La prunelle de mes yeux Convertir en PDF Suggérer par mail

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Disclaimer : Les personnages de Xena et Gabrielle ne m'appartiennent pas, je ne fais que les emprunter à leurs légitimes propriétaires : Renaissance Pictures et Universal.

Avertissements :

Violence : Oui.
Subtext : Oui et plus.

Cette histoire se situe après "La volonté d'Artémis"

Remerciements : Une fois n'est pas coutume. Merci infiniment de me relire et de me corriger avec tant de patience même si tu veux parfois me clouer sur une croix, de préférence dans le blizzard, le Bescherelle coincé entre les dents J

Merci à ceux qui m'ont écrit pour me faire part de leur point de vue. J'espère que cette suite comblera leurs souhaits.

Critiques, commentaires, toujours bienvenus !

                                                          ************

Les cris perçants devant la hutte tirèrent Gabrielle de son sommeil. Elle s'étira et se pencha sur la petite fille endormie à ses côtés. Du bout du doigt, elle repoussa doucement une mèche blonde et embrassa le front dégagé. Elle ne se lassait pas de regarder cette merveille. "Ma fille… ma douce Cyanne." La petite fille dormait à poings fermés, la bouche entrouverte, elle respirait doucement, parfaitement sereine. Gabrielle sourit et se leva aussi discrètement que possible. Le soleil entrait à flots dans la grande hutte, c'était une très belle journée de printemps.
Xena et Gabrielle vivent ensemble chez les amazones et Gabrielle a deux fils

C'était toujours un peu frénétique, la domination faisait partie intégrante des goûts de Xena en matière de sexe… Gabrielle regrettait parfois que ce ne soit pas plus tendre entre elles. A plat ventre sur le lit, elle sentait le poids de son amante derrière elle et se débattait pour lui échapper, comme le jeu l'exigeait. Peine perdue évidemment. Xena avait passé une main sous elle et la caressait doucement alors que de son autre main, elle la pénétrait lentement. Gabrielle était tout près de l'orgasme et gémissait en serrant le drap entre ses poings. Xena lui parla, la voix enrouée de plaisir : "Dis-moi…" Elle cessa ses caresses. "Ah, n'arrête pas !" grogna Gabrielle frustrée. "Dis-moi petite reine…" "Quoi ? c'est pas le moment… je t'en prie !" Elle essaya de passer sa propre main entre ses jambes pour inciter Xena à poursuivre, mais elle la plaqua plus fort sur le lit. "Tu ne vas pas me faire croire que tu passes tous ces longs mois toute seule dans ton grand lit froid…"

 Gabrielle se figea. Elles n'en parlaient jamais. Xena reprit doucement ses mouvements et la jeune femme gémit, délicieusement proche de la délivrance. "Qui ?" demanda Xena en arrêtant à nouveau. "Xena… continue…" La guerrière la mordit à l'épaule. "Non, je veux que tu me dises qui te fait l'amour quand je ne suis pas là." Gabrielle hésita. "Je… pourrais… aaah… te mentir." Une autre morsure, plus forte. "Non, je sais toujours quand tu mens." Gabrielle ne voulait rien dire et elle bougea suffisamment pour faire glisser les doigts en elle plus profondément. "Arrête ça ou je te laisse" grogna la guerrière à son oreille. "Xena, fais-moi jouir, j'en peux plus…"

 "Non, je veux savoir qui. Nastia ? Ephron ? Daran ?" A chaque nom, elle s'enfonçait un peu plus, et Gabrielle était au supplice. Xena reprit son énumération, accompagnée de mouvements de va-et-vient très agréables, mais pas assez prononcés pour la faire partir. "Dis-moi qui, ou je jure que je te laisse finir toute seule. Si je suis de bonne humeur. Sinon, je te traîne jusqu'à la rivière pour te rafraîchir les idées." La voix grondante à son oreille la faisait frissonner. "Non, je ne dirai rien… encore moins si tu me menaces." Xena rit doucement. "Oh si tu vas me le dire... Attends de voir."

 Elle la retourna brusquement sur le dos et se glissa le long de son corps. Elle lui écarta doucement les cuisses et approcha sa bouche du sexe brûlant et humide. Elle haussa un sourcil et leva la tête vers Gabrielle qui avait les yeux fiévreux de désir. "Qui ?" répéta-t-elle avant de plonger sa langue en elle. "Aaah oui !" Gabrielle se cambra, laissant sa tête retomber sur le lit. La bouche chaude et la langue agile en elle la faisaient trembler de tout son corps. Elle passa ses doigts dans les cheveux noirs et l'attira plus près encore. Elle sentait venir la vague finale quand Xena se redressa. "Non ! pas maintenant, je vais… je vais…" Xena sourit. "Je sais que tu vas… dis-moi qui te fait jouir quand ce n'est pas moi et je t'achève." Gabrielle céda, incapable d'en supporter davantage : "Ephiny ! C'est Ephiny… je t'en prie… s'il te plaît, fais-le !" Xena revint volontiers à sa dégustation lente, le corps frémissant de désir. Gabrielle cria enfin sous la vague immense qui l'emporta.

Haletante, elle écoutait battre son cœur qui essayait de sortir de sa poitrine. Xena revint près d'elle et l'embrassa profondément, elle goûta sur ses lèvres sa propre essence et gémit en enroulant sa langue autour de celle de la guerrière. Elles restèrent un moment allongées sans bouger jusqu'à ce que Xena murmure : "Ephiny hein ?" Gabrielle fronça le nez en souriant. "Tu voulais savoir, tu sais." La guerrière répliqua : "Je ne la croyais pas intéressée par ce genre de jeu." "Elle ne l'est pas plus que ça. Ca nous convient très bien. Elle préfère les hommes, je ne veux pas d'une relation trop… intense, on se console ensemble quand on se sent seules."

 Xena se souleva sur les coudes pour la regarder dans les yeux : "Je n'ai pas de souci à me faire ?" Gabrielle caressa doucement sa joue. "Non, tu peux dormir sur tes deux oreilles. Je t'aime." Pour alléger un peu l'atmosphère, elle poursuivit : "Tu remarqueras que je ne te demande pas qui a le privilège de réchauffer ton lit à Rome… j'ai trop peur que tu me fasses une liste longue comme le bras !" Xena rit en embrassant le cou tendre de son amante. "Comme tu ne demandes rien, je vais m'abstenir de répondre." "C'est bien ce que je pensais…" Gabrielle partit à l'assaut du grand corps musclé avec l'idée de faire oublier à sa partenaire ses nombreuses conquêtes.

 Installée à la longue table commune, abritée de la pluie qui commençait à tomber, Xena tenait les jumeaux, un sur chaque genou, en mangeant tranquillement une cuisse de lièvre. Elle regardait attentivement Ephiny qui se demandait d'où lui venait ce soudain intérêt… Elle se racla la gorge : "Tu repars demain ?" Xena hocha lentement la tête sans la quitter des yeux. Gabrielle se leva avant d'embrasser la guerrière sur la joue. "Ne la torture pas" murmura-t-elle en emmenant les jumeaux se coucher dans leur hutte. Xena la suivit des yeux et dit à Ephiny : "Elle est belle hein ?" L'amazone se tortilla, mal à l'aise. "Oui… très." Xena insista : "J'adore quand elle rit… ou quand elle rougit… ou qu'elle gémit doucement, tu sais ? Juste quand tu commences à la caresser." Ephiny manqua avaler sa langue. Rouge brique, elle leva vivement les yeux sur Xena. La guerrière lui souriait, matoise. "Oui, tu sais." Elle s'amusait beaucoup et elle remarqua que la pauvre Ephiny cherchait frénétiquement une réponse appropriée. Elle la laissa gaiement se débattre dans son trouble. "Euh… enfin… elle t'a… ?" La guerrière hocha la tête, les yeux brillants. "Mmm, elle m'a dit que tu lui faisais…" Et elle commença une longue énumération…  

 Gabrielle interrompit son amante en voyant de loin qu'Ephiny était au bord de l'attaque cardiaque. "Xena ! Arrête ça tout de suite !" Elle passa derrière elle et posa les deux mains sur les épaules puissantes, sentant un rire grave vibrer dans le grand corps. Ephiny lui adressa un sourire très reconnaissant, un peu inquiète tout de même des possibles réactions de la guerrière : elle était réputée pour être possessive et Ephiny tenait à la vie. Xena attira la reine sur ses genoux en posant une main de propriétaire sur la cuisse nue. Gabrielle se pencha et l'embrassa longuement, légèrement tremblante. Après ce long baiser torride, Xena lança un regard très clair à Ephiny qui hocha la tête : message bien reçu. Gabrielle, qui sentait la tension autour d'elle, resta sur les genoux de Xena, autant pour l'avoir sous la main en cas de crise de colère soudaine, que pour profiter de sa présence.

 "Bois ton vin et calme-toi. Si je te l'ai dit ce n'est pas pour que tu joues à l'enfant en terrorisant Ephiny." Xena mordilla le lobe de l'oreille juste devant sa bouche : "Tu es à moi. Je voulais que ce soit bien clair pour tout le monde. Je ne ferai rien à Ephiny, je l'aime bien." Gabrielle soupira, soulagée. "Je préfère ça. Et oui je suis à toi, depuis longtemps, inutile de le rappeler à qui que ce soit, tout le monde le sait." Xena se félicita malgré tout de pouvoir être aussi bonne joueuse sur ce coup-là… Mais elle ne pouvait décemment pas obliger son amante à l'abstinence une grande partie de l'année ! Ephiny était le meilleur choix, au moins elle ne tomberait pas amoureuse.

  "Comment se passe la chasse en ce moment ?" demanda plaisamment la guerrière à Ephiny. La régente s'apprêtait à répondre quand un hurlement à glacer le sang figea l'air autour d'elles. Xena sentit son cœur s'arrêter de battre : une fois elle avait entendu ce hurlement de douleur déchirant et déjà elle avait cru mourir. Elle bondit comme une lionne par-dessus la table, bien avant que la vingtaine d'amazones présentes en fasse autant. Elle courait vers la hutte, morte de peur, quand elle vit sortir Gabrielle qui tenait dans ses bras le corps de sa fille. Xena pila net et vacilla, frappée par la pâleur de l'enfant. Elle approcha, les poumons en feu, incapable de trouver assez d'air pour respirer, et elle se pencha sur le petit corps inerte. Cyanne était couverte de sang, une plaie béante à la gorge. Xena leva lentement les yeux vers Gabrielle. La jeune femme était exsangue. Elle restait là, sous la pluie, tenant le corps de sa fille contre elle. Ephiny s'appuya contre Xena pour ne pas s'évanouir. Ca n'aiderait personne.

