Gabrielle se hissa sur la pointe des pieds et lui dit à l'oreille : "Ne fais pas ça. C'est trop fragile ce qui nous lie. Je ne t'ai toujours pas pardonnée, mais tu sais que je ne t'ai pas oubliée. Ne fais pas ça ou il ne restera plus rien."  

Xena resta muette, tenant la petite main dans la sienne, les yeux dans le vague, elle paraissait ailleurs. Le temps s'étira, tous étaient suspendus à la décision de la Conquérante qui était d'une pâleur mortelle. Un de ses hommes crut même que l'amazone l'avait traîtreusement poignardée et qu'elle allait s'effondrer. Il en était persuadé.

 

Il tira son épée et se rua en criant sur Gabrielle qui lui tournait le dos. Il agit si vite qu'Ephiny n'eut absolument pas le temps de réagir. Gabrielle l'entendit mais ne bougea pas, elle savait ce qui allait se passer et elle ne frémit même pas. A une vitesse hallucinante, Xena sortit sa dague et la lança vers le soldat qui s'écroula en gargouillant. La lame lui avait transpercée la gorge et il agonisait en bavant des flots de sang. "Il est toujours aussi dangereux de penser sans ta permission, n'est-ce pas ?" A son tour, Xena se pencha à l'oreille de Gabrielle : "Je ne peux pas te tuer, je ne pourrais jamais. Rentre en paix avec ta tribu."  

Gabrielle lui sourit et hocha la tête. Elle eut un mal fou à lâcher la main de Xena, tout son corps luttait contre cette séparation. "Peut-être qu'on se reverra," dit-elle avant de remonter à cheval. Elle s'éloigna au galop vers les lignes amazones et elle n'entendit pas Xena murmurer : "Sois-en sûre."

PARTIE 5
Gabrielle allait devoir s'expliquer. Les yeux d'Ephiny étaient noirs de colère et Dimerta lui lançait des regards soupçonneux. Sa rencontre avec Xena avait été un moment difficile, mais le pire serait sans doute d'expliquer pourquoi la Conquérante épargnait gentiment la tribu après que la reine lui ait tendrement caressé la joue en lui murmurant des choses à l'oreille… Les amazones étaient belliqueuses, il n'était pas dans leurs habitudes d'éviter des batailles, même perdues d'avance, en câlinant l'ennemie héréditaire.
La jeune femme s'était enfermée dans le silence après avoir donné l'ordre de se retirer à ses troupes. Elle laissa des sentinelles sur la colline pour s'assurer que Xena contournait bien leur territoire, mais plus pour rassurer ses sœurs qu'autre chose, car elle était persuadée que Xena tiendrait parole.
Elle devait se préparer pour paraître devant le Conseil. La meilleure solution était d'insister sur le fait que la bataille n'aurait pas lieu et qu'elle avait ainsi épargné des centaines de vies. Elle essaierait de minimiser les gestes familiers qu'elle avait eus envers Xena, elle pensait qu'Ephiny la soutiendrait.  

Des gestes malheureux, mais elle n'avait pas pu s'en empêcher. La tempête qui s'était levée dans son corps au moment ou elle l'avait touchée ! Incroyable… Encore, elle s'était retenue. Si elle s'était écoutée, les amazones seraient tombée raides mortes en voyant leur gentille reine se transformer en chatte en chaleur, toutes griffes dehors… Lamentable.
Gabrielle revenait de la séance du Conseil en traînant les pieds, la tête bourdonnant encore des questions et des cris. Elle avait eu l'impression de passer en jugement et elle avait dû faire preuve de patience avant de mettre en avant son art pour la rhétorique. Elle les avait si bien embrouillées que la séance s'était finie dans la confusion. Pour le moment, elle s'en était sortie, et le fait d'avoir épargné des vies avait primé sur comment elle avait atteint ce résultat.  

Heureusement, Ephiny avait gardé pour elle le plus accablant, comme la caresse sur la joue, ou les regards fous d'amour. Dimerta n'avait rien compris à ce qui s'était joué, tout ce qu'elle avait retenu, c'est que Xena avait tué l'un de ses hommes alors qu'il s'apprêtait à embrocher la reine. Mais Gabrielle sentait que la méfiance à son égard était revenue et elle se lamentait d'avoir perdu la confiance toute neuve de ses sœurs. Il n'y avait plus qu'à attendre, le temps ferait son œuvre, elles oublieraient cette histoire et Xena était loin maintenant.  

Elle riait doucement en entrant sous sa hutte, quand elle sentit une main dure couvrir soudain sa bouche. Un corps se plaqua sur son dos et Gabrielle oublia de se débattre. Elle se tourna brusquement et leva les bras pour attirer la tête brune vers elle. Elles échangèrent un long baiser passionné qui les fit gémir d'impatience. Xena souleva Gabrielle sans cesser de l'embrasser et la poussa contre le mur. Leurs mains se cherchaient fébrilement sans prendre le temps de se redécouvrir. Gabrielle glissa sa main entre les cuisses nues sous la courte tunique de cuir. Elle découvrit les replis brûlants et humides et elle commença à bouger ses doigts, vite, sur l'endroit le plus sensible. Un grognement de plaisir suivit sa caresse et la main de Xena trouva le même endroit en elle. Elles haletaient, tremblantes, cherchant la jouissance rapide sous la main de l'autre en enroulant leurs langues dans un baiser sans fin qui étouffait à peine leurs gémissements. Gabrielle sentait un feu liquide se répandre dans son ventre et elle avait le vertige.
L'orgasme la surprit soudain. Elle laissa tomber sa tête sur l'épaule de Xena en mordant la peau moite pour ne pas crier. Xena la suivit très vite et la serra contre elle de toutes ses forces en gémissant. A bout de souffle, le corps brûlant, Gabrielle ouvrit enfin les yeux pour découvrir Ephiny qui regardait la scène dans l'embrasure de la porte.  

PARTIE 6
Xena se tourna vers l'amazone sans lâcher son amante, elle n'avait pas l'air surpris, comme si elle avait toujours su qu'elle était là. Ce qui était probablement le cas. Ephiny n'avait d'yeux que pour sa reine qui, la bouche entrouverte, les yeux noirs de passion, se tenait à la guerrière en vacillant et n'arrivait visiblement pas à se reprendre.

"Tu me surprends Gabrielle… moi qui te croyais frigide…" Ephiny sortit lentement son poignard en s'avançant dans la pièce, guettant les mouvements de Xena. "Je me rends compte de mon erreur." Elle pencha la tête, un petit sourire méchant aux lèvres. "Je trouve dommage que tu ne puisses jouir qu'avec cette chienne mais quel spectacle ! Avant de vous tuer, je peux bien te le dire, je n'avais jamais vu ça…" Elle se tourna pour garder Xena bien en vue avant de continuer : "J'étais tellement sidérée que je vous ai laissées finir. Ca a été rapide remarque bien… Deux ans sans baiser, ça vous oblige à faire ça dans l'urgence, je comprends…"

Gabrielle ne voyait pas d'issue. Xena allait tuer Ephiny, c'était évident. Surtout si elle poursuivait son monologue. Elle sentait la guerrière déplacer son poids sur sa jambe droite et abaisser son centre de gravité pour bondir sur l'amazone. Elle avait très peu de temps devant elle pour éviter un bain de sang.
"Espèce de salope…" cracha Ephiny en se ruant sur Xena. La guerrière frappa Ephiny au ventre d'un puissant coup de pied. L'amazone se plia en deux, le souffle coupé, Xena fonça, l'épaule en avant et la souleva avant de la jeter violemment au sol et de se laisser tomber sur elle, un genou sur sa gorge. Elle avait désormais le poignard d'Ephiny dans la main et s'apprêtait à l'achever. "Non ! Ne la tue pas." Gabrielle posa la main sur l'épaule de Xena et serra doucement.

"Mais elle va te tuer…" La guerrière ne paraissait pas convaincue et elle força encore sur la gorge de l'amazone. "Arrête Xena, je t'en prie, lâche-là." Xena hésita puis se pencha vers Ephiny. "Si tu cries, si tu tentes quoi que ce soit, ou si tu dis encore une saloperie, je t'arrache les yeux." Face à ce regard d'acier, l'amazone hocha faiblement la tête. Xena se releva gracieusement pour se placer derrière Gabrielle qui tendit la main à Ephiny pour l'aider à se relever. L'amazone l'ignora et se redressa tant bien que mal en toussant.  