 "Notre fils…" bafouilla Gabrielle. Xena se secoua : "Où est Jaxom ?" "Ô dieux, faites qu'ils ne l'aient pas égorgé aussi… je crois que j'en mourrais." "Enlevé" répondit Gabrielle d'une voix blanche. Elle poussa soudain Xena et se rua vers le temple d'Artémis en hurlant : "Artémis ! Ne laisse pas faire ça ! Rends-la-moi !" Xena se précipita dans la hutte en compagnie d'Ephiny. La première chose qu'elle vit fut le lit des enfants. Vide et couvert de sang. La nausée la fit se plier en deux. Elle vit ensuite une dague à terre, abandonnée là à dessein pour signer l'assassinat de la princesse et l'enlèvement de Jaxom. Elle la ramassa, tremblante. "César… ordure… tu me supplieras de mourir quand je t'aurai trouvé." La fureur montait en elle, remplaçant la peur.

"Si tu tues mon fils, je trouverais Césarion et je l'étranglerais de mes mains, je le jure !" Ephiny s'écarta un peu, choquée par la chaleur intense qui se dégageait du corps de la Conquérante à ses côtés. "Mais pourquoi enlever Jaxom ? Le fils d'une amazone n'a aucune valeur pour lui." Xena ricana, une lueur de folie dans ses yeux bleu acier : "Il croit qu'il tient mon fils ! Mon vrai fils. Il pense que je l'ai caché là pour qu'il échappe aux tentatives d'assassinat auxquelles mes enfants seraient constamment exposés. Cacher une grossesse n'est pas très difficile, cacher un enfant l'est bien plus."

Elle suivait le processus de déduction de César à la perfection, tout son plan lui apparaissait avec une clarté limpide. "Il connaît les coutumes amazones : un garçon ne reste pas dans un village. Si celui-là était ici, c'est qu'il devait être très spécial. J'essaie de garder secrets mes voyages mais je sais qu'il a des espions à Rome, il m'a fait suivre, ils ont vu Jaxom et ils ont cru que c'était mon fils. Il me ressemble tant, tu l'as dit toi-même." Ephiny fixa le lit : "Pourquoi Cyanne… si c'est ton fils qu'il voulait, pourquoi tuer la petite ?"

 Xena se sentit terriblement coupable : "C'est cette chienne de Cléopâtre qui l'a voulu, j'en suis sûre. Gabrielle est visiblement ma maîtresse et faire tuer sa fille a dû la ravir. J'ai… connu… Cléopâtre, si tu vois ce que je veux dire." Ephiny voyait très bien. "Il y a longtemps. Mais depuis, elle fait des enfants à tous mes ennemis, cette garce… César, Marc-Antoine… J'ai fait tuer ceux de Marc-Antoine, et quand je trouverai Césarion je le tuerai aussi, je le dois, c'est politique… ils sont trop dangereux. Elle se venge et m'avertit."

 Ephiny était horrifiée du monde dans lequel vivait la Conquérante. Un monde où tuer des enfants était tout au plus un geste politique. Dégoûtée, elle cracha par terre : "Xena, je me dis qu'on devrait te traîner dans un coin et te trancher la gorge comme à un porc, tu ne vaux pas cher." Xena rougit de colère et se tourna brusquement vers l'Amazone. Elle tira son épée, la vision troublée par la rage. Elle se sentait assez coupable comme ça. Ephiny aussi était en colère : "Tu as dit tout ça à Gabrielle ? Que c'est par ta faute que sa fille s'est vidée de son sang et que son fils va mourir sur l'autel de tes délires de gloire ? Egoïste criminelle et cinglée !" Ephiny hurlait, tremblante. Elle s'approcha de Xena, des larmes plein les yeux, et sa voix se brisa : "Retrouve ton fils Xena, rends-le à Gabrielle et va crever très loin d'ici. Tu pourras tuer tous les petits enfants que tu veux loin d'elle. Tu ne la mérites pas." Elle lui lança un dernier regard de profond dégoût et sortit comme une folle.

 Elle envoya toutes les guerrières du village aux quatre coins de leur vaste territoire, pour retrouver des traces, les sentinelles qui auraient dû donner l'alarme, et même Jaxom avec de la chance. Elle ne se faisait cependant guère d'illusions : ils étaient sûrement déjà loin.

PARTIE 2

 Gabrielle hurlait à s'en briser la voix. Elle tremblait tant qu'elle tomba à genoux devant l'autel, dans le temple de la déesse qui l'avait faite reine. "Artémis ! C'est toi qui as voulu que j'aie cette enfant, tu ne peux pas la laisser mourir !" Elle mettait toute son âme dans sa prière et ouvrait son cœur à la déesse pour qu'elle y voie le désespoir sans fond dans lequel l'avait plongée ce meurtre. Elle se leva soudainement et posa sa fille sur l'autel, balayant du bras les offrandes et les chandelles qui s'y trouvaient. "Artémis ! Rends-la-moi !" Gabrielle baissa les yeux sur sa fille, en sanglotant douloureusement. Tout ce sang… Elle se détourna brusquement et vomit sur le sol de marbre. Elle chancela, au bord de l'évanouissement, terrifiée, presque folle, emplie de rage, de haine, et un désir de vengeance chevillé au corps. "Artémis ! Je lèverai toutes les armées amazones partout dans le monde, je les allierai à celles de Xena et je ravagerai tout sur mon passage, avec elle à mes côtés, pour venger la mort de Cyanne ! Tu sais à quel point elle est féroce, je le serai deux fois plus ! Rends-moi ma fille ou je te renierai pour épouser la cause d'Arès !"

 Une voix tonna dans le temple. Gabrielle fut écrasée par sa force et s'accrocha à l'autel pour faire face à la grande statue. Elle n'avait pas peur, elle voulait que la déesse se montre.

 "Je n'ai pas voulu la mort de ta fille, Gabrielle. Elle était sous ma protection et elle ne devait pas mourir maintenant. Je l'avais vouée à un glorieux destin de reine des Amazones. Tu veux me renier pour Arès ? Alors que c'est lui qui a soufflé cette idée à César ? Je vais oublier que tu as dit cela et je vais te rendre ta fille. Zeus m'a accordé ce privilège puisque Cyanne était à moi de tout temps. Ton fils est sous la protection d'un autre dieu, je n'ai pas voulu sa naissance, je ne peux donc rien pour lui. Va maintenant. Laisse-la ici jusqu'au lever du soleil et je lui rendrai la vie. Mais tu ne la reverras pas tout de suite, et peut-être jamais plus. Pour m'avoir menacée, tu devras partir avant le jour à la recherche de celui qui l'a égorgée et il devra mourir ou tu ne reverras jamais ta fille. C'est mon prix et ma volonté. Ne me défie plus jamais."

La voix s'éteignit et la présence qui avait envahi le temple s'évapora. Gabrielle s'inclina devant la statue, elle endurcit son cœur, puis se pencha sur sa fille toute froide avant de l'embrasser tendrement sur le front. Elle se détourna, les mâchoires serrées, et sortit du temple pour partir à la recherche des monstres qui avaient tué sa fille et qui avaient enlevé son fils.

Xena était dévastée, elle restait là, les bras ballants, devant le lit vide des enfants, cruellement frappée par les accusations d'Ephiny. Se pourrait-il qu'elle soit responsable de la mort de Cyanne ? Son empire valait-il ce prix ? Et ce petit garçon aux yeux si doux, qu'elle aimait à la folie, pourrait-elle supporter de le perdre parce qu'un ambitieux s'en servait contre elle ? La même ambition l'avait conduite à commettre les mêmes crimes et elle ne valait pas mieux que César… Cette découverte l'anéantit complètement. Elle avait toujours fait souffrir les gens qui l'aimaient, elle avait abandonné sa mère et son frère sans remords pour combattre le monde entier et le faire plier. Elle avait volé Gabrielle à son mari de la pire des façons… Elle se revit, torturant et violant sa tendre compagne, et son corps se révulsa de honte et de regret.

 "Xena ?" Gabrielle était d'un calme surnaturel maintenant qu'elle avait sauvé sa fille, mais un feu la dévorait, toute son âme criait vengeance. Xena se tourna vers elle, le visage ruisselant de larmes. Gabrielle tressaillit, elle avait besoin d'elle forte et pas en larmes ! "Comment peux-tu m'aimer ?" La question lui tomba dessus avec brutalité. Le regard vague de la guerrière lui fit peur, elle ne l'avait jamais vue comme ça, mais elle n'avait pas envie de reprendre la longue analyse du pourquoi elle aimait cette femme, surtout pas maintenant. "Je ne sais pas." Sa voix manquait de relief, elle se sentait toute froide à l'intérieur, comme si son cœur était mort, elle n'aimait plus personne à cet instant précis. Le seul sentiment qui la réchauffait était la haine. Xena tremblait, au bord d'un gouffre qui menaçait de l'engloutir, et vraiment, ce n’était pas le moment.

Gabrielle avait envie de la secouer, de la gifler et de lui faire mal pour qu'elle retrouve cette force dont elle avait tant besoin. "Ephiny a raison, je ne te mérite pas, je ne t'ai jamais méritée." La reine se foutait complètement des révélations fracassantes d'Ephiny : "Xena, le mérite n'a rien à voir dans ce qui nous lie et je l'ai compris depuis longtemps. Si c'était si simple, je t'aurais ouvert le ventre pour te pendre avec tes boyaux depuis des années. Mais ce n'est pas le cas. Je t'aime de toutes les fibres de mon corps et c'est comme ça depuis l'instant où je t'ai vue. Pourtant, c'est vrai que je déteste ce que tu es. Personne d'autre ne t'aimera jamais comme moi, parce que personne d'autre ne peut ignorer ce que tu es au fond de toi : un monstre sanguinaire." Elle s'approcha pour essayer de capter le regard flou de la guerrière. "A l'instant où je te parle, j'ai besoin de toi, et plus particulièrement de ce monstre sanguinaire. J'en ai tellement besoin que je te conjure d'arrêter tout de suite cet apitoiement imbécile qui te prend à un bien mauvais moment !"