Elle se traîna jusqu'au lit et s'assit au bord en se massant la gorge tout en fixant Xena avec méfiance. Les deux femmes lui faisaient face. Côte à côte, leurs bras s'effleuraient à peine, pourtant Ephiny sentait le désir irradier entre elles. C'était surprenant… Tant de douceur dans les yeux vert émeraude et tant de fureur dans les yeux bleu azur. Elles étaient aussi différentes que le jour et la nuit mais elles étaient liées par quelque chose, une force plus forte qu'elles, Ephiny ne pouvait que le reconnaître.

Xena effleura la main de Gabrielle et, aussitôt, la reine leva les yeux vers elle. Elles se regardèrent longuement, sans rien dire, et Gabrielle refit ce geste qui n'appartenait qu'à elle : elle posa sa main sur la joue de Xena qui lui sourit. Ephiny était abasourdie. Comment faisait-elle ça ? Ce fauve impitoyable, cette femelle démente aux mains couvertes de sang qui paraissait soudain aussi douce qu'un agneau… Personne ne voudrait jamais le croire.  

Xena murmura d'une voix à peine audible : "Viens avec moi Gabrielle." Celle-ci secoua doucement la tête, "Je ne peux pas… Tu vas conduire une guerre et ce n'est pas ma place. En plus, je suis…" Xena lui releva doucement le menton. "Quoi ?" Gabrielle hésita, puis poursuivit : "Je suis bien ici, je ne veux pas abandonner ma tribu."  

Encore une fois, la séparation était inévitable. Xena prit son visage entre ses mains, la regardant avec une terrible intensité, puis elle l'embrassa passionnément. Avant de partir et de disparaître aussi furtivement qu'elle était venue, elle s'approcha d'Ephiny et lui dit quelques mots à l'oreille.  

Gabrielle tremblait de douleur, son départ lui transperçait le cœur et elle tenait le chambranle de la porte pour ne pas courir la rejoindre. Elle se tourna vers Ephiny, bouleversée. L'amazone était partagée entre la réelle amitié qui la liait à Gabrielle et sa loyauté à la tribu. Comment concilier les deux ? La reine était amoureuse de la pire créature qui ait arpenté la terre depuis le Minotaure…  

Gabrielle demanda d'une voix enroué : "Tu veux que je te laisse la couronne ? Je partirais si tu penses que je ne suis plus capable de régner sur vous." Ephiny hésita, très tentée de répondre oui à cette question. Puis elle se demanda ce que deviendrait son amie. Sa vie avait été une succession de recommencements, elle n'avait pas le cœur de la jeter encore dans la tourmente de l'inconnu. "Non, garde ta couronne." Ephiny s'avança vers la jeune femme et la prit dans ses bras. Gabrielle éclata en sanglots déchirants, elle s'accrocha à ses épaules et la supplia de lui pardonner. "Calme-toi… je ne t'en veux pas, tu n'y peux rien si tu l'aimes…"  

"Si tu savais comme je préférerais la détester ! Tout serait tellement plus simple." Ephiny conduisit Gabrielle jusqu'au lit et la fit asseoir. Elle la tenait toujours contre elle, lui laissant le temps de se remettre. Elle demanda soudain : "Pourquoi tu ne lui as pas dit ? Tu as hésité."  

"Que j'étais enceinte ?" Ephiny opina. "Ca n'aurait servi à rien. Que crois-tu qu'elle aurait fait ? Elle ne serait pas restée et je ne l'aurais pas suivie, mais nous aurions été encore plus malheureuses." Gabrielle s'essuya les yeux et se souvint de quelque chose : "Que t'a t'elle dit avant de partir ?" Ephiny eut un petit sourire froid : "Que s'il t'arrivait quoi que ce soit, elle m'éviscèrerait avant de m'étrangler avec mes intestins." Gabrielle répondit en connaisseuse : "Elle est toujours si charmante…"  

PARTIE 7  

Curieusement, après l'affrontement avec Xena, Ephiny et Gabrielle s'étaient rapprochées. L'amazone avait gardé le secret sur cette visite, et elles étaient maintenant deux sœurs inséparables. Gabrielle se sentait plus proche d'elle, qu'elle ne l’avait été de sa véritable sœur. Elle lui avait raconté en détails sa captivité, les doutes et les remords qui la rongeaient. Ephiny, devant tant de candeur et d'honnêteté, n'avait pu se résoudre à la juger, elle avait accepté le lien étrange et mystérieux qui liait son amie à la Conquérante. Depuis, elles ne se quittaient plus et Ephiny était un réel soutien pour la reine, qui parfois, s'enfermait dans de longues introspections douloureuses.

Une douleur atroce et brutale lui déchira soudain les entrailles. Elle cria, serrant l'épaule de sa sœur de toutes ses forces pour ne pas tomber. Ephiny bondit et appela à l'aide trois amazones qui se précipitaient déjà. "Gabrielle ?" demanda-t-elle anxieusement en l'aidant à marcher vers la hutte de la guérisseuse. La jeune femme était pâle et semblait beaucoup souffrir. Elle bafouilla : "J'ai mal… Aide-moi…" A quatre, elles la portèrent sous la hutte et l'allongèrent sur le petit lit.  

Gabrielle souffrait à en perdre la tête. Depuis des heures, elle se tordait en gémissant, la sueur collait ses cheveux courts sur son front et les massages de la guérisseuse ne la soulageaient pas du tout. Elle tenait la main d'Ephiny, mais elle avait l'impression d'être ailleurs, elle se sentait parfois dériver et elle commençait à avoir peur.  

La vieille femme laissa la reine un instant et fit un signe à Ephiny qui la suivit à l'extérieur. "Ca ne se présente pas bien du tout. Elle saigne beaucoup trop, et ses efforts sont vains… L'enfant est mal placé, je ne sais pas si je pourrais…" Ephiny pâlit. Elle avait trop souvent assisté à ce genre d'accouchement. "Tu dois essayer ! C'est ton devoir ! Ne reste pas là, va l'aider au lieu de dire des bêtises !"  
Un cri déchirant la ramena précipitamment sous la hutte. Gabrielle avait les joues en feu et le front blanc comme de la craie, ses yeux brillaient de fièvre et son corps nu était baigné de sueur glacée. Elle appelait quelqu'un dans son délire, de toutes ses forces, elle criait son nom. Ephiny inspira et sortit de la hutte d'un pas décidé.  

Ephiny trouva celle qu'elle cherchait, errant autour de la hutte en se tordant les mains. "Nastia, tu aimes la reine ?" lui demanda-t-elle de but en blanc. La jeune fille lui lança un regard étonné. "Bien sûr, tu le sais bien…" "Tu feras ce que je te demande sans discuter, pour elle ?" Nastia se redressa et la regarda franchement : "Oui, tout ce que tu veux." Ephiny se doutait bien qu'elle n'aurait aucun mal à la convaincre. "Parfait. Tu vas aller à Thermon et tu trouveras le palais de Phillas, montre ça aux gardes." Elle lui déposa le sceau dans la main. "Ils te laisseront passer. Tu trouveras Xena et tu lui donneras l'anneau." La jeune fille était éberluée : "Xena ? mais…" "Fais-le pour Gabrielle, ne discute pas." Elle ajouta à voix basse : "Elle va mourir, fais vite."  

Livide, Nastia hésita un instant puis partit en courant vers les écuries. Ephiny leva les yeux au ciel, "J'espère que je fais bien… Artémis je t'en prie, garde-la, ne la laisse pas mourir. "

Gabrielle était à bout de force, elle luttait depuis un jour et une nuit dans des douleurs atroces et l'enfant ne venait pas. La guérisseuse paraissait très inquiète et Gabrielle avait très envie de cesser sa lutte tant elle était épuisée. Elle se levait parfois, aidée par deux femmes, quand elle ne supportait plus d'être allongée, jusqu'à ce qu'une nouvelle douleur la terrasse. Elle était si fatiguée… Elle voulait que cela cesse…

Elle entendit des cris venus de l'extérieur de la hutte, mais elle ne s'en soucia pas, prise par une nouvelle contraction qui lui coupa le souffle. La tête renversée en arrière, elle cria en attrapant la main de la guérisseuse qui la soutenait.

La porte s'ouvrit violemment et une amazone s'étala sur le sol en grognant avant de se lever et de faire barrage devant la reine, son épée à la main. "Pousse-toi ou tu meurs !" dit une voix grondante que Gabrielle aurait reconnue n'importe où. Ephiny intervint : "C'est bon, laisse là passer".