 Xena était trop loin pour l'écouter, elle revivait les pires moments de sa vie de guerrière, tous les villages brûlés, tous les morts sous la torture, les enfants massacrés, les femmes violées par elle ou ses hommes sans que cela ne l'ait jamais touchée. "Je… "

 "Tu quoi ? Tu te rends compte seulement maintenant de ce que tu es ?!" Elle ne pouvait pas le croire… "Un enfant mort ne devrait pas t'émouvoir à ce point, tu en as vu des centaines que je sache…" Enfin une petite flamme furieuse dans les yeux bleus. Gabrielle finit par la gifler, aussi fort qu'elle put. "Tu pourras pleurer sur tes crimes plus tard ! Suis la trace de ceux qui ont fait ça et aide-moi à venger Cyanne. Après, nous trouverons Jaxom et je te regarderai torturer César puisque c'est lui le responsable."

 "C'est moi qui suis seule responsable. Si je ne t'avais pas approchée, tu n'aurais pas perdu tes enfants et nous n'en serions pas là." Gabrielle en avait plus qu'assez de cette conversation stérile, parfaitement inutile. "Si tu n'étais pas entrée si brusquement dans ma vie, je serais probablement en train de périr d'ennui dans mon village, avec un mari mollasson qui n'aurait jamais trouvé comment me faire jouir ! Inutile de reparler du passé, il est mort et enterré. Il faut que tu te secoues et que tu m'emmènes là où est César ! Je veux retrouver mon fils ! Ton fils ! Tu comprends ce que je te dis ?"

 Xena secoua la tête. "Le sang appelle le sang." Gabrielle serra les dents, au comble de l'exaspération, "Tu trouves la voie de la sagesse ? Par tous les dieux !" Elle l'attrapa aux épaules pour la secouer comme un prunier, folle de rage : "Une fois dans ta vie, fais quelque chose d'utile ! Je te dis que ce n'est pas le bon moment pour entrer en transe et avoir des révélations sur l'inutilité de la guerre ou prier pour la paix dans le monde ! Sois la pire des garces, pour une fois que je te le demande ! Aide-moi !"

 Enfin, Xena parut reprendre vie. "La pire des garces ? C'est comme ça que tu me vois ?" Une froide colère brûlait entre elles. La mort de Cyanne soulevait une dalle de marbre sous laquelle se dissimulaient de noires rancœurs et de lourds secrets. Leur amour était né dans la douleur et le sang, elles n'avaient pas oublié. "Ce n'est pas ce que tu es ?" demanda Gabrielle.

 Xena gronda en fonçant sur elle. Elle la souleva et la jeta en travers de leur lit, elle tremblait comme jamais. Deux parts de son être, incapables de s'entendre, se faisaient la guerre : la Conquérante et Xena, et elle ignorait qui elle voulait voir gagner. Gabrielle n'avait pas peur d'elle, mais c'était bien la seule personne au monde capable de lui faire face dans un moment pareil sans être terrifiée. "Je peux encore être pire que ça Gabrielle, je n'ai pas oublié comment on faisait ! Tu me crois ? C'est ça que tu veux que je sois ?" Elle lui arracha son bustier, et prit ses seins à pleines mains. Elle la pinça durement, arrachant un cri à la jeune femme. "Mais toi, tu aimes ça, non ? Qui est la plus dingue des deux : moi qui aime faire mal, ou toi qui m'aimes malgré tout ? Réponds-moi !" Son visage était en feu, elle ne savait plus du tout ce qu'elle faisait.

 Gabrielle essayait de la repousser, aussi rageuse et perdue. "Arrête ! Tu me fais mal !" Elle la frappa aux épaules et se tordit entre ses bras, elle voulait tellement la faire souffrir… Soudain, Xena craqua et enfouit son visage dans sa poitrine en la serrant contre elle à l'étouffer. Elle sentit des larmes chaudes sur sa peau alors que la guerrière pleurait toutes les larmes de son corps en gémissant de détresse.

 En entendant le cri de douleur de Gabrielle, Ephiny se précipita. Elle surveillait la hutte et suivait les échanges très vifs entre les deux femmes depuis un moment. En entrant, elle vit Xena secouée de sanglots, allongée sur Gabrielle à demi nue. La jeune femme pleurait aussi, l'avant-bras posé sur ses yeux, caressant les longs cheveux noirs de l'autre main. "Gabrielle, tout va bien ?" demanda-t-elle doucement, troublée par l'atmosphère viciée du lieu. C'était palpable et intenable. "Il faudra brûler cet endroit quand tout sera fini, il y a eu trop de mauvaises choses ici."

 Gabrielle s'essuya le visage du dos de la main et bafouilla d'une voix tremblante : "Ca va… Laisse-nous s'il te plaît." Elle suivit des yeux Ephiny qui sortait et essaya de reprendre le contrôle d'elle-même et de ramener Xena au calme. Elle avait déclenché cette tempête, à elle de la stopper. Leurs cœurs battaient très fort, tentant de chasser les émotions qui les accablaient. "Comment pouvons-nous espérer construire quoi que ce soit sur un tel champ de ruines ?" songea Gabrielle en tirant un peu Xena vers elle : "Viens ici." La grande femme vint se blottir dans les bras doux de son amante, incapable d'arrêter le torrent de larmes qui semblait ne jamais devoir se tarir. Gabrielle la berça contre elle un long moment en murmurant des choses tendres à son oreille, en caressant ses cheveux pour la ramener de là où elle était. "Je ne sais pas si nous parviendrons jamais à rendre beau cet amour qui nous retient prisonnière l'une de l'autre", pensa-t-elle encore alors que Xena murmurait : "Je ne voulais pas qu'il fasse de mal à tes bébés… je suis tellement désolée…" Gabrielle soupira : "Je sais, calme-toi."

 Une peur terrible, une avalanche de terreur pure s'abattit soudain sur Xena qui leva la tête pour guetter la réponse dans les yeux de Gabrielle. Elle osait à peine poser sa question tant elle redoutait le pire. "Tu ne vas pas me quitter ? Tu ne me laisseras pas ?"

 La jeune femme était stupéfaite qu'elle lui pose cette question, Xena dévoilait là un secret bien enfoui au fond d'elle, elle avait peur qu'elle l'abandonne… Pourtant, elle détestait plus que tout se mettre dans cette position en offrant sa gorge au couteau. Gabrielle savait qu'à ce moment, elle pouvait la détruire. "Ce serait si simple de te faire mal… Tu te rends compte de ce que tu viens de dire ?" Xena hocha faiblement la tête, un peu effrayée par le pouvoir qu'elle venait de placer entre les mains de la jeune femme. "Tu peux presque me tuer. Si tu m'abandonnes, c'est comme me tuer."

 Le silence s'éternisa alors que leurs yeux se cherchaient. Gabrielle retourna Xena sur le dos et s'assit sur ses hanche, penchée en avant. "Je ne te quitterai jamais. Même si je le voulais, je ne pourrais pas. Je t'aime plus que tout. Quand je dis plus que tout, c'est exactement ça." Elle l'embrassa sauvagement. "Je vais aussi te faire un aveu : je t'aime plus que mes enfants, Xena. C'est immoral, c'est terrible, et j'y pense le moins possible, mais je sais que c'est vrai. Je me serais jetée du haut d'une falaise si c'était toi qu'ils avaient tuée, je te suivrais partout, même dans la mort, toujours."  

 Il y avait une intensité implacable dans les yeux verts de sa compagne et, une fois de plus, Xena fut sidérée par la force incroyable qui se dégageait de cette femme. "Tu ne veux pas venir à Rome pourtant…"

 "Tu ne me l'as jamais demandé. Pas vraiment. Si tu insistes, je te suivrais, je ne peux rien te refuser, je n'ai jamais pu, même lorsque je l'ai tellement souhaité. Rappelle- toi à quel point je n'ai jamais pu…"

 Xena eut une vision du passé qu'elle se refusait d'avoir depuis le temps qu'elle vivait cet amour avec Gabrielle : elle la revit, humiliée, rouge de honte, de plaisir et de haine mêlés, se caresser sous une tente surchauffée alors qu'elle se consumait de désir, assise juste en face d'elle, à la dévorer des yeux. C'était si vivant qu'elle gémit de passion et souleva les reins pour venir à la rencontre du corps de la jeune femme sur elle. "Je vois que tu te souviens très bien…" Après un dernier regard, Gabrielle se leva et se rhabilla.

 "Nous devons partir maintenant. Avant le lever du soleil. Cyanne est sauvée mais Jaxom est…" Xena l'interrompit vivement : "Comment ça Cyanne est sauvée ? Sa blessure était mortelle…" Gabrielle lui raconta ce qui s'était passé au temple puis la tira par la main. "Viens, mes sœurs sont parties à la recherche de traces, elles auront peut-être trouvé quelques indices."

 Ephiny faisait le point avec trois autres Amazones lorsque Xena et Gabrielle sortirent de la hutte. "On a trouvé leurs traces, ils se dirigent vers le sud. Ils étaient quatre et ils n'ont pas traîné, ils n'ont même pas cherché à effacer leurs empreintes." Ephiny baissa les yeux, "Ils ont tué les sentinelles." Gabrielle inspira et saisit sa sœur par le bras. "Nous allons les suivre. Dès les premiers rayons du soleil, va chercher Cyanne et protège-la." "Sur ma vie ma reine." Gabrielle opina : "Je te fais confiance."

 La jeune femme enfourcha le cheval qu'on lui présentait et Xena s'apprêtait à faire de même quand elle sentit une poigne de fer sur son bras. Elle se dégagea vivement, mais Ephiny la retint à nouveau : "N'oublie pas ce que je t'ai dit Xena, je ne veux plus jamais te revoir. Tu es responsable de tout ce malheur." "Tu n'as pas d'ordre à me donner Ephiny." Elle s'éloigna sans un regard.

 Malgré l'obscurité, Gabrielle guida Xena hors du territoire des Amazones en suivant les indications d'Ephiny. Elle connaissait chaque parcelle de ses terres sur le bout des doigts et elle aurait pu s'y retrouver les yeux bandés. Les assassins se dirigeaient droit vers la côte, sûrement dans l'espoir d'embarquer vers l'Egypte d'ici le lendemain soir. Sa connaissance du terrain les avantageait, elles avançaient vite et pensaient les rattraper avant qu'ils n'atteignent leur but.  

La forêt laissa place à une vaste étendue plane et rase qui s'étendait jusqu'à la lisière d'une autre forêt et qui marquait ainsi la frontière du territoire des Amazones. Xena fut soudain saisit d'une sourde inquiétude en débouchant à découvert. Elle ralentit son allure et scruta les environs, tous ses sens en alerte. Le cri de sa compagne ne la surprit pas.

 "C'est un piège ! Nous sommes tombées dans une embuscade !" Gabrielle voyait des torches bouger entre les arbres à la lisière de la forêt, droit devant elles. Elle tira sur les rênes de son cheval en se tournant vers Xena. "Il faut faire demi-tour ! Vite !" La guerrière fit pivoter sa monture pour voir d'où venaient les attaquants. "C'est trop tard, nous sommes cernées." Une quinzaine de cavaliers surgirent de la forêt, et autant derrière elles. "On n'a aucune chance Gabrielle ! Essaie de fuir, je vais tenter de les retenir un peu."

 Gabrielle se pencha brusquement, attrapa les rênes du cheval de Xena et tira de toutes ses forces. Elle lui lança un long regard farouche. "Tu crois vraiment que je vais t'abandonner ?" Xena se tourna vers elle, attachant son regard au sien : "Il vaudrait pourtant mieux, j'ai été trahie, regarde les uniformes, ce sont mes hommes ! Ils sont là pour me tuer, pas pour me capturer. Je savais bien que j'aurais dû tuer tous les anciens de l'armée de César ! Ces chien galleux m'ont trahie !"

 Les hommes avançaient lentement vers elles. Gabrielle se tourna brusquement, essayant de trouver une faille dans la ligne derrière elles et de retrouver la sécurité du territoire amazone, mais elles ne pourraient jamais passer à deux. "Je ne peux pas te laisser !" hurla–t-elle en talonnant son cheval. "Je me battrais avec toi."

 "Non ! Va-t'en ! Tu dois vivre pour ta fille et pour retrouver Jaxom." Gabrielle sentit les larmes dévaler sur ses joues. "Mais réveille-toi Xena ! C'était pour nous attirer ici qu'ils ont enlevé Jaxom, il est mort !"

  Xena saisit son fouet et frappa la jument de Gabrielle "Fiche le camp ! On est foutues toutes les deux !" "Non !" Gabrielle n'avait pas d'autre arme que son bâton, qui ne lui serait pas d'une grande utilité de toute façon. Elle fit face cependant, refusant d'abandonner Xena à une mort certaine. Elle colla sa jambe nue à la sienne, les chevaux flanc contre flanc. Elle tremblait de peur et appréhendait la douleur, mais surtout elle était en colère. Elle avait tout perdu cette nuit, une fois de plus. Il ne resterait d'elle que sa fille orpheline et un passé désolant. La colère faillit presque lui prendre la dernière chose de valeur qui lui restait : son amour pour Xena. Elle pensa un instant que tout était de sa faute et qu'elle aurait été tellement plus heureuse sans elle, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que c'était un mensonge. Sans cet amour, à la fois pur et entaché de douleur, sa vie n'aurait vraiment eu aucun sens.

 Xena était pâle mais déterminée. Elle regarda Gabrielle un long moment sans rien dire. Elle n'aurait pas supporté de grandes déclarations au moment de mourir et il était inutile de dire à quel point elle l'aimait, elles le savaient toutes les deux. Elle s'apprêtait à se lancer en avant, elle en tuerait un maximum avant de tomber, quand elle vit un cavalier se détacher. "César…" Il tenait devant lui un petit garçon qui sanglotait. "Jaxom !" hurla Gabrielle, folle de joie de le voir vivant.

"Xena ! Comme je suis content de te revoir !"

 "Maman !" cria l'enfant terrorisé. Les deux femmes se dressèrent sur leurs étriers au même instant. L'ancien maître de Rome éclata de rire : "Mais qui est la mère de ce garçon ? Toi ou la petite chose charmante à tes côtés ? C'est ton animal de compagnie ?" Gabrielle intervint avant que Xena ne dise une bêtise, poussée par la haine qu'elle ressentait pour cette homme : "Oui ! C'est exactement ça, je suis son animal de compagnie et c'est mon fils. Rends-le moi, il n'a aucune valeur." César fit mine de réfléchir : "Comment pourrais-je croire une telle chose… Alors qu'elle s'est jetée tête baissée dans un piège si évident que ça me déçoit. Tout ça pour récupérer…" Il saisit Jaxom par le bras et le souleva pour le laisser suspendu dans le vide. "Arrête !" hurla Xena en avançant. Gabrielle gronda à ses côtés et lui arracha subitement son épée des mains. Elle talonna son cheval et se rua en avant, toute tendue vers son fils. "Gabrielle ! Non !"

 Une volée de flèches abattit sa monture en plein galop, la projetant sur le sol caillouteux bien avant qu'elle ait pu atteindre César. Le choc violent lui coupa le souffle. L'une des flèches s'était profondément enfoncée dans sa cuisse et une douleur atroce s'élançait dans son bras gauche. En y regardant de plus près, cela n'avait rien d'étonnant : elle avait une fracture ouverte du poignet. Elle se traîna à l'abri des flèches qui continuaient de pleuvoir, derrière son cheval agonisant. Elle n'avait d'yeux que pour son petit garçon, qui hurlait en se tortillant dans les bras de César, et elle ne pouvait plus rien pour lui. Elle vit soudain une dague briller dans le soleil et se lever pour poignarder son fils.

 "Non !" Xena sauta de son cheval et avança à découvert en levant les mains. Elle parla d'une voix tremblante et humble que Gabrielle ne lui avait jamais entendue. "Je te donnerai tout ce que tu veux, mais ne le tue pas, je t'en prie." Il était maître de la situation et se délectait de sa peur. "Ca te ferait vraiment de la peine si je tuais cet affreux pleurnichard ?" Il valait mieux ne pas répondre. Soudain, il se lassa de son jeu et jeta le jeune garçon à terre. Jaxom hurla de plus belle, puis le long cri s'étrangla et il resta silencieux. Xena était terrifiée, tout lui filait entre les doigts. Elle était à la merci de César et tout ce qu'elle avait de plus cher au monde était à ses pieds. Le moins important, et elle s'en rendit compte seulement à cet instant, c'était son empire. Elle l'aurait échangé sans hésiter contre la certitude que sa femme et son fils seraient sauvés. Mais pourquoi ferait-il preuve de clémence au moment où, enfin, le vent tournait pour lui ? Elle n'aurait eu aucune pitié à sa place. "A genoux Xena ! Je veux t'entendre me supplier."

 Ils avaient tous oublié Gabrielle. Comme elle ne bougeait plus, effondrée sur son cheval mort, ils pensaient qu'elle aussi était morte. Et puis, le spectacle de la Conquérante à genoux devant César, suppliant pour la vie d'un enfant qui n'était peut-être même pas le sien, était tellement plus intéressant. Elle sortit des limbes où l'avait plongée la douleur de sa fracture, quand elle entendit le cri étranglé de son fils. Hébétée, elle resta un long moment à contempler son petit corps entre les sabots du cheval de César. Puis elle regarda Xena, à quelques pas de lui, agenouillée les mains sur la tête, complètement vaincue, comme jamais elle ne l'avait été. Elle entendit César qui lui demandait de ramper et quelque chose au fond d'elle remua quand elle la vit se traîner sur le sol. La rage bouillonna dans son ventre, de la bile acide lui monta aux lèvres : elle ne pouvait pas supporter cette vision ! Elle brisa la flèche au ras de la plaie sans émettre un son, puis elle se glissa aussi discrètement que possible vers l'orée de la forêt encore dans l'ombre. Elle jeta un regard sans émotion à son poignet qui formait un angle parfaitement anormal avec son bras, une esquille d'os pointait nettement à travers la peau, mais elle n'avait pas le temps d'avoir mal. "L'esprit commande le corps, je suis plus forte, je domine ma douleur." Elle arrivait tout près d'un des gardes. Ils riaient en voyant Xena lécher la botte de César qui avait démonté pour profiter au mieux de ces instants magiques.

Gabrielle se faufila sous le cheval du garde hilare et sortit un poignard de sa botte. En se redressant, un voile noir s'abattit devant ses yeux et sa tête devint légère, des petits points rouges dansèrent derrière ses paupières, la nausée l'envahit, et elle dû prendre le temps de chasser la vague d'engourdissement qui menaçait de la faire s'évanouir. "Pas maintenant !" Elle ne pouvait plus du tout bouger le bras gauche. La douleur de son poignet en miettes battait à plate couture celle de la flèche dans sa cuisse. Elle regarda à nouveau le petit os qui sortait et s'apitoya un très court instant. "Je vais vomir… si je le regarde encore je vais vomir partout."

 Elle sentit, presque physiquement, un regard sur sa nuque. Elle tourna brusquement la tête et vit que Xena l'avait repérée. Toujours à plat ventre devant son vainqueur, elle lui jetait un regard en coin. Ses yeux quittèrent son visage pour le poignard qu'elle avait en main, puis sur sa propre main. "Elle a une arme !" Galvanisée, Gabrielle oublia sa douleur et plongea son poignard dans le ventre du cheval. Elle tira de toute la force de son unique main valide et l'éventra. Elle roula au loin en hurlant quand son bras plia sous elle, mais la diversion était lancée. César fut déconcentré, juste le temps d'un battement de cils, en entendant le hennissement d'agonie de la pauvre bête. Juste assez pour que Xena bondisse et retourne la situation à son avantage. Elle passa un bras sous sa gorge, tourna César devant elle pour s'en servir comme bouclier, et appuya la pointe de sa dague dans ses reins. Gabrielle se leva d'un bond malgré la douleur de sa jambe et clopina aussi vite qu'elle put vers Jaxom pour le tirer à l'abri derrière Xena.

 "Tu crois que tu as gagné ? Où comptes-tu aller avec ta putain amazone et ton bâtard ?"