Gabrielle put enfin voir celle qu'elle attendait sans oser y croire. "Xena ?" Des yeux bleus inquiets la scrutèrent et enfin Xena s'avança. Elle s'agenouilla à ses côtés et repoussa doucement une mèche de cheveux de son front moite. La guerrière posa une main douce sur son ventre et ferma les yeux. Elle tremblait en se tournant brusquement vers Ephiny : "Qui lui a fait ça ? Je vais le…" Ephiny lui expliqua rapidement ce qu'il en était, mais ça ne fit pas décroître la colère de Xena. "C'est de ta faute alors ? Vos rituels ridicules ! Amène-moi la prêtresse d'Artémis, que je lui fasse regretter ses prophéties !" Ephiny, en voyant la douleur dans les yeux de Gabrielle, attrapa brusquement le bras de la guerrière et la traîna dehors.

"Arrête ! Tu lui fais peur ! Je ne t'ai pas fait venir pour ça. Elle te réclamait, elle a besoin de ton aide et pas de tes récriminations !" Xena inspira lentement, essayant de clamer ses nerfs. Elle regarda autour d'elle, les amazones inquiètes et vigilantes qui se demandaient ce que la Conquérante faisait là… "Comment m'as-tu trouvée ?" demanda finalement Xena. "Tout le monde sait que tu es restée à Thermon quand tu es rentrée d'Egypte, je n'avais qu'à écouter." Xena lui lança un regard pénétrant : "Tu es plus intelligente que je ne croyais. Merci." Ephiny, très mal à l'aise, répondit rapidement : "Je ne l'ai pas fait pour toi." "Je m'en doute, mais merci quand même".

Gabrielle reprenait son souffle en guettant le retour de Xena. Elle la vit revenir, calmée et le visage grave. Elle poussa assez durement la guérisseuse avant de tourner doucement Gabrielle sur le côté. En voyant les cicatrices sur le dos de la jeune femme, Xena sentit une immense culpabilité l'envahir. "Ne bouge pas, je vais faire cesser la douleur." Gabrielle fit ce qu'elle lui disait. Elle tressaillit à une forte pression dans ses reins, puis plus rien et la douleur disparut. "Ah…" Gabrielle lui sourit avec ferveur, "Je t'aime…" souffla-t-elle. Xena rit doucement : "On en reparlera après la naissance de ton enfant." La jeune femme ferma les yeux, les rides de douleur se lissèrent sur son visage et elle s'endormit. La guérisseuse saisit le bras de Xena : "Elle doit expulser l'enfant ou bien il va mourir !" La guerrière regardait Gabrielle comme elle n'avait jamais regardé personne. Elle gronda tout bas : "Je me fous de l'enfant, c'est elle qui m'importe. Elle doit se reposer ou tu sais très bien qu'elle ne survivra pas." Elle se tourna lentement vers la vieille femme suffoquée. "Sors d'ici." Outragée, la femme faillit rétorquer, mais les yeux d'acier l'en dissuadèrent.

Xena regardait Gabrielle dormir. Elle se revit lorsque la jeune Nastia lui avait remis l'anneau. Elle ressentit à nouveau la terreur qui l'avait saisie quand la jeune fille lui avait dit que Gabrielle la réclamait sur son lit de mort… Elle ne connaissait pas la peur, elle n'avait jamais tremblé de toute sa vie, pourtant à cet instant, elle avait cru mourir d'effroi à l'idée de la perdre pour toujours. Une présence à ses côtés la sortit de ses pensées.
"La vieille est folle de rage… Elle dit que tu veux tuer la reine." Xena soupira : "Vous avez beaucoup de femmes qui meurent en couches ?" Ephiny opina : "Oui, hélas…" "Tu devrais songer à envoyer une de tes jeunes filles apprendre avec une vraie sage-femme. Je ne veux plus la voir. Tu vas m'aider à sortir Gabrielle de là… heu… Quel est ton nom ?" demanda Xena en se tournant vers la jeune femme. "Ephiny," répondit l'amazone prudemment. De la voir si préoccupée par l'état de santé de la reine la rendait très différente à ses yeux. Elle avait toujours vu Xena comme leur ennemie, une femme que rien ne saurait racheter et qu'elle devait tuer à vue sans hésitation. Mais là… Elle prit le temps de la jauger, cherchant dans ses yeux bleus extraordinaires un mensonge ou l'ombre d'une traîtrise, mais elle ne vit qu'une réelle inquiétude, alors elle accepta de lui apporter son aide.