 "Ta gueule !" siffla Xena à l'oreille de César Mais effectivement, la situation était bloquée. Elle recula en le maintenant contre elle et son regard tomba sur Gabrielle et Jaxom, en aussi mauvais état l'un que l'autre. La jeune femme était agenouillée et contemplait son fils qui avait un affreux hématome à la tempe droite. "Xena, je ne peux pas le porter…" Elle lui montra son bras qui pendait et Xena grimaça devant la vilaine fracture. César ricana : "Je me réjouis à l'avance de votre mort à tous les trois. Je vais vous crucifier…" Elle n'arrivait pas à se concentrer, elle ne voyait pas d'échappatoire, et il continuait : "Je vais vous faire crucifier ensemble, elle et toi, sur la même croix… qu'en penses-tu ? Tu pourras sentir tout son corps se tordre de douleur sur le tien… Je suis sûr que ça va te plaire. Tu aimes bien la souffrance, n'est-ce pas ?"

 "La ferme ! Ferme-la par les dieux ou je t'arrache un rein !" Elle enfonça davantage la pointe de la dague dans le dos de César en regardant partout autour d'elle. Pas d'issue… et Gabrielle était si pâle… elle allait s'évanouir et alors elles seraient vraiment perdues. Les hommes guettaient la moindre faiblesse. Ils n'osaient pas encore se ruer sur elles mais ça n'allait pas tarder, ça sentait la fin et le sursaut de la Conquérante n'était que passager. "Et le chiot… sur une petite croix à sa taille, avec de petits clous faits sur mesure… devant vous, la tête en bas. Quel spectacle pour les Romains !" Cette fois, Xena lui transperça le bras. Son cri de surprise et de douleur fut très réjouissant. "Je t'ai dit de la fermer !" Du coin de l'œil, elle capta l'avancée d'un homme plus aventureux qui s'approchait subrepticement. Elle se tourna brusquement vers lui, maintenant fermement sa prise sur César et l'homme stoppa. Elle recula encore, en incitant Gabrielle à la suivre.

 La jeune reine luttait contre l'évanouissement. Si jamais elle lâchait prise, elles étaient mortes. Elle rassembla toutes ses forces et hurla aussi fort qu'elle put : "Amazones ! A moi !" Son cri fut bien plus puissant qu'elle ne s'y attendait. L'air du matin le porta très loin, mais même si ses sœurs l'avaient entendu, il leur faudrait bien trop de temps pour arriver. Cependant, elle cria à nouveau, surtout pour que l'hésitation qu'elle avait vue chez les hommes devant elle se transforme en agitation. César lui-même sembla se tendre. "Attrapez-les ! Bande d'imbéciles, qu'est-ce que vous attendez ? Elle ne me tuera pas !" Ils hésitaient et Gabrielle criait toujours à l'aide.

 Un sifflement perçant et des cris venant de la forêt derrière elle arrachèrent presque des larmes de soulagement à Gabrielle. Cinquante de ses meilleures guerrières surgirent à découvert et, sans freiner leur course, elles se jetèrent à l'assaut. César profita de la surprise générale pour se dégager de l'étreinte de Xena, il donna un violent coup de talon dans le genou de la guerrière et dégaina son glaive. Xena crut qu'il lui avait déboîté la rotule. Elle remercia tous les dieux que non, il était beaucoup plus difficile de se battre à cloche-pied. Elle n'avait plus que sa dague pour se défendre, puisque Gabrielle lui avait pris son épée qui devait traîner à côté du cheval mort. César saisit son avantage et asséna un coup violent, de haut en bas, vers la tête de la guerrière. Ses bras vibrèrent quand la dague para l'attaque et que le glaive cogna sur le métal. Elle repoussa son assaillant d'un coup de pied dans le bas-ventre. César grogna et recula un peu.

 "Une épée !" hurla Xena à qui voulait l'entendre. Autour d'elle, la bataille faisait rage. Les amazones à pieds étaient cernées par les cavaliers, mais elles étaient rapides et agiles, elles coupaient les jarrets des chevaux et tuaient les soldats en pleine chute. "Xena ! Attrape !" Elle remarqua que c'était Ephiny qui lui lançait son arme. "Une fille intelligente décidément, on s'étripera en privé plus tard." Elle saisit la garde de la lourde épée de sa main droite, gardant la dague à main gauche et fit de nouveau face à César. Il venait de perdre son avantage et il était handicapé. Sa blessure au bras saignait beaucoup, jusque sur sa main, rendant sa prise sur le glaive glissante. Xena lui sourit, un petit sourire qui faisait trembler d'effroi ses victimes. Ils se tournaient autour, sans se préoccuper des autres combattants. Xena fit tournoyer son épée pour en évaluer l'équilibre et frappa. Le coup fut habilement contré mais elle eut le temps de voir la grimace de douleur sur le visage de son adversaire. Elle asséna des coups lourds qui obligeaient César à parer et augmentaient la douleur dans son bras. Finalement, il plia et posa un genou à terre. D'un violent coup de pied, Xena envoya voler son glaive au loin. Haletante, elle s'apprêtait à lui transpercer le cœur quand une idée lui vint soudain. "Tu m'as crucifiée une fois, et tu voulais recommencer… eh bien c'est toi qui finiras sur une croix à Rome." Elle le frappa à la tempe de la garde de son épée et il s'effondra.

 Les Amazones avaient fait une dizaine de prisonniers qui s'alignaient, désarmés et inquiets. Xena se détourna de César pour voir Ephiny qui aidait Gabrielle à se relever. Une autre de ses guerrières avait pris Jaxom dans ses bras. "Comment êtes-vous arrivés si vite ?" demanda la reine. "C'est Cyanne. Dès qu'elle a ouvert les yeux, elle m'a dit que tu étais en danger. C'est Artémis qui lui a confié le message. Nous sommes parties tout de suite." Gabrielle sourit. "Elle va bien alors ?" Ephiny lui prit la main et la serra doucement "Oui, la déesse a tenu sa promesse, ta fille va très bien." Le soulagement qu'elle en ressentit apaisa de beaucoup ses douleurs.

 "Gabrielle, il ne faut laisser personne vivant." déclara soudain Xena. "Pourquoi ?" demanda-t-elle faiblement en s'accrochant à l'épaule d'Ephiny. "Je ne veux pas qu'ils puissent répandre la nouvelle partout. D'autres essaieraient d'enlever le petit ou de le tuer pour m'atteindre." Xena était à côté de la guerrière qui portait Jaxom et elle repoussait doucement ses cheveux bruns en le regardant amoureusement. Gabrielle hocha pensivement la tête. "Qu'en penses-tu Ephiny ?" La régente baissa les yeux avant de déclarer lentement : "Je suis bien obligée de reconnaître qu'elle a raison, Majesté. Autant que cette histoire ne s'ébruite pas." La reine soupira, "Très bien, faites ce qu'il faut. J'avoue que je n'ai pas vraiment pitié d'eux…" Elle se tourna vers César, toujours inconscient sur le sol. "Et lui ?"

 Xena lui lança un long regard farouche. "Je le ramène à Rome." Gabrielle lui rendit son regard. "Je viens avec toi. Artémis m'a dit que je ne pourrais pas revoir Cyanne tant qu'elle n'aura pas été vengée. Je veux assister à sa mort." Xena hésita, un peu perplexe face à la soudaine dureté de la jeune femme. "Tu es sûre de vouloir me suivre à Rome pour voir ça ?"

 "Oui, j'en suis sûre." Elle s'appuya plus lourdement sur l'épaule d'Ephiny et s'éloigna en boitant.

 Elle ne se retourna pas en entendant les cris des hommes assassinés par sa garde personnelle. Elle changeait. Elle avait essayé de résister à ce changement pendant bien longtemps, mais puisque le monde s'obstinait à lui vouloir du mal, elle apprenait à lui en vouloir aussi. "Je suis en train de me perdre moi-même Ephiny…" La régente raffermit sa prise sur la taille de la jeune femme. "J'en ai peur Gabrielle. Tu devrais la quitter, c'est elle qui te fait changer."

 "Tu crois ? Je ne sais pas… je crois que j'ai toujours été trop naïve, je pensais pouvoir créer un bouclier autour de nous et éloigner le reste du monde, mais je me rends compte que c'était stupide. J'ai failli perdre mes enfants parce que je croyais qu'ici, j'étais en sécurité et eux aussi..." Ephiny persistait : "C'est elle qui apporte la douleur." Gabrielle s'arrêta et réfléchit intensément : "Tu te trompes, elle n'est que le reflet de ce qui se passe autour de nous, si ce n'était pas elle, ce serait un autre… César par exemple. C'est l'enfant prodige de son époque Ephiny, un génie, elle est très pure dans sa cruauté, comme un diamant." Elles se remirent en marche. "Enfin, elle l'était. Si elle me change, je la change aussi et j'ai pu voir cette nuit que le diamant se fissurait… Je me demande si c'est une bonne chose." Ephiny secoua la tête "Tu deviens cynique. Je ne te comprends pas Gabrielle. Tu as un grand pouvoir sur elle, et tu es bien la seule personne au monde à pouvoir la rendre meilleure, pourquoi tu n'essaies pas ?"

 "Il faudrait encore qu'elle le veuille ! Je lui ai dit sur tous les tons d'arrêter de détruire le monde pour commencer à le reconstruire, mais elle résiste et je m'épuise à essayer de la convaincre… je n'y crois plus, je suis fatiguée." Ephiny renonça, et puis ce n'était pas le meilleur moment pour parler de paix après cette nuit épouvantable.

PARTIE 3
 Gabrielle était malade comme une bête depuis trois jours. Penchée au-dessus de la mer, elle vomissait son estomac vide en souhaitant que quelqu'un l'abatte. Sa fracture, que Xena avait réduite douloureusement, la faisait terriblement souffrir et, en définitive, elle se sentait misérable.

 Une grande main se posa soudain sur ses reins. "On arrive." Gabrielle soupira entre deux spasmes. "Encore un peu et je me sacrifiais volontairement à Poséidon…" Elle appuya son front moite sur ses mains. "Rappelle-moi de ne jamais reprendre un bateau… c'est horrible." Elle n'était pas la seule à souffrir de ce mal. Parmi les six Amazones qui constituaient sa garde, quatre étaient dans le même état et gémissaient piteusement en hoquetant à intervalles réguliers. "Nous sommes les filles de la Terre, nous n'avons pas d'affinités avec l'élément liquide visiblement…" Gabrielle commençait à discerner le port au loin et tremblait presque de joie à l'idée de retrouver la terre ferme.

 Elle se tourna pour voir leur prisonnier entravé, tranquillement assis sur le pont sous bonne garde. "Il n'a pas l'air inquiet… et ça m'inquiète", dit-elle. Xena haussa les épaules en lançant un regard froid à César. "Il n'a pas peur de mourir. Il croit sans doute que quelque chose va se produire qui va changer son destin, qu'à la fin, il ne mourra pas… Il est si égocentrique qu'il ne croit tout simplement pas qu'il va mourir de cette façon." Le malaise de Gabrielle s'accrut lorsqu'il lui adressa un petit sourire goguenard très éloigné de celui qu'un prisonnier condamné à mort devrait avoir.

 Xena reporta son attention sur le port qui grandissait à la proue du bateau. "Nous serons à Rome ce soir. J'ai hâte que tu vois la ville s'étaler à tes pieds." Gabrielle fit bouger lentement les doigts de son bras blessé, la douleur la fit grimacer. "A tes pieds plutôt. Tu n'as pas peur que les Romains se révoltent et ne te préfèrent leur ancien maître ? Ils doivent être désolés d'être gouvernés par une Grecque." Xena ricana : "C'est sûr ! J'ai dû faire le grand ménage pour que les dissidents se taisent enfin." Gabrielle imagina facilement de quelle façon… Elle se pencha à nouveau et pria pour que le bateau accoste au plus vite.

 Le soleil au zénith tapait durement sur ses épaules nues. Elle se sentait si malade depuis le départ du navire… et ce soleil la rendait folle à se refléter si durement sur les vagues. Elle suait à grosses gouttes glacées jour et nuit, elle dormait à peine et jamais dans la cabine de Xena, elle ne supportait pas d'être enfermée dans les entrailles du bateau. Ça sentait le poisson avarié, la saumure, l'eau sale, la sueur aigre des hommes pas lavés… Même sans le mouvement constant qui lui retournait l'estomac, toutes ces odeurs l'auraient rendue malade. Elle mourait de faim, mais elle ne pouvait rien avaler, à peine si elle pouvait boire quelques gorgées d'eau sans vomir aussitôt. Elle vivait un calvaire. Pas besoin de chercher bien loin pour la torturer et lui faire avouer n'importe quoi. "Menacez-moi de faire une croisière et j'avoue tout !"

 Elle repensa à leur départ et eut une pensée nostalgique pour ses enfants et son village. Jaxom s'était bien remis de sa blessure à la tête et elle avait voulu rester près de lui pour s'en assurer avant de laisser Xena la soigner. Elle avait dû ouvrir la plaie de sa cuisse pour enlever le morceau de métal. Ce n'était pas très agréable bien sûr, mais rien à voir avec la douleur quand elle lui avait remis les os en place ! Elle s'était évanouie à la moitié de l'opération, à son grand soulagement. Elle n'aurait sans doute plus jamais la même force dans la main gauche après ça… Gabrielle regarda le bandage serré autour de son bras entre deux planchettes de bois, un petit sourire triste aux lèvres.

Quand elle était revenue à elle, elle avait voulu voir Cyanne. Avant de renoncer : elle avait bien trop peur qu'Artémis ne décide de la punir en la lui reprenant si elle bravait ses ordres, alors elle ne l'avait pas approchée. De la savoir vivante lui suffisait pour l'instant, elle avait tellement hâte de la prendre à nouveau dans ses bras et de la regarder grandir en paix avec son frère. Hélas, pas tout de suite. Elle avait quelque chose à finir avant. Dès le lendemain, elles étaient parties. Ephiny avait insisté pour qu'elle emmène sa garde et Gabrielle avait cédé. Après tout, elle était reine d'une puissante nation, elle se devait d'avoir une garde. Et ce soir elle serait à Rome en compagnie de Xena pour y voir tuer un homme… Que de chemin parcouru depuis Poteidaia… même la Pythie de Delphes n'aurait pu lui prédire un tel avenir si elle l'avait consultée à l'époque.

 Elle leva un œil vitreux vers Xena qui fixait l'horizon, parfaitement immobile, superbe dans son uniforme de cuir noir et d'or. "A quoi penses-tu Conquérante ?" Elle sourit un peu sans la regarder. "Au plaisir que j'aurai quand je le verrai mort Majesté." Gabrielle soupira. "Ne peux-tu penser à autre chose qu'à la mort ? Tu n'en as pas assez de tout ce sang sur tes mains ? Les nôtres désormais devrais-je dire." Xena la regarda. "Si. Peut-être que j'en ai assez du sang… j'aspire à la paix. Ou du moins à régner sans faire constamment la guerre. Mais je ne crois pas que ce soit mon destin. Je mourrai jeune et les armes à la main."

 Gabrielle grinça des dents : "J'aimerais que tu te préserves pour ne pas mourir si jeune que ça. S'il te plaît."

 "Tu veux que je te promette l'impossible Gabrielle. J'ai toujours su que ma vie serait brève et violente, sans amour." Xena se pencha pour l'embrasser sur le front, une douceur bien rare de sa part. "C'est le seul point sur lequel je me sois trompée." finit-elle plus doucement.

 "Oh Xena… pince-moi… c'est trop mignon !" ricana César. "C'est à cause de moi que tu préfères les femmes dis-moi ? Je t'ai déçue à ce point ? Ou bien tu n'as jamais plus connu mon pareil ?" Gabrielle tressaillit : elle ignorait ce détail… "Elle ne t'a pas dit que je l'avait bien connue ?" Xena parut ennuyée mais sans plus, elle rétorqua paresseusement : "Ferme-la Julius, tu ne m'as pas laissé un souvenir si impérissable que ça figure-toi." Le prisonnier gloussa mais n'ajouta rien. Gabrielle vomit une dernière fois, des larmes plein les yeux.

 Le voyage jusqu'à Rome se fit en grandes pompes. Une haie d'honneur accompagnait l'avancée de la Conquérante et de son célèbre prisonnier. Malgré sa confiance affichée, Xena se méfiait vraiment d'une réaction violente du peuple de Rome à l'annonce de la crucifixion de César. Il était toujours citoyen romain et seuls les esclaves et les barbares mouraient sur la croix. Elle redoutait des émeutes et fit partir en avant des messagers pour doubler les patrouilles dans les rues afin de prévenir tout débordement.

 Gabrielle se tenait quelques pas derrière elle, sur un cheval paré à la manière Amazone pour que personne ne puisse ignorer son rang. En passant les portes de la ville, elle fit de son mieux pour cacher sa surprise. C'était si grand ! Et il y avait tant de monde… Elle n'aurait jamais pensé que tant de gens puissent vivre au même endroit "Il faudra que je voyage un de ces jours, je me fais l'effet d'une petite fille ignorante," se dit-elle en regardant autour d'elle, ahurie. Les rues étaient pavées et des rainures profondes permettaient aux chars et aux chariots de circuler sans glisser, certaines maisons possédaient deux ou trois étages superposés, et elle se demanda s'il était vraiment possible de vivre empilé sur ses voisins sans craindre de leur tomber dessus… Tout l'étonnait et la charmait, elle tomba aussitôt amoureuse de Rome. Quand elle vit le Colisée, son cœur flancha, et elle resta bouche bée.

 Majesté ?" demanda une de ses guerrières en la voyant immobile.
 "Tu as vu ça ?" dit-elle d'une petite voix admirative. "Il faut être un grand génie pour bâtir un tel édifice… combien crois-tu que cela contienne de gens ?"
 "Je ne sais pas majesté… dix fois les Amazones de notre village, je pense", répondit sa guerrière pensive.

"Oui, sans doute…" Elle talonna son cheval pour rejoindre Xena qui ne semblait pas remarquer toutes les merveilles qui l'entouraient. Dans le soleil couchant, les temples sur les collines étaient pourtant somptueux. "Je ne savais pas qu'il existait de pareilles merveilles," lui dit-elle doucement quand elle se trouva à sa hauteur.

 "Et tu n'as pas vu l'Egypte !" répondit Xena en souriant devant les yeux brillants de sa compagne. "Figure-toi que d'anciens souverains ont fait bâtir leurs tombeaux en forme de pyramide. Elles sont si hautes qu'elles touchent presque le ciel ! Comme des montagnes au milieu du désert. Elles sont blanches comme la neige, aussi lisses que le marbre et leur sommet est recouvert d'or."

 "Impossible," trancha Gabrielle qui n'était tout de même pas si naïve. Xena éclata de rire, oubliant aussitôt tous ses problèmes de politique intérieure.

 Le Palais était largement à la hauteur du reste de la ville. Tout de marbre et d'or, les murs étaient couverts de peintures colorées et de bas-reliefs, il y avait d'étranges objets un peu partout et Gabrielle ne savait plus où regarder tant elle avait peur de rater quelque chose. Elle s'arrêta devant un objet étrange aussi grand qu'elle, en forme de corne de vache, d'un blanc laiteux. Elle le caressa du bout des doigts, étonnée par sa douceur, il était comme poli. Elle se tourna vers Xena qui l'observait, un petit sourire aux lèvres, les mains croisées dans le dos.

 "Qu'est-ce que c'est ? Je ne connais aucun animal qui ait de si grandes cornes… et ne te moque pas de moi cette fois-ci ! Si tu me dis que c'est la corne d'une vache géante, je me fâche", la menaça-t-elle en fronçant les sourcils, le menton en avant. Xena haussa les épaules en approchant.

 Non, pas une vache. C'est une dent en fait." Xena leva la main pour arrêter Gabrielle qui rougissait de colère. "Laisse-moi finir. C'est l'une des deux dents d'un animal qui vit loin au sud de l'Egypte, il est grand comme trois hommes et ses oreilles sont plus grandes que toi. Son nez est si long qu'il touche le sol et sa peau est grise comme de la pierre. C'est une étrange bête, je te l'accorde, mais je t'assure qu'il en existe des milliers dans cet endroit. Tu n'as jamais entendu parlé d'Hannibal ?"