Gabrielle se réveilla avec la douceur chaude d'une main sur son bras. "Tu vas devoir lutter, mais je vais t'aider. Il faut sortir l'enfant maintenant si tu veux qu'il vive." Gabrielle hocha la tête et sourit vaillamment à la guerrière.
Après plusieurs heures d'efforts, Xena parvint à dégager l'enfant. Elle le tira doucement et, enfin, elle put le prendre dans ses mains. Gabrielle tremblait d'épuisement, mais aussitôt elle demanda à le voir. Xena et Ephiny se regardèrent tristement, muettes.
"Pourquoi il ne pleure pas ? Dis-moi, c'est une fille ?" Xena enveloppa le petit corps dans un linge. "Non, c'est un garçon, mais… il ne respire pas. Gabrielle, je suis désolée." La jeune femme se redressa et les larmes coulèrent sur ses joues : ""Ne me dis pas ça ! Je t'en prie ! Essaie, fais quelque chose… je t'en prie…" Xena eut le cœur déchiré. Devant tant de détresse, elle découvrit le petit corps inerte et bleu, puis devant les yeux pleins d'espoir de Gabrielle, elle se mit en devoir d'amener à la vie le fils de la jeune femme.

Elle commença par frotter vigoureusement la poitrine fragile de l'enfant. Ephiny lui apporta une bassine d'eau tiède, plus pour avoir quelque chose à faire que par réelle utilité, mais elle ne voulait pas croiser les yeux d'émeraude remplis d'attente qui suivaient chaque geste de Xena. La guerrière s'acharna longtemps puis elle ouvrit la petite bouche de son auriculaire afin de dégager ce qui pouvait gêner la respiration. Comme rien ne se passait, elle se pencha en désespoir de cause et souffla tout doucement sur le nez de l'enfant. Elle se redressait, la mine grave, prête à renoncer, quand elle vit un petit poing se fermer lentement et le visage du nouveau-né qui se froissait. Aucune des trois femmes n'osaient plus respirer. Xena encouragea la petite chose à voix basse : "Allez petit, vas-y, crie un bon coup…" Au moment où un vagissement timide, mais indigné, soulageait la tension ambiante, Gabrielle se remit à crier et Ephiny tourna un regard perplexe vers Xena : "Il y en a un autre…"

Xena confia rapidement le petit garçon à Ephiny, avant de venir aider Gabrielle. Un peu plus tard, elle lui adressa un sourire radieux en soulevant une superbe petite fille qui criait énergiquement. "C'est une fille ! Elle est magnifique !" Elle la lui posa doucement sur la poitrine après avoir coupé le cordon, et regarda d'un œil attendri la jeune femme qui caressait doucement le duvet blond, les yeux émerveillés. Ephiny vint déposer le petit garçon et lui prit la petite fille pour la laver. La porte de la hutte s'ouvrit soudain sous la pression d'une centaine d'amazones impatientes.

Xena se dressa, les mains sur les hanches et les sourcils froncés. Nastia demanda timidement à la guerrière : "C'est une fille ?" Xena ne put empêcher un sourire fier d'étirer ses lèvres : "Oui, et un garçon." Nastia parut impressionner, elle se tourna vers l'extérieur et annonça la nouvelle à pleine voix. Des cris de joie accueillirent cette annonce et tout le camp retrouva la vie. Ephiny repoussa les curieuses, elle se tourna vers les deux femmes, absorbées par les enfants et elle sortit.  
Gabrielle sourit et regarda Xena, des larmes de bonheur pleins les yeux. "Tu as sauvé trois vies aujourd'hui." "Ce n'est pas si souvent…" Gabrielle posa la main sur le bras de la guerrière. "Merci." Il y avait bien plus que ça dans ses yeux verts et Xena sentit les larmes monter. Elle baissa la tête et murmura : "Je ne pourrais jamais racheter tout ce que je t'ai fait subir, si tu savais comme je regrette…" "Xena, tu viens de me faire le plus beau des cadeaux. Regarde."  

Xena se laissa envahir par un sentiment étrange, mélange de tendresse infinie et de dévotion. Elle regardait cette femme merveilleuse qui caressait avec toute la douceur du monde les deux petits corps blottis contre ses seins, et elle sentit une vague d'amour immense la submerger. Gabrielle lui rendit le même regard d'amour sans limite et de confiance pure qui effaçait toutes les douleurs passées. Elles faisaient désormais face à un avenir qui les accueillait avec bienveillance. Artémis avait prédit que cette naissance les sauverait toutes et c'est bien ce qui était en train de se produire.

 FIN

 
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