 Gabrielle essaya de se figurer un tel animal. N'y parvenant pas, elle grommela en menaçant Xena des pires tourments si elle ne cessait de se payer sa tête. Et non, elle ne connaissait personne du nom d'Hannibal. Xena se dit en la voyant partir qu'il fallait absolument qu'elle fasse venir un éléphant pour convaincre cette petite reine têtue qu'elle ne se moquait pas d'elle. Le cœur léger, elle fit enfermer César dans les geôles du Colisée où il serait crucifié devant tout le peuple. Il avait presque failli détruire cette merveille qui avait changé sa vie, il mériterait chaque instant de douleur.
Xena fit donner une grande fête pour son retour et ses victoires. Les plats se succédaient à une cadence folle, le vin, la bière et l'hydromel coulaient à flots. Les centaines d'invités étaient dispersés à travers une grande salle, allongés sur des couches moelleuse ou sur des coussins profonds. Il y avait des jongleurs, des danseurs, des musiciens, Gabrielle était étourdie par tant de faste et de luxe. Elle mangeait de tout, fascinée par les saveurs étranges, et elle buvait aussi du vin sucré, le vin des dieux sans aucun doute. Elle était plongée au cœur de la cité et elle était ivre de découvertes.

 Plus tard, alors que la nuit était tombée depuis bien longtemps, Gabrielle était allongée sur le côté, sur une large couche, le dos tout contre Xena, la tête posée sur son bras. Elle regardait les danseuses sans vraiment les voir. Elle avait les paupières lourdes et la tête lui tournait, elle avait bu plus que son comptant. Même la douleur dans son poignet avait disparu, anesthésiée par l'alcool. La musique la berçait, la salle était parcimonieusement éclairée, elle allait s'endormir dans les bras de son amante, elle était si bien. La main chaude de Xena glissait tout le long de son corps, de son bras à sa cuisse depuis une éternité. Finalement, elle souleva la jambe de Gabrielle par-dessus sa hanche et la jeune femme ne résista pas. Son cœur commença à battre plus vite et elle soupira en sentant la main caresser l'intérieur de sa cuisse nue. Elle remonta lentement entre ses jambes et des doigts légers la caressèrent doucement. Elle voulait l'arrêter, parce qu'elles n'étaient pas seules et que l'idée de faire ça en public la gênait foncièrement, mais elle était trop ivre et trop bien pour le faire. "C'est… tellement décadent Xena…"

Elle la caressait très lentement, tout doucement, et Gabrielle était au pinacle du plaisir ; c'était si bon, si doux… Elle se détendit pour faire durer aussi longtemps que possible cette sensation qui lui faisait tout oublier. "Laisse-toi faire, laisse-moi te faire découvrir d'autres plaisirs, tu veux ?" lui murmura Xena à l'oreille.

 Son cœur battait si fort… tout son corps résonnait, mais elle parvenait à se maintenir sur la vague sans atteindre encore le point de rupture. La chaleur entre ses jambes devenait torturante, son ventre se crispait dans l'attente du soulagement. "Je veux que ça dure longtemps", bafouilla-t-elle en se soumettant totalement à ses désirs.

"Oui, je sais." Xena ne cherchait pas à la faire jouir, pas encore, elle évitait de s'attarder trop sur le point le plus sensible, elle maîtrisait parfaitement son corps, comme si c'était le sien, elle la connaissait si bien. "Regarde, là." lui dit-elle encore.

Gabrielle ouvrit les yeux, même si l'effort lui parut démesuré. Une jeune femme les observait. Sa peau était pâle et fine, presque translucide, elle était rousse et très belle. Ses longs cheveux ondulaient sur ses épaules constellées de taches de rousseur. Même dans la semi obscurité, Gabrielle pouvait dire que ses yeux étaient verts. Leurs regards s'accrochèrent au moment où Xena se fit plus insistante dans sa caresse et Gabrielle gémit, profondément troublée.

 "Oui." Et c'était la vérité, elle était tellement belle. Après un moment, Xena poursuivit : "Tu la veux ?" Elle hésita à peine. "Oui."

Xena bougea un peu, Gabrielle devina qu'elle venait de faire signe à la jeune femme qui s'avança sans la quitter des yeux. Elle était vêtue d'une toge très fine et tout à fait transparente qui ne laissait que peu de place à l'imagination. Une petite pointe de timidité empêchait Gabrielle de profiter pleinement de ce qui se préparait et cela l'ennuya. Xena, qui la connaissait par cœur, lui murmura à l'oreille : "Elle est toute à toi, laisse-nous faire et profites-en."

Elle repoussa très loin toute timidité et toute gêne. Elle laissa la jeune femme la toucher d'une main légère et un peu fraîche sur sa peau brûlante. Xena cessa ses caresses en sentant le tremblement de sa compagne, elle ne voulait pas qu'elle parte trop tôt, elle voulait la conduire plus loin et Gabrielle en avait parfaitement conscience.

 Xena était terriblement excitée par l'expérience qu'elle faisait vivre à son amante. Elle l'avait un peu préméditée. A vrai dire, elle l'espérait en programmant cette orgie. Bien sage, comparée à ce qu'elle faisait parfois, mais comme c'était une première pour Gabrielle, elle n'avait pas voulu l'affoler complètement par une débauche délirante. Elle ne s'attendait pas à l'effet que cela produisait sur elle. Elle pensait que ça pourrait être plaisant de regarder Gabrielle et cette jeune esclave faire l'amour, mais c'était bien plus que ça. Evidemment, Gabrielle ignorait tout à fait que cette soirée devait l'amener précisément à ce moment de plaisir entre son amante et son esclave, elle ne savait même pas que c'était une esclave, elle aurait à coup sûr refusé de la toucher si elle l'avait su. Pour avoir elle-même été esclave, elle ne raffolait pas de l'idée d'acheter et de vendre les gens comme des animaux. Xena n'en était pas là et achetait encore volontiers ceux et celles qui lui plaisaient.

 Gabrielle roula sur le dos, laissant de côté toute idée de participation active. Elle voulait s'abandonner entièrement aux moindres désirs de ces deux femmes magnifiques.

La jeune femme se déshabilla lentement, s'assit sur ses cuisses nues et lui lança un regard lourd. Les lèvres entrouvertes, elle effleura ses seins de la paume de ses mains en ne la quittant pas des yeux. Gabrielle la fixa en retour, et son souffle s'accéléra alors qu'elle sentait que Xena l'observait juste à côté d'elle. C'était très excitant. Les mains fines et pâles écartèrent lentement les pans de sa tunique et touchèrent, en effleurements très doux, sa peau sensible. Gabrielle essayait de ne pas bouger, de ne pas la toucher et de juste la regarder faire. Elle sentait son poids sur ses cuisses et le mouvement lent, à peine perceptible de ses hanches. C'était trop difficile de ne pas la toucher. Elle tendit la main et caressa son genou avant de remonter le long de sa jambe. Et toujours, elles se regardaient fixement, sans un sourire, lisant dans les yeux vert lagon de l'autre, la montée du tumulte de leur corps.

 Xena sentait leurs désirs décupler le sien. Elle ne voulait pas intervenir dans leur découverte mutuelle très sensuelle. Pas encore. Mais elle en mourait d'envie.

Gabrielle se redressa et caressa les épaules douces de la jeune fille, y déposant de petits baisers légers. En découvrant son dos du bout des doigts, elle sentit quelque chose et se pencha pour découvrir le X imprimé au fer rouge sur son omoplate. Elle se tourna brusquement vers Xena, qui baissa les yeux, prise en flagrant délit d'esclavagisme.  

"Xena… je ne peux pas… tu sais que je ne peux pas", murmura Gabrielle d'une voix rauque. La fille lui saisit le menton, et la tourna vers elle. Elle lui dit doucement : "J'en ai envie." Gabrielle la regarda un long moment. Elle hésitait. Si elle n'avait pas été ivre, probablement qu'elle l'aurait repoussée malgré le désir très réel qu'elle lisait dans ses yeux, mais… elle la tenait, là, assise sur ses genoux, son corps mince serré contre elle, et elle sentait ses mains qui se promenaient partout sur elle… Elle se tourna vers Xena pour lui dire que non, décidément, elle ne ferait pas ça. Elle tomba dans ses yeux bleus, brûlants de désir, elle vit son corps qui tremblait d'envie d'elles et c'en fut trop. Au lieu de repousser la fille ou de se laisser faire, elle allongea la jeune esclave sur le dos et se coucha sur elle, soudain affamée.

 Xena ne put empêcher un lent sourire satisfait et carnassier d'étirer ses lèvres. Elle découvrait, à demi surprise, que sa tendre Gabrielle avait des désirs de domination qu'elle cachait très bien. En la voyant, totalement désinhibée par l'alcool, mordiller assez fort le sein blanc de son esclave et plaquer une cuisse de bronze entre ses jambes tendres, elle haussa un sourcil moqueur.
 Gabrielle lui tenait les mains au-dessus de la tête et la beauté rousse gémissait doucement, les paupières closes, en bougeant les hanches le long de la cuisse de Gabrielle. Xena était fascinée et devait faire preuve de pur stoïcisme pour ne pas se jeter sur elles.

 Gabrielle ne voulait plus réfléchir à ce qu'elle faisait, d'ailleurs, elle ne pouvait plus réfléchir. Tout son corps brûlait, surtout son ventre. Elle sentait avec une acuité douloureuse la chair chaude et humide qui glissait en palpitant le long de sa cuisse et ça la rendait folle. Elle poussa encore plus, en prenant dans sa bouche un téton érigé, qu'elle suça furieusement. Un long gémissement de plaisir amorça un spasme tout au fond d'elle. La pression en retour de la cuisse douce entre ses propres jambes la faisait haleter. Sa peau était si sensible que le souffle de Xena sur sa nuque lui faisait perdre la tête. Elle sentait sa main qui glissait le long de son dos nu et qui caressait lentement le creux de ses reins. C'était un véritable déluge de sensations et de plaisir, elle était au bord du précipice. Elle pinça durement l'autre sein de la jeune esclave qui gémit plus fort et souleva son genou pour augmenter la pression.

 Gabrielle releva un peu la tête. "Ah… oui…", gémit-elle alors que la main de Xena passait entre ses jambes pour trouver la source intarissable de son désir. Elle dut se mordre la lèvre pour ne pas crier. Xena entra en elle avec une lenteur torturante, et ses muscles se serrèrent d'un coup sur ses doigts. Ses mouvements se firent plus erratiques, elle ne savait plus si elle voulait faire jouir la fille sous elle ou si elle voulait que Xena la fasse jouir. Les cuisses de la jeune fille tremblaient, l'avertissant de sa proche délivrance. Gabrielle plongea ses doigts en elle d'un seul mouvement brutal, elle voulait la posséder. L’esclave se figea soudain, si cambrée qu'elle soulevait Gabrielle. Elle gémissait tout contre son oreille, retenant prisonniers les doigts en elle. Gabrielle sentit Xena frotter durement son clitoris et elle jouit en même temps que la fille, avec une force qu'elle avait rarement connue et qui la laissa épuisée, à bout de souffle, effondrée sur le corps luisant de sueur d'une esclave magnifique.

 Xena posa la tête sur sa main et les regarda dormir très longtemps avant de céder elle-même au sommeil.  "Ah, par les dieux," gémit Gabrielle en posant la main sur ses yeux. "Ma tête…" Des tambours martelaient contre ses tempes, et la lumière du jour torturait ses yeux. "J'ai trop bu je crois."

 Xena opina gravement : "Je crois bien que oui, en effet."

 D'un coup, Gabrielle se redressa en s'appuyant sur son poignet cassé qui hurla de douleur, en choeur avec sa tête. "La fille ! Je… j'ai… avec elle, je me souviens… oh ! dieux… j'ai fait…"

 "Oui, tu l'as fait et bien fait", Xena s'étira en ronronnant, le souvenir de cette nuit lui chatouillait encore le ventre.

"Comment tu as pu me laisser faire une chose pareille ?" Gabrielle rougit en se souvenant de son désir féroce. "En fait, ce n'est pas que tu m'as laissé faire, c'est que tu m'as incitée à le faire. C'est de ta faute."

"Si tu le dis… Ça t'a plu ?" demanda Xena goguenarde.

 Gabrielle rougit encore plus, elle était obligée d'être honnête. Xena avait pu vérifier par elle-même à quel point cela lui avait plu… "Oui. Mais cache ce sourire très content de toi ! Tu vas devoir choyer tes souvenirs parce que ce n'est pas près de se reproduire."

 "Tu as adoré lui faire l'amour, je le sais, j'étais là, rappelle-toi." Elle ne pouvait s'empêcher de rire devant la mine déconfite de son amante qui se trouvait mise face à ses désirs cachés, non plus dans les vapeurs d'alcool, mais en plein jour.

 "Je ne dirais pas que je lui ai fait l'amour", grommela Gabrielle en se levant. Elle vacilla, à la recherche d'un quelconque vêtement. "Je me souviens parfaitement bien que tu étais là, je suis ivre, pas amnésique."
 "Et comment tu appellerais ce que tu lui as fait ?" demanda sa compagne, intéressée.
 "Tu le sais très bien. Tu ne me le feras pas dire."
 "Quel dommage… j'adore quand tu dis des choses comme ça, c'est si rare que ça m'excite."

"Je sais, je sais." Elle se tourna soudain vers Xena dont les yeux brillaient. "Ça t'as plu bien plus qu'à moi, finalement. Tu avais tout manigancé…" En voyant la légère rougeur sur les joues de sa guerrière, Gabrielle revint s'asseoir près d'elle en repassant les événements de la nuit. "Tu avais tout prévu, tu m'as fait boire, tu m'as fait regarder pendant des heures des danseuses à moitié nues en me caressant, tu m'as subtilement rendue à demi folle de désir et tu m'as donné cette fille au moment où, de toute façon, j'aurais pu… avec n'importe qui." Elle se pencha sur Xena qui souriait sans chercher à nier.
 "Tu aurais fait quoi, avec n'importe qui ? Dis-le.", insista Xena. "Nan." Elles étaient les yeux dans les yeux, un même sourire sur le visage. "C'était comme avec Ephiny ?" demanda soudain Xena. La surprise passée, Gabrielle éclata de rire, incapable de s'en empêcher. "Non, rien à voir, on ne peut pas comparer…"

 Gabrielle se leva soudain et demanda : "Quel est son nom ?" Xena haussa un sourcil perplexe. "Le nom de qui ?"

 "Celui de la fille hier, celui de ton esclave. Qu’en as-tu fait d’ailleurs ?" Xena vint la rejoindre, entièrement nue, au milieu de la vaste pièce. "Je lui ai rendu sa liberté. Son nom n’a aucune importance." Xena leva la main vers un coin sombre et une vieille femme apparut comme par magie. Elle enveloppa la maîtresse de Rome dans une cape, sans un mot, et Xena sortit suivie par cette ombre silencieuse. Gabrielle murmura dans le silence soudain : "Pour moi ça en a."

Puis plus rien n’eut d’importance que le plaisir. Les fêtes se succédaient à un rythme soutenu, Gabrielle était éblouie par le faste et tous les raffinements de Rome. Elle voyait des pièces de théâtre, elle écoutait de la musique, elle goûtait des nourritures divines, et ce, chaque soir. Un pan entier d’un monde qu’elle avait toujours ignoré se dévoilait, son ignorance était presque criminelle se disait-elle en découvrant la poésie. Elle fit venir des poètes et elle les écouta des journées entières, le cœur vibrant. Mais ce n’était pas encore assez. Elle se promena dans les rues à la recherche du savoir qu’elle absorbait comme une éponge. Rien ne lui échappait, tout l’intriguait. Xena avait donné des ordres précis à son sujet, et elle était obéie au doigt et à l’œil. Bien mieux que dans son village en fait, les Amazones avaient la manie de discuter sans fin ses ordres, pas ici. Quatre des gardes personnels de Xena la suivaient partout en plus de ses guerrières ; c’était des mercenaires, des fidèles de la Conquérante, les seuls dans cette ville en qui elle avait confiance. Quoi qu’elle demande, ils obéissaient immédiatement. Un objet rare ? Il était à elle. Une troupe de comédiens croisée au détour d’une ruelle ? Le soir même ils jouaient devant elle au Palais.

 Gabrielle avait sagement décidé de ne plus se laisser entraîner par Xena dans des plaisirs plus… sensuels. Mais là encore, elle se laissa tenter. C’était si facile ! Tout était à portée de main, il n’y avait qu’à vouloir pour avoir. Xena devançait ses désirs avec une intuition imparable.  Elles se promenaient entourées d’une cinquantaine d’hommes en armes dans les rues animées de la ville quand Gabrielle entendit des cris excités venant d’une place. La garde écarta la foule et Gabrielle se retrouva au premier rang d’une vente d’esclaves. Certains étaient voués à devenir gladiateurs ou travailleurs de force, mais pas tous. D’autres avaient le visage lisse et poupin, le corps lourd, les doigts fins et ils étaient bien plus chers que les autres. "Qui sont-ils ? Pourquoi un tel prix pour des hommes qui ne feront rien aux champs, ni à la guerre, encore moins dans les arènes ?" demanda finalement Gabrielle, intriguée.

 "Ce sont des eunuques. Ils sont très recherchés. Leurs maîtres leur confie la garde de leur maison et de leur femme", répondit Xena souriante. "Ils sont castrés", poursuivit-elle en voyant que son explication ne disait rien à Gabrielle. "Vraiment ?" La jeune femme pensait que cette pratique n’était utile que comme punition pour les violeurs pris sur le fait. "Ce sont des criminels alors ?"

 "Non, pas du tout. Ils sont castrés très jeune, avant la puberté, pour faire de bons serviteurs. Ils ne risquent pas d’abâtardir une lignée… c’est très rassurant pour un homme d’avoir un eunuque dans sa maison. Très souvent, ils sont bien éduqués et servent aussi de précepteurs aux enfants."

 "Oh." Gabrielle trouvait cette pratique barbare mais s’abstint de tout commentaire en voyant que Xena n’y voyait rien à redire. Une fois les eunuques et les hommes forts vendus, la vente se poursuivit par des femmes et des adolescents. Gabrielle rencontra des yeux noirs et profonds, brillants de haine et de fierté, et elle fut hypnotisée. Une jeune femme à la peau dorée et aux cheveux noir de jais, presque bleutés, se tenait sur l’estrade. Les mains attachées devant elle, les chevilles entravées, elle fixait la foule d’un œil mauvais, un rictus aux lèvres. Tous les autres baissaient la tête, mais pas elle. La vente commença et le prix de la jeune femme flamba rapidement. Un homme grassouillet se trouva bientôt à enchérir contre un autre homme grassouillet à des tarifs qui firent taire les autres acheteurs potentiels. Gabrielle ne pouvait quitter la fille des yeux et elle dit soudain. "Je la veux Xena."  Xena sourit et leva la main, remportant aussitôt la vente. "C’est une Egyptienne. Elles sont farouches, apprête-toi à devoir la dresser."  La voix grave et ironique de Xena arracha soudain Gabrielle à sa fascination. Elle bafouilla : "Non, je ne veux pas… ce n’est pas pour ça… c’est juste que…"  Xena haussa les épaules : "Je viens de la payer une fortune, si tu ne fais pas ce qu’il faut je le ferai." Elle était secrètement ravie de voir Gabrielle la suivre dans ses goûts. Elle avait souvent l’impression que sa petite reine la jugeait un peu vite, à l’aune d’une morale qu’elle ne comprenait pas et Xena trouvait là l’occasion rêvée de se venger de ses critiques constantes au sujet de son mode de vie. Pour Gabrielle, céder à ses désirs était presque criminel ! "Qu’elle apprenne donc à résister à la tentation avant de m’imposer ses idées… on en reparlera."

 

Commentaires  

 
#2 Lucy 2009-05-18 22:35 Vos fanfictions sont les toutes premieres que j'ai decouvertes sur Xena et Gabrielle , et malgres en avoir lu pleins d'autres les votres restent pour moi les meilleures : de l'écriture , au personnages tous me plait . Vous êtes la meilleurs auteurs de cette serie que je n'ai jamais lu . Je vous remercie donc de m'avoir fait passez un si bon moment Citer
 
 
#1 parienti Déborah 2008-12-20 20:51 cette trilogie est vraiment… au dessus de toutes à mon sens. Mais dieux, quand aurons nous la suite? Voici quelque année que j'attends désespérément la fin de cette partie…

loreleï, je t'en prie, reprends la plume
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